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Paroisse Sainte Hélène
102 rue du ruisseau
75018 | Paris
Tél : 01 46 06 16 99
Visitez aussi le site des fils de la charité
www.filsdelacharite.org

Le « Denier de l’Église » est une préoccupation permanente pour nos paroisses. Comment arriver à financer les initiatives missionnaires, les travaux, ainsi que le salaire des prêtres ou agents laïcs en pastorale ? Une nouvelle campagne de lancement du Denier de l’Église vient de s’ouvrir le 1 mars 2020 Merci pour votre participation !

SAINTE HÉLÈNE, C’EST NOUS !
Vous le savez, l’essentiel des ressources de Ste Hélène provient de vos dons, sachant que l’Église de France ne reçoit aucune subvention. Aussi, comment ne pas vous remercier de votre participation au Denier de l’Église 2019 ? Le nombre de donateurs augmente lentement mais sûrement, ce qui prouve l’attachement à la Paroisse. Ste Hélène, c’est Vous, c’est Nous au cœur de Clignancourt !
Ainsi, chemin faisant, la Paroisse se construit et se renouvelle, forte de son histoire et de son visage fraternel et familial, mais toujours soucieuse de l’Avenir à transmettre aux nouvelles générations. Avec rigueur et dynamisme, le Conseil Économique a la tâche particulière de veiller à ce que les conditions matérielles rendent toujours possibles les services qu’une paroisse doit rendre à ses besoins de rencontres, de célébration, de formation et de mission.
Les dépenses auxquelles nous avons à faire face sont d’abord des dépenses fixes :
* Indemnités versées aux prêtres en complément de leur retraite ou salaire de travail à temps partiel.
* Salaires de 3 laïcs à temps partiels.
* Impôts locaux, électricité, gaz, chauffage, photocopie
Ajouter à cela, des travaux d’entretien ou de réparation :
Pour l’année 2019, l’amélioration de la sono dans l’église et la grande salle, l’ouverture d’une porte donnant sur la rue Esclangon afin de faciliter l’accueil de domiciliation
d’ " Un Toit pour Toi " et la réparation de fuites d’eau dans la toiture de l’église
Pour l’année 2020, réparation du paratonnerre et amélioration de l’éclairage de l’église avec mises aux normes plus écologiques, mesures de sécurité…
Ste Hélène a besoin de votre don
* Parce que c’est le devoir du chrétien de participer à la vie matérielle d’une paroisse dont la mission est de vous enrichir humainement et spirituellement
* Parce que les décès, les déménagements réduisent, chaque année, le nombre de donateurs. Et donc la nécessité de faire appel à de nouveaux.
* Parce que des jeunes couples arrivent dans le quartier et cherchent à prendre peu à peu leur place au milieu de nous.
* Parce que les habitants du quartier, croyants ou non, pratiquants ou non, aiment se retrouver à Ste Hélène, pour y vivre ses célébrations à l’accent familial et ouvert, ou goûter seuls son silence et sa beauté intérieure à un moment ou un autre.
Je sais combien vous avez déjà entendu l’appel selon votre cœur et vos moyens. Et j’ai confiance en votre désir d’y participer à nouveau.
Ste HELENE, c’est VOUS, c’est NOUS TOUS ENSEMBLE pour que le Christ puisse continuer à y être célébré et annoncé dans notre quartier !
Au nom du Conseil Économique de la Paroisse, de mes frères Fils de la Charité Jean-Pierre et Robert et dans la communion avec le P. Gaby qui nous a quittés.
P. Michel Retailleau, curé

SITE DE LA TROUPE SCOUT 25 ième DE pARIS
http://www.lavingtcinq.fr/

CATÉCHUMÉNAT


Il est possible de découvrir la foi chrétienne à tout âge et de se préparer aux sacrements de baptême, confirmation, communion, et aussi de découvrir le contenu de la foi si on a été baptisé tout jeune et que l’on s’est ensuite éloigné de l’Église.
Cette découverte de la foi se fait dans un accompagnement personnel et au cours de rencontres générales.
Responsable : Père Robert JOURFIER
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La feuille paroissiale

ET PAR-DESSUS TOUT, LUI FAIRE CONFIANCE Marc 5, 21-43 (27/06/21)

Avons-nous assez conscience à quel point nous avons besoin d’être sauvés ? L’évangile d’aujourd’hui met en scène deux femmes, une jeune fille de 12 ans et une femme adulte qui a souffert de pertes de sang pendant de longues années. Les deux sont à toute extrémité, l’une sur le point de mourir, l’autre désespérée de tous ces soins qui lui ont coûté cher sans apporter la santé attendue. Le père de la jeune fille, pourtant un notable juif qui n’aurait pas dû faire confiance à ce prédicateur populaire, se jette aux pieds de Jésus pour implorer son intervention. Et la femme aux saignements tente un ultime geste magique à l’insu de tous en espérant être guérie par le contact avec les vêtements de Jésus. C’est le désespoir et l’échec de toutes les solutions humaines qui les jette aux pieds de Jésus, un peu comme l’enfant prodigue se jette aux pieds de son père quand il est à bout du rouleau.

Faut-il en arriver là pour oser une démarche de foi ? Il semble bien que nous ayons besoin de manquer de tout pour nous tourner vers Dieu… Pauvreté de l’homme, de nous tous, peu enclins naturellement à la foi, mais cette pauvreté nous ouvre enfin à la richesse que Dieu veut nous montrer en Jésus ! Remarquons cependant que ces démarches inspirées par un certain désespoir ne sont garanties sans plus par Jésus. Au contraire, Jésus fait évoluer la foi aveugle de Jaïre et de la femme aux saignements pour les amener à entrer dans une vraie relation d’alliance avec lui.

C’est particulièrement manifeste pour la femme blessée dans sa sexualité et mise au ban de la société pour cette raison. Jésus ne se contente pas d’un contact anonyme, mais il veut faire apparaitre la démarche de la malade à la parole, au dialogue et à une rencontre. La guérison véritable s’opère dans une relation confiante avec le Sauveur, dans un échange de regards et de paroles, dans la confirmation de la tendresse de Dieu pour tout homme en souffrance. Cette relation d’alliance réciproque fait plus que guérir la femme, elle la sauve et inaugure une vie nouvelle pour elle : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Le chef de la synagogue est amené à évoluer, lui aussi. Jésus prend au sérieux sa demande, mais l’invite aussi à lui faire confiance au-delà de ce qui est humainement pensable : « Ne crains pas, crois seulement… L’enfant n’est pas morte, elle dort seulement. » Jésus l’invite à croire en la résurrection, cette vie nouvelle après la mort que Dieu seul peut donner. Comme Jaïre, tous les disciples du Christ sont invités à entrer dans une histoire d’alliance, une relation de foi au Dieu plus grand que la mort et qui nous aime, plutôt que d’en rester à une foi plus ou moins teintée de magie. Voilà le défi et l’appel que le Christ et l’évangéliste nous lancent ce dimanche !

Pourquoi donc attendre d’être au bout du rouleau pour placer toute notre confiance en Dieu ? Nous qui avons le privilège, tous les dimanches, non seulement de toucher le Christ, mais de recevoir son corps consacré, entrons plus avant dans l’histoire d’alliance qu’il nous propose. Apprenons de Jaïre et de la femme aux saignements à placer toute notre confiance en Jésus, l’envoyé du Père qui nous ouvre le chemin de la vie véritable. Et laissons-nous entraîner par l’Esprit-Saint à évoluer dans notre foi pour lui faire confiance dans notre quotidien, dans chaque situation de la vie que nous traversons ou que le monde traverse.
Jean -Pierre MAÇON

Avez-vous encore la Foi ? Mc 4,35-41 (20/07/21)

Le plus souvent les miracles de Jésus délivrent les gens de leurs maladies ou de leurs esprits mauvais. Cette fois, c’est différent. Il calme le vent et la mer agitée. Mais Il donne des ordres à la mer « Silence Tais-toi ! » comme il avait donné un ordre auparavant à un esprit mauvais qui agitait un possédé
(Marc 1, 23 27) : « Silence, sors de cet homme ».

Jésus traite la mer et le vent comme un esprit mauvais. Ce n’est pas étonnant puisque dans la mentalité biblique la mer est le lieu des forces du mal, l’abîme ou demeure Satan. Lors de la création, Dieu a imposé des limites à cet abîme, comme il l’explique à Job (1° lecture) : « J’ai retenu la mer : ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » Alors que les gens se demandent « Mais qui est donc ce Jésus à qui le vent et la mer obéissent ? » La réponse coule de source : comme Dieu, il est Quelqu’un qui impose des limites aux forces du mal et à leur l’orgueil. Cela fut le combat de sa vie. Quelques mois plus tard, il a dû les affronter durement sur la croix et par sa résurrection mettre une limite définitive à la mort.

Ce jour-là sur le lac, la barque traverse vers l’autre rive sur les éléments déchainés, et Jésus dors en paix. Les apôtres le lui reprochent : « Maitre, nous sommes perdus. Cela ne te fait rien ? » . Ce sentiment des apôtres est souvent le nôtre. Seigneur, cela ne te fait rien de voir le monde dans cet état : pandémie, famines, guerres, injustices et cruautés ? Cela ne te fait rien de voir chacun se débattre avec ses problèmes de santé, d’argent, de travail ou de famille ? Cela ne te fait rien de voir ton Église sombrer dans de nombreuses difficultés et scandales ? Tu dors et nous périssons !

Mais Dieu ne dort pas. Son silence n’est pas une marque d’indifférence. Il reste à nos côtés. « Pourquoi êtes-vous si craintifs, N’avez-vous pas encore la foi ? » dit Jésus, puis il calme le vent et la tempête et il les emmène sur l’autre rive, dans le pays des gadaréniens, totalement païen. Quarante ans plus tard, l’Esprit saint les a conduits vers d’autres rives païennes. En particulier ils sont à Rome. Et Ils sont de nouveau dans une violente tempête, confrontés à l’arrogance du mal : Pierre et Paul et les chrétiens de Rome sont martyrisés et livrés aux bêtes dans les spectacles du cirque. C’est pour cette église persécutée que Marc écrit son évangile. Il leur fait entendre de nouveau l’appel du Christ : « N’avez-vous pas encore la foi ? ». Il leur rappelle que Jésus est à leurs côtés. Il a été lui-même broyé dans sa passion. Et Il a dominé non seulement la tempête sur le lac, mais aussi sa propre mort. Il est ressuscité. Avec lui nous pouvons tenir tête à l’excès du mal, à l’orgueil du mal.

Aujourd’hui, l’Esprit Saint pousse l’Eglise vers d’autres rives, vers les « périphéries » comme dit le pape. Il nous invite à vivre avec des concitoyens qui ne partagent pas notre foi et vivent d’autres valeurs. Au milieu d’eux, nous ne sommes pas toujours fiers de nous-même et de l’Eglise. Il nous demande de les aimer et de le suivre, d’avoir foi en Lui sans peur. Et avec eux, avec Lui, imposer des limites aux forces du mal.

Robert JOURFIER

FÊTE DE LA FOI, FÊTE DES SEMAILLES Marc 4, 26-34 (13 juin 2021)

Ils sont heureux et fiers, ces jeunes, qui vont faire leur Profession de Foi ! Et vous parents, on devine votre joie et fierté à les entourer en ce jour... Nous sommes là pour une Fête des semailles. Fêter d’abord le Semeur qu’est Dieu. Dans la parabole de ce jour, Jésus rappelle que Dieu n’est pas un Dieu passif qui se prélasserait dans un ciel lointain. Il travaille tel un paysan qui " jette en terre la semence " divine au cœur de tout être humain. Et nous sommes là pour fêter les semailles qui ont été déposées dans les cœurs de vos jeunes et auxquelles vous avez pris part, à votre mesure, par votre rôle de parents et d’éducateurs. Ce grain de blé enfoui dans la terre de votre jeune est devenu comme dit l’Évangile " un germe ", " de l’herbe " dans leur cœur. Car oui, vous les jeunes, vous êtes " la foi en herbe ". Vous êtes le signe vivant que la foi, semée en vous, pousse, grandit et germe.

La Profession de Foi, c’est une Fête de la Foi, la Fête de votre croissance spirituelle. C’est la Fête de Dieu qui travaille dans le secret de vos cœurs " nuit et jour ", sans même vous en rendre compte. Vous avez commencé à découvrir que Dieu Parle et qu’il attend qu’on lui parle dans la prière. Vous avez aussi commencé à voir que l’Évangile est une boussole pour retrouver son vrai chemin quand on est perdu dans la vie. Qu’il y a des gestes par lesquels Jésus continue à nous " toucher ", qu’on appelle les Sacrements comme l’Eucharistie et la Réconciliation. N’oubliez jamais que pour Dieu, tout est occasion de nous faire grandir intérieurement. Il se sert autant de nos défauts et de nos échecs que de nos qualités ou réussites pour nous inviter à guérir et à apprendre la vraie Joie de Vivre. Rappelez-vous St Pierre : Le traître qu’il a été est devenu, grâce à la confiance redonnée de Jésus, le 1er pape !

Croire que le " Règne de Dieu " est déjà dans ce monde, c’est croire que ces semences du divin ont été déposées en tout homme par l’Esprit du Christ ressuscité. Et qu’une vie humaine n’éprouve rien d’aussi grand et d’aussi beau qu’à laisser Jésus changer son cœur dans sa manière de voir, d’écouter et d’agir. Chers jeunes, vous nous rappelez en ce jour que Dieu a semé en vous les graines de la foi, de la charité et de l’espérance qui ne demandent qu’à grandir… en vous comme en nous tous. Pour qu’un jour, elles deviennent peu à peu, dit l’Évangile, " un épi puis du blé plein l’épi. " La Foi est l’Aventure de toute une Vie. Elle donne goût et sens à la vie dans un monde difficile et compliqué ! N’ayez pas peur !

Michel Retailleau

PLUS UNIS A JÉSUS ET AUX COPAINS (6/06/21)

Chers jeunes, vous avez découvert lors du baptême de Jésus le sens de cet Évènement pour lui. Le baptême est une Entrée dans la vie de Dieu. A tous moments de la vie, tous les sacrements qui suivent le baptême nous aident à retrouver les cinq sens du baptême : être lavés de nos péchés, être lumineux (toujours neufs), être déjà ressuscités (vivants pour toujours), être solides, être capables de choisir tout ce qui fait vivre. Voilà le magnifique chemin avec Dieu !
" COMMUNION " veut dire être en « union avec ». Ainsi, communier au Corps du Christ, c’est être en union avec le Christ et avec tous ceux qui reçoivent le Corps du Christ partout dans le monde où la messe est célébrée. Aujourd’hui, vous êtes en communion avec les centaines de millions de catholiques qui, dans le monde vont recevoir lors de la messe le Corps du Christ. Le Corps du Christ que nous recevons fait de nous tous une grande famille. Désormais c’est chaque dimanche que vous êtes invités à rejoindre cette famille, pour partager le Pain de Dieu avec elle. Ainsi la communion est le signe que vous êtes bien de la famille des amis de Jésus et heureux d’en être.

" PREMIÈRE " signifie que cette communion est la première d’une longue série qui ne s’arrêtera qu’avec votre rencontre au ciel avec Jésus. Quand vous le verrez face à face. Celui qui, dimanche après dimanche, vous aura donné son Corps et son Sang pour grandir et vous fortifier dans la foi.
En effet, si le Seigneur nous invite, c’est pour devenir peu à peu le Corps du Christ. En effet, quand vous mangez un morceau de pain, vous ne vous transformez pas en baguette de pain, mais ce pain vous nourrit et vous aide à grandir, à produire de l’énergie pour travailler à l’école, vous amuser, etc. et vous mangez du pain chaque jour pour grandir et pour combler votre faim !

Prendre soin de son Corps, c’est important ; et avoir le souci de bien le nourrir, aussi. Fait-on de même avec son âme ? On est bien plus négligent avec elle. Bien souvent, elle souffre d’anorexie : on en prend peu soin, on ne la nourrit quasiment pas. Or si Jésus s’est fait nourriture c’est d’abord pour combler nos âmes. Car, en communiant chaque dimanche au pain qui est le Corps du Christ, vous nourrissez votre âme et vous devenez de plus en plus semblables à Jésus Christ. Plus vous communierez à son Corps, plus il pourra vous nourrir de sa Vie et vous faire grandir. Il viendra vivre en vous, aimer les autres à travers vous. Car si communier c’est recevoir Jésus en soi, c’est aussi pour le donner aux copains et copines qui ne le connaissent pas. Il faut donc venir écouter Sa Parole et se nourrir de Jésus régulièrement pour avoir le courage de parler de Lui aux autres. Jésus nous donne Sa vie pour faire de nous le bon Pain de Dieu dans le monde !

Jean Pierre MAÇON

DIEU TRINITÉ ou DIEU AÉROSOL ? (30/05/21)

Le mot " Dieu " est un mot piégé. Car, quand quelqu’un dit " je crois en Dieu " ou " je ne crois pas en Dieu ", il est difficile de savoir de quel " dieu/Dieu " il parle et à quelle image de Lui il se réfère. Le pape François a employé cette image familière : " Dieu n’est pas un Dieu indéfini et diffus, un Dieu Spray, un Dieu Aérosol qui est un peu partout mais dont on ne sait pas ce qu’il est. " En effet, celui qu’on appelle " dieu " serait comme un sorte de Spray, d’Aérosol, qu’on invoque machinalement pour demander à la vie des faveurs, des consolations… Bref, un Dieu ’Spray’ vaporeux, sans consistance, qui ne serait que la projection de nos besoins, de nos peurs ou de nos manques : un dieu païen et non chrétien… En célébrant ce jour la Sainte Trinité, l’Église nous invite à nous mettre face au Vrai Dieu chrétien. Un Dieu qui s’est révélé comme Père, Fils et Esprit. Mais il a fallu du temps et bien des étapes pour découvrir que Dieu est… 3 Personnes. Rappelons-nous les moments de cette révélation.

Dans La 1ère lecture, on voit Moïse s’émerveiller devant ce Dieu incroyable manifesté au Sinaï. Un Dieu qui s’est choisi un peuple et qui intervient dans son histoire pour l’appeler à grandir en humanité ! Un Dieu qui se révèle un Dieu Unique bien supérieur à tous les dieux que les peuples voisins adorent ! Découverte lente donc que ce Dieu Parle et qu’on doit l’Ecouter… pour « choisir la Vie ».

Puis bien plus tard, Dieu va parler par un Fils. Lui, le Dieu que " personne n’a jamais vu « , prend un visage d’homme. Lumineuse complicité de Jésus de Nazareth avec un Dieu qui n’apparaît plus solitaire. On va alors découvrir que Dieu le Père a un Fils qui est La" Parole de Dieu faite homme ". Dans tout ce que Jésus dit et fait, nous pouvons deviner ce " Père " qui lui a tout appris. " Qui me voit, voit le Père " (Jn 14, 9) … Et là, intervient une 3ème Personne en Dieu : l’Esprit Saint ou l’Esprit du Ressuscité, qui nous conduit au Père et qui nous donne l’audace de Lui dire :" Abba ! Papa chéri ! " . Nous nous découvrons alors " enfants de Dieu " et " frères du Christ. "(cf. 2ème lecture, Rm 8, 14-17). Compliqué ? Non, pas tant que cela, si nous réfléchissons avec le cœur !

Car si Dieu est Amour, c’est que les 3 Personnes de la Trinité vivent dans l’échange de cet Amour. Mais aussi qu’elles veulent nous faire entrer dans leur Amour. De Ses " deux mains " que sont le Christ et l’Esprit, le Père veut comme pétrir nos cœurs d’homme et les façonner « à son image » pour, à notre tour, vivre d’amour… Tout le contraire d’un Dieu Aérosol ! Nous voilà invités à risquer nos existences à une autre hauteur et profondeur !
Michel Retailleau

VIENS ESPRIT SAINT Actes 2, 1-11, Galats 5,16-25, Jean 15 26-27 ; 16 2-5 (23/05/21)

En début de semaine, les juifs ont célébré la Pentecôte. Ils l’appellent Chavouot. Ils y célèbrent la Loi, la Tora, le cadeau que Dieu leur a fait voici 3300 ans sur le Mont Sinaï par Moïse. La première nuit de la fête, ils lisent et étudient la Tora, et au matin, à la synagogue ils écoutent la proclamation solennelle des dix commandements. Ils redisent à Dieu leur merci pour ce don, leur volonté de vivre ces commandements et de rester ainsi dans l’alliance avec Lui.

A l’époque de Jésus les juifs de Judée, de Galilée, et de toute la diaspora, montaient en pèlerinage à Jérusalem pour célébrer ce don de la Loi. Il est certain que les apôtres et disciples étaient réunis pour célébrer cela. Il est certain qu’ils passaient leur nuit à étudier la Tora. Ils le faisaient sans doute à la manière de Jésus : retrouver dans les écritures ce qui le concernait. Et c’est au matin de cette nuit de prière et de méditation que l’Esprit Saint promis par Jésus leur a été donné.

Cette venue de l’Esprit saint est décrite avec les mêmes images que celles de la Bible pour dire le don de la loi au Sinaï : un vent de tempête secoue la maison, un grand bruit ameute la foule, du feu tombe et se partage, de même qu’au Sinaï il y avait l’orage et le vent, le feu des éclairs, et une voix puissante qui a fait trembler le peuple. C’est une manière de dire qu’à la Pentecôte, les apôtres vivaient un nouveau Sinaï. De même que Dieu avait donné la loi à son peuple pour lui enseigner comment vivre l’alliance avec lui, de même il donne à son peuple son Esprit pour une alliance nouvelle. La loi n’est plus inscrite sur des tables de pierre, elle est inscrite directement dans les cœurs comme le promettaient les prophètes. Et cet Esprit accompagne désormais les croyants pour les faire vivre en enfants de Dieu.

Cet Esprit Jésus le nomme le Défenseur : celui qui va les assister dans les épreuves et les persécutions. Il va les aider à comprendre les évènements vécus avec Jésus, sa mort sa résurrection. Il va les faire entrer dans l’intimité de Jésus et du Père. Et il va les aider à témoigner jusqu’au bout du monde. Cela commence aussitôt : ces hommes et femmes calfeutrés dans la chaleur de leur petit groupe qui parle araméen, il les jette dehors en plein vent, au milieu d’une foule de juifs fervents de toutes les nations. Et chacun comprenait leur message dans sa langue. Première annonce d’Evangile, premières conversions : c’est le début de l’Eglise.

La bible parle d’une époque où tous les hommes avaient une langue commune et entreprenaient une construction immense et sans Dieu : Babel. Dieu a interrompu les travaux. Il a brouillé les langues. Cela nous étonne. Mais peut-être Dieu voulait-il nous éviter une fausse piste. L’unité du genre humain n’est pas l’uniformité. La fraternité n’est pas une pensée unique, avec une œuvre unique et obligatoire. Cela c’est le totalitarisme. C’est la guerre lorsque chacun veut que les autres lui ressemblent. Non, à la Pentecôte Dieu nous apprend à vivre ensemble différents. Il nous apprend à surmonter nos divergences, à nous accepter et nous aimer ainsi. De cette manière, nous devenons église catholique, universelle, corps du Christ. Et par l’Esprit, frères et sœurs.

Robert JOURFIER

QU’ILS SOIENT UN ! (16/05/21)

« Qu’ils soient un comme nous-mêmes ! » Cette phrase de Jésus dans l’évangile est très souvent citée pour montrer l’enjeu de la sauvegarde d’une unité dans la première communauté. L’histoire, depuis les origines, prouve que l’unité est toujours à faire. D’autre part, Jésus la demande au Père comme un Don qu’il nous a déjà obtenu par sa prière et acquis au prix de son Sang. La plus belle illustration de cette unité c’est la TRINITE !

« Qu’ils soient un ! » il ne s’agit pas d’être unis comme dans une association quelconque où nous payons notre abonnement et ça y est, nous en faisons partie. Il s’agit d’être unis comme le Père et le Fils sont unis, d’être unis dans le Nom de Dieu, d’être témoins de la résurrection du Christ. Etre témoins de sa résurrection, c’est être porteurs de Vie. Cette unité pour laquelle Jésus prie ne peut exister que si nous entrons dans un chemin de fidélité. Etre fidèle, c’est faire confiance et faire confiance, ce n’est pas un exercice très facile. La qualité de notre unité dépend de notre capacité à faire confiance. Faire confiance au Seigneur, à l’Eglise, à ceux que le Seigneur nous donne comme frères et sœurs, guides ou pasteurs. Faire confiance, c’est avoir la conscience que nous sommes membres de quelque chose de beaucoup plus grand que nous. Parfois nous sommes tentés de faire une « Eglise à notre sauce » et nous oublions que l’Eglise est la manifestation de ce mystère de l’unité, cette unité qui se manifeste malgré les fragilités mêmes que nous pouvons exprimer. Oui, je dis "nous", car s’il n’y a pas de « Peuple de Dieu » il n’y a pas d’Eglise. Et c’est parce que sommes fragiles chacun de nous, que nous avons besoin de grandir dans la confiance, de grandir dans la fidélité, d’être unis toujours plus au Christ. Et faire grandir, parmi nous, cette unité à laquelle nous sommes appelés.

Et le Seigneur nous rappelle que cette unité ne peut trouver son appui que dans la Parole de Dieu elle-même. Cette Parole qui libère, qui relève, qui guérit. Cette Parole de Dieu qui transforme. Et c’est dans cette Parole-là que le Christ demande au Père que nous soyons sanctifiés. Et c’est par cette Parole que le Christ nous envoie. Si notre unité dépend de notre capacité à faire confiance, elle dépend aussi de notre capacité à être fidèles au Christ. Et être fidèle au Christ c’est justement proclamer, par nos actes, nos paroles, notre vie, que Jésus est notre Sauveur. Mais en quoi est-il notre Sauveur ? Il est notre Sauveur car par le don de sa vie et sa résurrection il a restauré, en nous, l’image et la ressemblance de Dieu ; en d’autres termes, il a vraiment restauré notre capacité d’aimer. Car il nous a révélé le Nom de Dieu et le Nom de Dieu est Amour. Le Christ nous a redonné le sens de notre vocation : nous sommes appelés à être saints, autrement dit, à être porteurs de vie ! Avons-nous cette envie de répondre à cet appel du Christ qui nous envoie ? Et s’il nous envoie ce n’est pas pour autre chose que pour être témoins de sa résurrection, témoins de son amour, témoins de la Vie.

Jean Pierre MAÇON

L’AMOUR EN SA SOURCE ( Actes 10 ; 1 Jn 7-10 ; Jn 15, 9-17) (9/05/21)

Les Actes des Apôtres (10 et 11) relatent la visite de l’apôtre Pierre chez un officier romain : Corneille. Pour les juifs, les païens étaient impurs et on n’entrait pas dans leurs maisons. Cette visite était donc loin d’être spontanée et Il a fallu que Dieu lui-même l’organise. Il a fallu que Corneille ait une vision l’invitant à faire appel à Pierre. Et il a fallu que Pierre ait une vision, qu’il n’a pas comprise, où Dieu l’invitait à manger des animaux interdits. « Non disait Pierre, je n’ai jamais rien mangé d’impur ! » Mais une voix lui disait : « Ce que Dieu a rendu pur, toi ne le déclare pas impur ».

A ce moment-là arrivent les envoyés du centurion Corneille. Pierre comprend alors qu’aux yeux de Dieu, si tous les animaux sont purs, tous les hommes le sont aussi. Et il expliquera à Corneille : « En vérité je le comprends, Dieu ne fait pas de différence entre les hommes. » Corneille et toute sa famille seront ainsi les premiers païens baptisés. Cet événement était considérable pour les juifs disciples de Jésus. Cela n’a pas été simple pour eux d’être dans la même Église, avec des anciens païens. Depuis leur naissance ils avaient appris à les éviter et les mépriser. Et voilà que peu à peu ils doivent admettre que « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes et qu’il accueille ceux qui l’adorent et font ce qui est juste ». Et ils doivent vivre et célébrer avec eux.

Saint Jean (2° lecture) donne le fondement de cette découverte que fait Pierre : « Celui qui aime connait Dieu ». Tous ceux qui aiment, qu’ils soient juifs ou païens ou athées, sont nés de Dieu, enfants de Dieu et connaissent Dieu. Parce que l’amour vient de Dieu. Et Il nous a aimés le premier, gratuitement sans mérite de notre part. Alors comme dit Pierre, comment pourrions-nous rejeter tous ces autres que Dieu a aimés tout aussi gratuitement que nous ? Comme il le disait encore à Corneille : « Relève-toi. Je ne suis qu’un homme moi aussi. » Toi comme moi, Dieu nous aime gratuitement.

Jésus dans l’Évangile décrit cet amour qui, du Père qui est l’Amour en sa source, ruisselle sur Jésus, de lui à nous et de nous aux autres et au monde. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans cet amour » qui vous est gratuitement donné. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisis c’est moi qui vous ai choisis » et « vous êtes mes amis », que vous soyez juifs ou païens. Donc aimez-vous les uns les autres.

Il nous invite au plus grand amour qui est de se donner sans retenue, sans limite, à sa manière et à la manière de Dieu. Le pape Francois dans « Fratelli tutti » souligne la dimension sociale et internationale de cet amour des autres. La fraternité universelle ne peut se construire seulement sur le droit et le commerce, mais sur la gratuité (FT Ch. 5) Les efforts pour gérer en commun la pandémie et faire du vaccin un bien public mondial vont dans ce sens.
L’amour vient de Dieu qui nous a aimés gratuitement : « Aimez-vous et vous serez comblés de ma joie »

Robert JOURFIER

TAILLÉS POUR RÉVEILLER L’ÂME DU MONDE ! Jean 15, 1-8 (2/05/21

Il y a peu, on nous annonçait la catastrophe des gelées sur les jeunes bourgeons de la vigne avec une perte possible des 3/4 de la récolte de vin. Image climatique qui peut suggérer la vision de notre monde comme victime de gelées de toutes sortes qui ravagent les fragiles bourgeons de la confiance, du partage et de l’espérance ! Depuis 2000 ans, la parabole de la Vigne ne cesse de rappeler que Dieu a voulu se lier à l’homme pour faire vivre l’humanité : " Moi, je suis la Vraie Vigne et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève. " " Moi, je suis la Vraie Vigne ", Parole " Moi, je…" et image de la Vigne qui claquent comme un Appel à féconder nos vies de la Présence de Dieu !

Les ’sarments’ de la Vigne, c’est-à-dire les disciples, ne peuvent " porter du fruit " que s’ils sont reliés au Cep qu’est Jésus. Il ne suffit pas d’être baptisé ou confirmé pour être automatiquement lié au Christ. Il nous faut accepter d’être émondés : "taillés" par le tranchant de la Parole de Dieu et par le désir de vivre en frères. "Taillés" aussi par les épreuves de la vie pour que la Sève du Ressuscité monte et coule à même dans nos veines, notre tête, nos bras, nos cœurs. Regardons St Paul. Combien de fois n’a-t-il pas été " taillé " par Dieu pour que de " persécuteur des chrétiens " qu’il était, il devienne cet apôtre intrépide et courageux, invitant chacun à faire mourir en lui le " vieil homme " pour laisser naître " l’homme nouveau ". A nous tous, les sarments, il est rappelé que se détourner de l’union avec le Christ, c’est risquer le dessèchement du cœur et se couper de la Source de la Vie.

St Jean complète l’image de la Vigne par l’image de la " demeure " (8 fois employés, le verbe " demeurer" ! ). La demeure, c’est le lieu qu’on habite, et plus largement, le lieu où l’on se pose, se repose, où l’on est soi-même. Jésus propose aux sarments de se poser en lui pour "porter du fruit". Il s’offre comme notre point d’ancrage dans la vie à l’image de St Paul : " Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi." Demeurer en nous et nous en lui, c’est d’Alliance qu’il s’agit pour ’porter du fruit’. En apprenant à vivre nos engagements petits et grands en sa Présence et à durer dans la fidélité à son Amitié. Combien se plaignent de mener une vie plate, sans hauteur ni profondeur. Dans la Vigne du monde où Dieu travaille et taille, l’Esprit Saint cherche des témoins ardents, nourris de la Sève de l’Evangile. Il est l’heure de réveiller l’âme trop souvent ’congelée’ de nous-mêmes et du monde !

Michel Retailleau

IL FALLAIT, SELON LES ÉCRITURES (25/04/2021)

« Je vous l’avais dit : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse et les psaumes. » Il faut, il fallait. Jésus avait déjà dit cela aux deux disciples sur le chemin d’Emmaüs ce qui lui est arrivé était une nécessité intérieure, quelque chose qui s’imposait à lui au plus profond de son cœur. Et c’était lié aux Écritures, sa prière, sa méditation des écritures.

Jésus accomplit les Écritures. Spontanément nous pensons à quelques passages où nous reconnaissons Jésus, par exemple les quatre chants du Serviteur dans le prophète Isaïe (ch 42 à 53), ou le psaume 21 (22), ou encore les textes du prophète Daniel (ch. 7) sur le Fils de l’homme, et quelques autres. Comme dit Pierre dans la première lecture « Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par les prophètes. (Actes 3, 18) » Mais l’accomplissement des écritures c’est beaucoup plus que dire « c’était écrit, c’était programmé ». Dire que Jésus accompli les écritures, c’est dire qu’il en est la clé, et que lorsqu’on relit la Bible à travers Jésus on comprend où Dieu voulait en venir. On comprend le projet. Jésus donne sens à l’Écriture.

C’est à la fin qu’on comprend. . Voici des années je travaillais dans la maçonnerie et nous allions régulièrement déverser nos camions de démolition dans un immense enclos. J’ai su que nous étions en train d’agrandir le parc de la Courneuve. Moi je ne voyais qu’une vaste décharge, un chaos de gravats. Pourtant des architectes paysagistes, et même le gardien qui dirigeait les camions savaient ce qu’ils faisaient. Ils voyaient déjà là des collines, un lac, une prairie. Moi j’ai dû attendre que tout soit fini et planté pour comprendre la cohérence et la beauté de ce projet

Dieu ressemble à cet architecte. Son œuvre c’est le salut de l’humanité. Mais il a fallu que Jésus vienne pour que nous puissions comprendre la beauté de son projet. Un « projet bienveillant en notre faveur dit St Paul, réunir l’univers dans le Christ (Ephésiens 1,9-10) ». Il a conduit ce chantiers patiemment au long des siècles. Il a fait appel aux nombreux collaborateurs dont parle la Bible : Adam, Noé, Abraham, Moïse, les prophètes, Marie ... et le peuple choisi tout entier. Il y a eu des hauts et des bas et parfois des reculs parce que les partenaires n’étaient pas toujours à la hauteur. Mais lorsque Jésus est venu, nous avons compris le projet de Dieu et sa longue patience pour le réaliser.

Nous avons compris aussi pourquoi Jésus disait « il fallait ». Pour nous entrainer tous dans la résurrection et la vie éternelle que Dieu veut nous donner, il fallait que Jésus affronte la mort et la traverse. Pour nous apprendre à vivre d’amour et de pardon comme Dieu lui-même, il fallait que Jésus traverse la haine et en soit vainqueur. Pour faire de nous des enfants de Dieu, il fallait que Jésus marche en tête. Jésus a accompli les écritures parce qu’il est entré corps et âme dans le projet de Dieu. Le chantier n’est pas terminé. Nous en sommes aux finitions et Dieu compte aussi sur nous.

Robert JOURFIER

RÉSURRECTION ET CHANGEMENT DE REGARD Jn 20, 19-31 (11/04/21)

A la lecture de cet évangile, je me suis vite interrogé : pourquoi Jean commence-t-il par « c’était après la mort de Jésus » et non pas par « c’était après la résurrection de Jésus » ? Question qui peut sembler sans aucun intérêt mais en fait, elle a son importance si on regarde de près ce qui va se passer par la suite. L’évangéliste, à partir de l’apôtre Thomas, va nous faire entrer dans son expérience de rencontre avec le Ressuscité. Avec lui, nous sommes témoins de la naissance de la foi au Christ ressuscité. Cette naissance a attendu 8 jours pour s’accomplir. Mais nous avons en Thomas l’une des plus belles professions de foi de l’évangile : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

La résurrection est l’événement majeur qui a changé la vie des apôtres et de tous ceux qui avaient suivi Jésus. Elle a changé leurs regards sur le monde et sur eux-mêmes. Elle a changé leurs manières de " voir " Dieu et son Amour pour l’humanité. D’un regard pessimiste sur le monde et leur histoire, les disciples du Christ sont passés à un regard plein d’Espérance. Ils ont appris à regarder le monde et les autres avec bienveillance, avec confiance, et avec la capacité d’accueillir les fragilités des autres mais aussi les leurs. La résurrection du Christ doit aussi changer notre manière de voir les évènements qui nous arrivent, car elle nous fait entrer dans cette marche de l’Espérance. Cette Espérance nous fait entrer certes dans un demain où il n’y aura plus de COVID 19, en étant tous sauvés avec le VACCIN. Mais plus encore, en nous invitant à prendre davantage soin les uns des autres, cette Espérance tourne notre regard vers l’éternité. Oui, l’éternité ! Dans un monde qui prône l’immédiateté, l’éternité est devenue « produit » de luxe. « Nous sommes créés pour la vie et la résurrection est notre certitude. » écrivait le jeune Henri GROUES (futur Abbé PIERRE).

Mais peut être sommes-nous comme Thomas. Nous aussi avons besoin de « voir pour croire ». Mais ce n’est pas le fait de voir qui peut nous faire croire. C’est le fait de vivre de cela. C’est le désir de rencontrer quotidiennement le Christ ressuscité dans notre vie. C’est nous rendre compte que sur nous, repose la grâce du Seigneur. Et la grâce, c’est la présence de Dieu en nous, c’est l’Amour de Dieu en nous. Et l’Amour de Dieu qui est en nous est créateur. Cet amour est Source de vie. Mais pour qu’il nous « ressuscite » nous avons besoin de l’accueillir, d’aller à la Source, de vivre dans notre vie cette profession de foi qui nous fait reconnaître que Jésus Christ, mort et ressuscité est notre Seigneur et notre Dieu. Nous faisons partie de ceux qui comme Thomas entendent de la bouche du Christ : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

Jean Pierre MAÇON

LE CRUCIFIE-RESSUSCITE S’INVITE Marc 16, 1-7 (5/4/21)

Mais que se passe-t-il donc dans la tête de ces 3 femmes, Marie-Madeleine, Marie et Salomé qui, à l’aube de Pâques, se rendent au tombeau où Jésus a été déposé ? Elles vont " embaumer son corps ". Intention louable que rendre hommage à un mort et de garder son souvenir intact mais ce n’est qu’embaumer un passé : Jésus, c’était hier ! Et tout à leur tristesse, elles avancent en s’interrogeant sur l’énorme pierre qui barre le tombeau. " Qui de nous pourra la rouler ? " A leur arrivée, elles n’en croient pas leurs yeux, la pierre a été roulée de côté. Mais du corps de Jésus, pas de trace ! " Elles sont "saisies de frayeur ".

En entrant dans le tombeau, un inconnu, " jeune homme vêtu de blanc " les avertit : " Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est Ressuscité : il n’est pas ici. " C’est la désillusion ! Elles n’auront même pas de reliques à rapporter ni de linge mortuaire à garder en souvenir ! Rien de tout cela qu’on aimerait garder d’un mort que l’on a aimé. Seules ces mystérieuses paroles : "Allez dire à Pierre et ses disciples (qui, eux aussi, avaient eu peur et fui à l’arrestation de Jésus), Il vous attend en Galilée. " La Galilée, c’est leur pays, leur chez eux. C’est "chez eux" qu’ils sont attendus, pour qu’ils s’ouvrent à une Présence tout autre de Jésus. Pour vivre autrement avec Lui et passer de la peur à la Joie.

Là, comprenons bien ce que n’est pas la Résurrection ! Elle n’est pas la réanimation de Jésus qui aurait repris sa vie comme avant. Il vit autrement, d’une manière nouvelle qu’on ne peut entrevoir que par la foi. La Résurrection n’est ni un retour à la vie d’avant ni une réincarnation. Elle n’est pas non plus un " happy end " cinématographique, une histoire qui finit bien après les jours tragiques de la Passion. Encore moins une " belle fin " qui nous transporterait par magie dans un avenir radieux, nous dispensant des combats de la vie.

Croire en la Résurrection, c’est croire que la Présence mystérieuse du Crucifié-Ressuscité s’invite dans nos " frayeurs ", nos peurs de vivre, pour Guérir ce qui est fêlé ou cassé dans nos vies personnelles ou collectives. Chez l’homme et dans l’humanité comme dans les déséquilibres écologiques. N’ayons pas peur de vivre au monde, le Christ nous a devancés ! Près de 2000 ans après, avec les 3639 baptisés adultes de ce jour en France (dont Romina chez nous), nous sommes témoins qu’une même Puissance de Vie agit secrètement dans nos ’croix’ et qu’une Présence bienveillante nous tire en avant. Le monde et nos vies ne sont plus soumis au fatalisme et à la désespérance. L’Énergie et la Joie de Pâques sont à l’œuvre dans nos relations et nos engagements pour ouvrir nos "tombeaux" et toutes nos prisons !

Michel Retailleau

VISAGE DE DIEU (28/03/21)

« Commencement de la Bonne nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu » annonce le titre de l’évangile de Saint Marc. « Fils de Dieu ! » Pas moins ! Et le jour des Rameaux, les gens l’acclament comme fils du roi David venu au nom du Seigneur. Mais ce que nous voyons dans le récit de la Passion, ce n’est qu’un fils d’homme limité. Qui tombe à terre de tristesse et supplie Dieu dans la solitude. Qui est arrêté comme un terroriste, abandonné, renié par ses amis, battu, humilié, insulté jusque sur la croix.
Est-ce là le Fils de Dieu ? L’image parfaite de la gloire de Dieu (Hébreux 1,1-4) ? La lumière née de la lumière (credo) ? Nous ne voyons que de l’obscurité, de la mort, et l’image tragique d’un homme en échec. C’est l’avis de Pilate : Jésus n’est qu’un de ces agitateurs qui se prend pour le Messie et qu’il faut empêcher de nuire. Et c’est l’avis des Grands Prêtres pour qui il n’est qu’un menteur qui insulte Dieu et mérite la mort.
Les malades et les possédés que Jésus avait guéris l’avaient deviné : « Tu es le saint de Dieu ». Les disciples aussi le jour de la transfiguration, et Pierre un jour à Césarée : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » Mais Jésus leur avait imposé de se taire. Craignant une mauvaise compréhension de ces mots, il avait interdit d’en parler.
Et voilà que lui-même, Jésus, consent à le reconnaitre ces jours-là. « – Es-tu le Christ, le fils du Dieu béni ? – Oui je le suis et vous verrez le fils de l’homme siéger à la droite du Tout Puissant et venir sur les nuées du ciel » Ainsi ce que Jésus n’a pas laissé dire au temps de ses miracles et de ses succès, il ose le dire à ce moment de l’humiliation et de la mort. Pourquoi ? Parce que la croix en dit plus sur Dieu que tous les miracles. Dès qu’il meurt, le rideau qui ferme le sanctuaire dans le temple se déchire. Image forte qui dit que Dieu, à ce moment-là se dévoile. Il montre son vrai visage. Et si beaucoup ne l’ont pas reconnu, c’est qu’ils avaient en tête un autre visage de Dieu.
« Qui me voit, voit le Père » disait Jésus. C’est vrai aussi sur la croix. Tous l’imaginaient puissant. Mais sur la croix on ne voit ni la puissance du pouvoir, ni celle de la beauté. On ne voit que la puissance, et l’impuissance de l’amour. Pas plus que Jésus, le Père n’aime la mort, mais il aime l’amour. Le Père aime l’amour que Jésus a montré durant sa vie à tous les pécheurs et aux souffrants. Il aime la fidélité de ce Fils capable d’aller au bout de lui-même en se donnant si totalement pour le service de ses frères. Cet amour-là dit Jésus, « C’est le Père qui me l’a enseigné » (Jean 5, 19)
La croix nous révèle un Dieu dont la raison d’être est d’aimer et de se donner et qui vient au-devant de nous, nu, vulnérable et les mains ouvertes. Capable de comprendre nos épreuves et souffrances, Lui qui les a vécues. Disons comme Lui cette prière qui monte de tous les cœurs qui souffrent : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Psaume 21, 22). Elle se termine en action de grâces : « Tu m’as exaucé et je te chante »
Quel est visage de Dieu avons-nous en tête ? Si nous sommes séduits par ce pouvoir de l’amour et du don, demandons-lui. Il en est la Source.
Robert JOUFIER

SA VOLONTÉ D’AIMER L’HOMME (21/03/21)

Les récits bibliques de ce dimanche nous invitent à regarder de plus près comment Dieu s’engage dans une Alliance. Face à nos désobéissances, nos détournements, Dieu lui même ajustera cette Alliance au fil des rencontres, partant de Noé en passant par Abraham et Moïse. On pourrait dire que dès l’origine Dieu est amoureux de l’homme, mais ses déclarations n’ont pas été bien reçues, car venant de l’extérieur. Il faudra du temps pour que les hommes tombent amoureux de Lui. Avec le Prophète Jérémie s’annonce celui qui va vraiment être en sa Personne l’Alliance voulue par Dieu. Désormais Il promet de s’adresser à eux au plus intime d’eux-mêmes, du dedans et d’en bas, car c’est parce que son Fils s’est abaissé que son Père l’a élevé et glorifié. Ainsi l’humanité est sauvée. « Dieu est Alliance ». Suis-je conscient de cette dimension divine ?

Ce temps de Carême est l’espace pour relire ma manière de vivre avec moi-même, avec les autres et Dieu. Je sais, je suis pécheur. J’ai brisé les liens, j’ai offensé, blessé, trahi. Je suis fait de la même humanité que Caïn et Abel ; j’ai offensé et j’ai crié « Aide-moi Seigneur » et Il ne s’est pas détourné de moi. Il s’allie à ma démarche et m’invite à la réconciliation, à me lier à nouveau au projet amoureux auquel le Père nous invite. Il ne s’est pas détourné de nous face à nos ruptures d’Alliance. Il est là, il nous (m)’attend, il (m)’entend.

Avec le texte de la lettre aux Hébreux, St Paul nous rappelle que c’est par ses souffrances et son obéissance que le Christ homme est devenu le signe de l’Alliance Nouvelle. Entre le Père et le Fils, entre Dieu et l’humanité, il y a cette engendrement d’amour « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ais aimés ». Je reste émerveillé de la fidélité de Dieu et de sa Volonté d’aimer l’homme. Chaque jour, les médias relatent des faits montrant que l’homme est un " loup pour l’homme". Comment entendre à nouveau cette Appel de Dieu à prendre soin de l’autre ? N’est- ce pas ce que fait le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) dans ses engagements à travers le monde, en prenant soin de l’humain et de la "maison commune" ? D’abord en apprenant à AIMER et à COMPRENDRE ce que chacun vit. Puis ensemble, réfléchissant aux besoins et CHANGEMENT possible et S’ENGAGEANT à un partenariat durable. Dieu n’en fait-il pas autant avec notre humanité, avec nous-mêmes ?

L’expérience chrétienne n’est-elle pas une belle aventure à partager avec d’autres, à rendre présente la Gloire de Dieu ? S’engager à la suite du Christ comme ROMINA, ce week-end. Invitation faite à tous. A l’exemple du Christ, nous devons travailler notre relation de confiance en Dieu... Seigneur Jésus, tu admires les champs : « Un grain de blé tombé dans la terre produit un bel épi rempli de grains. » Qu’avec Toi, ma vie produise beaucoup de fruits d’amour. Vivons dans la joie d’être habités par l’Esprit Saint à l’approche de Pâques !

Jean Pierre Maçon
« »

AVEC LA FOI, VIVRE C’EST CADEAU ! Jn 3, 14-21 (14/03/21)

Dans ce monde défiguré par les injustices, la violence, les inégalités, les pandémies… Dieu se serait-il absenté ? Jésus serait-Il venu habiter notre humanité pour rien ? Et pour rien sa mort sur la croix ?... A se poser certaines questions, l’esprit chavire. Or, c’est à ces questions essentielles que les textes de ce Dimanche veulent répondre. " Dieu a envoyé son Fils dans le monde, nous dit St Jean, non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. " Et St Paul : " Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés…, ils nous a donné la vie avec le Christ. " Autrement dit, c’est par Amour que Dieu que Dieu a fait Alliance avec nous, et s’est engagé à nous " sauver " et à " nous donner la vie. "

On peut douter d’une telle affirmation tant, à certains jours, nous avons peine à la voir se réaliser. Car vivre demeure toujours une aventure avec ses joies mais aussi ses errances ; ses instants de bonheur mais aussi ses échecs. A certains jours, le chemin professionnel, affectif, financier… paraît tout tracé, mais à d’autres, il nous laisse tout désemparés. Notre foi se vit " dans le soleil ou le brouillard " avec ses joies mais aussi ses " croix ". Alors qu’entend St Jean par :" Dieu a envoyé son Fils dans le monde… pour que le monde soit sauvé. " ?

"Sauver" nos existences pour qu’elles trouvent sens et bonheur à les vivre en profondeur, c’est notre désir à tous, mais comment ? Le Christ ne nous sauve pas magiquement et sans nous des ’coups de la vie’. C’est en nous rejoignant au cœur même des aléas de l’existence qu’ Il nous " attire " et nous fait désirer vivre une vie semblable à la sienne, lui qui sait ce qu’est vraiment VIVRE ! Il est un formidable " accoucheur " de nos humanités crispées et peureuses. En espagnol, le verbe " accoucher " se traduit par : ’ Dar a luz’ = ’Donner la lumière’. Jésus nous sauve, en nous " donnant la lumière " d’une vie donnée et offerte. Et en nous aidant par l’Esprit Saint à faire " venir à la lumière " nos existences ! " Celui qui fait la vérité (avec lui, les autres et Dieu) vient à la lumière. "

Aussi, comment ne pas nous réjouir avec St Paul qui nous dit : " c’est par grâce que vous êtes sauvés." " C’est CADEAU " gratuit de la part de Dieu qui, en Jésus, « nous donne la Vie ! » Mais c’est un cadeau qui s’accompagne des exigences et du "combat de la foi " pour que nos "ténèbres" laissent place à la " lumière " du Christ qui brille en nous depuis notre baptême. En vivant ce Carême, nous est-il déjà DONNE de " venir à la lumière " en des domaines de notre vie ? Pouvons-nous dire avec Paul : " Cela ne vient pas de nous, c’est le Don de Dieu " ?

Michel Retailleau

Présence de Dieu parmi nous (Jean 2, 13-25) (7/03/21)

Jésus respectait le temple. Depuis son enfance, il y venait en pèlerinage pour les fêtes. Il y enseignait. C’était le lieu saint, où Dieu faisait habiter son Nom. Alors pourquoi ce coup de sang vis-à-vis des commerçants ? Ils ne sont pas dans le temple. Ils sont sur le parvis des païens où n’importe qui pouvait aller. Et ils sont indispensables puisqu’ils vendent aux fidèles les animaux nécessaires aux sacrifices. Et il fallait bien des changeurs de monnaie, puisque les monnaies romaines représentant l’empereur-dieu n’étaient pas acceptées. Alors pourquoi ce geste dangereux qui a précipité sa perte, puisque ni le pouvoir des grands prêtres, ni le pouvoir romain ne pouvaient tolérer que l’on s’attaque ainsi au symbole de la nation et de leur autorité.

Il est probable que Jésus a choisi intentionnellement de mettre en scène un oracle du prophète Jérémie où Dieu critique le temple : « Cette maison où habite mon nom, la prenez-vous pour une caverne de bandits ? ». Jésus avait à cœur le respect du culte et de « la maison de son Père ». Il a toujours dénoncé le culte hypocrite, non suivi d’une vie juste. Surtout il critiquait l’argent, souvent sale, lié à la corruption et, que certains donnaient au temple pour se faire pardonner. Jésus ce jour-là agissait comme les prophètes.

Il mettait en scène aussi la prophétie de Zacharie « Le jour du messie, disait Zacharie, il n’y aura plus de marchand dans le temple du Seigneur... parce que l’on n’aura plus besoin de rien pour le culte sacré, parce que tout le pays, même les marmites et les clochettes des chevaux seront consacrés au Seigneur ». Jésus l’avait dit à la femme de Samarie : « Le jour viendra où ce n’est plus ici ni à Jérusalem qu’on adorera Dieu, mais c’est en esprit et vérité ». Jésus ce jour-là se comportait comme le messie annoncé et attendu.

Dans la controverse qui a suivi avec les autorités, il dit : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai. » Et l’évangile explique : « il parlait du temple de son corps » Ce sont des phrases mystérieuses, mais le mot relever nous met sur la voie. C’est le mot employé pour la résurrection de Jésus. Ce n’est pas Dieu qui détruira Jésus, mais c’est Lui qui le relèvera. Ainsi, on passe du temple maison de Dieu, à la personne de Jésus ressuscité, nouveau temple. Du sanctuaire du temple, Dieu rayonnait sur tout son peuple, comme « une source d’eau vive irrigue tout un pays » disait le prophète Ezéchiel. Désormais cette source de vie, est en Jésus ressuscité, Dieu avec nous jusqu’à la fin des temps.

Alors que Dieu nous garde des pièges de l’argent ! Qu’il nous garde de faire de la prière un lieu de trafic (Si tu me donnes cela je partirai en pèlerinage)… Nos statues, nos églises, surtout quand elles sont belles, nous aident à prier, mais que Dieu nous garde de l’idolâtrie.
Nous sommes nous-mêmes, depuis le baptême, des temples de l’Esprit saint, comme dit St Paul, alors que Dieu nous garde de nous mépriser les uns les autres... Mais surtout qu’Il nous donne de chercher sa présence dans Jésus ressuscité : les Evangiles les Sacrements, l’Eucharistie, l’Eglise qu’Il nous a donnés. Ce sont les sources de vie, les lieux qui nous rassemblent et nous mettent en communion avec lui.

Robert Jourfier

QUAND IL N’EST PLUS FACILE DE CROIRE ! ( 28/02/21)

La Transfiguration sur la montagne se situe à un moment important de la vie de Jésus. Durant un certain temps, les foules avaient reçu son message avec enthousiasme. Aussi devenait-il une menace pour les autorités en place. Moment de doute et d’interrogation. Comme à son habitude, Jésus se met à l’écart et se retire dans la montagne pour prier. Mais cette fois-ci, il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean. Pour les trois apôtres, moment de consolation. La transfiguration projette un éclairage nouveau sur le parcours du Christ. On peut résumer cet événement par la signification suivante : « Même si un jour vous me voyez défiguré, frappé, humilié, tué, sachez que je suis toujours le Fils bien-aimé qui donne sa vie par amour. »

Cet évangile éclaire la vie de Jésus, mais il éclaire aussi chacune de nos vies. Face aux difficultés que nous rencontrons, les moments de contact avec Dieu peuvent nous redonner le courage nécessaire pour "descendre de la montagne" et faire face aux problèmes que nous traversons. Il est facile « d’avoir la foi » lorsque tout va bien dans notre famille, au travail, dans notre pays... que l’économie fonctionne à plein et que nous sommes en bonne santé. C’est plus difficile lorsque nous traversons une période de crise, d’incertitude, de maladie grave... Il est parfois difficile de voir la lumière au bout du tunnel. Nous recherchons le plus de sécurité possible, nous multiplions les polices d’assurance mais la vie est toujours un risque et aucune assurance ne peut nous protéger contre toutes les éventualités négatives. La maladie et la mort sont des réalités de la vie, de même que les divisions dans nos familles, les séparations et les divorces, la violence au foyer, la vieillesse, la solitude...

Pierre aurait bien voulu rester sur la montagne, où il se sentait en paix et loin de tous les problèmes de la vie quotidienne : « Il est heureux que nous soyons ici ; dressons donc trois tentes... ». Mais il a dû descendre dans la plaine et reprendre douloureusement le chemin derrière Jésus. Mais ce moment de prière et de transfiguration lui avait redonné le courage de continuer à marcher.

Il est important pour nous, les chrétiens, d’entrer en contact avec Dieu de façon régulière, et plus encore dans ce temps du Carême, ainsi nous pourrons suivre Jésus jusqu’à Jérusalem. La Transfiguration est un peu comme une oasis au milieu du désert, une source d’eau claire sur la route de notre pèlerinage vers la vie pleine et entière. Dans ces moments de rencontre avec Dieu, le Seigneur nous rassure et nous rappelle que nous sommes toujours ses filles et ses fils bien-aimés.

Jean Pierre Maçon

BESOIN D’ÊTRE GUERIS DE NOS LÈPRES (14/02/2021)

A l’aube de l’entrée en Carême, Marc nous présente Jésus qui bouscule tous les codes de la loi . Une rencontre qui va bousculer son auditoire. Depuis quelques semaines, Marc nous décrit un portrait de Jésus qui guérit des personnes habités par des souffrances, et cela se passe dans trois lieux différents : en premier dans un espace religieux, puis dans un espace plus restreint (familial) et aujourd’hui ; c’est dans un espace public.

Marc nous parle d’un être humain marginalisé et qui vit sa condition de lépreux selon les règles sanitaires imposées dans le livre du Lévitique (1ère lecture) mais qui , courageusement, va dépasser la contrainte de « mise à l’écart »qu’il est tenu de respecter. Lui, le lépreux, le maudit, l’humilié, l’exclu considéré comme un « impur » aux yeux de tous, va oser enfreindre la règle, en allant se jeter aux pieds de Jésus. « IL vient trouver Jésus, tombe à genoux et le supplie. »
Jésus ne le rabroue pas, ne s’écarte pas. Même il est pris de pitié, de compassion devant ce frère en humanité. Jésus fait un geste remarquable avec cette personne intouchable ; il lui donne la main. Il ose un geste pour entrer en relation fraternelle. IL se fait là, « le prochain de tous. »

Nous touchons ici au plus profond désir de Dieu sur nous, ainsi qu’à notre besoin le plus fondamental. Car nous sommes souvent mis à l’épreuve dans nos vies, humiliés et blessés par nos faiblesses et nos manquements. Nous avons besoin de guérison afin de vivre le plus fidèlement possible comme les enfants de Dieu que nous sommes, car nul ne peut échapper au mal qui nous assaille, au péché qui prend trop souvent le dessus sur nous. Jésus vient nous libérer de cette emprise du mal sur nos vies, il vient nous purifier. Nous pouvons vivre de telles expériences.
Dans cette grâce et expérience de purification, de guérison, il y a une part qui dépend de Dieu et une autre qui dépend de moi. Ce qui dépend de Dieu c’est de l’accorder. Je peux le souhaiter et le prier : « Oui Seigneur Je me confie en toi » Pour ce qui dépend de moi, c’est de faire la démarche, d’ouvrir mon cœur et d’oser m’adresser à Jésus afin de demander que la puissance de guérison et de purification de Dieu vienne reposer sur moi. Est-ce que je peux m’adresser à Jésus avec la même foi que celle du lépreux ? Mercredi, les Cendres, le Carême. Jésus veut nous débarrasser de nos impuretés... Est-ce que je crois que Jésus peut me guérir et me purifier de ma propre lèpre ?

Jean Pierre MAÇON

DIEU DE L’UNIVERS, RELÈVE-NOUS Job ; Mc 1, 29-39 (7/02/2021)

Pourquoi le mal ? Pourquoi ma souffrance ? C’est la question qui taraude Job dans la Bible. Job est très riche. Il a une femme et dix enfants. Il est un homme juste qui respecte Dieu et s’écarte du mal. Il est irréprochable. Et voilà que d’un seul coup, il perd tout : ses richesses, ses enfants, sa santé. Une lèpre répugnante l’oblige à se tenir à l’écart dans la déchetterie. Sa femme le veut mort. Job est dans une solitude totale. Et il exprime sa plainte, ses souffrances physiques et psychiques,« A peine couché, je me dis à quand le jour. Je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. La nourriture me dégoute. Ma vie est une corvée. Pourquoi suis-je né ? » Ces mots de 2500 ans sont les mots de tous ceux qui souffrent.

Trois amis lui disent ce que tout le monde pensait : Dieu récompense les bons et punit les méchants. « Donc, disent-ils, si tu souffres c’est que Dieu te punit de quelque chose. Reconnais-le et tout rentrera dans l’ordre. » Mais Job refuse de toutes ses forces cette explication. Il a vu trop de voyous réussir et trop de justes souffrir. Lui-même n’a rien fait contre Dieu et ne mérite pas une telle souffrance. Il croit que Dieu est juste, et son sort est injuste. Ses amis lui reprochent de s’entêter : « Dieu corrige ceux qu’il aime, ne dédaigne pas ses leçons. » Job refuse encore et leur dit de se taire : « Qui vous réduira au silence Ecoutez-moi : c’est ainsi que vous me consolerez. » Se taire lorsqu’on veut aider une personne qui souffre est la bonne attitude. Se taire mais être là, à ses côtés, lui tenir la main, rafraîchir son visage, l’écouter : tout cela vaut mieux que les paroles inutiles.

Job est révolté, mais ne cesse pas de croire en Dieu. Dieu est juste et il ne comprend pas pourquoi il doit souffrir ainsi. Alors il demande à Dieu des explications, il exige une réponse. Il lui fait un procès. Puis finalement, il lâche prise, « je ne fais pas le poids » dit-il, et humblement il s’en remet à Dieu. Et enfin Dieu prend la parole : Il dit aux amis de Job, qu’ils n’y connaissent rien. Nos malheurs et souffrances ne sont jamais des punitions ou des corrections de Dieu. Et Dieu dit que le seul, qui a bien parlé de Lui, c’est Job. Ainsi nous sommes autorisés à nous révolter, quand nous souffrons. Nous pouvons crier vers Dieu, lui dire notre détresse, notre colère. Mais garder confiance. Et nous tenir dans sa main.
Et Jésus ? Il n’est pas venu expliquer l’épaisseur du mal. Regardons la croix : Il est venu nous rejoindre dedans et le traverser avec nous. Et il lutte contre lui de toutes ses forces, guérissant les malades, expulsant les démons. Le mal qui nous assaille et assaille tous les hommes n’est pas dans le projet de Dieu. C’est notre mission de chrétien, à la suite de Jésus, de lutter fort pour nous en débarrasser.

Pour guérir la belle-mère de Pierre, Jésus la prends par la main et la fait se lever : Dieu est celui qui nous prend la main et nous fait nous lever, de l’épreuve, de la maladie qui dure, de l’angoisse, de la mort. Il n’a pas fait la mort, il n’envoie pas la maladie mais il nous relève comme il a relevé Jésus de la mort. Quel malheur, comme dit St Paul, si nous n’annoncions pas cette Bonne Nouvelle !

Robert Jourfier

UNE AUTORITÉ QUI VIENT D’EN-HAUT ! Mc 1, 21-28 (31/01/21)

Dimanche dernier, l’Évangile retraçait l’Appel des premiers disciples mais sans rien dire du déclic qui les avait fait " suivre " Jésus. Aujourd’hui, St Marc lève le voile : ils ont été " scotchés " comme les gens de Capharnaüm, " frappés de son enseignement car il enseignait en homme qui a autorité ". Ses paroles mais aussi ses actes étaient sources de guérison, car " il commandait même aux esprits impurs et ils lui obéissaient. " Or, le même effet produit par Jésus sur son auditoire continue à s’exercer 2000 ans après. Car l’homme, au travers même de ses misères et ses limites, aspire toujours à vivre mieux : plus haut, plus profond, plus vrai !

Mais, essayons d’abord de comprendre la source d’une telle " autorité " qui émane de l’enseignement de Jésus. Les Évangiles font souvent pressentir à quel point sa Parole résonne au cœur. Contrairement aux Scribes qui ne font que répéter ce que leurs maîtres leur ont enseigné, Jésus, lui, parle, avec une autorité qui vient de sa propre expérience d’homme vécue dans l’intimité avec son Père. Comme l’annonçait Moïse, dans la 1ère lecture (Dt 18, 15-20), Dieu " a mis dans sa bouche, Ses (propres) Paroles « . Jésus n’est pas un orateur qui fascine son auditoire par son savoir religieux hérité de la seule tradition de Moïse. Son autorité est "puissance de vie", car elle vient d’En-Haut.

Quand il enseigne, il parle vrai et juste. Il parle vrai et juste de Dieu qu’il révèle comme un Dieu de Tendresse et de Miséricorde. Il parle vrai et juste de l’homme parce que sa vie humaine pétrie de l’Amour de Dieu a été un art de vivre dans la confiance, la fraternité, le pardon, la douceur, la vérité... Loin de culpabiliser, de faire la morale, il attire à lui et libère le meilleur de ceux qui l’approchent par son "autorité". Loin d’être autoritaire, il " autorise " au contraire les gens à devenir de vrais " auteurs " de leur vie, libres et responsables. (Tous ces mots ont la même origine.)

Mais son " autorité " est aussi une puissance contre le mal." Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent !" comme dans cet évangile, avec cet homme psychologiquement perturbé. Mais plus encore, son " autorité " s’adresse à tous les lieux où vivre ensemble est difficile. Les " esprits impurs " de notre temps ne sont-ils pas l’individualisme, le racisme, le complotisme ou mensonge, le non-respect du pauvre et de la nature etc… ? " Esprits " de nature "diabolique" car ils " divisent " l’homme intérieurement (’diable’ signifie ’ diviseur ’) mais aussi les humains entre eux. Le journaliste Patrick Poivre d’Arvor l’a pressenti : " J’ai rencontré des personnes de grande importance mais les rencontres les plus fortes ont été avec des femmes et des hommes de foi. Je pense à Sr Emmanuelle, à l’abbé Pierre, au P. Pedro à Madagascar. Ces échanges-là m’ont le plus marqué. " Pourquoi ? Je lui soufflerais volontiers : " Ils respiraient une force, une autorité qui venait d’En-Haut et non d’eux-mêmes. " Et pour moi, l’autorité du Christ, c’est quoi ?

Michel RETAILLEAU

Évangile, Bonne Nouvelle de Dieu Marc (1,14-20) (24/01/2021)

Dans les évangiles Jésus entre en scène dès l’arrestation de Jean Baptiste. Pendant quelques temps, en Judée sur les rives du Jourdain, Ils ont prêché ensemble. Puis Jean a baptisé Jésus. Il l’a reconnu et désigné comme le Messie promis. Puis il est arrêté par Hérode. Cette arrestation est comme un message de Dieu pour Jésus qui prend le relais de Jean. Quittant la Judée il part jusqu’en Galilée annonçant « l’Évangile de Dieu ». Le mot « Évangile » signifie « bonne annonce » « bonne nouvelle. » Quelle est cette bonne nouvelle ? - « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Les temps sont accomplis. Pour les juifs et la Bible, l’histoire a un début et une fin. Entre les deux, Dieu poursuit son projet d’Alliance avec nous. Le dernier acte de cette Alliance sera « l’Esprit saint répandu sur toute chair », comme annoncé par le prophète Joel (3,1) Dire que les temps sont accomplis c’est dire que ce projet arrive dans sa dernière ligne droite. Jean Baptiste l’avait pressenti : « Moi je baptise dans l’eau. Lui, Jésus, baptisera dans l’Esprit Saint. » La bonne nouvelle c’est que le projet de Dieu touche à son but.

Le Règne de Dieu est tout proche. Ce Règne de Dieu c’est la grande espérance des juifs. Ils attendent depuis toujours que Dieu vienne prendre les choses en mains, régner par la justice et le droit et la sainteté (Psaume 97). Voici que ce Règne de Dieu s’est approché, Dieu règne dans la personne de Jésus, il habite son cœur. On ne va pas tarder à le voir dans les guérisons, les exorcismes, son accueil des pauvres et des pécheurs. La « Bonne Nouvelle » est là : dans la personne de Jésus qui inaugure le règne de Dieu. Finalement la bonne nouvelle c’est Jésus. L’Evangile n’est pas d’abord un livre mais une personne historique, vivante, Jésus.

Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. Se convertir et croire, c’est tout un. Il s’agit moins de passer du vice à la vertu, que tourner le dos à des caricatures de Dieu. Croyez, semble dire Jésus, que la nouvelle est bonne et que Dieu n’est pas ce que vous croyez. Comprenez dans les paroles et les actes de Jésus que Dieu est Amour et Pardon. Et qu’il est cela pour vous personnellement, gratuitement. Et qu’il l’est pour tous. Cessez de croire que Dieu est mal intentionné à votre égard. Accueillez sans façon son pardon. Croyez en sa bienveillance pour vous. Et aimez-vous, vous-même, comme il vous aime. Et votre prochain comme vous-mêmes.

Venez à ma suite, je vous ferai pécheurs d’hommes. Pour commencer à vivre ensemble cette Bonne Nouvelle de Dieu proche et aimant, et pour à l’annoncer, Jésus invite à le suivre. Ceux qui entendent son appel vont apprendre à son contact ce que c’est d’être aimé de Dieu et ce que c’est de vivre de cet amour. Ceux qui répondent deviendront pécheurs d’hommes. Pas des recruteurs, mais des sauveteurs. Des gens qui tendent la main à ceux qui se noient ou s’enfoncent dans la nuit. Pour leur rendre espoir en leur annonçant cet Évangile, c’est-à-dire la personne de Jésus, c’est-à-dire cette nouvelle vraiment bonne d’un Dieu qui les aime.

Robert JOURFIER

QUI CHERCHONS-NOUS ? (17/01/2021)

L’Évangile nous parle de la vocation des premiers disciples. Ces hommes avaient commencé par suivre Jean le Baptiste. Et chose surprenante, ils vont suivre Jésus à cause de cette parole que dira leur maître ; Jean désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu » et ils s’empressent de le suivre. Jésus s’en rend compte et leur pose la question : « Que cherchez-vous ? » C’est une manière de les inviter à creuser leur désir. Cette quête d’absolu qu’ils n’ont pas assouvie avec Jean, ils doivent la comprendre de l’intérieur.

La même question nous est posée à tous aujourd’hui :" qui cherchons-nous ? " C’est vrai que, bien souvent, nous ne cherchons pas du bon côté. Beaucoup s’engagent sur des chemins parfois compliqués. Mais le Seigneur est toujours là pour nous dire : « Venez et vous verrez ! » Ce que vous verrez dépasse tout ce que vous pouvez imaginer. Comme les premiers disciples, nous sommes invités à entendre cet appel de Jésus et à demeurer avec lui. En l’écoutant, nous découvrirons que ses paroles sont celles de la Vie éternelle.

L’Évangile insiste donc sur l’importance de la rencontre avec le Christ. Mais pour que cette rencontre soit rendue possible, il a fallu des intermédiaires. C’est d’abord Jean Baptiste qui désigne Jésus. Puis c’est André qui lui amène son frère. Philippe qui a été personnellement appelé par Jésus lui amènera Nathanaël. Les chemins des uns et des autres sont différents, mais tous sont appelés à une même vocation : devenir « disciples-missionnaires », comme dit le pape François.

C’est également vrai pour nous : si nous avons rencontré le Christ et si nous avons répondu à son appel, c’est grâce à des médiateurs. Il y a eu sur notre route des laïcs, des religieux et religieuses et des prêtres qui nous ont fait partager leur expérience de foi. C’est ensemble, les uns avec les autres, que nous marchons à la suite du Christ. Il n’a pas besoin des hommes mais il veut nous associer tous à son œuvre. Il compte sur chacun de nous pour « être les « médiateurs » et les « messagers » dont le monde a besoin.

La Bonne Nouvelle de l’Évangile doit être annoncée à tous, enfants, jeunes et adultes. Il ne s’agit pas de convertir ni de convaincre mais de témoigner et de favoriser la rencontre personnelle avec le Christ. Relayé par les uns et par les autres, l’appel du Seigneur se fait entendre de génération en génération. C’est par nos réponses personnelles et collectives que s’édifie l’annonce de la BONNE NOUVELLE. Comme André, nous pourrons dire : « Nous avons trouvé celui que nous cherchions ».

Jean Pierre MAÇON

EN TOI, JE VEUX TROUVER MA JOIE Marc 1, 7-11 (10/01/2021)

Insaisissable Jésus ! Il naît en inconnu dans une grotte de Bethléem, car à la ville il n’y a pas de place pour sa venue. C’est aussi en inconnu qu’il grandit et travaille, au milieu des villageois de Nazareth. Et quand, dans la trentaine, il décide d’aller se faire baptiser dans le Jourdain, c’est toujours en inconnu qu’il s’y rend. Il aurait pu choisir de monter à Jérusalem et de satisfaire aux rites religieux du Temple. Ce Temple qui est le lieu par excellence où l’on approche Dieu au milieu des savants et des docteurs de la Loi. Non, il décide de descendre avec les petites gens du peuple et de rejoindre Jean le Baptiste.

Toujours inconnu, il prend place dans la file des pénitents, au milieu des humbles et des " pécheurs publics ", prostituées, fonctionnaires malhonnêtes et autres… Gens pas fiers d’eux-mêmes mais qui entendent l’appel à changer de vie. Bien qu’Inconnu, il n’est pas isolé. Il est là, présent au plus près de l’âme humaine lourde et blessée. Et plus mystérieusement, il descend là pour y demeurer toujours " chez lui ", dans l’ "enfer " des misères et du péché de l’humanité. St Paul dira : "Lui qui n’a jamais péché, il s’est fait péché ". N’est-il pas " venu non pour les bien-portants mais pour les pécheurs " ?

Et son Baptême a lieu. Lui, l’ Inconnu qui s’est identifié aux pécheurs dans les eaux boueuses de l’humanité, il en " remonte " pour apparaître comme le CONNU de Dieu. " Le ciel, nous dit-on, se déchire "(signe que ciel et terre ne sont désormais plus séparés) et La Voix du Père lui fait la plus belle déclaration d’amour qui soit : " Tu es mon Fils bien aimé, en toi, je trouve ma joie. " Lui, l’Inconnu des hommes, qui était " plongé "en plein cœur de l’humanité souffrante, on le découvre " plongé " (qui veut dire ’baptisé’) dans cet autre " chez lui " qu’est l’Amour de Dieu. Son secret est dévoilé : il est vrai Homme ET vrai Dieu ! S’il a pu autant remettre en Vie ceux qu’il rencontrait, c’est qu’il avait perçu à l’intime de lui-même à quel point il était Aimé de son Père et à quel point Dieu voulait " sauver " l’âme humaine.

A la suite de Jésus, il nous est proposé à tous d’être "baptisés (plongés) dans l’Esprit saint " Et d’accepter à notre tour d’être CONNUS de Dieu mais aussi de Le CONNAÎTRE : " Tu es mon fils (ma fille) bien-aimé(e). En toi, je veux trouver ma joie." Que l’on soit né " sous X", que l’on ait été mal aimé, voire abandonné par ses parents, tous, nous sommes invités à découvrir que nos existences, par le baptême, sont "plongées" en un Dieu qui est Père. Appelées à entrer dans une mystérieuse relation filiale avec Lui. Faite de la Joie que l’on peut produire dans le cœur même de Dieu en s’ouvrant à Lui. Faites aussi de la Joie que l’on éprouve à libérer son cœur en vivant de fraternité, de justice et de paix !

Michel Retailleau

DIEU DANS LE SOURIRE D’UN ENFANT ! (25/12/20)

Qui l’aurait imaginé, Dieu s’est glissé dans le sourire d’un enfant ! Il y a peu, un message d’un jeune couple m’annonçait la naissance d’Anaïs avec la mention : " Elle nous comble de bonheur " Et je voyais, photo à l’appui, la bouche et les yeux d’Anaïs esquisser un tendre sourire. Sourire d’un bébé " aux anges " ou qui répondait à celui de ses parents. En ce soir de Noël, comment ne pas voir en Jésus, nouveau-né de la crèche, le Sourire même de la Tendresse de Dieu nous invitant à être " comblés de son bonheur " de vivre avec les hommes !
Et pourtant, cette naissance a du forcer le destin. Dans des circonstances ’particulières’, elle aussi, Marie et Joseph avaient été emportés dans une cascade d’imprévus, ballotés tels des bouchons de liège… Un recensement impérial les obligeant à migrer de Galilée à Bethléem. Marie enceinte, éreintée par un trajet à dos d’âne. Un logement introuvable pour la nuit. Devoir accoucher dans le dénuement d’une étable. Reconnaissons-le, même si la Covid nous bouscule par ses restrictions, notre situation en ce Noël 2020 est bien enviable à la leur.

2000 ans après, Dieu continue à nous sourire à travers l’Enfant-Jésus. Un tel Sourire ne peut pas se percevoir de l’extérieur mais de l’intérieur, du plus intime de nous-mêmes, là où Dieu habite. Si Dieu n’est qu’une morale ou un Gendarme scrutateur qui s’imposent d’en haut et de l’extérieur de nous-mêmes, comment peut-on aimer ce Dieu-là ? Le Dieu dévoilé à Noël n’a rien à voir avec ce dieu païen ! Dans le sourire de l’Enfant-Jésus, au contraire, c’est le Sourire même de Dieu qui nous rejoint pour nous inviter à " sauver " nos vies de nos peurs et de notre mal-être, et nous donner cette Joie de vivre qui ne s’achète pas. Noël, c’est la Présence même de Dieu qui est remise entre nos mains pour que nos vies humaines soient soulevées, ’divinisées’. Aussi, la meilleure layette que nous puissions offrir à Dieu, c’est le tissu de notre vie intérieure. Notre époque manque tant de ces personnes "intérieures" qui puisent dans ce Sourire rayonnement et capacité à dire "non " à ce qui salit l’homme !

En nous souhaitant " Joyeux Noël ", c’est le désir d’être " comblés de la grâce " du Sourire de Dieu, que nous nous échangeons. Non, notre vie et le monde ne vont pas changer subitement et magiquement. Cela n’est pas du seul ressort de Dieu. Mais nous savons désormais qu’au cœur des défis de toutes sortes, un Sourire d’Amour et d’Espérance nous est donné pour nous accompagner jusque dans nos misères et nos souffrances. Noël n’est pas une parenthèse enchantée dans la vie d’un monde en souffrance. C’est le Sourire de notre Dieu qui vient réchauffer notre ardeur à créer avec Lui du neuf qui soit Source de VIE.
Michel Retailleau

UN APPEL INATTENDU Luc 1, 5-25 (20/12/20)

Après Jean le Baptiste, voici une autre figure importante de l’Avent : MARIE. Avez-vous remarqué le coeur de l’annonce de l’ange à Marie : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils : tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du très-Haut : le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son Père ; il règnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. ». Voilà la Révélation du Mystère jusque-là demeuré silencieux, caché en Dieu ! Mystère la Paternité de Dieu. Par l’Esprit Saint, il dévoile son projet à Marie, comme le dit la première lecture. Il apparaît que Dieu ne veut pas bénir son peuple d’en haut, mais par l’intermédiaire d’un être humain, un Fils de David.

Nourrie de cette attente promise à son peuple, Marie a certainement fait rapidement le lien entre l’annonce des prophètes et la parole de son étrange visiteur. Pas étonnant qu’elle soit « bouleversée » de se reconnaître « comblée de grâce », habitée par le Seigneur. Elle demeure confiante, capable d’entendre ce qui paraît impossible aux hommes, mais possible pour Dieu : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son nombre ». En Marie, et dans la douceur de l’évènement maternel, c’est l’Amour de Dieu qui est engendré en elle. Son OUI, « Voici la servante du Seigneur » est un Beau commencement… !

Et nous, quels sont nos "commencements" qui nous sont demandés ? Les signes d’espérance que nous vivons en cette fin d’année 2020 ne seraient-ils pas l’ébauche d’un engendrement de Dieu en nous ? N’avons nous pas à entrer dans une "pastorale d’engendrement" à partir de ce que nous sommes et vivons en famille, au travail, en communauté ? Invités à nous laisser " engendrer " dans nos OUI audacieux à la suite du « OUI » de Marie … Accueillir ce" OUI " dans nos vies " ordinaires " avec cette belle affirmation de Madeleine Delbrel : « Nous autres, gens des rues, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté »…

En ce 4ème dimanche de l’Avent, méditons, ruminons qu’il nous faut accueillir Dieu. Dans nos derniers préparatifs de Noël, dans nos maisons et nos familles que nous voulons joyeuses, n’oublions pas que le cadeau essentiel, c’est Dieu qui nous le fait : il vient à nous, tout doucement, sans bruit. Donnons-lui toute sa place, accueillons-le !

Jean Pierre Maçon

Témoin de la lumière Jean 1, 6-8. 19-28 (13/12/20)

Les gens attendaient le messie. Par sa vie ascétique et sa prédication, Jean Baptiste attirait les foules et intriguait les autorités. Il avait des disciples. Jésus a été l’un d’eux. Certains de ses disciples avaient suivi Jésus. D’autres lui sont restés attachés.

Peut-être y avait-il une certaine concurrence entre les disciples de Jean Baptiste et ceux de Jésus. Cela explique le soin que met l’évangile pour dire à la fois la grandeur, et la limite de Jean Baptiste : il est « envoyé par Dieu pour être témoin de la Lumière, afin que tous croient par lui, mais il n’est pas la lumière ». Jésus disait de lui qu’il est « plus qu’un prophète, le plus grand des enfants des hommes ». Mais lui-même, Jean Baptiste se définit par des négations : non il n’est pas le Christ, ni le prophète Elie qu’on attendait avant le Messie, ni le grand prophète promis à Moïse. Citant Isaïe, Il dit de lui-même qu’il n’est qu’une voix qui désigne un autre et qui invite à préparer le chemin devant Lui.

Il est comblé par cette mission : « telle est ma joie, elle est parfaite. Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue. » (Jean 3, 28-30) Son succès ne le grise pas. Sa propre personne ne l’obsède pas. Il ne se met pas en avant. Il s’efface devant Celui qu’il annonce. D’ailleurs, au début, il annonce quelqu’un que lui-même ne connait pas : « je ne le connaissais pas, mais à son baptême, j’ai vu l’Esprit descendre sur lui... » Il l’annonce dans l’obscurité de la foi.

Les peintres le représentent le bras et le doigt tendus vers Jésus. Pour nous, toute la grandeur de Jean Baptiste est dans ce geste qui désigne « Voici l’Agneau de Dieu » et dans cette voix qui témoigne avec humilité. « Je ne suis pas digne de délier sa sandale. »

Nous non plus, ni l’Eglise, ne sommes dignes de dénouer sa sandale. Nous ne sommes pas la lumière, ni le Christ, ni Elie, ni le prophète. Nous aussi, nous avons mission d’être cette voix humble qui désigne Jésus. Nous avons mission d’être témoins de la lumière. Mais comme Jean Baptiste nous devons nous effacer devant Celui que nous annonçons. Quelques fois, nous sommes amenés à dire à un proche « si tu veux que je voie ce que tu me montres, il faut que tu t’enlèves de devant » Nous devons témoigner de Jésus et nous enlever de devant. Nous ne devons pas être comme cet âne de la fable qui porte des reliques, qui voit les gens s’incliner à son passage et croit que les cantiques et l’encens sont pour lui,. (La Fontaine fable 14, livre 5) Nous ne devons pas faire écran ni ramener à nous. De sorte que les gens, comme ceux de Samarie puissent dire, « ce n’est pas à cause de toi que nous croyons, mais nous l’avons entendu nous-mêmes et nous savons qu’il est sauveur du monde. » (Jean 4, 40-42). Il s’agit de favoriser leur rencontre personnelle avec Jésus et avec sa parole.

Comment ? Entre autres par la joie. Non pas la joie de faire des adeptes. Mais la joie intérieure qui vient du dedans et qui donne envie : La joie d’Isaïe d’être enveloppé par Dieu, consacré et envoyé. La joie de Paul à prier sans relâche et à rendre grâces en toutes circonstances, tendu vers la venue du Christ. La joie parfaite de Jean Baptiste à témoigner et s’effacer devant Celui qui est au milieu de nous. La joie de connaitre et d’accueilli Celui qui est la vraie lumière et le salut de nos vies.

Robert JOUFIER

COMMENCEMENT DE LA BONNE NOUVELLE Mc 1, 1-8 (6/12/20)

Attention, il y a du Neuf dans l’Histoire de Dieu et des hommes ! C’est ainsi que Marc annonce la couleur en ouvrant son Evangile : " Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu " (Mc 1, 1). Oui, rappelez-vous : " Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre " (Gn 1, 1)… " Au commencement était le Verbe (la Parole de Dieu) " (Jn 1, 1). Ce mot ’commencement ’ évoque la surprise d’un Don inouï de Dieu et d’une espérance folle : " Nous sommes faits pour la Vie." En reprenant les mots du prophète Isaïe invitant les Hébreux à reprendre Vie sur leur sol après l’exil, Jean Baptiste proclame LA Bonne Nouvelle. En Jésus, un ’commencement ’ nouveau avec Dieu et l’humanité a eu lieu. Ce neuf qui a " commencé " avec Jésus, il nous est promis, si nous acceptons de voir la Vie autrement.

Car ce que Dieu a fait en Jésus, Il veut le réaliser en chacun de nous, en commençant par " ouvrir " nos existences à Sa Vie à lui. Et lui, " le Chemin, la Vérité et la Vie " va nous guider pour aller à la rencontre de Dieu et des autres. Cela nécessite d’entrer d’abord dans le " baptême de conversion " de Jean Baptiste : en faisant la vérité sur notre vie et en reconnaissons la part de péché et de lourdeur qui nous empêchent de vivre une vraie Vie. A l’image des habitants de Judée et de Jérusalem qui descendent au Jourdain, c’est une même invitation à " relire notre vie " qui nous est faite pour l’entrée en Avent.

Comment ? Ainsi que le dit le Psaume 84, en vérifiant si, dans notre vie, " amour et vérité se rencontrent, (si) justice et paix s’embrassent ". A force de dissocier ces réalités, le monde et nous-mêmes sommes divisés et ravagés de l’intérieur. En effet, une " vérité " qui veut s’imposer dans une vie familiale, sociale, politique, économique mais qui n’a que faire du respect et de l’estime de l’autre, n’est que mensonge ! Et une " paix " imposée dans sa vie personnelle ou familiale comme à l’échelle d’un groupe ou d’un pays mais qui se moque des inégalités et des injustices, n’est que mépris de l’autre et violence à retardement. Si Jésus a parfaitement unifié sa Vie en Dieu, dans " l’amour et la vérité, la justice et la paix ", nous sommes invités nous aussi à entrer dans ce commencement, d’ une ’terre nouvelle et d’un esprit nouveau’.

Plus facile à dire qu’à faire ? Oui et non, car au " baptême de conversion " de Jean Baptiste, il faut joindre la nouveauté du " baptême dans l’Esprit Saint " apporté par Jésus. Jésus nous " plonge dans l’Esprit Saint " (le mont ’ baptiser ’ signifie ’ plonger ’). Autrement dit, l’Énergie de Sa Résurrection est un formidable plongeon dans la Vie Divine qui vient bousculer l’enfermement dans notre " ego " et nous fait ’ sortir’ de nous-mêmes. La Vie de Jésus est vraiment LA Bonne Nouvelle : du Neuf a fait irruption dans l’histoire. Et, à sa suite, du Neuf peut surgir dans la nôtre. … Ma relation à Jésus a-t-elle été un commencement de Vie Nouvelle avec Dieu et autres ?... Viens, Seigneur, nous faire renaître à la Vie !

Michel Retailleau

IL NOUS A REMIS LES CLÉS Mc 13, 33-37 (29/11/20)

" Veillez " dit Jésus. Ce temps d’Avent qui commence est un temps liturgique pour préparer activement sa venue. Pas seulement la crèche et la fête de Noël. Mais son retour dans la gloire à la fin des temps. Veillez ! Il le répète cinq fois. Et Il l’a martelé à travers les diverses paraboles, lues ces dimanches : les dix jeunes filles, les talents, le jugement... Il répète : je vais partir mais je reviendrai et je vous demande de m’attendre, non pas en tuant le temps comme dans une salle d’attente, mais en veillant. Restez éveillés, vigilants, actifs, mobilisés.

Devant les malheurs et les violences du monde, et devant nos propres difficultés et lourdeurs, plutôt que veiller nous pourrions avoir envie de nous confiner dans le sommeil et de protéger notre tranquillité... Et souvent, nous avons envie de prier comme le prophète Isaïe : « Ah si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! Toi qui es notre Père notre rédempteur depuis toujours, pourquoi nous laisse-tu errer hors de tes chemins, pourquoi laisses tu nos cœurs s’endurcir... » Oui nous ressentons un fort besoin de lui. Nous avons toutes les raisons de désirer un monde différent et de dire à Dieu : Viens nous sortir de là. C’est une belle prière.

Mais il est déjà venu. Il nous a tracés un chemin de vie. Et il est reparti. Nous espérons son retour : « Nous attendons ta venue dans la Gloire, Viens Seigneur Jésus. » Oui il reviendra, ce sera jour de fête...Mais en attendant, Il nous embauche. Il nous a remis les clés et demandé de veiller. Il nous a confié la maison : « il a fixé à chacun son travail, il nous a donné tout pouvoir et il nous demande de veiller... ».

Quel travail ? Celui de conduire notre vie sous son regard, dans tous les domaines qu’Il nous a confiés : notre famille, notre école, notre emploi, notre quartier, nos loisirs, notre église, le monde. Dans tout cela, il nous a confiés les uns aux autres : j’avais faim, soif, j’étais nu, malade, prisonnier, étranger… Le monde est sous notre protection. L’Église aussi : nous avons les clés pour en ouvrir les portes, aller vers les autres et accueillir.

Quel pouvoir ? Celui de l’Évangile. « Vous avez reçu, dans le Christ, toutes les richesses, celles de la Parole et de la connaissance de Dieu. Et aucun don de la grâce ne vous manque à vous qui attendez de voir se révéler Notre seigneur Jésus Christ » (St Paul 2è lecture.) L’Évangile est notre feuille de route, et la grâce de Dieu notre appui.

Nous avons ainsi tout ce qu’il faut pour veiller comme il nous le demande. « Il nous fera tenir fermement jusqu’au bout » Et ce monde deviendra Royaume de Dieu. Il le devient peu à peu mais pas sans notre travail, pas sans nous. Et nous avons les yeux fixés vers sa promesse « Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son fils, Jésus Christ notre Seigneur ». Cette communion avec lui est notre avenir, elle commence dès aujourd’hui et il l’offre à tous. Viens Seigneur Jésus. Nous t’attendons en veillant activement dans la foi !
Robert Jourfier

LE ROYAUME PRÉPARÉ POUR VOUS Mt 25, 31-46 (22/11/20)

Avec l’évangile de ce jour, St Matthieu nous donne à goûter la Bonne Nouvelle que Jésus proclame ; c’est la proximité du Royaume de Dieu ! Le Royaume de Dieu est la raison d’être et de vivre pour Jésus. Par les routes mais aussi par sa vie, il part pour l’annoncer. Mais qu’est-ce que ce Royaume ? Le Royaume, c’est Dieu qui prend possession de nos cœurs. Ce Royaume est accessible à tous. Il n’est pas à rechercher au loin, il n’est pas réservé à une élite, il n’est pas pour demain mais bien pour ce temps présent, ce temps que je vis ! Le Royaume de Dieu nous concerne tous !

Aucune peur à avoir ! Alors, agissons comme nous le demande l’Evangile : en offrant le pain à celui qui à faim ; offrir un coup de fil à celui qui est seul, tout en laissant résonner : « ce que tu as fais au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait » Ne nous faut-il pas voir dans cette parole du Christ son ultime message avant de vivre sa « PASSION ». Jésus affirme que l’ouverture du cœur, créée par le soin que nous prenons envers les plus démunis, est du même ordre que l’ouverture produite par la prière et la célébration des sacrements. Servir les faibles, les blessés de la vie, c’est un sacrement.

Le Royaume, il est pour nous maintenant et non pas dans un avenir incertain ! Il se cherche comme un trésor. Sans doute faut-il d’abord avoir envie du Royaume de Dieu. Sans envie, pas de recherche. Oser demander de l’aide. Nous ne partons pas seuls dans l’aventure. Même celui que je n’aime pas est invité. Se convertir, c’est changer d’attitude, changer de vie en la tournant un peu plus chaque jour vers le Beau, le Bien, L’Amour. On ne change pas tout du jour au lendemain, mais pas à pas, un peu comme dans l’ascension d’une montagne.

Les commandements à suivre sont ceux de l’amour. Jésus encourage ses frères à aimer leur prochain. . Pour "Vivre le Royaume", nous avons à proclamer qu’il est proche en semant le bien autour de nous, en accueillant, en consolant, en relevant les femmes et les hommes, en donnant gratuitement aussi. Un paysan qui sème est plein de joie et d’espérance à voir son champ verdir à l’approche de l’hiver. Ce sont aussi plein de rêves et de projets qui peuvent aboutir pour sa famille. N’en est-il pas de même pour Dieu ?

Le Royaume de Dieu en nous est toujours à accueillir et à le laisser croître chaque jour. Comme une toile entre les mains d’un artiste : le premier jour, la toile est là, à peine ébauchée (comme le royaume est en nous, invisible encore). Le lendemain, la toile est déjà plus riche. Un mois après, elle est resplendissante ! Pleine de lumière, de vie, d’espérance, de paix, de joie ! Ainsi peuvent devenir nos vies ! Avancer vers Noël pour une resplendissante poussée de lumière !

Jean Pierre MAÇON

L’AMOUR QUE NOUS AURONS FAIT CIRCULER Mt 25, 14-30 (15/11/20)

Merveilleux conteur et pédagogue que Jésus ! En cette " parabole des talents ", presque tout est dit des relations que les hommes choisissent d’avoir ou non avec Dieu. On connaît l’histoire… Un Maître s’absente pour un voyage, mais qui prend soin auparavant « d’appeler ses serviteurs et de leur confier ses biens », avec pour seule consigne de faire fructifier les " talents " ( représentant ici une monnaie d’époque mais aussi toutes formes de dons reçus).

Les mots ont ici toute leur importance… Dieu semble s’absenter du monde. Mais ce n’est ni retrait ni désintérêt. Il s’absente après avoir « appelé ses serviteurs ». « Appeler », un mot fréquent de la Bible qui dit à quel point Dieu nous voit et nous veut grands et à quel point il a besoin de nous. Nous ne sommes ni fourmis, ni clones, ni automates, mais des êtres Appelés par Lui dans la confiance et pour vivre et bâtir avec Lui dans la confiance. Appelés, non pour exécuter des ordres divins infantilisants mais pour se voir « confier les biens mêmes de Dieu ». Ses biens à Lui, c’est l’univers entier mais aussi chacune de nos humanités à faire grandir. Les biens qu’il nous confie, c’est Jésus comme Frère et l’Esprit comme Force. C’est son Royaume d’amour à accueillir. Et, par nos talents partagés, tout cela devient une aventure du don de soi qui fait rendre l’Amour de Dieu Présent en ce monde. Mais si ces talents s’arrêtent de circuler, Dieu n’est plus que Spectateur impuissant et l’humanité a froid.

Manquerions-nous de talents, de dons reçus ? Non, ce n’est pas le nombre qui compte. Dans la parabole, l’un a reçu un seul talent, mais son problème à lui, ce n’est pas qu’il n’en a reçu qu’un, c’est qu’il est victime d’une fausse image de Dieu : « Je savais que tu es un Maître dur… j’ai eu peur et je l’ai enfoui dans la terre. " La relation avec Dieu est faussée et devient improductive quand on commence à se défier de Lui. Il n’est plus alors ce Père en qui se fier, mais un concurrent à affronter. Un Maître ombrageux dont la présence est pesante. Un surveillant pointilleux qui ne laisse rien passer. Nous n’avons jamais fini de nous défaire de ces images déformées de Dieu qui font naître méfiance face à Dieu et aux autres.

Par contre, les deux hommes qui ont fait fructifier leurs 5 ou 2 talents reçus nous disent que ce qui fait la beauté d’une vie, c’est sa fécondité. D’une manière mystérieuse, Dieu fait décupler les forces d’amour qu’il a déposées en nous, même si nous ne portons encore qu’un fruit chétif. Son Amour est si impatient à se communiquer qu’il ne désespère jamais de nous. En ces temps de crise sanitaire, économique et morale, Il nous relance pour mettre en circulation tous nos dons reçus et éveiller chez d’autres la joie de découvrir leurs propres talents… ’A la fin de notre vie, nous serons jugés sur l’amour’ que nous aurons fait circuler.

Michel Retailleau

« Veillez donc, vous ne savez ni le jour ni l’heure » Mt 25, 1-13 (8/11/20)

Cette parole de Jésus, pour annoncer son retour, n’est pas une menace pour effrayer. D’autant plus que pour l’introduire il raconte une fête de mariage : quoi de plus heureux ?

Le royaume de Dieu est donc comparable à des noces : En Palestine, le jour du mariage la fiancée se prépare chez elle avec ses filles d’honneur, et attend. Son fiancé est avec son père et son beau-père à négocier la dot et les cadeaux qu’il doit faire à sa belle-famille. Ils n’avaient pas attendu ce moment pour en parler, mais c’était une ultime négociation qui pouvait durer jusque dans la nuit. Lorsque le contrat était conclu, le fiancé et ses garçons d’honneur partaient en cortège chercher la fiancée chez elle. Un messager les précédait et annonçait leur arrivée. Les filles d’honneur venaient à leur rencontre et les deux cortèges se fondaient ensemble dans un même chemin de lumières et de fête. Et ils escortaient les mariés jusque dans leur future maison où était donné le banquet.

Jésus compare la venue du règne de Dieu, et son retour de la fin des temps, à ce jour de fête et de liesse. Il viendra à notre rencontre et il espère que nous serons là pour aller à sa rencontre dans un joyeux cortège de lumières.

Mais dans la parabole racontée par Jésus, certaines filles d’honneur avaient pris leur rôle à la légère, sans se mobiliser pour réussir la fête. Elles sont venues négligemment, sans huile, pour leur lampe de cortège. C’est un affront qu’elles ont fait au marié le jour de ses noces. « Je ne vous connais pas leur dit-il ». C’est dur, mais il constate qu’elles n’étaient pas en communion avec lui...

Par cette petite histoire Jésus cherchait à mobiliser ses auditeurs en vue du Règne de Dieu qu’il disait tout proche. Et St Matthieu en la racontant cinquante ans plus tard nous invite à veiller, à être prêts ; calmes mais ni dilettantes, ni amateurs, pour n’être pas pris au dépourvu par sa venue.

Pour cela il faut avoir au cœur la passion et le désir de le rencontrer : « Dieu tu es mon Dieu. Je te cherche dès l’aube. Mon âme a soif de toi. Après toi je languis » (Psaume 62). Nous espérons son jour mais la rencontre est quotidienne aussi. Comme la Sagesse dans la première lecture, « il se laisse trouver. Et celui qui le cherche le trouve chaque jour assis à sa porte. Au détour de notre chemin il nous apparait avec un visage souriant ». Il vient à nous de jour et de nuit, dans les évènements de notre vie, dans nos rencontres et relations de ceux qui nous aiment ou ont besoin de nous. Il est là dans nos dans nos nuits d’échec, de deuil, de souffrance ... il nous fait signe dans la folie des hommes qui tuent au nom de Dieu, qui s’insultent et menacent la paix...

Et Il vient à nous dans l’écoute de sa Parole, dans notre prière personnelle, dans notre communauté d’Eglise et les sacrements qu’elle nous donne : C’est ainsi que nous apprenons de Lui, à vivre comme Lui. C’est ainsi que peu à peu il pourra nous reconnaitre quand Il viendra. Et Il nous emportera pour que nous soyons toujours avec Lui.

Robert JOURFIER

ÊTRE SAINT… VOILA UNE DRÔLE D’IDÉE ! (1er novembre 2020)

C’est vrai, j’assume ! Et cette idée là, voyez-vous, elle déménage. Elle déménage le cœur. Oh, je sais ! Vous allez me dire : « La sainteté, ce n’est pas pour moi » ! Et bien, je pense le contraire : c’est tout à fait pour toi, c’est à ta portée. A condition que tu ne comptes pas seulement sur tes forces, ton courage et ta volonté, mais que tu t’appuies aussi sur le Christ et sa Parole.

Je sais que vous allez encore me dire : « Mais qui peut-être parfait en ce bas monde ? » C’est vrai que nous confondons souvent la sainteté et la perfection. Seul Dieu est parfait. Pourtant, nous sommes appelés à la sainteté au cœur même de nos imperfections ! Ces limites qui nous grattouillent, qui nous énervent parfois, on peut les dépasser et poursuivre son chemin !

Vous allez encore me dire : « Mais l’amour dont parle l’apôtre Jean, et les Béatitudes que nous avons entendues dans l’Évangile, c’est impossible à vivre chaque jour ! » Attention ! La sainteté ne consiste pas dans le fait d’y arriver, mais dans le fait de vouloir et de s’efforcer à supplier Dieu de nous la donner car nous ne pouvons pas nous l’attribuer à nous-mêmes par nos seuls efforts… Et puis, on n’est pas obligé de pratiquer toutes les Béatitudes, à tout moment ! On peut, par exemple, en choisir une chaque jour, et chercher à la mettre en pratique, au travail, à la maison, dans le quartier…

Mais on voit aussi l’un ou l’autre qui pense : « Bon, OK, moi je veux bien être appelé par Dieu à la sainteté… Mais cette personne en est trop éloignée, elle n’y arrivera jamais. " Jésus Christ ne nous dirait-il pas aujourd’hui : « Mon ami, tu te trompes : aucune personne, sur cette terre, n’est privée de la possibilité d’avancer sur le chemin de la sainteté. C’est vrai qu’il y en a qui, apparemment, partent de plus loin que d’autres ! Mais ils peuvent aussi devenir des saints… Et puis, garde-toi de te comparer aux autres ; tu éviteras ainsi de juger ou de condamner. »

Comment progresser vers la sainteté ? On peut prier. On peut méditer la Parole de Dieu mais surtout s’efforcer humblement de vivre en servant ceux qui sont dans le besoin. On peut venir célébrer régulièrement, le dimanche, avec sa communauté. On peut s’appuyer sur ceux qui sont en chemin. Mais surtout, n’oublions pas : cette aventure est une aventure de joie, d’amour, de grâce. Alors, n’hésitons pas une minute. Plongeons dans cet Appel à la sainteté mais avec humilité ! Jésus, n’a-t-il pas dit : « Je suis là, tout près de toi, avec toi, en toi » ?

Jean Pierre MAÇON

AIMER SANS PERDRE LA RAISON Mt 22, 34-40 (25/10/2020)

" Aimer à perdre la raison " ! Combien d’entre nous n’ont-ils pas fredonné cette chanson de Jean Ferrat empruntée à Aragon ? Paroles d’un homme si envoûté par la femme qu’il aime qu’il en oublie de vivre pour lui-même et pour le monde ? Oui, l’amour humain peut faire " perdre la raison " ! Mais voilà que, sans mépriser ce fait, Jésus nous propose un autre art d’aimer. Aux pharisiens qui lui demandent : " Quel est le plus grand commandement ? ", il répond : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Et tu aimeras ton prochain comme toi-même. " Autrement dit : ce qui peut ’commander’ une vie, ce n’est pas 1 amour mais 3. Ou plutôt, 3 amours en 1 !

Car il s’agit ici d’aimer et Dieu et son prochain et soi-même, d’un même élan. Et aimer avec… et tout son cœur et toute son âme et tout son esprit. La difficulté, c’est que notre cœur, notre esprit et notre volonté sont divisés intérieurement. Nous aimons mais … comme un « saucisson », en nous découpant : une rondelle d’amour pour Dieu, une rondelle pour soi et une rondelle pour les autres. Il nous manque d’unifier et notre cœur et notre intelligence et notre intériorité puis de les mobiliser ensemble pour que l’on puisse aimer non par rondelles d’amour séparées mais d’un seul et même mouvement et Dieu et soi-même et les autres.

Comment ? En découvrant que je suis " fait à la ressemblance de Dieu ", je reconnais que l’Amour vient de Dieu et que cet Amour-là qui n’exige rien et s’offre gratuitement doit être le premier. Aussi, le moyen le plus sûr de s’aimer soi-même avec ses limites et son péché, c’est de passer par le Cœur de Dieu. Car j’y apprends que, même avec mes misères, " j’ai du prix aux yeux de Dieu " car Dieu n’a d’autre RAISON d’ÊTRE QUE DE CHOISIR D’AIMER tous les êtres humains, de manière unique. Ce dont moi, je suis bien incapable par mes seuls efforts !

Et si Dieu m’aime moi comme je suis, j’ai à apprendre à aimer " mon prochain " que Dieu aime tout autant que moi - Le prochain, c’est à dire ceux qui me sont ’proches’ ou ceux dont je me rends ’proche’-. Jésus qui a vécu si divinement ces 3 amours dans 1 cœur non partagé, « non saucissonné », est le seul qui puisse nous apprendre à "aimer sans perdre la Raison " qu’est Dieu. Telle est la beauté de l’amour chrétien quand il est vécu ainsi dans la Force de l’Esprit ! Mais c’est l’apprentissage de toute une vie !

Michel Retailleau

Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. (18/10/2020)

Des partisans d’Hérode et des pharisiens flattent Jésus : « Nous savons que tu es toujours vrai, tu ne te laisses pas influencer, tu ne juges pas les gens sur leur apparence, tu enseignes le chemin de Dieu en vérité, alors dis-nous : faut-il ou non payer l’impôt à César ? » Ce beau compliment, ils n’en croient pas un mot. S’ils croyaient que Jésus enseigne le chemin de Dieu, ils le suivraient. Ils sont trop polis pour être honnêtes : soit Jésus répond « oui il faut payer » : alors il est un faux messie incapable de résister à ces païens qui souillent la terre sainte. Soit il répond « non » et il est un fauteur de troubles, un hors la loi que les romains vont sanctionner. Jésus n’est pas dupe de leur piège. Il les traite d’hypocrites. D’autant qu’ils ont déjà répondu eux-mêmes à la question puisqu’ils sortent de leur poche : la pièce de l’impôt qu’ils s’apprêtent à payer.
Alors Jésus leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

1. Rendez à César ce qui est à César : l’Empire romain est le pouvoir en place. C’est la réalité politique du moment. Elle n’est pas idéale, mais elle est là. Rome garantit la paix, la sécurité, le commerce, la liberté d’exercer leur religion. Ils s’en accommodent. Il est alors normal qu’ils payent l’impôt.
2. Ne rendez à César que ce qui est à César. César a le droit d’exiger l’impôt. Mais il n’a pas le droit d’exiger un culte de sa personne. Sur les monnaies de l’impôt, il y avait l’effigie de l’empereur avec cette mention « Tibère César, fils du divin Auguste » Ces monnaies, idolâtres, devaient brûler les doigts de tous les juifs. C’est pourquoi, dit Jésus, renvoyez à César cette monnaie qui lui appartient. Pendant son procès, il dira à Pilate : « tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’était donné d’en haut. » Le respect n’est pas l’adoration ou la servitude.
3. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. C’est Jésus lui-même qui est à Dieu et qui vient de Dieu. Rendre à Dieu c’est accueillir Jésus, c’est le reconnaitre comme l’envoyé de Dieu. C’est reconnaitre qu’il enseigne vraiment les chemins de Dieu. Et c’est le suivre sur ces chemins de liberté.

L’effigie de César est inscrite sur les monnaies, mais l’effigie de Dieu est inscrite en nous. Il nous a créés à son image. Par Jésus, nous sommes devenus enfants de Dieu et c’est à lui d’abord que nous nous efforçons d’obéir. Là est la source de notre liberté intérieure. Nous ne divinisons aucun pouvoir, aucune autorité. César n’est que César.
Pour autant nous le respectons. Les chrétiens respectent la politique, le vote, les élus, le débat. Nous ne disons pas comme d’autres : « ils sont tous pourris. » Nous pensons avec l’Eglise que la politique est le champ de la plus vaste charité. (Pie XI) Nous considérons que c’est notre devoir d’obéir aux lois, aux responsables, et de participer à la gestion du bien commun.
Mais toujours en rendant à Dieu ce qui est à Dieu, « par une foi active, une charité qui se donne de la peine, une espérance qui tient bon ». (2°lecture)
Robert JOURFIER

LES INVITES DE SAINTE HÉLÈNE Mt 22, 1-10 (11/10/2020)

Après celle des vignerons homicides de dimanche dernier, une autre parabole nous est proposée : celle d’un banquet ouvert à tous, où Dieu, comparé à un Roi qui célèbre le mariage de son fils invite tout le monde à sa table. Il n’invite pas à un repas ordinaire, mais à un banquet car Dieu est généreux. Dans l’Ancien Testament, Dieu se présente comme celui qui établit une alliance avec Israël, son peuple (et ce c’est nous tous). Ce banquet de noces symbolise cette alliance, basée sur l’amour, un amour infini, et scellée dans le Nouveau Testament à travers la personne de Jésus. De cette manifestation d’amour Dieu attend une réciprocité de la part du peuple (Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur). Vous les enfants qui en ce jour intégrez pleinement notre communauté par le baptême et la communion, vous êtes ces invités privilégiés de Dieu…Quelle réponse allez-vous donner dans l’avenir ?

Selon la parabole, l’invitation du Roi au banquet est refusée, non pas une seule fois mais plusieurs fois. Les invités n’y accordent aucune attention. Ils ont des choses plus importantes à faire, des urgences à gérer. En réponse à la gratuité de l’invitation, à l’insistance du Roi, les serviteurs sont maltraités voire tués. C’est ainsi que Jésus, dans cette parabole, résume le drame d’Israël : invité à une relation d’amour éternel, le peuple élu par Dieu répond par l’indifférence et le meurtre. Aujourd’hui encore, Dieu continue à nous inviter à la table de son Fils. Quelle est notre réponse à nous qui sommes à la croisée des chemins ?

Dieu nous invite à son banquet de multiples manières, et pas seulement à travers les enseignements de son Église ou les prédications des prêtres. Il nous invite à nous inspirer des exemples et des convictions de foi de tant d’hommes et de femmes chrétiens qui aspirent à la sainteté. Il nous invite à tourner notre regard vers lui.

Beaucoup pensent que le bonheur peut se trouver ailleurs qu’au banquet que Dieu nous prépare. Ils pensent qu’en donnant un minimum de leur temps à Dieu, ils vont avoir un maximum de temps pour eux-mêmes. Mais qui est le maître des temps et de l’histoire ? N’es- ce pas Dieu ?

Vous les jeunes, sachez que chaque fois que nous rencontrons une personne, nous pouvons y reconnaître l’image de Dieu et nous émerveiller d’un tel don. Si nous cherchons le visage de Dieu, nous pouvons le trouver dans la contemplation de l’homme qui donne, se donne, pardonne. C’est l’Esprit Saint qui nous permet alors de le reconnaître et de l’accueillir comme un fils bien-aimé et de chanter sa louange. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est le voir en toutes choses et dire MERCI. "EUCHARISTIE" veut dire MERCI !

Jean Pierre MAÇON

LA VIGNE DE SAINTE HÉLÈNE Mt 21, 33-43 (3/10/20)

Encore une histoire de vigne dans cette parabole mais cette fois, sur fond d’histoire d’amour contrarié. Un vigneron qui aime sa vigne, la soigne et l’aménage pour qu’elle produise son fruit mais qui rencontre bien des déboires le temps de la vendange. Les serviteurs, chargés de récolter les fruits sont frappés, lapidés ou tués. Aussi, le maître risque le tout pour le tout en envoyant son propre Fils. " Au moins, ils respecteront mon fils !" Peine perdue : ils n’ont à l’esprit que le désir de s’accaparer la vigne pour eux-mêmes et ils mettent l’héritier à mort…
En écoutant cette parabole, les grands prêtres et les anciens ont du comprendre... C’est l’histoire de Dieu avec son Peuple qui est décrite. Israël a souvent fait la sourde oreille aux avances du Vigneron qu’est Dieu. Dieu a essuyé tant de refus de ce Peuple pourtant choisi que la qualité du vin récolté n’est pas à la hauteur espérée. Amère déception !
Cette parabole ne prend que plus d’ampleur en ce jour de rentrée pastorale. Comme toute communauté du monde, Ste Hélène est une parcelle de la Vigne où Dieu nous donne la mission de produire des fruits d’amour, de fraternité, de justice et de paix… C’est une histoire d’amour que Dieu continue de tisser, nous invitant personnellement et en communauté à raviver notre foi au Christ. Nous faisant le don quotidien de la force de l’Esprit Saint à travers l’écoute de la Parole, le partage de l’Eucharistie et la célébration des Sacrements.
Dans ce démarrage d’année, nous ne repartons pas de zéro. Depuis 1934, nous bénéficions d’une histoire tissée entre le Vigneron et la Vigne de Ste Hélène. Nous sommes les heureux bénéficiaires de l’expérience et des fruits des anciens qui ont donné naissance et visage à la paroisse ! Mais demeurent toujours des manières d’être, de faire, de croire qui ont besoin d’être taillées et ré-évangélisées pour que le millésime 2021 réjouisse toujours plus le cœur de Dieu et le palais de ceux qui cherchent pleinement sens et souffle à leur vie.
Dans la crise sanitaire actuelle, les soignants craignent plus que tout, chez les personnes fragiles " le syndrome du glissement ". Forme d’engourdissement repérable à la perte d’appétit et du goût de vivre, au repli sur soi et à de la tristesse. Dieu merci, Ste Hélène est encore bien vivante et vit de joie et d’espérance ! Mais si nous n’y prenons garde, ce "syndrome du glissement " peut se nicher dans notre vie personnelle et communautaire et peut se faire perte de goût spirituel et missionnaire. Aussi, les recommandations de St Paul, dans la 2ème lecture demeurent très actuelles : " Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu, tout cela, prenez-le en compte " (Ph. 4, 6-9).Ce que je souhaite à tous et à chacun en cette RENTREE !
Michel Retailleau

Jamais trop tard pour obéir à Dieu. Mt 21, 28-32 (27/09/20)

Ceux qui ont des enfants ou des ados à la maison connaissent bien cette situation du Fils ou de la fille qui, lorsqu’on l’appelle pour lui demander un service, répond « oui, j’arrive » mais continue à lire son smartphone sans bouger. Ou celui qui répond « non, je n’ai pas envie » mais qui après un moment se ravise et fini par venir. Mais Jésus ne raconte pas cette scène familière pour donner une leçon de morale aux ados. Il s’adresse aux autorités religieuses de son peuple.

Il leur dit : ce fils qui dit oui en paroles, mais qui fait non dans ses actes, c’est vous, prêtres et anciens. Depuis toujours vous êtes les professionnels du oui à Dieu, les professionnels de la Loi de Dieu et vous vous sentez impeccables. Pourtant vous n’avez pas reconnu l’appel de Dieu quand Jean Baptiste vous a invités à la conversion. Vous pensez que vous n’avez pas besoin de conversion. Et vous priez chaque jour pour que vienne le messie, mais vous ne reconnaissez pas qu’il est là.

Par contre cette foule de pécheurs, les collecteurs d’impôts et les prostituées, eux qui sont les professionnels du non à Dieu, les habitués du péché que vous méprisez tant, eux ils ont entendu l’appel de Jean Baptiste et ils se sont laissés plonger dans le baptême du repentir. Ils ont reçus ma parole. Maintenant ils vous dépassent et vous précèdent dans le royaume de Dieu.

Par cette parabole, Jésus nous dit, comme Ezéchiel, que Dieu est patient. « Si le méchant ouvre les yeux, se détourne de sa méchanceté et pratique le droit et la justice, c’est certain il sauvera sa vie » (première lecture). Dieu offre sans cesse son pardon. Il attend notre conversion. Il n’est jamais trop tard pour changer d’avis, réviser nos comportements et nous ajuster à sa parole.

Nous sommes aujourd’hui dans la journée mondiale des migrants et des réfugiés. Voilà bien un domaine où Dieu nous appelle à travailler avec lui : Il nous parle par les images terribles de ces personnes, hommes, femmes et enfants jetées sur les routes, ou sur la mer, maltraités, rançonnés, asservis dans les pays traversés. Il nous parle par les appels pressants du pape ; par l’appel de Paul à la compassion et à se préoccuper des besoins des autres (2°lecture) ; par la parole et l’exemple de Jésus qui s’est fait serviteur de tous...

Les états européens n’arrivent pas à s’entendre pour des solutions justes et humaines. Beaucoup de personnes entendent l’appel, mais sont retenues par l’impuissance, la peur de l’autre, parfois le racisme. Mais beaucoup, chrétiens ou non, se mobilisent, font des sauvetages en mer, en montagne, soignent, organisent l’accueil et l’hospitalité, individuellement et par le moyen de nombreuses associations.

« Il faut connaitre pour comprendre, dit le pape. C’est le premier pas. En les rencontrant et en connaissant leurs histoires nous parviendrons à les comprendre. Et en nous approchant, nous parviendrons à nous faire leur prochain. »

Il n’est jamais trop tard : Soyons de ces enfants de Dieu qui voudraient désormais essayer de faire oui à sa demande.

Robert JOURFIER

APPELÉS EN CE TEMPS DE CRISE ! Mt 20, 1-16 (20/09/2020)

La parabole dite des "ouvriers de la dernière heure" peut prêter à sourire tant elle apparaît irréaliste. Dans une gestion rigoureuse, quel entrepreneur se risquerait à embaucher des ouvriers à 5 horaires différents et pour un seul et même salaire ? On le sait, l’Évangile n’est pas un manuel d’économie. Mais il fait entrevoir une autre vérité : Dieu est toujours "en sortie" pour aller à notre rencontre et proposer une offre d’embauche : "Allez travailler à ma vigne ». Entendons : " allez travailler à mon Royaume d’amour, de justice et de paix. J’ai besoin de chacun quelques soient son âge, sa fonction, ses compétences… " Quand, dans la vie, on découvre qu’on est Appelé, on ne vit plus pareil, on se sent " utiles ", la vie a du sens !

"Travailler à la vigne" de Dieu commence par se vider l’esprit de tous ces slogans répétés à l’envie disant que ’le monde est pourri’, que ’ça ne sert à rien de vouloir se bouger’ et, qu’ il faut profiter de la vie’... Slogans vénéneux qui servent souvent d’excuses à notre tiédeur et manque d’audace. Certes, nous vivons une crise de civilisation, à tous niveaux : économique, social, sanitaire, moral etc... mais aussi, et peut-être avant tout, crise spirituelle. Dans ce monde où l’argent est Roi, où l’individualisme nous ronge, nos jugements sont faussés. Quand se perd le sens du partage et de la dignité des pauvres..., quand l’intérêt personnel passe avant l’intérêt de tous..., quand on ne croit plus en la solidarité et la justice, et qu’on laisse Dieu au placard… ce sont là des signes que cette crise est véritablement une crise de l’esprit. Alors, haut les cœurs et entendons l’Appel à travailler à la Vigne de Dieu !

A qui s’adresse cette parabole ? Aux pharisiens et aux scribes d’abord qui s’indignent de voir que la Bonne Nouvelle du Royaume est offerte autant aux petits, aux malades et aux pécheurs qu’à eux-mêmes qui se considèrent comme des" justes " aux yeux de la Loi. Dieu est injuste ! Mais c’est à nous aussi que cette parabole est adressée, afin que nous découvrions la vraie Justice de Dieu. En donnant à tous les ouvriers de la vigne le même salaire d’un denier, qu’ils soient allés au travail tôt le matin ou tard dans l’après-midi, le Maître de la vigne qu’est Dieu nous invite à ne pas compter sur nos mérites. Pour le croyant de longue date comme pour tout récent baptisé, Dieu, dans sa Bonté, est souverainement libre de donner son " paradis ". Le bon Larron en sera le premier et l’heureux bénéficiaire !

Devant Dieu, on ne peut se prévaloir d’aucun mérite, d’aucun passe-droit ; pas même celui de l’ancienneté ou de la meilleure formation dans la foi. Ce qui nous "met en vie", c’est d’expérimenter Sa Justesse dont la mesure est la démesure de sa Miséricorde.

Michel Retailleau

DES LIMITES AU PARDON ? Mt 18, 21-35 (13/09/20)

Les textes bibliques nous proposent de prendre le chemin entre la Galilée et Jérusalem, et d’écouter Jésus préparer ses disciples à vivre l’Évangile, et à le vivre pleinement. Il va devoir faire face à toutes sortes de difficultés chez ses disciples, mais aussi chez les Judéens. Car ils attendent tous un Messie qui va tout rétablir. Un peu comme nous rêvons tous d’ailleurs d’un grand homme qui va faire la justice et remettre les choses dans l’ordre !

Mais voici que, pour nous faire rentrer dans la profondeur de notre être, Jésus va parler du pardon. Et nous sommes bien là au cœur du nœud de notre vie chrétienne quand nous voulons marcher à sa suite. En ce jour, Il nous invite à évaluer notre cœur dans sa capacité de pardon. Il nous amène à vérifier où nous en sommes de la réception de l’Évangile et de notre transformation. Car, si nous pensons tous qu’il faut bien pardonner pour pouvoir avancer, en général, nous mettons tous une mesure : il y a des choses pardonnables – les petites choses – et un jour, il y a des choses trop graves que l’on ne peut pas pardonner.

C’est le propos très généreux de Pierre, qui demande s’il faut pardonner jusqu’à 7 fois…Mais, que se passe t-il lorsque nous mettons une limite, comme Pierre ? Au moment où l’on ne peut plus pardonner, nous nous positionnons comme "justes ", et l’autre comme " injuste ". Or, Jésus, dans le dépouillement qu’il fait de lui-même quand il avance jusqu’à la croix, se charge à jamais de nos péchés. Il ne cherche pas à rétablir le monde comme un roi de la terre. Cette profonde humilité qui le réduit jusqu’à ce rien, est ce Dieu qui donne tout : le Père est celui qui se donne tout entier, et pour le faire, il ne peut pas se mettre au-dessus des autres.

Nous disons qu’il y a des choses " impardonnables ". Pourtant, la chose la plus impardonnable n’est-elle pas le meurtre, le procès et la condamnation du Fils de Dieu qui nous est envoyé ? Lui qui est doux et humble de cœur, est pourtant bien celui qui pardonne ! « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font… »

Nous qui ployons sous des fardeaux de rancune, avec des bouts d’histoires personnelles, familiales, communautaires, de travail, de société… blessées, demandons au Seigneur de mettre notre cœur en harmonie avec son amour, avec cette Source, pour qu’elle devienne un grand fleuve !

Jean Pierre MAÇON

L’HEURE EST A LA CONFIANCE ! Mt 18, 15-20 (6/09/20)

C’est l’heure de la rentrée, chacun reprend ses habitudes. Mais qui n’est pas habité par les défis auxquels nous sommes affrontés ? Le Covid qui continue à secréter son climat de méfiance... La relance de l’économie et les incertitudes concernant l’emploi, les changements climatiques ou l’avenir des jeunes... Tout cela, sur fond d’une humanité rongée par le soupçon et la violence… Le tableau serait-il si sombre que nous devrions nous laisser aller à la désespérance ? Désespérer de Dieu, de la capacité de Jésus à faire un homme nouveau ? L’Évangile de ce jour nous donne quelques pistes.

" Quand 2 ou 3 sont réunis en mon Nom, dit Jésus, je suis là au milieu d’eux. " Sortir de chez soi, se rassembler avec joie et le faire au nom de Jésus, c’est entendre un Appel à la confiance pour avancer. En ce début d’année, mesurons à quel point nos groupes, nos services, notre paroisse sont des Cadeaux de Dieu ! Notre communauté, dans la diversité de ses cultures et de ses sensibilités, n’est pas une assemblée humaine ordinaire. Avec Jésus présent, nous devenons nous-mêmes présence du Christ les uns pour les autres et pour le quartier. En même temps que le Christ nous porte, nous portons le Christ. Notre présence dominicale est d’abord l’occasion d’un immense Merci à Dieu pour un tel Cadeau !

Nous découvrons aussi qu’ensemble, nous avons un pouvoir sur Dieu : " Si 2 d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux." Non, Dieu n’est pas un magicien qui ferait tout et à notre place. Mais il sème des graines de confiance et de fraternité qui nous aident à nous défaire de notre égoïsme et à regarder l’Avenir. Aussi, affronter ensemble la vie avec le soutien de l’Esprit Saint aide à " faire toutes choses nouvelles." Oui, Dieu est prêt à nous accorder " quoi que ce soit " qui soit bon pour nous ! En sommes-nous convaincus ?

L’Évangile nous dit encore qu’un autre cadeau nous est offert, celui de la réconciliation. Le pouvoir d’être les uns pour les autres des signes du pardon et de la miséricorde de Dieu. Oui, nous pouvons rencontrer des moments de tensions, voire de conflits, mais parce que Jésus "est avec nous", il nous donne la force de dépasser ces rancœurs, ces divisions : " Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ". Jésus nous donne d’inventer des mots et des gestes qui ’délient’ les brouilles, défont les nœuds des blessures qui naissent entre nous : " Tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel." Avec Jésus, choisir la bienveillance, la parole qui encourage sans dénigrer, croire au pardon, c’est rejoindre le désir de St Paul : " N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel." En marche, l’heure est à la confiance !

Michel Retailleau

SI C’EST LA FOI QUI VOUS A ! Mt 10, 26-33 (21/06/2020)

J’aime cette réflexion pleine de justesse : " On dit qu’on a la foi. Non ! On n’a pas la foi, c’est elle qui vous a." La foi n’est pas affaire de possession privée pour son usage personnel et familial. Quand " la foi vous a ", c’est elle qui vous anime, vous mène et vous rend capables d’actes que, seul, vous ne pourriez réaliser. C’est une Energie qui vous fait "sortir hors " de vous-mêmes. L’Evangile missionnaire de ce jour ne dit rien d’autre. Dans "l’après-Covid " où, avec toute la société, nous sommes appelés à renouveler nos manières de vivre, le Christ est un guide précieux qui nous invite à ne pas avoir peur.

" Si c’est la foi qui vous a ", "ne craignez pas" dit-il de vivre dans la confiance en Dieu. L’histoire Sainte nous l’enseigne : dans les moments d’adversité, le croyant peut toujours accueillir la Grâce de la Présence de Dieu pour avancer. En partant d’Abraham et des Hébreux au désert, en passant par les prophètes, cette Confiance culmine avec Jésus sur la croix. Désormais, nous le savons : le Ressuscité marche avec nous " tous les jours jusqu’à la fin des temps." Et rien n’échappe au Regard bienveillant du Père. De manière imagée, l’Evangile dit qu’un oiseau peut tomber du nid ou un cheveu de notre tête, Dieu sait tout cela ! Tout en respectant notre liberté, il nous offre Sa Présence pour nous inviter à marcher avec Lui dans tout ce qui fait notre vie. Alors, de quoi aurions-nous peur ? Que pourrait-il nous arriver de si grave, si nous vivons dans l’élan d’une telle Confiance ?

" Si c’est la foi qui vous a ", "ne craignez pas" nous dit encore Jésus qu’elle fasse de vous des témoins contagieux ! Quand on aime, on n’a pas peur de le dire ! Et pourtant, nous avons bien du mal à parler de notre foi. La société la considère même comme une affaire privée dont on ne doit pas faire mention dans la vie publique. Mais si c’est la foi qui nous possède, comment nous taire quand tant de gens cherchent vie et sens à leur existence ? Aussi, faut-il plus que jamais apprendre à " rendre compte de l’espérance qui est en nous « , comme dit Saint Pierre. La dire par des mots certes, mais en cherchant surtout à la dire avec des actes de partage et de fraternité qui ouvrent au goût de parler de ce qui fait vivre.

" Si c’est la foi qui vous a ", et vous fait vous " déclarer pour Jésus devant les hommes ", ne craignons pas non plus de nous laisser creuser intérieurement par l’Esprit de Jésus. La foi est aussi affaire de lutte intérieure pour nous libérer de notre "égo", ce " moi encombrant " de nos instincts, de nos besoins, peurs, jalousies… pour apprendre à vivre libres comme Jésus. Au fond, la foi c’est une amande de choix. Elle a la coque, l’écorce, de nos gestes religieux que nous posons mais le cœur de la foi, c’est son noyau intérieur que nous avons à savourer : la Confiance que nous recevons et que nous mettons en Dieu et dans les autres… Et toi, tu as la foi ? Ou bien c’est la foi qui t’a ?

Michel Retailleau

DIEU NOUS DONNE, DIEU SE DONNE (14/06/2020)

Dans l’évangile de ce dimanche, St Jean nous offre un long discours de Jésus sur le pain de vie, prononcé juste après le miracle de la multiplication de pains. Il parle de la chair et du sang du Christ comme de la vraie nourriture. En vivant cela, Jésus nous établit dans la vérité de la relation à Dieu : il est notre Père qui prend soin de nous et donc nous nourrit. Cette nourriture est là pour nous donner la force et pour nous faire entrer dans la communion à la vie divine. En étant attentifs à une double dimension :

- Tenir ensemble sans cesse : aidant chacun à vaincre ses peurs ou paralysies ; à faire communauté dans le partage des joies et des peines ; à faire corps pour franchir ensemble les obstacles et les barrières de toutes sortes que l’on peut rencontrer dans la vie.

- Nul ne peut communier à la vie du Christ sans communier à son corps qu’est l’Église ; faire "Église communauté" qui se fait accueillante à chacun et respectueuse des différences de ceux qui la composent, tout en vivant l’unité dans la foi ; une Église « hors les murs » qui reste vigilante pour ne pas s’enfermer sur elle-même mais ouverte à tous ceux qui cherchent ; une Église actrice et soucieuse de ceux pour qui la vie est difficile ainsi que du "bien commun" de tous ses membres.

Dans la liturgie de ce jour, il est dit dans la préface « Quand des fidèles communient à ce sacrement, tu les sanctifies pour que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis par la même charité. » Ainsi la grâce de l’eucharistie, nous plonge dans une même sanctification et transforme notre existence à la mesure de l’amour divin.

Chaque eucharistie éclaire à chaque fois d’une lumière nouvelle la présence aimante de Dieu sur le chemin de notre existence.
Par la Parole, par la prière, par le mystère de l’assemblée, se construit réellement le Royaume du Dieu vivant. Ainsi, comme il est dit dans la deuxième lecture « La multitude que nous sommes est un seul corps car nous avons tous part à un seul pain. »

Jean Pierre Maçon

Le Seigneur, plein d’amour (7/06/20)

Exode 34, 4-9,2 Corinthiens 13,11-13, Jean 3,16-18

« Dieu a tellement aimé le monde dit St Jean ». Ce n’est pas une conviction nouvelle, les juifs le savent depuis toujours, ils sont aimés de Dieu. Nous en avons un exemple dans la première lecture où Moïse gravit de nouveau la montagne avec de nouvelles tables de pierre pour y ré inscrire la loi d’alliance. Les tables originales, il les avait brisées de colère, en voyant le peuple adorer des taureaux d’or. Puis il a imploré le pardon de Dieu au nom du peuple. Et le Seigneur se présente cette fois dans une rencontre paisible, amicale, intime Il se place près de Moïse et il s’annonce comme « le Seigneur tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour ». L’alliance est renouée. Par la sortie de l’Egypte, par le don de la loi, par le don de la terre, par les nombreux pardons reçus au long de l’histoire, les juifs savent que Dieu les aime.

Ce qui est nouveau, c’est qu’il « a donné son fils unique ». Nulle part, dans la Bible et le nouveau testament on ne trouve le mot Trinité ou Sainte Trinité. Mais le mot Fils et le mot Père sont omni présents. « Abba, papa » c’est le mot privilégié et familier de Jésus, pour s’adresser à Dieu : « glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie. » C’est ainsi qu’il parle de lui : « le Père et moi, nous sommes un » « le fils aime le Père et fait ce qu’il lui demande » … Et Jésus promet aussi le Saint Esprit, lié au Père et à lui-même : « Je vous enverrai l’Esprit de vérité. Il recevra de ce qui est à moi et que j’ai reçu du Père, et il vous le donnera » Ainsi les paroles et attitudes de Jésus nous ont peu à peu fait comprendre que Dieu n’est pas le grand solitaire qui nous juge de haut, « l’éternel célibataire des mondes. » (Chateaubriand) Mais il est un être en relation, il est communion. C’est pour cela qu’on peut dire qu’il est amour. Un amour qui l’a poussé à se répandre, se partager, en créant le monde et l’humanité. Puis à nous envoyer Jésus, non pour nous juger et condamner, mais nous sauver et nous donner la vie éternelle. C’est-à-dire nous offrir d’entrer nous aussi dans cette intimité qui est la leur.

Notre baptême, « au nom du père et du Fils et du St Esprit » nous a plongés dans cette relation éternellement amoureuse qui est en Dieu. Ce que les théologiens appellent « Trinité » est moins un dogme à croire qu’une expérience joyeuse à faire : entrer en relation avec le Père, nous remettre entre ses mains comme ses enfants, entendre sa volonté. Entrer en relation avec Jésus pour l’écouter et le suivre sur le chemin qu’il a ouvert et tracé, devenir fils comme lui. Entrer en relation avec l’Esprit saint qui met en nous l’esprit filial des enfants de Dieu et l’esprit fraternel avec tous ceux que le Père invite à devenir ses enfants, c’est-à-dire tous les autres du monde entier. Dans une époque de crispations identitaire, ou les personnes et les groupes ont tendance à revendiquer chacun son identité et sa particularité, la Ste Trinité nous montre que c’est dans la relation à Dieu et aux autres que l’on se trouve soi-même. Nous sommes faits à l’image de Dieu. Et invités dès maintenant et pour toujours à faire en lui notre demeure.

Robert JOURFIER

ESPRIT DE DÉCONFINEMENT 30/05/2020

Que s’est-il passé le jour de la Pentecôte ? La liturgie de ce jour offre 2 lectures qui s’apparentent plus à des catéchèses qui enseignent qu’à une description de l’Évènement. D’un côté, les images spectaculaires des Actes des Apôtres (2, 1-11) : un « violent coup de vent », des « langues de feu ». Et de l’autre côté, chez St Jean (20, 19-23), la présence du Ressuscité alors que les portes ont été verrouillées ; puis qui donne Sa Paix, et " souffle sur " les disciples en les envoyant en mission. Reprenons ces images et ces paroles car elles s’éclairent les unes par les autres et nous font entrer dans le mystère de l’Esprit-Saint.

Dans l’image du " violent coup de vent ", on trouve une intéressante anomalie ! Normalement, les murs servent à s’abriter du vent. Mais ici, le vent violent "remplit la maison toute entière " où se trouvent les disciples. Ne serait-ce pas l’image de l’Église qui se transforme en " maison du vent " ? La vie de Jésus ressemble à un formidable coup de vent pour bousculer l’homme enfermé dans ses instincts et son reste d’animalité. Et son message appelle à vivre nos existences à une hauteur et profondeur divines. Par le vent violent de Son Esprit, il invite aujourd’hui encore nos communautés non dans un entre-soi de bien-pensants frileux, mais en êtres de " plein vent ", présents au cœur de ce monde tel qu’il est. Nous avons à "prendre langue" et " langue de feu " ardente avec tous les hommes qui cherchent, plus que jamais, sens et direction à leurs existences. Le temps du Coronavirus ne serait-il pas à accueillir comme un coup de semonce qui réveille nos vies trop endormies ?

Mais ce Souffle n’est pas que " vent violent ". Pour St Jean, il est un Souffle pacifiant : « La paix soit avec vous ». Pourquoi avons-nous tant besoin de paix ? Parce que la peur paralyse nos vies : peur des autres, mais aussi peur de soi, peur de Dieu, peur de l’avenir… Combien de nos esprits et de nos cœurs ne sont-ils pas « verrouillés », barricadés derrière des frontières de toutes sortes que l’Esprit voudrait abattre ! En même temps qu’il nous bouscule, l’Esprit est Joie apaisante car Il donne " fraîcheur, détente et repos ".

Ce Souffle est encore ’Infuseur’ du Divin en nous : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » L’Esprit n’est pas qu’une perfusion momentanée pour traverser les malheurs de l’existence. Il est infusion, pénétration lente de l’Énergie du Ressuscité en nous et dans le monde, pour que nos vies aient le "Souffle" même de Dieu dans un monde fatigué. N’ayons pas peur des mots : Il est " Esprit de Déconfinement " ! Par les " anticorps " de foi, d’espérance et de charité qu’il secrète, Il nous rend plus résistants dans les combats de la vie.

Michel RETAILLEAU

ENVIE DE VIE ETERNELLE ? Jn 17, 1-11 (24/05/2020)

En ce confinement, beaucoup se sont redits à quel point vivre est un cadeau. Cadeau fragile, car est-ce véritablement vivre quand l’individualisme et le consumérisme nous ont été présentés comme seuls horizons de vie ! La vie, pour être " joie de vivre " demande à être vécue comme une aventure ou l’on cherche sans cesse sens à son existence. De ces 2 mois passés, que retenons-nous ? Qu’il faut se sentir " utiles " en prenant " soin " des autres, que nous avons une vie intérieure à cultiver. Que la fraternité et la solidarité ne sont pas ringardes. Que nous avons besoin des autres pour vivre en société et que les métiers même invisibles sont indispensables. Qu’on peut être heureux à dépendre des autres etc… Certes, bien des résolutions de changement vont passer aux oubliettes. Mais n’oublions pas ce parfum d’une "autre vie " possible que nous venons de respirer : on ne vit jamais autant soi-même que lorsqu’on sort de soi-même. Malgré bien des limites, flottait comme une aspiration inavouée à l’éternité : que ’ vivre ensemble ’ comme ça ne finisse jamais !

Forts de cette expérience, arrêtons-nous à ce que dit le Christ qui veut nous " donner la vie éternelle. " Il ne parle pas d’abord de la vie éternelle reportée dans l’au-delà, après la mort. Certes, la vie éternelle est traversée de la mort, mais elle déjà présente dans les morts à vivre sur cette terre ! Quand nous aimons d’amour vrai, quand nos cœurs et nos mains acceptent de s’ouvrir, nous mourons à notre égoïsme et à notre légèreté. Et la vie éternelle commence là, dans ces morts à nous-mêmes où l’on accède à une autre hauteur de vie. Et tous ces gestes, ces actes, greffés sur Jésus le Vivant, deviennent des actes éternels qui ne peuvent plus mourir. Mais il y a plus encore…

" La vie éternelle, nous dit Jésus, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. " En posant ces gestes ou actes éternels, nous apprenons à mieux connaître Dieu le Père et Jésus son Fils et la Vie qui est la leur. Leur Vie, c’est une circulation d’amour incessant qui les fait sortir d’eux-mêmes et s’ouvrir l’un à l’autre. En nous faisant cadeau de cette vie divine, ils nous font participer (co-naître) à leur vie d’Amour. La Vie éternelle est donc une Source de Vie à accueillir dans nos vies, dès ici-bas en communiant dans l’Esprit, au Père et au Fils. Elle devient alors la Promesse de continuer éternellement cette vie après notre mort... " Seigneur, donne-nous, l’ENVIE DE CETTE VIE ETERNELLE !"

Michel Retailleau

QU’AVEZ-VOUS A REGARDER LE CIEL ? Mt 28, 16-20 (21/05/2020)

Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est moins un départ qu’une autre présence de Jésus. Ne nous dit-il pas, au moment de nous quitter visiblement : " Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde " ? Il est donc là, mais autrement et même plus intensément. Glorieux, agissant dans ET par son Esprit qu’il nous communique. A y regarder de plus près, nous continuons à célébrer la fête de Pâques : le passage de la vie terrestre du Christ à sa vie glorieuse. Il est définitivement retiré aux apôtres. Sa présence exaltante des quarante jours fait désormais place à la présence patiente dans la SEULE FOI.

Le Christ, dans son humanité glorifiée, est auprès du Père et, en même temps, il demeure en nous. " Je m’en vais et je viens vers vous " (Jn 14,28). Par son départ il vient autrement.

Jésus n’est pas mort et puis c’est fini. Jésus est ressuscité en gloire, ainsi il est élevé, près du Père.
Jésus élevé ne s’est pas distancé de nous. Dans l’ Esprit, il est présent d’une manière plus intense encore qu’au temps de son séjour en Palestine. Le voici présent dans son Église par Sa Parole, ses sacrements, la foi. Le départ visible du Christ est pour nous un appel à continuer son œuvre. Pas d’évasion, soyons ses témoins, ici et maintenant. Un jour le Christ viendra et nous fera participer pleinement à sa gloire et à son intimité avec le Père.

Jésus, en ce jour, nous donne du travail plus que nous n’en pouvons faire : " Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle, chassez les démons, guérissez les malades. " (Mc 16, 15-18). Comment concilier le désir du ciel et nos responsabilités terrestres ? En prenant conscience que nous sommes en route. Aussi, je m’intéresse à tout ce qui fait cette route : j’y cueille les fleurs des bons moments, les changements à faire ; j’y soutiens le faible qui marche avec moi... Mais je ne m’assieds pas sur le chemin pour y faire ma demeure.

Pour le voir ainsi, pour le découvrir et le connaître vraiment, il faut la foi, une foi vive que Paul demande en une intense prière :" Que le Père vous donne un esprit de sagesse, qu’il ouvre votre cœur à sa lumière. " (Ep. 1, 17-23)

Jean Pierre MAÇON

VIS DE TELLE MANIERE QU’ON T’INTERROGE (17/05/2020)

Après la Pentecôte, l’Evangile s’est vite répandu à Jérusalem y compris parmi des pharisiens, puis jusqu’à Rome et dans les villes de l’empire romain. La première lecture montre l’un des sept diacres, Philippe, qui fuit la persécution, et en profite pour évangéliser en Samarie (Actes 6, 7, 8). D’autres missions suivront par les apôtres et par Paul. L’annonce de l’Evangile rejoignait des chercheurs de vérité, des chercheurs de Dieu : une femme samaritaine exprimait son attente dans un dialogue avec Jésus (Jean ch. 4). Dans les synagogues de la diaspora, des païens appelés « craignant Dieu », fréquentaient le culte juif, séduits par le monothéisme et la beauté de la Bible. Beaucoup d’entre eux ont été séduits par le Christ, comme le centurion Corneille (Actes 10) ou comme Luc, auteur de l’Evangile et du livre des Actes…De nombreux païens aussi ont demandé le baptême suite aux missions de Paul. Ainsi la parole de Dieu gagnait de proche en proche au gré des évènements et des relations des personnes, comme par contamination. Une connexion s’établissait entre l’annonce de l’évangile, et la recherche personnelle de ces nouveaux convertis.

Ces chrétiens, St Pierre, (2ème lecture) les invitait à « honorer dans vos cœurs la sainteté du Seigneur le Christ » et à « être prêts à tout moment à rendre compte de l’Espérance qui est en vous. » C’est notre attachement intime au Christ Jésus qui nous motive et nous pousse à témoigner de Lui. « Avec douceur et respect » demande St Pierre. La mission chrétienne n’est pas un prosélytisme indiscret, intrusif dans la vie des gens. Elle est douceur. Et respect de celui à qui on s’adresse. Comme l’a dit (peut-être ?) St François de Sales : « Ne parle que si on t’interroge, mais vis de telle manière qu’on t’interroge ». Autour de nous, beaucoup de personnes vivent une foi réelle. Pas forcément foi au Christ, mais foi dans la vie, dans l’amour des leurs, dans le désir d’être utiles à la société, et qui manifestent une vraie bonté pour les autres : ce temps du corona a révélé tous ces gens qui ont pris le
risque de servir à leur poste et tous ces autres volontaires venus au secours des plus démunis et des plus fragiles. Les évangéliser c’est d’abord reconnaitre la valeur de ce qu’ils vivent ainsi et leur témoigner notre écoute, estime et admiration. Et nous-mêmes vivre avec eux de telle manière qu’ils aient envie d’aller plus loin et de connaitre Celui qui nous nous fait vivre.

Parce que les hommes sont images de Dieu, beaucoup de ce qu’ils vivent est divin, « pas loin du royaume de Dieu ». Nous aimerions partager avec eux la foi au Christ : « Si vous m’aimez ! » dit Jésus. La foi est une question d’amitié avec Lui. Pour la partager à d’autres, Jésus nous donne, comme assistant et réconfort, l’Esprit saint qui travaille le monde et conduit l’Eglise. Que cet Esprit nous aide à témoigner de cette amitié avec Jésus. Elle conduit au Père. « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. »

Robert Jourfier

CHRIST, NOTRE CHEMIN DE VIE Jn 14, 1-12 (10/05/2020)

Il est pour nous « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Lui seul peut nous conduire auprès du Père. Comprenons que Jésus ne se contente pas de nous montrer le chemin. Il est lui-même « le Chemin, la Vérité et la Vie. » C’est en lui seul que nous trouvons la plénitude de la vérité. « Ses paroles sont celles de la Vie Éternelle. » « Personne ne peut aller vers le Père sans passer par lui. » C’est lui qui nous révèle le vrai visage de Dieu. L’Évangile de ce jour est un appel à l’espérance, même si nous sommes « bouleversés » par les incertitudes et les épreuves de la vie, particulièrement en cette période de pandémie. Mais succomber au découragement serait pire que tout. Nous pouvons nous raccrocher aux paroles du psaume de ce jour : « Le Seigneur veille sur ceux qui l’aiment et espèrent en son amour. »

Pour demeurer dans le Christ, il nous faut demeurer dans sa Parole. Il faut se donner du temps pour l’accueillir. Cette Parole de Dieu nous est donnée par la Bible, l’Évangile, une revue ou un livre religieux, une radio chrétienne ou une émission à la Télé… Et bien sûr, n’oublions pas celle qui est proclamée au cours de la messe du dimanche ! Mais, est-ce que nous nous donnons du temps pour accueillir cette Parole ? On ne dira jamais assez l’importance du catéchisme pour les enfants, d’une aumônerie ou d’une équipe de réflexion pour les jeunes. Mais pour nous, adultes, nous arrive-t-il de la partager la Parole de Dieu avec d’autres ? Par mail, SMS etc… ?

Le 2ème chemin pour demeurer dans le Christ, c’est celui de la prière : lui parler et l’écouter. Pas seulement une « petite prière » de temps en temps pour lui confier quelqu’un ou pour lui dire merci ou pour lui demander d’éclairer notre vie. Mais un vrai " entretien " au double sens du mot. Au sens de maintenance, comme on parle de l’entretien de sa voiture. La prière nous aide alors à maintenir l’Evangile en état de marche dans notre vie. Mais aussi dans la prière, on « s’entre-tient », on se soutient les uns les autres, on prie les uns pour les autres, les uns avec les autres… Cette communion avec le Christ se réalise encore par les sacrements, en particulier l’Eucharistie même si en ce moment elle nous manque. Le concile Vatican 2 l’a rappelé : " l’Eucharistie est source et sommet de toute vie chrétienne ". Elle nous donne d’être unis au Christ, de faire corps avec lui. Nous y recevons son amour pour en vivre au quotidien.

3ème chemin, celui de la vie quotidienne : Pour demeurer dans le Christ, il n’est pas question de quitter notre vie de tous les jours ni de fuir ce monde. Ce qui nous est demandé c’est de nous y enraciner et de porter du fruit par l’amour mutuel, le partage, l’accueil, la solidarité... si nécessaires en ces temps !
En ce dimanche, Seigneur, c’est Ta Parole qui nous rassemble sans que nous puissions encore communier. Mais Tu ne cesses de rejoindre chacun de nous. Garde nous vraiment reliés à toi pour porter du fruit.

Jean Pierre Maçon

SOIGNANTS DE L’ÂME Jn 10, 1-10 (3/05/2020)

L’épidémie actuelle a braqué le projecteur sur un profil indispensable de femmes et d’hommes : les soignants. En soulignant que le soin du corps va nécessairement avec le soin de la personne. En paraphrasant Dostoïevski, on peut dire que c’est " la bonté qui sauvera le monde"… Et qu’on doit la trouver chez ceux qui ont reçu " charge d’âmes ". Ne l’oublions pas, l’origine du mot " curé " vient du latin " cura animarum " : celui qui a "soin des âmes ", "soignant de l’âme." Le pape François, à peine élu, à déclaré : " Je vois l’Église comme un Hôpital de campagne après la bataille. Ce dont l’Église a le plus besoin aujourd’hui, c’est de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des gens " ?

Dans l’Évangile, Jésus reproche vivement aux pharisiens de se comporter en " voleurs et bandits « , d’être tellement légalistes et intransigeants avec les pécheurs et les pauvres qu’ils les empêchent de toucher la Miséricorde de Dieu. Aussi, reprenant la figure ancestrale des pasteurs (des bergers) et des reproches qui leur ont souvent été faits, il révèle quel est son secret à lui, le seul Vrai Pasteur. Et ce qu’il attend désormais des " soignants de l’âme."

" Mes brebis écoutent ma voix et elles me suivent… " Aujourd’hui, dans un monde où "ça parle" beaucoup, combien de " voix " pèsent par leur hauteur et profondeur ? Si, 2000 ans après, la Parole du Christ a toujours du poids, de "l’autorité ", c’est parce qu’il parlait vrai. A travers son enseignement et ses actes, c’était la "Voix du Père" que l’on entendait. De plus, il " appelait chacun par son nom " et " connaissait " leurs manques et leurs soifs d’une vie autre. Il appelait à Vivre et ses auditeurs devenaient des " sauvés ", des "vivants autrement ". Les pasteurs d’aujourd’hui, en " portant l’odeur de leurs brebis ", (joies, misères et attentes), relaient l’Appel pressant de cette même Voix. Et, par leur présence, par leur parole, les sacrements, leur présence… ils permettent au Christ de toucher encore la terre !

Notre monde a plus que besoin de " soignants de l’âme " qui, comme Jésus, reçoivent la vie en même temps qu’ils la donnent. Ce faisant et malgré leurs propres limites, ils sont des guides pour " faire sortir " de leurs tombeaux ceux qui cherchent à donner sens à leur vie et Visage à Dieu. En cette Journée des Vocations, prions Dieu de nous donner des pasteurs… Mais Le remerciant aussi de trouver en vous de vrais collaborateurs dans ce "soin des âmes".

Michel Retailleau

RESTE AVEC NOUS, LE JOUR BAISSE Luc 24, 13-35 (26/04/2020)

Un jour, j’ai vu trois enfants du caté mimer magnifiquement cet évangile : Les deux« pèlerins d’Emmaüs » traversaient l’église, accablés. Un inconnu sorti discrètement de l’ombre les rejoignait. Ils marchaient longtemps ensemble, bible en mains. Arrivés au chœur de l’église ils se sont placés derrière l’autel, face à l’assemblée. Jésus au milieu a pris un pain et leur a partagé. Et alors que chacun prenait sa part, Jésus saisissant doucement leurs mains, les rapprochait l’un de l’autre autour de ce pain rompu, tenu à deux, pendant que lui s’effaçait derrière eux dans l’ombre. Ils se retrouvaient alors seuls, côte à côte, interloqués, avec ce pain dans les mains… Puis après un moment de stupeur, ils partaient en bondissant de joie…

C’était une belle mise en scène de cette apparition-disparition du ressuscité. Jésus n’était plus visible mais il leur avait laissé ces cadeaux inestimables : les Écritures qui, éclairées par lui, brûlent le cœur, le pain partagé de l’Eucharistie, et la communion entre frères, communion sans limites puisqu’ils ont couru rejoindre le reste de l’Église à Jérusalem. C’était le soir du dimanche de Pâques, Jésus leur laissait la première messe dominicale et la communauté de l’Église. En ces semaines où nous en sommes privés, il nous reste Dieu merci, les Écritures et les commentaires de « Contacts » ou de la Télé. Mais l’Eucharistie nous manque ! Et la communauté aussi ! Peut-être nous fallait-il ce jeûne imposé par le covid 19 pour que nous puissions ressentir le prix de cette richesse que Jésus nous donne de vivre chaque dimanche tous ensemble : la Parole de Dieu, l’Eucharistie, la communion fraternelle, et la communauté de l’Eglise ? Ce sont les cadeaux de Jésus, et les signes de sa présence, avec nous tous les jours jusqu’à la fin des siècles.

Ces deux disciples étaient aveuglés par leur chagrin et leur déception, au point de rentrer chez eux en tournant le dos à leur groupe de disciples de Jésus. Ils avaient entendu dire que le tombeau était vide et que les femmes l’avaient vu vivant… Mais ils restaient fermés. Et puis le soir, volte-face, ils reviennent en hâte rejoindre le groupe à Jérusalem. Entre temps ils avaient eu cette rencontre mystérieuse avec Jésus. Et, plus que les vingt kilomètres aller-retour, c’est un long chemin intérieur qu’ils ont parcouru avec lui : de la tristesse et du dépit à la joie, de l’enfermement solitaire à la communauté, de l’obscurité à la foi. Jésus venu au-devant d’eux, doucement, avec écoute et patience, leur a permis ce chemin.

Il peut nous le permettre aussi. Quand notre route est sous le signe de la désolation et de l’incertitude, quand nous avons le visage sombre, soyons sûrs qu’il est là : il sait ce qui nous blesse. Il nous ouvrira les Écritures et nous rendra le cœur brûlant. Son Eucharistie nous nourrira et guérira, en même temps qu’une communauté de sœurs et de frères nous sera donnée. Alors nos yeux s’ouvriront… Reste avec nous !
Robert Jourfier

" LA PAIX SOIT AVEC VOUS " (19/04/2020)

Beaucoup de tensions dans le monde aujourd’hui, et plus encore en ce temps de pandémie, dans la société et parfois dans les familles ! Il peut y avoir aussi des tensions en nous. Nous n’avons donc jamais eu autant besoin de paix. Et il est justement question de paix dans l’Evangile du jour ( Jn 20, 19-31). A 3 reprises, le Christ dit : " la paix soit avec vous ".

Pour commencer, je voudrais vous livrer 2 expériences de paix que j’ai vécues. Généralement on s’attache à ce qui est visible, on se situe dans le registre de l’action. Que puis-je faire pour t’aider ? Puis-je faire quelque chose pour vous ? C’est bien de poser des actes concrets de charité. Mais n’oublions pas qu’avant de le faire, il y a l’être. Ou, dit plus simplement, quand nous sommes face à une personne, même si nous n’en avons pas conscience, nous diffusons quelque chose de nous, nous transmettons notre humeur du moment. Nous sommes en colère, nous diffusons de l’agressivité ; de bonne humeur, nous diffusons de la gaieté.

Une expérience négative : Il y a un certain nombre d’années, là où je travaillais, est arrivé un nouveau chef de production dynamique, très souriant. Mais, à ma grande surprise, je me sentais mal à l’aise quand j’étais en sa présence. J’ai réalisé par la suite que c’était un homme violent, qui ne croyait qu’à la force dans ses rapports avec les autres
Une expérience positive : de 19 à 24 ans, je suis allé à Lourdes au pèlerinage des malades et là j’ai rencontré un prêtre. Un homme rempli de paix. Dès que j’étais en sa présence, je sentais une paix m’envahir. J’allais souvent le voir juste pour recevoir la paix qu’il diffusait. Même pas besoin de ses conseils. C’était sa paix que je venais chercher et qui m’habitait après l’avoir quitté… Mais on peut ressentir aussi la paix dans certains lieux. Moi, je ressens une paix profonde quand que je rentre dans un monastère ou quand je me rends à Lourdes.
Question : ai-je déjà vécu de telles expériences de paix ? Et ai-je pensé à en remercier le Seigneur ? Tout ce qui vient de Dieu s’accompagne de paix et de d’humilité.

" La paix soit avec vous " : rencontrer une femme ou un homme de paix, c’est toucher cette paix qui vient du Christ. Et cette paix est un baume sur ses doutes, sa fatigue ou blessures.
" La paix soit avec vous " : c’est le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à ceux que l’on croise, une âme apaisée qui vient de l’Esprit du Ressuscité.
" La paix soit avec vous " : Que chacun ait à cœur de construire la paix en ce monde par des actes concrets de charité, mais aussi de pardon, de réconciliation et de justice.

Jean Pierre MAÇON

UNE PUISSANCE DANS NOS MAINS ET NOS PIEDS (12/04/2020)

Marielle, l’épouse du colonel Beltrame abattu il y a 2 ans, par un terroriste, a eu ce merveilleux cri du cœur : " C’est avec beaucoup d’espérance que j’attend de fêter la Résurrection de Pâques avec lui. " C’est dire combien la Fête de Pâques cristallise sur elle de profonds sentiments de Joie, d’Espérance et de Plénitude. Et combien cet Evènement a aussi besoin d’être célébré par une communauté. Nous devrons attendre l’an prochain pour mêler notre joie à cette Explosion de Vie. Mais nous n’avons pas attendu pour en ressentir les effets.

Et, même confinés, nous ne sommes pas aveugles devant certains signes. N’est-il pas étonnant de constater que ce Carême 2020 si particulier est devenu pour beaucoup un carême du cœur, un carême du désir qui nous a comme " obligés " à faire un retour sur nous-mêmes ? N’est-ce pas un signe de Dieu quand, par des évènements dont nous n’avons pas la maîtrise, nous sommes comme "délogés" pour grandir vers une humanité plus désireuse de confiance, de fraternité, de solidarité, de justice ? Nous sommes comme "sommés" de sortir de nos " tombeaux " de l’individualisme et du chacun pour soi pour laisser nos existences respirer à plus de hauteur et de profondeur.

N’oublions pas que le Ressuscité est celui qui a été mis en croix. Et qu’il demeure à jamais " Et crucifié Et ressuscité ". Et l’un Et l’autre. Si le Ressuscité porte à jamais les plaies ouvertes de "ses mains et de ses pieds", c’est un fait énorme de sens. Dans les clous de ses mains, ce sont nos mains fermées qui se sont trouvées desserrées pour mieux les ouvrir. Dans les clous de ses pieds, ce sont nos impuissances qu’il a déverrouillées. Depuis 1 mois, combien de mains ne se sont-elles pas ouvertes pour des ’coups de main’, soins, services de tous ordres… qui ont fait circuler la vie. A Ste Hélène même, combien de mains et de pieds ne s’activent-ils pas pour distribuer plus de 100 repas quotidiens à des gens du quartier ? Et qui d’entre nous n’a-t-il pas été le témoin étonné de lui-même à sortir de soi pour un(e) voisin(e) ?

Tous ces gestes ne sont pas comptabilisables, mais ils sont porteurs, en creux, de l’Espérance acquise sur la croix que la Vie a triomphé de toute forme de mort. Que des tombeaux de nos blessures et cassures, la Vie peut toujours surgir. Qu’elle veut traverser nos réseaux de relation secrètement "visités" par Jésus, le Vivant. Que notre capacité à vivre comme nation, solidaire des autres peuples, et même les équilibres écologiques de la planète sont aussi impactés par la Résurrection du Christ. Rien de notre vie demeure étranger à cette Puissance de transformation et de renouvellement ! Pour reprendre l’expression de Marielle : " C’est avec beaucoup d’espérance que nous attendons de le fêter avec la terre entière. "
Michel Retailleau

DESCENDU DANS NOS ENFERS (11/04/2020)

Le Samedi Saint est un jour un peu étrange ! Jour de silence et de vide comme si tout se taisait. D’ailleurs, les cloches se taisent et la liturgie ne nous propose rien. Pas même un Évangile ! Le récit de la Passion s’arrête au soir du vendredi saint pour ne recommencer qu’ "au premier jour de la semaine". Alors, temps de deuil ? Même pas ! Plutôt jour d’attente aiguë où se mêlent des sentiments que le confinement rend cette année encore plus vifs.

Sentiment d’angoisse, voire de révolte pour une part. " Où donc est Dieu ? " C’est la grande question de ce jour : Où était-Il quand Jésus est mort sur la croix ? " Et aujourd’hui, en ce 11 avril 2020, où donc est Dieu ?... Quand chaque soir, on égrène les tristes chiffres des décédés du Covid 19 ? Sans oublier nos propres cris sans réponse qui surgissent de nos existences affrontées à des évènements qui nous dépassent ! Le samedi saint n’est pas qu’un jour du calendrier, il peut être une réalité qui déstabilise nos vies à certains jours.

Mais le samedi saint a aussi et d’abord un sens caché lumineux qu’il nous faut découvrir : à sa mort, le Christ est " descendu aux enfers ", comme nous le proclamons dans le Credo. Parmi les Pères de l’Eglise, un certain Epiphane précise : " Aujourd’hui, sur la terre, règne un grand silence. Le Seigneur est mort dans la chair et il est descendu secouer le règne des enfers. Il va chercher Adam comme une brebis perdue. Le Seigneur descend et visite ceux qui gisent dans les ténèbres et l’ombre de la mort. " Autrement dit, le Christ a voulu rejoindre mystérieusement toutes les situations infernales vécues individuellement et collectivement depuis l’origine du monde, pour inviter les morts à renaître. Et pas seulement les morts d’hier et d’aujourd’hui mais aussi le cœur de la terre et tous les écosystèmes du cosmos pour les inviter à renaître eux aussi à une nouvelle Vie. St Paul ne disait-il pas : " la création toute entière gémit et passe par les douleurs de l’enfantement " (Romains 8, 22).

Aussi le Samedi saint, jour d’attente, est-il un jour qui nous prépare à la Joie pascale. Si le Christ descend dans nos enfers, dans nos enfermements et morts de toutes sortes, c’est pour que la Résurrection soit partout à l’œuvre. Une explosion d’énergies et de vie nouvelle pour la " maison commune " de l’humanité présente et à venir ! Si l’humanité est, par elle seule, incapable à le réaliser, elle peut cependant y collaborer, en s’appuyant sur le Ressuscité.

Ci-dessus, la sculpture d’Albert Dubos de Ste Hélène représente " une descente de croix " avec une Marie discrète, qui méditait dans son cœur tous ces évènements. A elle qui a su supporter le silence et l’angoisse de tous ces jours de la Passion, demandons de nous aider à attendre et à entrevoir dès aujourd’hui, les signes d’un Jour Nouveau pour toute la planète !

Michel Retailleau

Crucifié mais Seigneur. (10/04/2020)

« Il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme. Il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme » dit le prophète Isaïe. Comme de nombreux condamnés de tous les temps, Jésus a subi les tortures et les humiliations qui nient leur humanité et les transforment en objets : hommes de douleurs !

Pourtant à lire la passion selon St Jean, malgré les tortures, les insultes, les crachats et la dérision, Jésus n’apparait pas comme une loque, mais il apparait avec la force, la dignité, la grandeur du Seigneur.
Dès son arrestation, sachant ce qui doit lui arriver, il s’avance au-devant des soldats. C’est lui qui les interroge : Qui cherchez vous ? C’est lui qui donne des ordres : si c’est moi que vous cherchez, laissez partir ceux-ci. C’est lui qui ordonne à Pierre de remettre son épée au fourreau. Au grand prêtre qui l’interroge sur son enseignement il répond avec aplomb : demande à ceux qui m’ont écouté, ils savent ce que j’ai dit.
Le soldat qui le frappe se voit interrogé et renvoyé à sa conscience : si j’ai mal parlé dis-moi en quoi. Si j’ai bien parlé pourquoi me frappes-tu ? Il discute d’égal à égal avec Pilate, qui a sur lui pouvoir de vie et de mort. Dans un dialogue étonnant avec le gouverneur il se permet de lui renvoyer ses questions : « C’est toi qui dis que je suis roi ». Il lui affirme que son pouvoir est un pouvoir qui vient non de Rome mais de Dieu. Jusqu’à ce que Pilate finisse par lui demander : « mais d’où es-tu ? » En croix il confie l’un à l’autre, l’apôtre Jean et sa mère. Enfin il ne subit pas sa mort mais il remet son esprit en un dernier acte de liberté.
Tout au long du récit on voit Jésus maitre de lui, souffrant mais non écrasé, dominant la situation. Et pourtant il finira broyé ! Seigneur, mais broyé ! Broyé mais Seigneur.

« Nous avons vus sa gloire », dit Saint Jean. Ils ont vu la gloire de Dieu non seulement dans son baptême, ses miracles, sa transfiguration… mais ils l’ont vue sur la croix : dans sa maitrise, sa dignité, dans son pardon accordé, son souci de ses proches, sa remise de lui-même au Père dans la confiance et dans son amour pour eux. La croix de Jésus manifeste la gloire divine. Elle montre qui est véritablement Dieu, qui n’a pas craint de s’abaisser aux mains des hommes pour leur signifier que, quoi qu’il arrive, ils sont aimés.

Si nous-mêmes nous sommes dans la détresse l’angoisse ou la souffrance… Si nous nous sentons à la dernière place… le Dieu de Gloire nous révèle que la dernière place est le meilleur endroit où le trouver. Alors face à la croix , en ce vendredi saint, nous devons faire silence et regarder. Et rester bouche bée face à ce Serviteur, chargé de nos souffrances mais rayonnant de la Gloire de Dieu.

Robert Jourfier

EN MÉMOIRE DE MOI (9/04/2020)

Avec le confinement et le temps de cuisiner, certains redécouvrent que les nourritures ne sont pas seulement des aliments. En cuisinant et mangeant certains plats ou pâtisseries, nous mangeons aussi les souvenirs d’une ambiance familiale, d’une mère ou grand-mère qui les avait préparés pour nous. Et en les mangeant, nous mangeons l’amour qu’à travers ces plats, elles nous avaient donné.

Il en est ainsi de ce petit pain particulier, que nous utilisons à la messe. C’est un pain chargé d’histoire et de souvenirs et d’amour. C’est un pain sans levain. Les juifs l’appellent pain azyme. Et la bible dit que la nuit ou les hébreux ont fui l’Egypte avec Moïse, ils sont partis si précipitamment que leur pâte n’avait pas eu le temps de lever. Depuis ce jour, chaque année, ils célèbrent Pâques en ne mangeant pendant une semaine que ce pain azyme et l’agneau pascal sacrifié dont le sang les avait protégés lors de leur fuite. Ce pain a pour eux le goût de la liberté que le Seigneur leur a donnée, et le goût de l’alliance d’amour qu’Il a nouée avec eux.

C’est ce pain-là que Jésus lui-même a mangé pendant la dernière cène. J’imagine que, voyant sa vie menacée, Jésus a vécu ce repas comme une célébration de confiance et d’espérance : Dieu qui a sauvé son peuple autrefois, le sauvera lui Jésus « car éternel est son amour ». Pour lui, ce pain a le goût de la fidélité de Dieu.

Jésus va alors donner une autre signification à ce pain et à la coupe de vin. Il en fait les symboles de sa vie donnée et de sa mort prochaine sur la croix. « C’est mon corps livré pour vous, c’est mon sang versé pour vous ». Il s’identifie à l’agneau pascal sacrifié. Il dit que cette coupe de vin est la nouvelle alliance en son sang. Et il nous demande d’en faire mémoire.

En communiant, nous mangeons tous ces souvenirs de Moïse et de Jésus. Ils ont le goût de l’alliance et de l’amour fidèle que Dieu nous offre à travers eux. Ils ont le goût du Christ Serviteur qui nous a donné sa vie et nous sentons que nous devons le suivre sur ce chemin. D’autant plus qu’au début de ce repas, selon l’Evangile de St Jean, Jésus a lavé les pieds de ses disciples, geste nécessaire pour des pieds nus sur des chemins poussiéreux, mais geste de serviteur ou d’esclave. Si moi, le Seigneur et le maitre, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. De ce geste aussi il faut faire mémoire.

Le corona virus nous prive des liturgies si riches de la semaine sainte et de la communion eucharistique. Faisons une communion spirituelle comme nous y encourage le pape François, unis les uns aux autres, dans le même amour du Christ sacrifié. Et avec Jésus prenons la place du serviteur. Aujourd’hui ceux qui servent sont nombreux : les soignants et tous ceux qui, fidèles à leur poste, travaillent pour permettre aux autres de vivre. Ils sont nombreux aussi dans les familles et les immeubles à prendre soin les uns les autres. « Comme je vous ai aimés, aimez vous aussi les uns les autres, ainsi tous reconnaitrons que vous êtes mes disciples. » (Jean 13, 34-35).

Robert Jourfier

8 JOURS QUI EBRANLERENT LA VIE DE DIEU ET DU MONDE (4/04/2020)

En même pas 8 jours, quel revirement de situation ? Entré triomphalement à Jérusalem sous les " Hosanna " d’une foule en liesse, Jésus est finalement conduit hors de la ville pour y être crucifié comme un vulgaire esclave. Il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour qu’il soit lâché ! Lâché par les chefs religieux qui, depuis longtemps, avaient juré sa perte ! Lâché pa
une foule manipulée, déçue de constater qu’il n’était pas le Messie-Roi attendu ! Lâché par Pilate qui a préféré sa tranquillité aux embêtements politiques. Lâché par ses propres disciples fatigués et peureux qui l’ont abandonné ! Sa mort en croix ne signifiait plus qu’un espoir avorté de libération pour le peuple.

Pire, sa mort signait l’échec de Dieu, car même Lui semblait l’avoir lâché ! Ce qui signifiait tout bonnement que le Projet de Dieu de "sauver" l’humanité avait avorté lui aussi. Jésus tombait dans les oubliettes de l’Histoire ! Nuit obscure sur la terre et dans le ciel !... Mais l’Evènement Inespéré de la Résurrection de Jésus va bousculer ce scénario tragique ; une autre lecture des faits va peu à peu s’imposer... Non, il est inexact de dire que c’est Judas qui a livré Jésus, c’est plutôt le contraire qui s’est produit. C’est Jésus en personne qui a choisi de se livrer aux mains des hommes. Non seulement, Il l’a fait librement mais c’est par Amour de son Père et de l’humanité qu’il a affronté ses adversaires, qu’il a résisté à la haine et à l’injustice. Personne ne lui a ôté la vie, c’est lui qui a donné la sienne pour arracher du cœur humain tous ces germes de violence et d’enfermement.

Dans l’Innocent silencieux et sans défense du calvaire, on a alors appris à se défaire de l’image d’un Dieu tout-puissant et dominateur pour ne plus voir en lui que la toute-puissance d’aimer de Dieu jusqu’à mourir pour ses ennemis et ses bourreaux. Non seulement, Dieu n’avait pas lâché Jésus mais Il s’était mystérieusement uni à Lui. Pour le soutenir dans l’épreuve, pour insuffler en lui Confiance et Paix dans ce don total qu’il faisait de lui-même pour une humanité nouvelle Si Dieu n’a pas lâché son Fils, Il ne voulait pas non plus lâcher l’humanité dans son affrontement avec le mal. Empêtrés que nous sommes aujourd’hui dans le coronavirus et dans bien d’autres forces de mort, Il continue de nous rejoindre pour que la Vie l’emporte sur la mort !

Michel Retailleau

(Exercice : En ce jour si particulier des Rameaux où nous sommes confinés, prenons le temps de méditer la Passion en Mt 26, 14 à 27, 66. C’est l’HISTOIRE de notre histoire !)

UNE OFFRE DE VIE QUE LA MORT N’ATTEINT PAS (29/03/2020)

Le nœud du récit de la résurrection de Lazare (Jn 11, 1-45) réside dans le dialogue de Jésus avec Marthe. Comme son entourage, elle croit en la résurrection de son frère au dernier jour, à la fin des temps. Jésus lui déclare de façon abrupte : " Moi, JE SUIS la résurrection et la vie... " Il s’agit de croire que la parole de Jésus fait " surgir "dans le présent une offre de vie que la mort n’atteint pas, un élan vital qui était en sommeil de mort. Mais, il ne réagit pas avec la froideur d’un maître à penser, ou la suffisance d’un mage guérisseur. L’émotion le submerge comme celle de tout être humain devant la mort d’un ami et la douleur de ses proches. Devant le tombeau où repose son ami Lazare, Jésus prononce alors 3 paroles…

La 1ère, il l’adresse à son Père : " Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé…" Jésus Lui rend grâce pour un en exaucement à venir. Un pari de confiance sur l’amour invincible du Dieu de la vie. Action de grâce par anticipation comme il le fera avant d’être livré et de mourir lui-même. Celui qui fait surgir la vie peut aussi ressusciter des morts. C’est ainsi que prient les chrétiens face à leurs défunts. Ils osent bénir et rendre grâce devant la détresse et la mort de l’un des leurs. Défi d’espérance et de confiance.

La 2ème parole est un cri prononcé d’une voix forte : " Lazare, Viens dehors ". Un cri qui vient des profondeurs de la détresse humaine. Un cri de protestation devant ce qui paraît pour chacun insupportable, sa propre mort et celle de ses proches. Lazare représente ici le 1er Adam et l’humanité première que Jésus vient délivrer des enfers de la mort. Ce cri parvient jusqu’à Dieu son Père, car l’oreille de Dieu est dans le cœur de l’homme qui crie. Jésus porte dans son cri tous les cris de ses frères et sœurs en humanité. Un cri de résurrection qu’il a adressé à tant de personnes rencontrées : Lève-toi, relève-toi, ouvre-toi…

Et la 3ème parole adressée à ceux qui l’entourent : " Déliez-le et laissez-le aller. " Ce mort qui sort du tombeau, pieds et mains liés, le visage voilé, est comme la figure de la vieille humanité, empêtrée dans ses liens, ses suaires et ses prisons. De quelle mort s’agit-il ? De la mort de tous ceux qui vivent leur humanité dans toutes sortes de tombeaux et de prisons. De la mort spirituelle qu’est le péché aussi, l’éloignement de Dieu, du ruisseau qui a voulu se passer de sa Source…

Michel SCOUARNEC

(Exercice : en ’restant chez soi’, virus oblige, entendre ce Cri qui nous appelle : " Viens dehors " !)

IL EST LUMIÈRE DU MONDE (22 mars 2020)

Le récit du chapitre 9 de l’évangile de St Jean est comme un jour qui se lève. On voit la lumière grandir d’heure en heure, depuis la nuit jusqu’au grand soleil de midi. Le premier rayon qui perce est provoqué par une question des disciples : En passant ils voient un aveugle de naissance et demandent : « Rabbi qui a péché, lui ou ses parents pour qu’il soit né aveugle ? ». Ils croyaient que nos malheurs et nos maladies étaient des punitions de Dieu. La réponse de Jésus est claire et nette : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché ! » Les malheurs, les souffrances, les maladies ne sont pas des punitions de Dieu. Ni le cancer, ni le sida, ni le coronavirus… Ils croyaient même possible que Dieu puisse rendre malade un enfant pour le péché de ses parents. Mais un tel dieu serait bien pire que nous tous. Cette parole de Jésus nous éclaire sur le vrai visage de Dieu qui va agir en faveur de cet homme. Dieu est celui qui se tient à nos côtés, quoi qu’il arrive. Non seulement le handicap n’est pas une punition mais l’aveugle qui est dans la nuit depuis sa naissance va voir la lumière.

Et qui est celui qui l’a guéri ? Commence alors un long procès. Des gens ne supportent pas que Jésus puisse guérir un jour de sabbat. Cette guérison les contrarie. Ils malmènent l’aveugle, le harcèlent. Mais ce procès va devenir pour lui un chemin de lumière. Non plus la lumière du jour. Mais la lumière de la foi. Il va peu à peu voir clair sur Jésus.

Ils le questionnent —« C’est bien toi l’aveugle ? Comment se fait-il que tu voies » —« C’est l’homme qu’on appelle Jésus… » —« Que dis-tu de lui ? » —« C’est un prophète » —« Non ! Nous savons que c’est un pécheur » —« S’il n’était pas de Dieu il ne pourrait rien faire ! » —« Tu es péché depuis ta naissance et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jettent dehors. Jésus alors le retrouve : « Crois-tu au fils de l’homme ? » —« Et qui est-il ? » —« Tu le vois qui te parle » Alors l’homme se prosterne comme on le fait devant Dieu : « Je crois Seigneur. » Il fait une belle profession de foi : il comprend que l’homme qu’on appelle Jésus, est plus qu’un prophète, plus qu’un venu de Dieu, il est Lumière du monde, il est le Seigneur.

Dans le temps où cet homme s’éveille à la lumière de la foi, les autres s’enfoncent dans leur obscurité. Ils espéraient pourtant le Messie et ils voyaient Jésus guérir ! Mais ils restaient entêtés dans leurs certitudes. « Si vous étiez aveugles, leur dit Jésus, vous n’auriez pas de péché. Mais Vous dites : nous voyons. Alors votre péché demeure » Autrement dit, pour avoir la lumière de Dieu, il vaut mieux reconnaitre nos aveuglements, nos obscurités, nos zones d’ombre. Ce ne sont pas des obstacles pour aller à Dieu. Ce carême est le moment favorable pour demander à Jésus de nous guérir. C’est au cœur de nos obscurités et de notre nuit que nous pouvons voir se lever sa lumière. Dans ces temps de pandémie et de confinement nous pouvons faire, comme l’aveugle, un chemin de foi et accueillir sa lumière. Comme le dit St Paul (2°lecture) : « nos ténèbres d’autrefois peuvent devenir lumière dans le Seigneur. Alors vivons en enfants de lumière. »
Robert Jourfier

A LA MARGELLE D’UN PUITS…(15/03/2020)

Nous n’avons jamais fini de rencontrer Jésus et il n’a de cesse de nous mettre en mouvement et relèvement. Nous invitant ainsi à le reconnaître comme « Sauveur ». Aujourd’hui, en voici un bel exemple : la rencontre de Jésus avec une femme de Samarie. Une rencontre tout à fait improbable. Jésus est juif et cette femme ne l’est pas ! L’Évangile nous dit que les juifs ne fréquentaient pas les Samaritains. Il est environ midi, l’heure la plus chaude où chacun évite de sortir. On peut penser que la Samaritaine, mal vue dans le village, cherche à passer inaperçue et choisit cette heure creuse pour ne rencontrer personne.

Mais Jésus est là, assis sur la margelle du puits, prêt à engager le dialogue avec cette femme. Une femme portant un lourd fardeau, vie faite de souffrances et d’échecs. « Va, appelle ton mari et reviens, lui dit Jésus. Je n’ai pas de mari, dit-elle. Jésus reprit : Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu 5, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là, tu dis vrai…. Seigneur, je vois que tu es un prophète ! » Jésus ne la rejette pas, ne lui fait pas la morale. Il lui demande un service : "Donne-moi à boire ». Confiance : il est là pour ouvrir un avenir ! Comme il est sur la route de chacun d’entre nous, attendant le moment de la rencontre où l’on va s’assoir pour le recevoir.

Le dialogue s’engage avec cette femme et ses questions. Jésus va l’aider à prendre conscience de la véritable soif qui l’habite : soif de vie, d’amour, de vérité, de dignité ! « Si tu savais le don de Dieu et qui est Celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive … Donne-moi de cette eau, Seigneur… » Et elle, la déconsidérée, déclare : " Je sais qu’il vient, le Messie ".

Seigneur Jésus, nous sommes venus nous asseoir en cette église comme au bord du puits. Avec nos préoccupations, nos soucis, nos envies de paix et de bonheur. Sois pour nous l’EAU VIVE qui fait vivre et la Source qui ne tarit pas. Et donne-nous de repartir, du bonheur de t’avoir rencontré, Toi notre Sauveur.

Jean Pierre MAÇON

TRANSFIGURATION ET CHIRURGIE DE L’ÂME ( 8/03/20)

Quelle semaine pour Pierre, Jacques et Jean ! Quelques jours auparavant, Jésus leur a annoncé qu’il devait " beaucoup souffrir et être mis à mort". Et voici que 6 jours après, ils voient un Jésus au Visage tout ruisselant de lumière (Mathieu 17, 1-9). En redescendant de "la montagne", les questions ne manquent pas. Mais quel genre de compagnon est ce Jésus qu’ils côtoient depuis 2 ans déjà ? Et pourquoi cette présence de Moïse et d’Elie avec lui ?

Mais commençons d’abord par accueillir l’Evènement de la Transfiguration de Jésus qui n’est pas d’abord affaire d’imagination mais d’expérience intérieure. Qui d’entre nous n’a jamais eu, un jour, le désir d’arrêter le temps, de fixer un moment de bonheur pur ? Une rencontre forte d’un(e) ami(e) ; un élan d’amour vrai pour quelqu’un ; un geste, une parole ou un regard comme baumes sur une blessure vive ; ou encore une expérience fulgurante de la Présence de Dieu à un moment où l’on se sentait abandonné… ? A de rares moments, la vie nous fait grâce d’une expérience de plénitude dont le souvenir nous poursuit et nous donne force et lumière pour vivre.

Mais dans la Transfiguration de Jésus, il y a bien plus encore. Non seulement Jésus apparaît avec son Visage de Ressuscité, mais il s’entretient aussi avec Moïse et Elie. Moïse est celui que Dieu a choisi pour libérer son peuple de l’esclavage en Egypte et à qui Dieu a donné la Loi qui est la première Charte de l’homme libre. Et Elie, c’est le prophète qui a particulièrement combattu l’emprise des cultes païens et leur immoralité. Aussi, la conversation de Jésus avec Moïse et Elie signifie l’Engagement de Dieu à nous vouloir intérieurement Libres. En nous faisant le Don inestimable de livrer son Fils, Il veut faire de nous des Vivants de sa propre Vie. Pour qu’avec lui, " les hommes aient la Vie et qu’ils l’aient en abondance."

En ce Carême, interrogeons-nous ! Tout ce que nous avons appris sur Jésus n’est-il qu’un simple vernis religieux ? Ou bien, avons-nous réellement expérimenté que c’est du vrai, du « dur » pour " transfigurer " notre vie et celle du monde ? Même s’il nous arrive de douter, sommes-nous convaincus que Jésus est ce Visage habité par Dieu ? Et que, par sa Résurrection, il rejoint mystérieusement les blessures et le péché de l’homme pour, dit St Paul (2è Tim 1, 10), " faire resplendir la Vie et l’immortalité ". Célébrer la Transfiguration, c’est entrevoir sur le Visage du Christ l’éclat de la Résurrection qui brillera dans nos vies ! Car l’Esprit a la capacité d’opérer une chirurgie de l’âme qui veut se refléter jusque sur nos visages.

Michel Retailleau

LE VRAI CARÊME (1/03/2020)

Depuis le mercredi des Cendres, nous sommes entrés dans un nouveau Carême. Chaque année, on se dit qu’il faut faire des efforts ; on nous parle d’aumônes, de prières, de jeûnes et de privations. Chacun pense aux résolutions qu’il va prendre pour vaincre les tentations qui nous détournent de la Parole de Dieu, de l’adoration et de la confiance en Dieu. Et à Pâques, nous regarderons le bilan : si nous avons tenu, nous parlerons d’un bon carême et nous aurons l’impression de nous être rapprochés de Dieu. Mais si nous n’avons pas réussi à tout tenir, nous aurons l’impression d’avoir fait un mauvais carême et de nous être éloignés de Dieu.

Mais le vrai Carême, c’est beaucoup mieux. Pour le comprendre, il faut lire attentivement la PAROLE qui nous est proposée chaque jour et cela pourrait nous transformer. Elle nous invite à une véritable révolution dans notre relation à Dieu : il ne s’agit plus d’offrir des sacrifices pour recevoir de lui ce que nous demandons. Au lieu de donner à Dieu pour recevoir de lui, nous sommes invités à lui offrir ce que nous avons reçu de Lui. C’est cela qui nous est demandé à chacun dans ce temps de carême. Ce seront alors les fruits d’un effort d’homme libre et non plus celui d’un esclave enfermé dans son péché.

Dans ses Tentations au désert (Matthieu, 4, 1-11), Jésus nous apprend qu’être fils de Dieu, c’est se laisser conduire par Dieu sans lui imposer nos voies et nos moyens. C’est lui faire confiance sans vouloir obtenir des garanties, sans espérer de miraculeux prodiges qui nous démobiliseraient de nos responsabilités et de nos engagements. Être fils de Dieu, c’est faire la volonté de Dieu qui est notre nourriture quotidienne.
Jésus se retrouve devant les mêmes tentations que le peuple d’Israël. Toutes les tentations ont pour but de nuire à la relation qui existe entre l’homme et Dieu alors que la Parole de Dieu nous invite à reconnaître la Bonté même de Dieu.

Le vrai Carême, c’est une réponse aimante à un Amour qui fait sans cesse le premier pas vers nous... Oui c’est Toi Seigneur, qui nous donnes le désir et la force de te suivre et de t’aimer. Sois avec nous sur le chemin qui nous mène à Pâques. Avec toi, nous marcherons dans les déserts de notre vie. Nous nous savons aimés de toi et là nous nous sentons rassurés.

Jean Pierre Maçon

DÉSARMER NOTRE VIOLENCE (23/02/2020)

On a cru longtemps que le progrès du savoir et des sciences allait nous libérer de la violence. L’actualité nous fait déchanter… Des manifestations qui dégénèrent, des pompiers ’caillassés’, des lynchages sur les réseaux sociaux, des insultes toujours plus agressives dans les cours d’école… " Ce n’est que par la violence que l’on peut se faire entendre ! », entend-on. Alors, désespérer ? Dans l’Evangile de ce jour (Mt 5, 38-48), Jésus va droit au cœur de la question. Avec l’autorité de Quelqu’un qui a expérimenté dans sa chair d’Homme-Dieu combien la violence peut écraser mais aussi de quels élans elle rend capable celui qui veut vivre en artisan de Paix.

" Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent (= loi du talion : rendre coup pour coup). Eh bien, moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant…, de ne pas le poursuivre en justice…" Cela peut prêter à sourire et paraître bien naïf face à des situations d’agression ou d’injustice que nous subissons. Certes, il faut savoir se défendre et se faire respecter dans la vie. Mais ce que Jésus attend surtout de nous, c’est de travailler à briser l’engrenage millénaire de la violence partout où elle se rencontre : entre individus, entre groupes, entre nations, et même avec la nature.

Il ne nous oblige pas à avoir de la sympathie ou de l’affection pour ceux qui nous agressent. Mais Il nous invite à repérer les germes de violence tapies en nous et à accueillir sa Force de Résurrection pour les faire taire : " Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. " Personnellement, nous n’avons peut-être pas d’ennemi déclaré mais ’l’ennemi’ qu’il nous est demandé d’aimer, c’est aussi celui qui est différent de soi : par son caractère, sa personnalité, son comportement, ses idées, sa culture, ses croyances … Et qui nous énerve en troublant notre équilibre intérieur. Aussi nous appelle-t-il à prier pour lui afin de demander à l’Esprit Saint de faire désirer en nous ce qui est bon pour lui. La prière nous fait alors décoller des blessures reçues et vouloir le bien de celui qu’il nous coûte d’aimer.

"Aimer son ennemi " c’est s’efforcer aussi de désarmer son cœur de la violence de l’autojustification, de la bonne conscience, du mépris … En demandant à l’Esprit de faire naître en nous un peu de paix et de patience quand l’agressivité, l’injustice ou le préjudice nous atteignent. Pourquoi ? Parce que " vous êtes un sanctuaire de Dieu et que l’Esprit habite en vous ? dit St Paul (1 Cor 3, 16-23). Et l’Evangile de ce jour ajoute : " afin d’être vraiment les fils de notre Père." Désarmer cette violence qui ne demande qu’à surgir en nous et dans le monde, le Christ en est mort mais pour nous en libérer !
Michel Retailleau

C’EST PAS GRAVE… (16/02/2020)

Il nous arrive parfois d’entendre ou de dire cette plaisanterie : " Oh ! Moi, j’ai pas tué, j’ai pas volé ! " sous-entendu : " Le reste, c’est pas grave … ". Mais encore…

Il a été dit : " Tu ne tueras pas ! Mais moi, Jésus, je vous dis tu ne te mettras pas en colère contre ton frère… (ou ta sœur). Tu ne l’insulteras pas… tu ne le traiteras pas de fou de (tête vide), sinon tu es passible de l’enfer !" (cf. le texte d’Evangile de ce jour : Matthieu 5, 17-37). Rien que ça ! Cette insulte de « tête vide » (fou) était tout à fait banale et anodine au temps de Jésus… Mériter l’enfer pour ça ! Alors qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, dirons-nous. Bien sûr, on irait tous en enfer. Ce que nous dit Jésus : Il ne s’agit pas seulement d’être en règle avec une observance extérieure des commandements. « D’accord, je n’ai pas tué physiquement quelqu’un. Alors on est en règle avec le ’ tu ne tueras pas ’ ».

Jésus nous pousse toujours plus loin dans nos manières d’être en relation avec les autres. Non seulement, reprenant la loi de Moïse, il nous dit : « Tu ne tueras pas ", mais il nous invite aussi à recevoir de Dieu ce qui est impossible par nos seules forces humaines : " tu aimeras ".On t’a dit " tu ne tueras pas, moi je te dis : si tu te laisses aller à la colère, à la violence verbale ou physique, tu tues la relation, tu provoques des ruptures, des haines qui vont s’enchaîner. Tu refuses l’existence de l’autre." C’est une façon, non physique, de tuer. La manière dont le Christ nous invite à nous comporter – à la manière chrétienne – nous entraine plus loin qu’une observation extérieure des règles du vivre ensemble. Il nous propose des moyens de ne pas enclencher ni alimenter un processus, une spirale de violence, en agissant sur nous-mêmes. C’est en nous-mêmes que nous pouvons tuer la violence en germe, car nous sommes " enfants de Dieu."

A tort ou à raison, poursuit Jésus," si ton frère ou ta sœur a quelque chose contre toi " , il y a un germe de destruction en chacun, en celui qui subit et en celui qui agit. Alors il est plus urgent d’éliminer ces germes par la discussion et la réconciliation… que d’aller présenter ton offrande à l’autel. Autrement dit, c’est plus urgent, ça presse plus que d’aller faire tes prières. Dans ces 5 lignes de l’Evangile le mot de " frère " est cité 4 fois, ce qui souligne la gravité et l’importance de la relation à l’autre. Voilà un point d’attention que nous pourrions examiner dans le temps de Carême…

Jean Pierre MAÇON

LA SAVEUR DE DIEU (9/02/2020)

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » dit Jésus. Cela parait bien prétentieux. Mais cela ne l’est pas. Car il ne s’agit pas d’un compliment, mais d’une mission confiée. Pour la terre et pour le monde Et ce qui est important ce n’est pas nous, c’est cette mission : continuer l’œuvre de Jésus. C’est-à-dire continuer à porter dans le monde, ce sel, cette saveur qui vient de Dieu que nous avons déjà goutée dans Jésus et cette lumière qui vient de Dieu que nous avons déjà vu briller en Jésus. Si nous ne laissons pas ce sel de Dieu s’affadir en nous et sa lumière se cacher, alors « voyant ce que vous faites de bien, les hommes rendront gloire à Dieu ». Ils comprendront que cette saveur et cette lumière ne viennent pas de nous mais de Dieu. Et ceci malgré nos péchés et nos insuffisances. Comme St Paul qui portait la lumière de Dieu, sans prestige, faible, craintif et tout tremblant (2° lecture).

Le prophète Isaïe (1° lecture) parle aussi de cette lumière de Dieu qui doit nous traverser : « La gloire du Seigneur sera sur toi…ta lumière jaillira comme l’aurore et ton obscurité sera lumière de midi. »
A quelle condition ? Partager le pain, le toit, le vêtement, combler les malheureux. « Ne te dérobe pas à ton semblable. » Belle parole ! On se dérobe si facilement devant nos semblables qui vieillissent, devant les malades qui font peur, devant les familles en deuil, autour de qui se fait parfois le vide. Ce que le pape appelle « la culture du déchet », quand on met à l’écart ce qui n’est pas rentable, même les personnes. Dieu ne nous demande pas d’aimer la maladie, mais d’aimer les malades. « Détache les liens de servitude » dit le Seigneur : et la maladie est une servitude qui enchaine, limite et fait souffrir. C’est pourquoi Jésus a tellement guéri les malades et infirmes et pardonné les péchés, soignant les corps les cœurs et les âmes.

Il demande à l’église de continuer. Elle l’a fait au long de l’histoire. Elle le fait encore. L’onction des malades de ce jour est un geste du Christ destiné à soulager, fortifier les corps et aussi la foi…

Cela nous concerne tous :
• -Les biens portants : Dieu nous invite à entourer et soutenir nos semblables malades sans nous dérober et nous engage à nous préoccuper des politiques de santé.
• -Les soignants : l’église les estime. Le Concile Vatican 2 dit que leurs compétences et leur dévouement sont aussi une participation au ministère du Christ médecin.
• -Et vous tous qui allez recevoir cette onction qui, par la grâce de l’Esprit saint, réconforte, sauve et relève.
Le Christ par sa mort et sa résurrection nous vient en aide. Réconfortés par lui et par le Père de tout réconfort vous pouvez aussi réconforter ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que vous recevez vous-mêmes de Dieu. (St Paul 2 Co 1, 3-4)
C’est ainsi que dans vos santés défaillantes et vos inquiétudes, vécues dans la foi et la charité, vous demeurerez témoins, sel de la terre et lumière du monde. Avec nous, vous donnerez à la vie le gout de Dieu. A travers vous, sa lumière réchauffera et éclairera beaucoup d’autres… Et votre obscurité deviendra « lumière de midi. »

QUE SERA CET ENFANT ? (2 /02/ 2020)

Un jour, j’allais à la maternité visiter une jeune femme sur le point d’accoucher. Et quand je suis arrivé, l’enfant était déjà là, près de sa mère, tout beau tout propre. Il venait juste de naître. C’est la première fois de ma vie que je voyais un bébé qui n’avait pas même un jour. J’étais impressionné par cette petite vie qui venait d’éclore. Je me disais il n’a pas encore vu le soleil se coucher ni se lever. J’étais saisi devant le mystère et la beauté de la vie. Et ma question, c’était « que sera cet enfant ? » Qu’est-ce que la vie lui réserve ? Que va-t-il faire de cette vie qui lui est donnée ?

En portant Jésus au temple, Marie et Joseph reconnaissent que leur enfant est un don de Dieu. En venant l’offrir au Seigneur, ils reconnaissent qu’il ne leur appartient pas. Comme le dit si bien le poème très connu de Khalil Gibran : « vos enfants ne sont pas vos enfants, ils viennent par vous, mais non de vous. Ils sont avec vous mais ne vous appartiennent pas. » En le présentant à Dieu, Marie et Joseph renoncent à leurs droits sur lui. Ils voient déjà ce nourrisson comme une personne, autonome et libre qui fera son propre chemin avec Dieu.

Que sera donc cet enfant ? Quel sera son chemin ? C’est le vieux Siméon, homme juste et religieux, empli de l’Esprit saint, qui va le dire avec la vieille prophétesse Anne : « Qu’ils sont jeunes ces deux vieux » emplis de Dieu et qui espèrent ! Ils reconnaissent en ce petit Jésus celui qui est le Messie promis, celui qui sera le salut de tous : Israël et les nations. Il appartient déjà à l’humanité qu’il vient sauver. Et ils voient en lui la Gloire d’Israël. La Gloire c’est la Présence de Dieu. Cet enfant qui est porté au temple est non seulement l’enfant de deux croyants, non seulement le Messie attendu, mais la Présence de Dieu qui entre dans son temple. Il réalise ce qu’annonçait le prophète Malachie (première lecture) : « Soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez, le messager de l’alliance que vous désirez. » Jésus est Présence de Dieu.

Pourtant, qu’a-t-il vu Siméon ? Rien qu’un bébé. Un bébé, c’est toujours merveilleux, mais c’est banal, Il en naît des milliers chaque jour. Siméon nomme celui-là Lumière des nations, il ne voit pourtant qu’une étincelle. Mais cette étincelle lui suffit. Ce bébé lui suffit pour croire et se réjouir et rendre grâces. Dieu est présent dans cette fragilité qu’il serre dans ses bras.

En grandissant, Jésus deviendra Lumière extérieure pour éclairer nos chemins et nous guider par sa Parole et son exemple, vers une humanité moins folle. Et il sera la Lumière intérieure qui nous réchauffe et nous rapproche de Dieu.

Il aura à souffrir, Siméon l’annonce. Mais même son destin douloureux et tragique sera Lumière pour les nations : Il nous trace un chemin lumineux au-delà de la souffrance et de la mort. Et comme dit la lettre aux hébreux (2°lecture) « parce qu’il a souffert l’épreuve, il est capable de porter secours à ceux qui sont éprouvés. »
Robert JOURFIER

LA PAROLE DE DIEU CIRCULE (26 janvier 2020)

Ce dimanche n’est pas comme les autres pour nous. Ce matin, en répondant à l’appel du Pape François, certains ont pris le temps de partager sur leur manière d’écouter et de vivre la Parole de Dieu…
Regardons la Parole de Dieu de ce jour. De la 1ère lecture, nous retenons que cette Parole crée réjouissances, et allégresse, tout simplement du Bonheur. Isaïe nous livre ses mots comme venant de Dieu, à cause de la PROMESSE qu’Il a faite. Dans la 2ème lecture, Paul dénonce la discorde et les rivalités qu’il voit vivre entre Corinthiens, et il coupe cours à cela en rappelant l’essentiel à partir de sa propre expérience de l’écoute de la Parole, celle de : « la rencontre sur la route de Damas. » Pour lui, c’est l’annonce de la Bonne Nouvelle « de l’Évangile » qu’il faut mettre en avant. C’est par nos actes et nos paroles, par tout notre comportement que l’expérience du Christ peut aussi parler aux autres. Mais avons-nous fait personnellement l’expérience de la Parole de Dieu qui invite à Vivre ?

Dans l’évangile, Jésus prend la suite de Jean Baptiste : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. » Arrêtons-nous sur le mot « proche » : Jésus se fait proche. Et cette proximité avec lui nous engage à le suivre et à répondre à son appel. A aller sur les routes, dans les ’ galères ’ d’aujourd’hui pour faire entendre la Bonne Nouvelle de Jésus ?
Lui qui guérissait les malades, ne redit-il pas à chacun de nous : « Confiance, relève-toi, n’aie pas peur » ? Oui chacun de nous est invité à l’ Audace qui permet d’ouvrir des chemins possibles comme celui de la fraternité !

Jésus nous propose aussi l’exemple de Pierre, André, Jacques et Jean qui " laissent tout "… « Je vous ferez pécheurs d’homme. Venez à ma suite. » Ils ont vécu le quotidien et l’extraordinaire de la vie avec le Christ. Ils ont vu et entendu la Parole de Dieu au travers de tous ses actes, et ils ont compris que de cette Parole reçue, ils n’en étaient pas les seuls dépositaires. Ils étaient invités à devenir les portes voix de cette Bonne Nouvelle d’un Jésus Messie envoyé par Dieu, un Jésus HORS LES MURS.

" Tu as voulu, Seigneur que la puissance de l’Evangile travaille le monde à la manière d’un ferment ; veille sur tous ceux qui ont à répondre à leur vocation chrétienne au milieu des occupations de ce monde : qu’ils cherchent toujours l’Esprit du Christ, pour qu’en accomplissant leurs taches d’hommes, ils travaillent au mieux à l’évènement de ton règne."

Jean Pierre Maçon

Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (19/01/2020)

Que signifie cette expression insolite, par laquelle Jean le Baptiste désigne Jésus et que nous disons cinq fois à chaque messe ? Elle évoque d’abord l’agneau pascal, souvenir de la sortie d’Egypte. Moïse leur avait dit de sacrifier un agneau avant le départ et de badigeonner leur porte avec son sang. Ce sang les avait protégés. Il était le symbole de leur libération et de l’Alliance avec Dieu. Chaque année, pour célébrer ce souvenir, chaque famille sacrifiait l’agneau pascal.

Jésus est crucifié la veille de la fête. Au moment où il verse son sang et meurt sur la croix, les caniveaux du temple débordent du sang des centaines d’agneaux que les juifs sacrifient ce jour-là. La veille, dans le dernier repas avec ses disciples, prenant la coupe de vin, Jésus avait ainsi annoncé sa mort : Prenez et buvez, ceci est mon sang de l’Alliance, versé pour vous et la multitude… Pour les disciples qui ont vu Jésus mourir au moment des sacrifices du temple, il était clair que Jésus était le véritable agneau pascal, qui par son sacrifice donne salut et libération.

D’autres images bibliques se superposent a cette image de l’agneau pascal : celle du Serviteur de Dieu dont parle le prophète Isaïe, qui est maltraité et conduit à la mort, comme un agneau qui n’ouvre pas la bouche… mais ce sont nos péchés qu’il portait… et par ses plaies nous sommes guéris. Une troisième image dans le livre de l’Apocalypse, compare Jésus ressuscité à un agneau qui a été immolé mais qui se redresse comme un lion, fait face, est vainqueur du mal et de la mort, et prend la tête du troupeau pour le mener vers Dieu. Ainsi cette expression « agneau de Dieu » évoque à la fois l’Alliance que Dieu a voulu sceller avec nous, la mort de Jésus et sa résurrection qui enlève le péché du monde et remet dans l’Alliance avec Dieu. Mais le péché du monde a-t-il été enlevé ? On voit plutôt un déchainement du mal et une prolifération du péché. Nous-mêmes nous expérimentons que le péché demeure en nous, malgré nous.

Dans la 2° lecture St Paul salue les corinthiens comme « sanctifiés dans le Christ »et pourtant ils n’étaient pas des modèles. Dans la même lettre il les sermonne pour qu’ils fuient la débauche très grande à Corinthe et dans laquelle certains sont restés, et pour que cessent les divisions entre eux y compris pendant la messe. Alors ? ils sont à la fois sanctifiés par le Christ et encore dans leurs péchés ? Rien de changé ? Ce qui est changé c’est que le péché n’est plus une fatalité. Jésus nous donne la possibilité d’être libérés de son engrenage« Nous sommes appelés par Dieu à être saints ». Et Jésus nous montre le chemin de cette sainteté : c’est la vie d’enfant de Dieu. C’est sa manière de vivre et d’agir que nous cherchons tant bien que mal à imiter en invoquant son nom. Et lorsque nous quittons ce chemin ? Il y a la miséricorde et le pardon de Dieu et sa joie de nous retrouver.

Avons-nous jamais ressenti nous-mêmes cette joie de le retrouver, et d’être libérés du péché ? Luttons avec patience et quand il paraitra nous lui serons vraiment semblables.
Robert Jourfier

DÉCLARATION D’AMOUR (12/01/2020)

Il y a quelques jours, nous fêtions Noël et dimanche dernier l’Épiphanie. Aujourd’hui, nous faisons un bond en célébrant le Baptême de Jésus. Après une trentaine d’années passées de vie cachée et de travail dans la bourgade de Nazareth, nous le voyons recevoir le Baptême de Jean le Baptiste. Un tournant dans sa vie. Désormais, sa vie va basculer. Il va entamer une vie publique, en annonçant la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume de Dieu.

En se faisant baptiser dans le Jourdain, Jésus fait le choix notable de ne pas aller au Temple de Jérusalem. Dans la foule qui se presse auprès du Baptiste, il n’y a pas d’élites religieuses, prêtres, scribes, ou spécialistes de la Loi, mais beaucoup de petites gens, des ’pécheurs publics’, des femmes de " mauvaise vie ", humbles qui reconnaissent leur péché, avec le désir de changer de vie. C’est dans cette file de pénitents que Jésus choisit de se " plonger ", et de prendre place. Là, au milieu de ces existences blessées qui veulent se convertir, il est pleinement " chez lui ". Et voilà que se produit l’Évènement…

" Voici que les cieux s’ouvrirent, dit l’Évangile (Jn 3, 13-17). Jésus vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : " Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui, je trouve ma joie." Jamais Déclaration d’Amour venant de Dieu n’avait parlé si intimement à un cœur d’homme ! Jamais la Parole de Dieu ne s’était autant faite "chair" en parlant au plus secret d’une chair d’homme ! Nous savons combien tout être humain a besoin de telles paroles paternelles pour se construire et se risquer ! Et Jésus homme en a eu besoin, lui aussi ! On ne peut aimer que si on est aimé et Jésus n’a pu aimer à ce point que parce qu’il se savait aimé de son Père. Cette déclaration d’amour l’accompagnera toute sa vie durant, il y puisera Force et Courage pour avancer dans sa mission de " sauveur ".

Mais aussi étonnant que cela paraisse, cette Déclaration d’Amour nous est aussi adressée, depuis le jour de notre propre Baptême. Jésus l’a dit : " Le Père vous aime aussi comme il m’a aimé." Oui, chacun de nous, avec nos plaies, nos blessures, notre péché, nous sommes enveloppés de ce même Amour si nous reconnaissons que nous avons besoin d’être " sauvés " de notre incapacité à aimer, à partager et à pardonner en vérité. Une telle Bonne Nouvelle ne nous rend pas "meilleurs que les autres" mais elle éveille en nous une profonde Reconnaissance envers ce Dieu-là qui veut " trouver sa Joie et son Amour " en nous aussi. Et elle nous donne une Force pour "soulever bien des montagnes" d’indifférence, de paresse et d’égoïsme. Et croire qu’une autre Vie est possible pour ceux qui ne sont satisfaits ni d’eux-mêmes ni de l’état actuel du monde.

Michel Retailleau

UN CHRIST POUR TOUTE L’HUMANITÉ (05/01/2020)

Aujourd’hui, Fête de l’Épiphanie, autrement dit la Manifestation du Christ à toute l’humanité ! Par les lectures de ce jour, nous sommes invités au partage et à la joie. N’est-ce pas extraordinaire de croire que le Christ auquel nous croyons s’est révélé dans l’Histoire d’un peuple choisi à une époque et en un lieu donnés ? Mais dans un même temps, si en Jésus de Nazareth, Dieu a pris " racines humaines ", nous croyons qu’il n’est pas le Messie d’un seul peuple mais bien le sauveur de tous les hommes. Le salut en Jésus-Christ est universel, offert à tous les hommes, dans l’épaisseur de la réalité humaine vécue dans toutes les cultures.

Rejoindre Jésus, dans la plénitude de sa personne humaine et divine à la fois, invite à toute une conversion. Conversion longue à réaliser car notre cheminement se fait à tâtons, tant notre accueil du message divin se fait au travers même de notre pauvreté et de notre vulnérabilité. Les Mages nous donnent une méthode. Ils ne se découragent pas quand l’étoile disparaît. Ils cherchent, mais d’une autre manière. Ils ne sont pas déconcertés quand ils doivent reprendre leur marche, par un autre chemin, après avoir découvert ce Merveilleux Projet de Dieu. Sa Parole s’est fait chair en Jésus mais elle veut aussi se faire chair aujourd’hui en chacun de nous.

La véritable espérance ne peut résider qu’en Celui qui est venu vivre pleinement notre humanité, la partageant avec nous mais pour nous faire partager sa propre divinité. La Préface de ce jour le dit clairement : « Quand le Christ s’est manifesté dans notre nature mortelle, (Toi Dieu)Tu nous as recréés par la lumière éternelle de sa divinité. » Cri d’émerveillement en même temps que cri d’espérance qui nous fait toujours chercher le Christ aujourd’hui. Une prière dit encore « Daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur. » Cette vision-là n’est pas réservée aux seuls croyants. Elle nous invite à être témoins du Christ Sauveur au milieu de tous nos frères et sœurs avec qui nous partageons une même humanité, comme le dit encore la Préface : « Tu as dévoilé dans le Christ le mystère de notre salut pour que tous les peuples en soient illuminés. » ALLÉLUIA !

Jean Pierre MAÇON

HEUREUX COMME DIEU SUR TERRE ! (24/12/19)

A Noël, Heureux comme Dieu sur terre ? Dire cela, est-ce de la provocation ? Quand on voit drames et inquiétudes de toutes sortes, quand la fatigue de vivre se lit sur tant de visages ! Quand notre pays est enlisé dans des conflits sociaux qui malmènent nos nerfs et notre vivre ensemble ? Cet enfant du Caté n’avait-il pas raison de dire à Dieu : " Je te prie pour Toi car, quand je regarde le monde, Tu dois être bien triste ! " Pas faux mais je persiste à croire qu’à Noël, on peut dire : " Heureux comme Dieu sur terre ". Pourquoi ?

Noël nous rappelle que, depuis toujours, Dieu a rêvé de nous faire partager sa propre vie, de nous donner d’aimer avec Lui. D’Abraham à Jean Baptiste, nous savons que l’Alliance qu’il a voulu faire avec l’humanité n’a pas été un long fleuve tranquille mais que, jamais, il n’a renoncé à ce Projet. Même si, bien des fois, il a du ressentir une profonde tristesse face à l’incapacité de l’humanité à s’élever au-dessus d’elle-même ! Jusqu’au jour où Il a trouvé en Marie un cœur de femme disponible comme jamais et en Joseph un Juste accordé à Dieu. Si les anges chantent leur " Gloire à Dieu " à la crèche, c’est qu’ils se font l’écho de la Joie profonde de Dieu qui vient sur terre, grâce à eux deux. Ainsi, " La Parole de Dieu se fait chair " dit St Jean. Dans ce nouveau-né et ce Jésus de Nazareth que l’on va regarder vivre, parler, enseigner, c’est Dieu qui se fait " voir" et "toucher ". C’est un Dieu qui se révèle " touché " dans ses entrailles divines, par la rencontre de personnes avec qui il veut entrer en amitié.

Ce que l’on va découvrir alors est phénoménal ! Aux croyants qui cherchent Dieu, il est possible de s’unir à la Joie de Dieu. Et si l’on n’est pas croyant, mais que l’on cherche à aimer gratuitement son prochain, on "naît de Dieu", on vit de Lui. Prenons l’exemple de l’Association " Village-Clignancourt" évoquée au début de la veillée. Elle s’est constituée à partir de parents qui ont appris à se connaître à la sortie de l’école. De leurs échanges et amitiés, sont nés des projets pour aider le quartier à mieux-vivre. Tout cela, bénévolement. Une telle initiative ne peut que réjouir le Cœur de Dieu. "Signe" parmi bien d’autres que La Parole d’Amour de Dieu" se fait chair " aussi dans " la chair " même de l’humanité.

Jésus n’a pas fini de naître en ce monde. Après la Vierge Marie en qui il a pris " corps ", il veut naître en chacun de nous. De nos mains, de nos cœurs et de nos volontés, il veut faire un " berceau " pour accueillir sa Joie, sa Présence et la transmettre. Noël n’est pas un évènement du passé. C’est aujourd’hui que La Parole de Dieu veut se faire chair en nous. La terre continuera à tourner avec ses violences et ses misères mais n’oublions pas que nous devons tendre à être ’Heureux comme Dieu sur terre’. Cette vérité est notre force et notre motivation profonde pour agir et faire chanter notre monde trop désenchanté !
Michel Retailleau

Joseph.(22/12/19)

Joseph, Saint Joseph. Il y a parfois un peu d’ironie quand on parle de lui, de son rôle. Dans les premiers siècles, ceux qui s’opposaient aux chrétiens disaient que Jésus était un batard, sans père connu, ou même fils d’un légionnaire romain.

Parfois on l’appelle le père nourricier de Jésus. Chargé de l’intendance, pendant que Marie est chargée du salut du monde. Mais ce rôle de nourricier est déjà très noble : Ceux qui ont des enfants savent bien que ce qui rends père et mère, ce n’est pas les engendrer et les accoucher. Mais c’est les mettre au monde sans cesse, nourrir leur corps et leur esprit, les élever, les faire grandir, les ré-adopter au fur à mesure de leur croissance. La mise au monde est de longue haleine. Et c’est le même travail pour les enfants du sang, les enfants adoptés et ceux des familles recomposées. C’est ce qu’a fait Joseph pour Jésus.

Mais selon saint Matthieu, son rôle est plus grand encore, et aussi indispensable au projet de Dieu et à notre salut que le rôle de Marie.
Dans les évangiles Joseph est l’homme silencieux. Il ne dit rien. Mais il fait : « Joseph fit ce que l’ange de Dieu lui avait prescrit » C’est la beauté de Joseph : ses actes répondent à Dieu, plus que ses paroles. Donc il avait déjà renoncé à dénoncer Marie qui risquait d’être lapidée. Il renonce aussi à la répudier en secret et prend chez lui son épouse. Et il semble prêt à s’effacer avec respect devant Marie et le dialogue mystérieux qu’elle entretient avec Dieu.

Mais Dieu ne veut pas qu’il s’efface. Il l’invite à collaborer à son projet. C’est Joseph qui donnera à l’enfant son nom. Donner le nom c’est reconnaitre l’enfant et l’inscrire dans une famille, une généalogie. C’est le faire exister socialement parce que, plus encore dans la mentalité juive et de l’époque, être vraiment un homme ou une femme c’est avoir des racines, des ancêtres et savoir d’où on vient. Si Marie a donné à Jésus son être physique, sa chair et son sang. Joseph, en l’adoptant, lui a donné son être social, son existence légale de membre du peuple de Dieu. Et parce que Joseph est de la descendance de David, où devait naitre le messie, Jésus peut être appelé Fils de David, et grâce à Joseph, être identifié comme messie.

Tu l’appelleras Jésus. Ce nom est un programme. Il signifie « Dieu sauve » car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » dit l’ange Gabriel. Saint Matthieu ajoute « qu’ainsi s’accomplit une parole du prophète Isaïe. » Ce prophète annonçait, la naissance d’un nouvel enfant royal : « Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. » Et de siècle en siècle on attendra la naissance de cet Emmanuel. Eh bien ! C’est Jésus dit St Matthieu.

Alors Jésus ? Ou Emmanuel ? C’est les deux. Jésus est le Dieu qui sauve par sa vie et sa croix. Il est aussi le Dieu avec nous. Et après sa résurrection il nous promet d’être encore avec nous jusqu’à la fin des temps : ce sont les dernières paroles de l’Evangile de St Matthieu. Sans Marie et sans Joseph, Jésus n’aurait pu devenir ni notre Sauveur, ni Dieu avec nous.
Robert Jourfier

LE MESSIE, IL EST OU ? (15/12/19)

"Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? " Question de Jean Baptiste toujours actuelle. Jésus est-il vraiment le Messie annoncé ? Il n’a pas fait les grandes écoles rabbiniques , il n’habite pas dans les palais des rois, il se plaît en compagnie des "petits"… En ce temps de l’Avent, nous sommes invités à nous interroger à notre tour : à quoi pouvons-nous reconnaître qu’il est bien l’Envoyé de Dieu ? La réponse de Jésus est claire : ouvrez bien les yeux et les oreilles autour de vous et vous serez surpris : "les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne nouvelle…" Autrement dit, la "preuve" de sa Venue se donne à ’voir’ et à ’entendre’ chez tous ceux qui vivent une transformation profonde leur vie parce qu’ils ont confié leur malheur ou leur mal-être à Dieu.

Je pense à cette maman de la paroisse que la vie et le malheur n’ont pas épargnée. Elle pourrait en vouloir à Dieu et à la terre entière. Eh bien, non ! L’autre jour, elle a fait notre émerveillement quand elle nous a dit : " C’est dans ma souffrance de mère que j’ai rencontré Dieu. J’ai découvert qu’Il était là avec moi. Comment ? je ne sais pas. Mais moi, je l’ai senti et je le sens encore. Quand Dieu prend la défense de ses enfants, il console par une joie et une paix qu’on ne peut pas imaginer. Moi, je sais ce qu’il a fait et continue à faire en moi. Je lui dis Merci mais surtout, je lui demande la Sagesse. Sans Lui, aujourd’hui, je serais perdue. " Signes non trompeurs d’une " morte qui ressuscite ", comme dirait Jésus !

Comment comprendre ces "signes" ? Jésus a une telle qualité d’Accueil et de Présence pour ceux qui viennent à lui qu’il devient pour eux Force et Appui. Il restaure alors en eux un goût de vivre qui les remet debout. En les écoutant dans leurs blessures physiques, affectives, psychologiques, morales…, il les rejoint au plus intime de leur désir de vivre. Et, par son regard, sa parole et ses gestes, il répare et insuffle une Energie de Vie insoupçonnée. Il " Sauve " leur vie ! Mieux encore, Il dit : non pas "je t’ai sauvé" mais " Ta foi t’a sauvé". Dit autrement : ’C’est ta confiance en moi, en la Bonté de Dieu qui t’a guéri.’ Le Messie qui vient, il est où ? Il se laisse deviner dans les "signes" joyeux de transformation et de conversion qu’on peut découvrir autour de soi… Et si pour préparer Noël, je regardais aussi celui/celle que moi-même je suis devenu(e) ? Y a-t-il en moi des " signes " de changement qui me disent que le Christ est venu aussi à moi et qu’il veut "demeurer" chez moi ?

Michel Retailleau

L’ANNONCE D’UN EVENEMENT IMMINENT ! (8/12/19)

Dans l’Évangile de ce jour (Matthieu 3, 1-12), un homme, Jean-Baptiste et son message... sévère. Message sévère mais décisif : il peut changer le cours d’une vie. : « Une voix crie dans notre désert. » Un vêtement de poil de chameau, une ceinture de cuir, il se nourrit de presque rien. Seul dans le désert, rien ne l’encombre et rien ne le distrait. Il n’a pas d’argent ni de bibliothèque, ni de smart - phone. Rien ne le détourne de la présence de Dieu. Jean-Baptiste est l’homme de L’ESSENTIEL.

Jean-Baptiste est aussi un homme à la parole violente dont les cris étonnent quand on accourt à lui dans le désert : « Engeance de vipères qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » « N’allez pas dire en vous-même : nous avons Abraham pour père » « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être jeté au feu. » Il faut aimer beaucoup pour être aussi sévère. Ne faut-il pas réveiller l’homme de ce qui l’éloigne de l’amour de Dieu ? En apparence loin de la foi, il a droit de savoir que Dieu l’aime. Il faut profiter de ce temps de l’Avent pour chercher dans notre Bible ou Nouveau Testament les passages où Jésus nous dit que Dieu nous cherche…

Il est difficile de faire découvrir à d’autres ce qu’est Dieu pour nous, mais nous le savons, la violence même de Jean-Baptiste nous indique qu’entre Dieu et l’homme, c’est une relation vive qui secoue des vivants sinon il ne se passe rien. Il y a des moments où le cœur de l’homme est inquiet, mais il est frémissant. Dieu voudrait bien être Celui qui inquiète le cœur de l’homme. Dieu s’inquiète des choix que l’on fait dans la vie !

Le cœur même de la Bible nous dit aussi que Dieu est à l’ŒUVRE. L’histoire de l’humanité, l’histoire des peuples, comme nos histoires personnelles, tout cela est une invitation à découvrir le Nom de Dieu. Car Dieu se préoccupe de l’homme. C’est ce que vont commencer par découvrir les Hébreux dans le passage de la Mer Rouge. Dieu, Il est là dans cette libération de l’esclavage. Il est un partenaire fidèle sur Qui on peut compter dans la vie et les combats que nous menons. Dieu ne souhaite qu’une chose : s’expliquer avec chacun de nous comme il l’a fait avec son peuple. Comme l’ont fait en son nom les Prophètes, comme le fait le dernier d’entre eux, Jean-Baptiste. Le message de Jean nous réveille ce matin : « Convertissez-vous, le royaume de Dieu est tout proche. ». C’est un cri d’espérance et une promesse que nous sommes invités à accueillir en communauté rassemblée du Dimanche et à vivre en famille et avec tous ceux que la vie nous fait rencontrer.
Jean Pierre Maçon

Marchons à la lumière du Seigneur (1/12/19)

« Dieu sera arbitre des peuples. De leurs épées ils forgeront des charrues, et de leurs lances des faucilles. Ils n’apprendront plus la guerre. Marchons à la lumière du Seigneur »

Si ces paroles d’Isaïe étaient vraies. Si les armes de guerre étaient transformées en outils agricoles, permettant à tous de se nourrir et se soigner. Si tous marchaient à la lumière de Dieu ! Ce serait tellement heureux pour le monde. Mais on est loin du compte. On pourrait faire une longue liste de toutes les guerres, terrorismes, crimes, injustices qui gangrènent le monde aujourd’hui. Sans parler des adolescents qui meurent à 20 ans pour des concurrences de trafic ou de quartier. Sans parler des violences faites à la nature, à la création, et qui mettent en péril l’avenir.

Tous ces problèmes, répercutés en continu par les medias, créent une ambiance morose. Un père de famille me disait que lui-même et ses amis se désolaient du pessimisme de leurs grands adolescents, qui à 20 ans croient si peu en leur avenir.
Alors les paroles du prophète Isaïe sur les armes transformées en charrues, paraissent bien décalées et utopiques. Il en est de même des paroles de St Paul qui affirme (2° lecture) que la nuit du monde touche à sa fin et que le jour de Dieu arrive enfin. Dieu nous propose-t-il de rêver, ou de faire rideau, ne plus y penser ? Au contraire St Paul nous invite à sortir de notre sommeil, à ne pas nous abrutir dans l’alcool ou tout ce qui nous drogue et nous assoupi. Et à nous mobiliser.

Jésus fait allusion au déluge : Oui nous pourrions comprendre que devant tout cela, Dieu ait envie de nous effacer de la carte, de détruire ce monde qui correspond si peu à son projet. Mais le projet de Dieu n’est pas de nous anéantir mais au contraire de nous mobiliser pour préparer le retour de Jésus. Ce retour est notre horizon
Jésus Lui aussi tente de nous réveiller et de nous mobiliser. « À l’époque de Noé les gens vivaient leur vie au jour le jour : ils mangeaient buvaient, se mariaient » et ils étaient inconscients du danger qui les menaçait. C’est pas mal de manger, boire et se marier. C’est même bien. Mais le quotidien peut aussi nous anesthésier et Jésus cherche à nous sortir de nos routines.
. Ce temps de l’Avent nous est donné pour une reprise spirituelle : nous ressaisir dans l’Espérance car Dieu se refuse à désespérer de nous. La vertu d’Esperance c’est espérer en Dieu et n’espérer qu’en Lui. C’est être sûr que le monde et l’humanité vont vers un terme heureux, parce que c’est lui qui le dit et le promet. « Nous attendons le bonheur que tu promets et l’Avènement de Jésus notre sauveur. »
Ce monde neuf, renouvelé, débarrassé de toutes ses violences que nous attendons avec la venue de Jésus dans la gloire, Jésus nous demande de nous mobiliser pour le faire exister. Dieu merci partout, sur les lieux de guerre, de violences et de misères, il y aussi et toujours des personnes qui vivent l’amour de Dieu, qui forgent des charrues avec les épées, et travaillent à guérir ce monde. Tous nous en faisons partie modestement au quotidien. Ce temps nous invite à persévérer. Et à regarder vers le Christ qui vient. Marchons à la lumière du Seigneur.


Robert JOURFIER

Drôle de Roi ! Luc (23,35-43) (24/11/19)

Juste après son baptême, au désert, Jésus avait été tenté par le diable qui lui montrait tous les royaumes de la terre : « tout cela je te le donne si tu m’adores ». Mais Jésus avait dit non : Le diable lui avait aussi proposé de sauter du haut du temple, de faire un miracle spectaculaire : « Si tu es fils de Dieu jette toi en bas, Dieu enverra ses anges » Jésus a encore dit non.

Toute sa vie Jésus a dû lutter ainsi. Les miracles ? Il ne les faisait que par amour des gens, pas comme preuves. Roi ? Il a toujours refusé de l’être. Messie ? Il se méfiait de ce titre que certains voyaient comme chef de guerre sainte.

Dans l’Evangile de ce jour on voit que ces mêmes tentations l’assaillent encore sur la croix. Et avec les mêmes mots. : « S’il est le Messie de Dieu, l’Elu disent les prêtres, qu’il se sauve lui-même » « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même » disent les soldats. « N’es-tu pas le Christ ? dit le condamné crucifié à ses côtés, sauve-toi toi-même et nous avec »

Face à toutes ces provocations méchantes et ironiques, Jésus garde le silence. Il ne veut pas se sauver de la croix. Il sait que c’est Dieu qui sauve. D’ailleurs son nom « Jésus » « Dieu sauve » est là pour le lui rappeler. Il attend dans la confiance. Il sait que Dieu ne l’abandonnera pas dans la mort. Il lui est resté fidèle. Il a vécu sa mission. Il ne s’est pas dérobé aux conséquences et Il le paye cher. Il ne veut pas se sauver : il veut nous sauver !

« Roi des juifs » c’est le motif de sa condamnation inscrit au-dessus de sa tête. Pour les romains il est un fauteur de trouble, qui menace le pouvoir de César. Quelle ironie, lui qui a toujours refusé ce titre de roi. Drôle de roi dans cette position de crucifié.

Ce roi humilié règne par sa foi en Dieu, par l’amour de tous, y compris de ses ennemis, et par le pardon. Juste avant, déjà attaché à la croix Il avait pardonné ses juges et ses bourreaux : « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. ». Et aussitôt Il donne un autre pardon, au condamné qu’on appelle le bon larron. Celui-là s’est démarqué de son compagnon : il parle vrai, il reconnait ses torts et que Jésus est un juste. Il lui fait une prière d’humilité et de foi. « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume » Et Jésus lui dit « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». Ce larron est le premier saint , canonisé par Jésus lui-même. Le paradis c’est être « avec moi » dit Jésus.

Nos chemins sont ceux de Jésus. Faire grandir le règne de Dieu, faire régner le Christ ce n’est pas faire dominer le christianisme, ni l’Eglise. Ce n’est pas imposer nos lois, nos idées , notre pouvoir à tous. En église nous devons faire comme ce larron, reconnaitre nos torts et nous tourner humblement vers Jésus. Et il s’agit de le faire régner en nous. En ayant foi et confiance en Dieu, même sur la croix, comme lui. En l’imitant dans son humilité et sa fidélité à Dieu. En servant comme lui. En répandant le pardon et la réconciliation.
C’est ainsi qu’il nous sauve et qu’il nous dit « aujourd’hui tu es avec moi, déjà au paradis. »

Robert JOURFIER

SEUL L’AMOUR RESTERA ! (10/11/19)

Qu’il avait fière allure ce temple de Jérusalem flambant neuf ! Les disciples ne se lassaient pas d’en admirer murailles, marbres, tentures, boiseries sculptées et dorures. Regard captivé qui flattait leur fierté d’appartenir au Peuple Elu… Qu’elle avait fière allure cette cathédrale Notre Dame de Paris qui attirait des millions de visiteurs annuels mais dont la toiture, pourtant, fut ravagée par les flammes, le 15 avril dernier ! Les mots de Jésus (Luc 21, 21, 5-19) prennent une singulière actualité : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

L’usure du temps n’épargne rien ni personne ! Il en est des sociétés comme des vies humaines. Elles sont toutes guettées un jour par le basculement. Comme les civilisations, les nations, les cathédrales, tout ce qui donne sens et solidité à nos vies, tout cela un jour sera détruit. Jusqu’à notre vieille planète " terre " qui nous porte. « Tout ce que vous contemplez, des jours viendront… où tout sera détruit » dit Jésus Nous éprouvons de plus en plus la fragilité de la vie et de l’existence. Nos amours, notre foi, nos engagements, aujourd’hui encore forts, peuvent s’écrouler demain comme château de cartes !

Dans un monde qui doute, le Christ serait-il prophète de malheur ? Comprenons- bien ses paroles... Tout ce que nous construisons sur terre par nos initiatives, nos engagements, notre foi, tout cela est nécessaire aujourd’hui pour faire face aux défis et laisser émerger le meilleur de nous-mêmes en mobilisant nos facultés de créativité et de responsabilité. Cela donne sens à nos existences et nous fait collaborer au Projet de Dieu sur le monde. Mais, tout cela, nous dit Jésus, comporte un caractère ambigu et provisoire. Quand cela ne sera plus, seul demeurera l’amour de Dieu et des autres que nous y aurons vécu.

Mais alors, peut-on vivre pleinement ici-bas si tout est inexorablement voué à l’échec et à la mort ? Loin de tout catastrophisme, Jésus nous invite à aller de l’avant et à persévérer dans tout ce qui relève de notre responsabilité humaine, personnelle et collective : " C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie." Persévérance du cœur et de l’âme, persévérance dans l’amour des autres, persévérance dans la foi en la Présence et la Bienveillance de Dieu. Car, c’est Lui qui fait toutes choses nouvelles au cœur de nos engagements. En cette Journée Mondiale des Pauvres voulue par le pape, retroussons nos manches, mais avec cette seule certitude qu’au final, seul les actes d’amour vrai resteront !

Michel Retailleau

LE COURAGE ET LA FOI (10/11/19)

Au temps de Jésus, la foi en la résurrection des morts était quelque chose d’assez nouveau et sujet de discorde dans le peuple juif. Exemple : Les Pharisiens croyaient en la résurrection des morts, mais pas les Sadducéens.

Nous, nous proclamons notre foi en la résurrection des morts lorsque nous disons le " JE CROIS EN DIEU ", mais cela a-t-il un véritable impact dans notre vie ? Dieu veut rassembler auprès de lui ceux qui désirent plus que tout vivre en sa présence : il ne veut pas s’imposer à nous ! Notre vie sur terre est la préparation de la vie dans l’au-delà : on y apprend à aimer avec toujours plus de vérité, on y apprend le face-à-face avec Dieu. Si, ici-bas," je me moque pas mal de Dieu ", s’il m’est indifférent, il respectera la distance que je mets entre lui et moi. Mes choix d’aujourd’hui conditionnent ma vie au-delà...

Quand nous, nous aimons, nous voudrions que rien ne vienne interrompre une histoire qui fait notre raison d’exister. C’est parce que nous croyons que nous avons " du prix " aux yeux de Dieu et qu’il est le Maître de la Vie que nous croyons en un au-delà de la mort. C’était la conviction qui s’était imposée peu à peu aux martyrs d’Israël et qui faisait leur force. Le courage dont faisaient preuve les martyrs a souvent été un signe pour les persécuteurs eux-mêmes, les mettant parfois sur le chemin de Dieu.

Le courage et la foi dont je peux faire preuve dans les difficultés peuvent toucher les cœurs et mettre sur le chemin de Dieu.

Que sera notre vie dans l’au-delà ? Chacun l’imagine à sa façon. Pour ma part j’aime beaucoup cette métaphore : La graine ne permet pas d’imaginer l’arbre. Jésus nous dit dans cet Évangile que l’au-delà ne sera pas comme ici. Les rapports humains ne seront plus polarisés sur " le désir de jouissance, de possession de l’autre et sur le sexe ".

Trouvons notre joie, non "dans les plaisirs", mais "en tout ce que nous pouvons faire et dire de bien", soutenus en tout par les Paroles du Christ en son humanité. Alors avec la persévérance, l’attente du retour du Christ est une grâce qu’il nous faut demander les uns pour les autres.

Jean Pierre MAÇON

SAUVER EN NOUS L’ENFANT DE DIEU 3/11/2019

A Jéricho, un homme nommé Zachée cherche à voir Jésus. Il est très riche car il est chef des collecteurs d’impôts. Il travaille pour les romains. Comme une banque, il leur avance l’argent de l’impôt et il se rembourse sur les contribuables, largement. Pour les gens c’est un vendu aux romains, et un voleur sans scrupules. Et pour ces raisons, il est considéré comme impur. Il ne peut entrer au temple. Et nul ne peut le fréquenter sans devenir lui-même impur. Il est riche mais intouchable.

Il voulait voir Jésus. Jésus venait de guérir un aveugle à l’entrée de la ville. Cet aveugle le suivait comme disciple. Et la foule se pressait. Zachée voulait voir, lui aussi. Mais il était petit, et il est grimpé dans un arbre.

Qu’est-ce qui le poussait ? La curiosité ? Ou bien Dieu qui travaillait son cœur ? Toujours est-il que Jésus lève les yeux et lui adresse la Parole. « Zachée, c’est chez toi que je veux demeurer ». Gros murmure dans la foule : ils sont horrifiés. Comment cet homme de Dieu peut-il aller loger chez ce traître, ce voleur, cet impur… S’il y avait une maison où ne pas aller c’est là. Jésus le fait exprès. Il provoque parce qu’il est animé par l’image du Dieu bon et miséricordieux.

Le cœur de Zachée se gonfle de joie. Cet homme de Dieu ne le rejette pas, lui pécheur public. Ce prophète ose se compromettre publiquement avec lui. Dans sa joie il dévale de son arbre, emmène Jésus dans sa maison, et sans que Jésus lui demande quoi que ce soit, il annonce qu’il va donner la moitié de ses richesses aux pauvres, et dédommager largement ceux qu’il a spoliés. Il est transformé. Jésus constate alors que le salut est entré dans la maison et Lui aussi est rempli de joie.

Jésus est venu chercher et sauver ce qui est perdu. Qu’y avait-il à sauver en Zachée ? Le désir, qui l’avait fait grimper dans l’arbre. La joie d’être honnête, de réparer et rembourser. La joie de donner. La joie d’être en communion avec les autres et avec Dieu… Jésus ne lui avait pourtant pas fait la morale. Il n’a rien exigé. Il s’est contenté de le regarder comme un fils d’Abraham. C’est-à-dire un membre du peuple de l’alliance : Traître, voleur, impur, il restait quand même un enfant d’Abraham. Et les promesses de Dieu étaient aussi pour Lui, et le salut était pour lui, s’il voulait. Zachée a voulu.

C’est ainsi que le Seigneur nous regarde. Il ne nous fait pas la morale. Il nous prend là où nous sommes. Personne n’est définitivement perdu à ses yeux. En nous, il ne voit pas d’abord le péché, mais l’enfant de Dieu qui a besoin d’être sauvé. Et il nous aime sans conditions. Et notre conversion commence là, sous son regard. Laisse toi regarder par le Christ. Laisse-le sauver en toi l’enfant de Dieu.

Du même coup, Jésus nous apprends à ne pas enfermer les autres dans leurs erreurs et leurs péchés. Le criminel le plus endurci ne se réduit pas à ce qu’il a fait. Il est plus grand que ses crimes. C’est pourquoi il y a des aumôniers dans les prisons. Ils ne considèrent pas les détenus comme des déchets de la société mais comme des enfants de Dieu à qui le salut est offert. Pensons à ceux qui nous ont fait du mal. Ils ne se réduisent pas au mal qu’ils ont fait.

En eux, comme en nous, il y a un enfant de Dieu que Dieu veut sauver.

Robert JOURFIER

EN NOUS, Un PHARISIEN et Un PUBLICAIN ? (27 octobre 2019)

Après la parabole de la veuve qui demandait justice, dimanche dernier, posons-nous cette question : quelle est notre disposition intérieure en venant aujourd’hui dans cette église écouter la Parole dont la vocation est d’orienter notre vie ? Quel sera notre état d’âme après avoir partagé le pain eucharistique et échangé le baiser de paix ? Ce questionnement nous introduit au cœur de la Bonne Nouvelle de ce dimanche où, à travers deux personnalités, voire deux attitudes, s’illustrent pour l’un l’égocentrisme, pour l’autre l’humilité. Nous ne pouvons saisir ce qui se passe, sans nous interroger sur l’histoire des rapports entre les pharisiens et les publicains.

Les pharisiens, stricts observateurs de la loi, tiennent les publicains à l’écart et offrent leur bonne conscience et leur suffisance à Dieu, sans rien lui demander, récusant ainsi la reconnaissance de cet autre tel qu’il est, c’est à dire fait à la ressemblance de Dieu.

Jésus donne un publicain en exemple. Ce publicain, au lieu de vanter ses malversations financières, fait une relecture de sa vie, « un mea culpa » en quelque sorte. Sa mise en présence de Dieu dans le Temple est empreinte de respect et de révérence : « Il se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine en disant : " Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis " . Alors s’opère en lui un retournement que seul l’Esprit procure, parce qu’il implore la Miséricorde d’un Dieu qui pardonne. Cette irruption de Dieu dans sa vie le change complètement. Des publicains, Jésus dira : « les collecteurs d’impôts et les prostituées vous précèdent dans le royaume des cieux » (Mt 21,31). L’attitude de Jésus, qui n’est ni approbation ni condamnation mais miséricorde et appel au changement de vie, réhabilite le publicain.

En chacun de nous hibernent un pharisien et un publicain. Puissions-nous, par cette célébration et avec la grâce de Dieu, bâtir une communauté ecclésiale sans exclusion et une société fraternelle qui communient au mystère du « dépouillement du Fils » manifesté lors du lavement des pieds : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».

Jean Pierre MAÇON

UN CADEAU MERVEILLEUX. (20 octobre 2019)

Un jour de Noël, mon neveu de 5 ans, que je n’avais pas vu depuis longtemps a couru vers moi, et sans dire bonjour, sans m’embrasser, me dit : « qu’est-ce que tu m’as apporté comme cadeau ? » Pour le taquiner, j’avais répondu : « je n’ai pas de cadeau, le cadeau c’est moi ! » Il m’a regardé sans être vraiment convaincu. Pourtant j’avais raison. Derrière les cadeaux que nous échangeons, il y a des personnes qui ont la joie de se retrouver, d’être ensemble et de se faire plaisir. Cette relation est plus importante que le cadeau lui-même.
Il en est de même avec Dieu : la relation avec Lui, la joie de sa présence à nos côtés sont plus importants que les cadeaux qu’il peut nous faire et que nous lui demandons dans la prière.

Jésus insiste sur la nécessité de toujours prier sans se décourager et de garder la foi quoi qu’il arrive. Il donne l’exemple d’une veuve, seule pour survivre et pour se défendre. Elle se heurte à un juge qui ne la calcule pas. Il ne respecte ni Dieu ni les gens et se soucie peu de lui rendre justice. Mais cette femme s’accroche. Elle revient sans cesse à la charge. Si bien que pour ne plus entendre ses plaintes et ses cris, le juge fini par céder. L’obstination a fini par payer. Et Jésus conclu : « Ce juge injuste a fini par écouter cette femme, et Dieu ne nous écouterait pas quand nous l’appelons dans la prière ? Il nous ferait attendre ? Je vous le déclare, bien vite il nous fera justice. »
Pourtant c’est rarement notre expérience. Combien de fois nous avons été en situation de pauvreté, et nous avons supplié Dieu, pour lui demander une guérison, un travail, un logement… Et combien de fois nous avons eu l’impression qu’il était aux abonnés absents. Et pourtant Jésus affirme que bien vite il nous fait justice. Alors ?

Alors peut-être qu’il nous donne beaucoup, mais pas forcément ce que nous demandons. Ou qu’il le donne autrement. Il n’a pas donné la guérison espérée et demandée. Mais il nous a donné le courage et la force. Il nous a envoyé des anges, des amis, des soignants qui ont soulagé notre peine et notre corps et notre esprit. Qui nous ont aidés à traverser le malheur. Lors des obsèques Je suis frappé de voir combien, les gens disent leur reconnaissance pour les soignants qui ont accompagnés leur malade. Dieu n’a pas donné la guérison, mais il a donné parfois des derniers jours et une mort dans la paix. Comme dit le Psaume 22 : « si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi… »
Plus que les cadeaux, parfois essentiels que nous lui demandons, ce qui compte c’est que Dieu soit avec nous, à nos côtés. C’est ce que produit la prière, insistante, persévérante. Elle nous met dans la communion avec Lui. C’est lui le merveilleux cadeau. C’est ce que m’a dit un ami moine : quand les gens me demandent de prier pour leur santé, leurs examens, tous leurs besoins, je leur réponds : je prierai pour ce que tu demandes. Et surtout, je prierai Dieu pour que, quoi qu’il arrive, il soit à tes cotés. C’est le plus grand cadeau qu’il puisse te faire.
Jésus lui-même a vécu cela bien sûr. « Lui qui offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé.… » (Hébreux 5, 7) Dieu l’a exaucé, mais en l’assistant dans sa mort sur la croix et en le ressuscitant. C’est ce que nous célébrons dans l’eucharistie qui nous entraine sur le même chemin de foi.
Robert JOURFIER

ON EST BIEN A SAINTE HÉLÈNE ! (13 octobre 2019)

Quel lien entre le lépreux guéri de l’Évangile (Luc 17, 11-19) qui revient " rendre gloire à Dieu " et l’Assemblée Paroissiale de ce jour ? Un petit fait éclairant … Toute à la joie d’avoir vécu à Ste Hélène la célébration des Migrants et des Réfugiés, il y a 15 jours, une paroissienne a envoyé le " Contacts Spécial " à notre vicaire général, en ajoutant : " On est fiers d’être à Ste Hélène ". En la remerciant, Benoist lui a astucieusement répondu : " Oui, on est bien à Ste Hélène. " Alors, " fiers d’être à Ste Hélène"… ou " on est bien à Ste Hélène" ? Le lépreux qui revient vers Jésus peut nous aider à répondre et par-là, nous faire entrevoir l’importance de notre Assemblée Paroissiale.

Si nous disons que nous sommes " fiers d’être à Ste Hélène ", nous mettons en avant les qualités de la paroisse .Et nous risquons de nous attribuer à nous-mêmes ces qualités. Non qu’il soit foncièrement mauvais de s’auto-congratuler, mais alors, nous passons sous silence le Mystère de ce que nous vivons en paroisse... Par contre, en disant que nous sommes " bien à Ste Hélène ", nous disons qu’il y " fait bon" de nous retrouver pour partager, prier, chanter, prendre des responsabilités…. Qu’il fait ’ bon ’d’y écouter la Parole de Dieu et de communier ensemble... Par là, nous sous-entendons alors que ce qui fait qu’on est’ bien à Ste Hélène’, c’est de toucher et de goûter ensemble la Présence de Dieu qui nous fait ’ frères ’. Car, c’est bien Lui qui nous invite à nous rassembler, à le louer, à devenir le Corps du Christ. " Il est bon que nous soyons ici ", disait déjà Pierre à la Transfiguration !

Nous rejoignons ainsi l’attitude du lépreux de l’Evangile qui se met " à revenir sur ses pas et à rendre gloire à Dieu ". En effet, être chrétien, ce n’est pas adhérer d’abord à un groupe ou un lieu de culte si chaleureux soient-ils, c’est " revenir sur ses pas et remercier Dieu ". C’est ’relire’ et ’se redire’ pour QUI et grâce à Qui il fait bon de vivre ensemble. Comme le lépreux, il est bon de revenir à la Source de ces bienfaits-là : le Christ. La 1ère raison de notre Assemblée Paroissiale, c’est donc de nous émerveiller ensemble du fait d’être tous aimés et rencontrés par le Christ. Et de pouvoir se le dire avec nos mots, nos chants…

Mais il y a un 2ème raison à la tenue de notre Assemblée. Ce qui distingue le chrétien des autres croyants, ce n’est pas qu’il prie mais qu’en disant Merci à Dieu, il est envoyé comme témoin auprès de ceux que le Christ veut rencontrer. " Relève-toi et VA : ta foi t’a sauvé " dit Jésus au lépreux. ’ Maintenant à toi de donner envie à d’autres de Me connaître pour que leur vie en soit aussi changée ’. L’Assemblée paroissiale veut ainsi nous inviter à devenir " disciples-missionnaires " comme dit le pape. Là où nous vivons... Mais sans forcer, sans prosélytisme. Seulement, parce que nous avons goûté que c’est bon d’y croire et d’en vivre !

Michel Retailleau

C’est la Foi qui réalise cela…(6 octobre)

La Foi n’est pas la croyance. La Foi n’est pas la conviction. La Foi est bien plus qu’une certitude. Elle n’est pas seulement dans le cœur. Elle est dans la vie. La Foi, c’est l’abandon de son être à la claire volonté de Dieu. Le risque accepté de livrer au Christ quelque chose de sa vie, de toute sa vie. L’acceptation, en somme, de sa propre impuissance.

Ce n’est pas si facile qu’avec un rien, Dieu puisse faire tout. Qu’il soit le Tout-puissant quand nous ne sommes que ce que nous sommes, voilà ce qui écorche notre orgueil ! Mais si cet orgueil-là accepte de fondre, le miracle alors se produit. Et tout est renversé !

En reconnaissant cela dans un regard d’amour, la Foi libère la puissance même de Dieu. Car la puissance même de Dieu peut rester comme impuissante face à notre simple refus, car elle choisit toujours de respecter pleinement notre liberté. Car Dieu nous a créé libres en vérité. Libres de l’accepter ou de le refuser ; libres de le laisser entrer ou de le faire attendre ; libres de tout lui abandonner ou de tout nous réserver. Oui, nous sommes libres d’emprisonner notre liberté, d’emprisonner Dieu et nous l’avons déjà fait, ou de le libérer. Et c’est la Foi qui réalise cela… Tel est le drame de cet amour, du risque fou de cet amour, dont tout, en notre vie, dépend absolument. Dieu frappe sans cesse à la porte ; mais il ne l’enfonce pas !

Cela revient à dire que nous devons avant tout accepter d’avoir, au fond de notre cœur, la Foi au moins grosse comme un grain de sénevé. « Tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu », dit Saint Paul à Timothée. Et ce don capable d’assurer notre salut, c’est le don de la foi, de la foi opérant par la charité. Il s’agit donc, avant toute chose, de croire : de croire que Dieu peut tout en nous, pour nous et même par nous.

Car si nous le laissons faire, il peut tout en vérité. Si nous acceptons d’être des " simples serviteurs ", selon le mot de l’Ecriture, Dieu réalisera mille choses en nous et par nous. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi, fera lui aussi les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, nous dit Saint Jean ! » (Jn 14). Voilà la puissance dont Dieu veut revêtir notre faiblesse. Car alors on touche le cœur de Dieu. Et, auprès du Père, on peut tout.

Jean Pierre MAÇON

DE QUOI SE MÊLE-T-IL ? (29/09/19)

Les critiques ne manquent pas contre le pape : " De quoi se mêle-t-il donc, à nous parler sans cesse des migrants et de réfugiés ? Ce n’est pas son affaire. Qu’il parle plutôt de Dieu ! " Et concernant migrants et réfugiés eux-mêmes, les reproches ne se font pas moins tendres : " De quoi se mêlent-ils à venir chez nous pour profiter de nos avantages sans même chercher à respecter notre culture, nos habitudes, et même notre religion… ? " Paroles de sourds mais surtout paroles de peurs et de rumeurs qui ferment à l’accueil, au dialogue et à la rencontre.

La liturgie du jour qui nous offre la parabole du Riche et de Lazare (Luc 16, 19-31) est d’une troublante actualité. Si elle met en scène 2 personnes : un riche et un pauvre, on peut, sans trop de difficulté, la transposer aujourd’hui à l’échelle mondiale. Ainsi, " Il y avait un continent riche, l’Occident, qui vivait bien, profitant de ses richesses et de sa bonne nourriture… Au dehors, vivaient des peuples qui avaient du mal à vivre… Certains politiques parlaient même de construire un mur de pierre ou de barbelés pour mieux se protéger, à l’image de la parabole qui dit : " un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous’ "… Circulez, il n’y a rien à voir. Triste version de cette Parabole !

Ne soyons pas naïfs. Chaque Etat a le droit de se protéger et de se donner des règles. Mais il a aussi le devoir de respecter la dignité de ceux qui frappent à sa porte pour raisons économiques, politiques, militaires et climatiques… Si le pape ne cesse d’appeler les chrétiens et les consciences à un réveil face à cet immense défi, il joue pleinement son rôle de veilleur et de prophète en ces temps de repli sur soi, tant individuel que collectif. S’il s’en mêle, c’est à cause de tous ces êtres humains qui, dans le monde,’ passent à côté de la vie ’, privés des droits humains les plus fondamentaux. Ne sont-ils pas eux aussi fils de Dieu ?

Si le pape s’en mêle, c’est parce que Dieu, en Jésus, a voulu se mêler à l’humanité. Et que, par sa mort en croix et sa résurrection, Dieu et l’homme sont définitivement liés. Nous ne serions plus de vrais " disciples " du Christ, si nous renoncions à vivre le " J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. " En cette Journée Mondiale du Migrant et du Refugié, implorons l’Esprit Saint pour qu’il nous aide à inventer une Fraternité plus large à la dimension du monde " mondialisé " dans lequel nous vivons. En hébreu, Lazare signifie : " Dieu aide " !
Michel Retailleau.

Y’A DE LA JOIE CHEZ DIEU… (15/09/19

Jésus fréquente publicains, pécheurs et gens de mauvaise vie. Il mange même à leur table. "Cet homme de Dieu devrait absolument éviter de fréquenter ces gens-là. Il va être impur, contaminé à leur contact !" Voilà ce que pensent les pharisiens ! Alors Jésus leur raconte 3 paraboles, dites de la Miséricorde : la brebis égarée, la piécette perdue et le fils perdu (qui, lui, est lu pendant le carême). Tout cela, pour nous faire comprendre la grande hantise de Dieu le Père : qu’aucun ne manque à l’appel ! Oui, le Père est terriblement malheureux quand il voit l’un de ses enfants s’éloigner de lui. Il est en manque de cet unique. Mais son cœur est en fête quand l’égaré revient !

Pécheurs, nous le sommes tous. S’accepter humblement pécheurs avec notre part de lumière et d’ombres, c’est ce que nous faisons au début de chaque eucharistie. Le véritable péché, c’est de nous croire exclus, à cause de ces infidélités, blessures, culpabilités, que nous traînons. Nous avons du mal à croire que nous n’aurons pas à payer la facture, à « passer à la caisse », comme si Jésus n’avait pas pris sur lui toutes nos dettes. Non, nous dit le Père, tu es enfant de Dieu, tes péchés te salissent, mais tu restes de la famille, tu restes dans l’Eglise. Nous n’avons pas à " mariner " dans notre péché, quand il suffirait de nous lever et de nous jeter dans Ses bras ! « Il est important de ne pas se croire autosuffisant » dit le Pape François.

L’ Evangile d’aujourd’hui parle du péché, mais bien plus encore, il est éclairé par la JOIE. Joie du berger qui retrouve la brebis égarée, joie de la pauvre femme qui retrouve la pièce d’argent qu’elle avait perdue. Alors, osons revenir vers Dieu, osons nous jeter dans ses bras. Osons vivre le sacrement de réconciliation, non pas comme " une petite lessive ", mais vraiment comme le sacrement de l’Amour Miséricordieux de Dieu. Osons croire que, par ce sacrement, son pardon est total, qu’il ne garde pas une " petite dent " contre nous… Pour nous prêtres, c’est toujours une joie de notre ministère d’entendre quelqu’un nous dire :" tu n’aurais pas une petite demi-heure à m’accorder"… pour faire le point comme on dit, pour relire sa vie et recevoir en vérité le sacrement de réconciliation.

Comme nous sommes heureux, Seigneur, de comprendre surtout que, dans notre pauvre condition d’homme pécheur, il importe simplement de revenir vers Toi et de miser sur Ta Miséricorde. Oui," il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit "… chaque fois que le mal recule un peu sur la terre !
Jean Pierre MAÇON
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D’ABORD T’ASSEOIR ET TE DÉSENCOMBRER (8/09/19)

L’heure de la rentrée scolaire a sonné ! Avec elle, bien des rentrées s’enchaînent : travail, vie associative, sportive, culturelle, pastorale, engagements… Les auditeurs, au temps de Jésus, n’ont sans doute pas connu notre vie trépidante, mais déjà, il les invitait à ne pas se disperser dans les multiples sollicitations de la vie. " Commence par t’asseoir ", leur disait-il.

Conseil de sage plus vrai que jamais ! En ce début d’année, s’asseoir pour se poser intérieurement : " Qui je suis, d’où je viens, où je vais ? ". S’asseoir pour ne pas s’agiter en tous sens. S’asseoir pour rendre plus fermes et solides ses raisons de vivre, d’agir et de croire. Dans une société de l’éphémère comme la nôtre, où tout va si vite, où le souci des apparences et la fatigue du stress affolent la boussole de nos existences, il est salutaire de s’asseoir pour écouter parler l’intime de soi-même. Faire place à l’intériorité est plus vital que jamais : qui suis-je face à moi-même, à Dieu et aux autres ? Si non, le risque est grand d’être conduit par les évènements, au lieu de chercher à les conduire soi-même.

Mais Jésus n’est pas qu’un maître de sagesse humaine, il est un Maître Spirituel sans égal. S’asseoir oui, mais pour écouter sa Parole et marcher à sa suite. Et là, il met la barre haute : Tu veux être " mon disciple ", réponds à ces 3 questions radicales que je te pose : La 1ère : " Me préfères-tu à tous ceux de ta famille qui te sont chers ? " La 2nde : " Es-tu prêt à porter ta croix ? ", à affronter chaque jour avec Moi, les risques de l’existence, et à faire de Moi un compagnon, et un appui pour traverser tes doutes et tes épreuves ? La 3ème : " Es-tu prêt à la vraie joie en renonçant à tous ces biens qui te collent à la peau ? "… comme le souci de ta seule réussite, le bien sacré de ton temps, le désir obsédant d’être bien dans ton corps… ?

Le Christ est d’une exigence rare avec nous. Il ne veut pas que nous renoncions à toutes les richesses de l’existence mais nous aider à nous désencombrer du superficiel et du superflu. Apprendre à s’enraciner dans l’amitié avec le Christ est le bien le plus précieux qui met les choses à leur vraie place. Se désencombrer sous son regard procure joie, force et paix. Au cœur de tes activités et occupations, es-tu prêt à consentir à prendre des moments de silence intérieur et à offrir aux autres une présence de qualité ? Dieu veut te creuser intérieurement et te laisser aimer la Vie avec Lui, par Lui, et en Lui. Mais jamais sans toi !

Michel Retailleau

DEVOIR SPIRITUEL DE VACANCES ? (30/06/2019)

Après une année bien remplie, qui ne rêve de " vacances en liberté " ? Être libre de vivre à son rythme… Libre de rencontrer qui il veut… Libre de marche, respirer … Choses bien légitimes ! Pourtant, c’est d’une autre liberté que St Paul nous parle aujourd’hui quand il dit : " C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés… Vous avez été appelés à la liberté. Mais Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ! " N’en soyons pas désolés, la liberté à laquelle le Christ nous invite n’est donc pas celle du vacancier ni même de je ne sais quel " club’Med spirituel ". C’est bien de la vraie liberté, de la liberté intérieure, qu’il s’agit ! Et Jésus (Luc 9, 51-62), nous donne 3 conseils pour la travailler.

1er conseil : Tu veux suivre Jésus ? Apprends à t’attacher toujours plus à la beauté, à la bonté et à la vérité de Sa Personne… Et à te détacher peu à peu de certains conforts, aises, ou habitudes de vie qui engourdissent ton existence. Si tu es insatisfait de ta vie devant Dieu, tu sauras désirer une Vie Autre : " Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. "

2ème conseil : Tu veux suivre Jésus ? Cherche à rejoindre ceux qui croient en la vie, qui la cultivent et la servent dans leurs frères… Et à t’éloigner de tous les " morts-vivants " qui te font douter de la Puissance de Vie et de Résurrection donnée par le Christ : " Laisse les morts enterrer les morts. Toi, pars, et annonce le Règne de Dieu. "

3ème conseil : Tu veux suivre Jésus ? Tiens ferme " la charrue " de la foi dans un monde qui rit trop facilement de ceux qui ont lié leur vie à Dieu. Et laboure ton existence pour que la semence de liberté intérieure plantée à ton baptême, porte son fruit : " Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. "

Et si, de ces 3 conseils, nous en faisions un " devoir spirituel de vacances " ? La vraie liberté intérieure est la seule liberté qui peut empoigner notre existence et la soulever. Une liberté, librement travaillée, fruit d’un combat avec soi-même et de la grâce de l’Esprit !

Michel Retailleau

(" Contacts" se met lui aussi en vacances jusqu’au 1er Septembre)

UNE NOURRITURE PAS COMME LES AUTRES ( 23/06/019)

Aujourd’hui, le récit de la multiplication des pains d’aujourd’hui (Luc 9, 11-17) nous surprend : comment cela a-t-il pu se réaliser avec si peu de ressources (5 pains et 2 poissons) ? Mais là n’est pas l’important ? Il faut relire ce récit en y découvrant que les apôtres sont présentés comme les agents nécessaires du geste que Jésus va poser pour nourrir toute la foule : « Donnez-leur vous-mêmes à manger… Faites-les asseoir par groupes de cinquante… Il les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à tout le monde… L’on ramassa les morceaux qui restaient, cela remplit douze paniers ».

Les apôtres sont chargés de répandre une nourriture qui est au-delà du pain matériel. Une nourriture qu’ils n’ont pas créée mais qu’ils ont à offrir à tous ceux et celles qui en veulent. L’homme ne se nourrit pas seulement de pain ! Par sa Parole et par sa vie, Jésus offre cette nourriture qui n’est pas seulement matérielle. Elle est une nourriture spirituelle, elle réconforte, elle soutient, elle est communion avec Lui et avec la communauté. Jésus se présente ici comme porteur et donneur de Vie.

Cette multiplication des pains prendra tout son sens, le soir du Jeudi Saint quand Jésus consacrera le Pain et le Vin. « En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jean 6, 55). A la Cène, avant de mourir, il se donne tout entier en disant « Ceci est mon Corps » sur le pain et « Ceci est mon Sang » sur la coupe de vin.

Les 1ère communautés chrétiennes ont, très tôt, comme on le voit dans la lettre de saint Paul (1 Corinthiens 11, 23-26) qui en fait mémoire. La Cène du Seigneur que raconte saint Paul, c’est la même que notre Eucharistie dominicale. Les paroles et les gestes que nous faisons témoignent de la Présence de Jésus, ici et maintenant, en nous rappelant sa mort et sa résurrection « jusqu’à ce qu’il vienne ». Nous avons là un devoir de transmission, en cette Fête du Corps et du Sang du Christ. Comme les chrétiens de Corinthe autour de saint Paul, nous offrons le Pain et le Vin pour rendre grâces à Dieu et faire mémoire de son Fils Jésus dont le Corps et le Sang sont pour nous la nourriture qui nous donne la Vie, « la Vie en abondance » (Jean 10, 10).

Jean Pierre MAÇON

DIEU EST FAMILLE ET NOUS VEUT « FAMILLE 16 juin 2019 »

Pour vous qui êtes là en couronne devant l’autel, ce n’est pas un jour ordinaire. Vos parents, vos proches, votre parrain ou marraine sont là. La vie de votre famille, comme celle de la paroisse s’est arrêtée pour vous ! Les uns vont communier pour la première fois. Les autres, par la Profession de Foi, vont dire publiquement qu’ils croient en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Un seul Dieu en 3 personnes ! Cette Fête de la Foi tombe bien, l’Eglise nous invite à célébrer en ce jour la Sainte Trinité. Mais la Trinité, c’est Qui ? Et ça veut dire quoi ?

Que Dieu est une Famille et même une famille très soudée. C’est ce que les disciples ont découvert en voyant vivre cet homme si réussi que fut Jésus de Nazareth. En vivant avec lui, ils ont senti qu’une Vie circulait en lui, que ça bougeait en lui, qu’il n’était pas seul. Que d’autres Personnes habitaient au cœur de son cœur, que ça parlait en lui. Ils l’ont vu parler de Dieu mais aussi parler à Dieu comme jamais on ne l’avait fait avant. Incroyable ! Il parlait de Dieu en disant " Mon Père ", et à Dieu, il allait jusqu’à dire : " Papa chéri " (Abba).

Les disciples ont aussi été fortement étonnés par ce flot de tendresse et de bonté qui sortait de Jésus. Les petits, les pauvres, les gens sans importance qui l’approchaient, étaient ’scotchés’ de se voir exister comme jamais dans son regard. Son secret ? Ils l’apprendront peu à peu : il avait un autre ami intérieur qu’il appelait son " Souffle " (= l’Esprit) ! Vous le savez bien, quand on court, ce qui manque pour tenir, c’est du souffle. Eh bien, Jésus nous donne son Souffle à lui pour respirer et avancer, mais ce Souffle à lui, c’est une Personne, l’Esprit.

Par le baptême, vous avez été " plongés " (= baptisés) dans cette Famille de Dieu ! Tout à l’heure, vous allez plonger votre main dans la cuve baptismale, et vous signer en disant : " Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. " Puis, en communiant, vous allez recevoir cette Famille de Dieu en vous et son Message : Jésus ne pense que " famille " en pensant à nous et à toute l’humanité. 1000 fois mieux que des ’amis’ sur Facebook, Il veut que nous soyons des ’frères et des sœurs’ pour que notre monde ’respire’ mieux. C’est bien ce que vous voulez, vous aussi ? C’est fou mais c’est beau d’y croire et surtout d’en vivre !

Michel Retailleau

UN TEMPS NOUVEAU (9 juin 2019)

Ce temps nouveau qui commence, qu’on a appelé le temps de l’Église, n’est pas un recommencement sans la présence de Jésus. C’est au contraire un temps rempli de sa présence par l’action de l’Esprit qui est envoyé. Lui, le Défenseur, l’Esprit de vérité comme il est appelé dans l’évangile, enseigne tout et fait se souvenir de tout ce que Jésus a dit (Jean 14, 26).

Ce temps de l’Église que nous vivons n’est donc pas une simple attente c’est le temps de la Mission, de la Bonne nouvelle à porter jusqu’aux extrémités de la terre. C’est le message principal de cet événement de la Pentecôte représenté par le « don des langues » et par les « langues de feu » qui se posent sur chacun, comme le raconte la première lecture (Actes des Apôtres 2, 1-11). En d’autres termes, il s’agit de l’universalité du message évangélique qui s’adresse à toutes les personnes de bonne volonté. Ce message ne vient pas des apôtres eux-mêmes, ils en sont porteurs et témoins par l’action de l’Esprit.

Nous sommes nous aussi porteurs et témoins aujourd’hui de l’universalité du message évangélique, ce que le pape François fait admirablement. Chacun et chacune reçoit des dons particuliers pour le faire. On appelle ces dons des " charismes " que nos frères et sœurs reconnaissent : celui du service, celui d’une parole qui réconforte, celui d’un enseignement qui éclaire etc. Saint Paul énumère les principaux dans sa lettre aux Romains (8, 8-17) et il en donne une autre liste dans la deuxième lettre aux Corinthiens (6, 1-10). Je ne reprends pas ici ces listes, car elles ne sont pas exhaustives. Ce qui est important, c’est de reconnaître ce que l’Esprit a mis en nous pour le service de notre communauté chrétienne et de la mission de l’Église dans le monde.

La réception de ces charismes, même les plus simples, invite chacun des croyants à exercer le droit et le devoir de mettre en oeuvre ces dons dans l’Église et dans le monde, pour le bien des hommes et l’édification de l’Église, dans la liberté du Saint-Esprit qui ’souffle où il veut’ (Jean 3, 8) »

Et si cette semaine, je prenais le temps de regarder autour de moi , dans mon entourage
Et si je m’interrogeais : Comment Dieu agit-il au cœur des nos " œuvres " (nos charismes) ?

Jean-Pierre MAÇON

MESSE CLANDESTINE (2 juin 2019)

Le martyre d’Etienne me rappelle ma rencontre, à Budapest, avec Placidus, moine bénédictin de 85 ans, dynamique, optimiste, l’oeil pétillant, qui attirait toute la Hongrie à ses conférences. A lâge de 29 ans, à cause de sa foi chrétienne, il est déporté en 1945 dans un goulag soviétique (camp de travaux forcés) en Oural. Battu, torturé, mal nourri, toujours surveillé, il tient bon. Son secret ? Premièrement, ne jamais se plaindre. Deuxièmement, glaner tous les petits bonheurs de la journée : était champion celui qui racontait le plus de choses positives le soir après le dur travail dans le froid glacial. Ça redonne goût à la vie ! Troisièmement, ne pas jouer la victime innocente face au méchant bourreau : reconnaître simplement qu’on est le faible et que le garde-chiourme est le fort, mais un fort qui a ses faiblesses, ses limites et ses peurs. La force d’âme du détenu vaut plus que la force brute du gardien. Quatrièmement, mettre sa foi en Dieu, roc indestructible qui vous rend apte à tout endurer et surmonter.

En pleine persécution anti-chrétienne, pas question de prier en public, ni de communier, ni de célébrer la messe. Placidus a trouvé une astuce : dire tout bas la messe, à plat ventre sur son lit à étages au plus noir de la nuit. Alors, il demande à un ami juif, bagnard comme lui, et qui reçoit de Moscou du pain azyme envoyé par sa famille, de lui en fournir un peu. Un autre détenu lui passe du raisin. Avec un bout de pain non levé et le jus de deux grains de raisin, il célèbre la messe. Pas besoin de livre, il sait tout par cœur. Pour être réveillé en pleine nuit sans éveiller de soupçons, il boît deux grands verres d’eau froide avant le coucher ! Il fera même communier en douce quelques copains.

Il sortira du goulag 10 ans plus tard, à 39 ans, en 1955. Le corps marqué, mais le cœur étonnamment jeune. Sans aucune haine pour ses anciens bourreaux. C’est ce qui m’a le plus frappé chez tant de prêtres et de laïcs d’Europe Centrale qui ont dû se cacher, clandestins, risquer la mort, la prison ou la cruauté du bagne : un doux regard venant des profondeurs. Un regard pardonnant, indulgent pour tout être humain, ami ou ennemi. Bel exemple d’une foi vécue en Jésus Christ, pétrie par l’épreuve !

La 1ère lecture de ce jour nous raconte la lapidation d’Etienne, premier chrétien tué pour sa foi. Que de martyrs depuis lors ! Père juste, dit aujourd’hui Jésus, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et mes disciples m’ont reconnu. Ce sacrifice extrême nous sort de la médiocrité. L’exemple de ces chrétiens qui lisent la Bible et fréquentent la messe au risque de leur vie ou de leur carrière est un stimulant. Leur capacité de glaner des petits bonheurs dans l’enfer du bagne nous invite à trouver le positif de la vie. Oh ! Ils ont aussi crié vers Dieu . Mais la force de Dieu a surmonté les tempêtes. Puisse Dieu faire de nous des artisans de paix que ne découragent pas les violences et injustices de notre monde. Que le Christ de notre Eucharistie soit en nous sève ardente !

Remy Jubert

LE PÈRE ENVERRA L’ESPRIT (26 mai 2019)

Les textes bibliques de ce dimanche nous préparent à la grande fête de la Pentecôte. Ils nous annoncent ce que sera la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres et sur ceux qui entendront leur parole : de nombreux " païens " se convertiront à Jésus Christ.

L’Église doit être ouverte aux nouveaux convertis. L’important ce n’est pas d’être fidèle à des traditions mais d’être fidèle à Jésus Christ et à sa Parole. Il faut le dire et le redire : la Mission de l’Église n’est pas de sauver des traditions mais de travailler avec Jésus Christ qui veut " sauver le monde ". Nous sommes tous appelés à participer à cette mission. Quelqu’un a dit : " Une paroisse qui n’évangélise pas est une paroisse morte." Nous sommes tous invités à revenir au cœur de la foi : la vie en Christ. Et à en être les témoins dans le monde d’aujourd’hui. C’est l’Esprit saint qui nous y pousse.

La 2ème lecture (Apocalypse 21) nous parle également d’ouverture. À sa manière, elle nous fait redécouvrir la foi de Pâques. La résurrection de Jésus nous ouvre à un monde neuf et tout autre. Désormais, le Christ ressuscité vient faire de nous un peuple ouvert aux quatre coins de l’horizon ; nous ne devons jamais oublier cette perspective universelle.

L’Évangile de Jean (14, 23-29) nous rappelle que le plus important n’est pas de respecter des règles ou des traditions mais de nous attacher au Christ. Il est "le chemin, la vérité et la Vie". Ses paroles sont celles " de la Vie éternelle ". Il veut nous faire entrer dans son intimité avec le Père et l’Esprit Saint : "Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui, chez lui nous ferons notre demeure." C’est ce qui se passe chaque fois que nous allons communier : Dieu vient habiter en nous, nous devenons le temple de Dieu.

En effet, ce n’est pas seulement Jésus mais aussi le Père et l’Esprit Saint qui viennent demeurer en nous. Et si Dieu vient en nous, c’est au nom de l’amour qu’il nous porte. Cet amour dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.

Jean Pierre MAÇON

CET AMOUR SEUL PEUT SAUVER LE MONDE ! (19 mai 2019)

L’Évangile de ce dimanche (Jean 13, 31-35) nous ramène au moment tragique de la vie de Jésus. Judas vient de partir pour le livrer. Trahison humaine qui lui donne l’occasion de dévoiler le Sens de sa vie : " Maintenant, le Fils de l’homme (lui, Jésus) est glorifié et Dieu est glorifié en lui… Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres." Que signifie cette Gloire de Dieu dont il parle au moment même où il est trahi ? Et ce commandement de l’amour en forme de Testament, au moment où la mort rôde ? Quel lien peut-il y avoir entre la Gloire que Jésus va recevoir de son Père et l’amour des autres qu’il commande à ses disciples ? " Gloire " et " amour ", deux mots que l’on met, nous, ’ à toutes les sauces ’ et qu’il convient donc de bien comprendre.

D’abord, la Gloire dont Jésus parle n’est évidemment pas celle des hommes qui évoque les héros ou les honneurs. La " Gloire de Dieu ", c’est avant tout l’expérience de cette qualité d’amour et de confiance qui a uni mystérieusement Jésus à son Père durant toute sa vie terrestre. Et qu’il va vivre d’une manière si lumineuse à l’heure de la Croix. Dieu son Père va alors lui communiquer tout son " poids" (en hébreu, " gloire " signifie " poids ") de Présence et de Force pour lui donner d’aller " jusqu’au bout " de son Amour pour Dieu et l’humanité. Et ce " Poids d’Amour ", il va en faire don à l’humanité et à chacun de nous !

Mais le mot "Amour" est lui aussi ambigu. Jésus ne parle pas ici de l’amour-sentiment qui fait une large place à l’affectif. L’amour " les uns pour les autres " pour lui, c’est un élan de l’être qui nous fait ’sortir’ de nous-mêmes. Pour s’intéresser à l’autre qui ne nous revient pas, au pauvre que l’on est tenté de négliger, à l’étranger qui veut vivre, et jusqu’à " l’ennemi " qui nous a fait du mal. Bref à celui dont on ne sent pas proche mais qui nous est donné comme " prochain ". Aimer ceux qui nous sont proches, c’est naturel ! Mais aimer à la manière du Christ, c’est accepter de laisser Dieu aimer en nous et avec nous ceux qui nous sont lointains. Si c’est humainement impossible aujourd’hui, il faut aller jusqu’à demander l’impossible à l’Esprit !

Cet Amour-là seul peut sauver le monde, car il vient de Dieu lui-même. Et Jésus nous en fait un " commandement nouveau ". Dans un monde où l’espèce humaine a acquis les moyens de se détruire elle-même… Où les inégalités et les injustices entraînent des tensions et conflits entre pauvres et riches… Où les traditions et les valeurs sont bousculées pour laisser souvent place à la solitude, à la perte de sens, et parfois même au désespoir, cet Amour-là seul peut sauver le monde ! Pas un amour ’ bisounours ’ mais un amour en acte, exigeant !

Michel Retailleau

D’UNE VOIX QUI MÈNE A LA VOIE… (12 mai 2019)

" En ce temps-là, Jésus (le Bon Pasteur) déclara : ’ Mes brebis écoutent ma voix… " Mais, qu’est-ce qui fait qu’on écoute une voix plutôt qu’une autre ? Quand de jeunes musulmans désespérés acceptent en toute bonne foi l’appel d’un imam à devenir une bombe humaine, pensez-vous qu’ils écoutent la bonne voix ? Mêmes des voix qui portent un vernis religieux peuvent être destructrices !

Une voix qui rejoint ce que nous sommes profondément et nous éveille à notre grandeur, voilà la Voix dont parle l’évangile de ce jour (Jean 10, 27-30). Et n’allons pas croire que cette voix est extérieure à nous ! Elle est d’abord enracinée au plus creux de notre être, et si nous ne savons pas l’écouter, nous serons ballotés par toutes les modes et tous les charlatans. Quand une mère entend le cri de son enfant, pour elle, c’est naturel de l’entendre. Mais dans le quotidien de nos vies, le défi est beaucoup plus grand. Qu’est-ce qui fait qu’un prêtre accepte de partir en mission à l’autre bout du monde ou accepte de se retrouver responsable de la formation de jeunes ? Ce qu’il a vu et entendu dans son appel à suivre le Christ a rejoint cette flamme qui habitait ces jeunes, et qui représentait vraiment ce qu’il était. On peut dire la même chose d’un homme ou d’une femme qui ne voyageront jamais, mais trouveront dans leur famille cet appel qui les amèneront au bout d’eux-mêmes. Dans tous les cas, on retrouve cette joie et cette paix qui est le signe de l’appel du Bon Berger.

Sommes-nous loin de l’évangéliste Jean quand il écrit ces lignes, plusieurs années après la mort de Jésus et son entrée dans une autre vie ? En ayant constamment médité sur le sens d’une vie avec Jésus, il découvre qu’il ne faut pas le chercher en allant là-bas, à l’extérieur de nous. Car c’est au fond de nous-mêmes qu’on peut retrouver son écho, nous sommes désormais une partie de Lui. Et c’est seulement dans la mesure où nous saurons entendre cette voix intérieure qui nous est propre que nous serons capable de discerner les bons et les mauvais bergers de notre monde.

L’évangéliste va encore plus loin : en devenant profondément nous-mêmes, avec toutes les caractéristiques ( les strates) de notre personnalité et histoire personnelles, notre visage se met à ressembler à celui de Jésus, et à Dieu lui-même. Voilà le mystère qu’il nous révèle : devenir nous-mêmes, c’est en même temps, toutes proportions gardées, "devenir Dieu" puisque nous sommes " faits à son image et ressemblance ". En sommes-nous conscients ?

Jean Pierre Maçon

C’EST LE SEIGNEUR ! (5 mai)

Epais brouillard dans la vie de Pierre : il avait suivi Jésus pendant 2 ans et demi, et voilà que l’affaire avait mal tourné. Jésus était mort et mort avec lui le bel élan qu’avait suscité son Message. Revenu au bord du lac de Tibériade, il était bien obligé de reprendre sa vie de pêcheur. " Je m’en vais à la pêche ! ". Sitôt dit, sitôt fait, il saute dans sa barque, embarquant avec lui des anciens disciples. Mais ils ne prennent rien. Et voilà qu’à l’aube, une silhouette se détache sur le bord du lac. " Eh les enfants, auriez-vous du poisson ? " - Non - " Jetez le filet à la droite de la barque, et vous trouverez. " Jésus est là mais ils ne le savent pas encore.

La foi n’est pas d’abord affaire de savoir mais de reconnaissance. Avec sa finesse spirituelle, c’est Jean le premier qui reconnaît Jésus : " C’est le Seigneur ". Merveilleux cri du cœur ! Celui qui aimait Jésus d’une manière toute personnelle, l’a reconnu à sa voix, à son ton familier, à sa manière de s’intéresser aux autres. L’amour seul lui fait reconnaître et pressentir Sa présence … Maintenant, les disciples abordent le rivage. Et quand Jésus " prend le pain et le leur donne " avec les poissons braisés, le doute n’est plus permis : " Aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? Ils savaient que c’était le Seigneur. " Maintenant ils voient et ils savent. On ne voit bien et on ne sait bien qu’avec le cœur !

Dans nos moments de grisaille à nous, puissions-nous reconnaître Sa Présence par ce cri du cœur : " C’est le Seigneur " ! Quand des paroles de Jésus ou des célébrations nous offrent Sa présence quasi palpable… Quand des moments inespérés de pardon nous font goûter la fraîcheur de la Paix de Dieu… Quand, ébahis, nous découvrons que si nous nous sentions loin de Dieu, lui en fait était près de nous, il nous attendait… Quand de vrais témoins réveillent en nous la foi en Dieu et la confiance en les autres que nous avions perdues… Quand, dans un engagement mené à plusieurs, nous nous émerveillons de tout ce que cela a pu produire de beau chez les gens... La foi au Christ Vivant est d’abord affaire de Reco-Naissance. Elle est une Naissance nouvelle dans la relation à Jésus ! Et un Savoir nouveau qui donne goût à la vie ! Aujourd’hui, dans le malheur comme le bonheur, j’ose dire : " C’est le Seigneur" ?

Michel Retailleau

LA PIERRE D’ANGLE (28 avril)

Avant d’être un mouvement d’Église, ou une famille spirituelle, la pierre d’angle est l’expression biblique qui signale le Christ. Car Il est « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs et qui est devenue la pierre d’angle », la clé de voûte, le fondement de la vie chrétienne, la foi en la résurrection. Dans l’événement de sa Passion Il n’était plus un homme mais le serviteur souffrant pour la multitude. Par la Résurrection, le Père, au souffle de l’Esprit, a redonné vie à Celui qui s’est offert entièrement pour l’humanité. Dans sa résurrection il nous sauve de la mort, de nos enfermements, de nos peurs. Par crainte des juifs, écrit l’évangéliste St Jean, les disciples étaient enfermés derrière des portes verrouillées. En leur apparaissant, Jésus-Christ les réconforte, leur insuffle l’Esprit Saint et les mandate pour une mission de miséricorde.

Thomas, absent de la première apparition, veut absolument voir et toucher les plaies de Jésus pour donner crédit aux témoignages des disciples et croire en la résurrection. Qu’il nous est difficile, à nous disciples d’aujourd’hui, de croire en cet événement ! Il défie notre raison. Il interpelle notre entendement. Si quelques uns parmi nous bénéficient de faveurs du Christ pour croire en sa résurrection, il est bon d’oser y croire. Car la foi est toujours une réponse venant de notre cœur, et non la vision de preuves tangibles. De preuve nous n’avons qu’un tombeau vide. Où est le corps du crucifié ?

Par l’expression « la pierre d’angle », nous pouvons nous assurer que l’Église repose sur de solides fondements. Une pierre rejetée mais reprise et devenue clé de voûte. Comme le corps du crucifié mis au tombeau, ressuscité et élevé dans la gloire.

Disciples de Jésus-Christ, nous recevons la mission de participer à son œuvre de salut. Par exemple, dans la fraternité « La Pierre d’Angle » entre des personnes du Quart Monde et d’autres qui les rejoignent, pour se mettre ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu et la comprendre pour mieux suivre Jésus Christ. Pour rechercher le plus pauvre et le plus oublié, et lui donner la priorité. Pour découvrir avec eux comment la présence de Dieu se manifeste déjà dans leur vie. Et transmettre l’expérience de vie et la réflexion des plus pauvres à l’Église et au monde.

A la paroisse Sainte Hélène, soyons les disciples du Ressuscité, et sous les traits de personnes défigurées par la grande pauvreté. Osons annoncer que « la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ! »

Jean-Michel Rapaud

CHRIST RESSUSCITE… POUR NOUS FAIRE REVIVRE ! (21 avril)

A l’aube d’un jour d’Avril de l’an 30, Marie Madeleine, Salomé et une Marie courent au tombeau. Sidération, la grosse pierre a été " roulée ". Elles n’en croient pas leurs yeux. Elles entrent et voilà qu’on les interpelle : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? " Hébétées, une lueur se met à naître au plus intime d’elles-mêmes ! 2000 ans après, on n’arrêtera plus la Nouvelle : "Il n’est pas ici, Il est ressuscité. " " Délirants " ces propos comme l’ont pensé d’abord les apôtres ? Pourtant 2000 ans après, la rumeur n’a cessé de se propager jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à vous, Chantal, Pierre-Alexandre et Louis qui allez être baptisés en cette fête de Pâques et nous tous qui sommes là aujourd’hui. "Il est ressuscité " : qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-on toucher aujourd’hui la Présence du Ressuscité dans un monde violent et fatigué comme le nôtre ?... Dans une Eglise dont on a appris les comportements gravement coupables de certains prêtres ou religieux ?... Dans un pays encore sous le choc du gigantesque incendie de N. Dame de Paris, vieille de 855 ans ?

Si Dieu a ressuscité Jésus que l’on avait crucifié, c’est pour que nous-mêmes, nous ne soyons plus des rampants mais des vivants. Connaître le Christ et sa Puissance de Vie nous fait repartir quand nous tombons sous le poids de nos faiblesses. L’Esprit de Jésus nous donne alors la force de nous ’relever’. Oui, savoir que nous pouvons Revivre en expérimentant que l’échec ou le désespoir ne sont jamais définitifs, c’est d’une incroyable Espérance ! Au cœur des peurs et obstacles rencontrés, recevoir le sel de la Confiance en Dieu et aussi dans les autres redonne puissamment le goût de vivre. C’est croire que le Christ nous rejoint jusque dans nos croix. Pour nous aider à voir désormais la vie, plus large et plus haut. A la hauteur même de Dieu !

C’est la Bonne Nouvelle que nous avons à annoncer au monde : une Puissance de Vie agit secrètement dans nos épreuves, nos plaintes et nos blessures. Avec Jésus Ressuscité, l’Esprit de Dieu s’invite pour faire Revivre ce qui est fêlé et brisé… dans nos histoires personnelles, comme dans les évènements du monde. Au lendemain de l’incendie qui a ravagé N. Dame de Paris, un prêtre disait à l’archevêque : " Aujourd’hui, tu n’as plus de cathédrale, mais tu as un peuple en marche." Manière de dire que les " pierres vivantes " d’un peuple en marche sont plus importantes que la cathédrale de pierres de N. Dame, si belles soient-elles. Que la Puissance de la Résurrection nous appelle à nous " relever. " Ce monde n’est pas soumis à la mort et à la désespérance ! Toute notre Joie de croire est là !

Michel Retailleau

DIEU NE NOUS LÂCHERA PAS ! (14 avril 2019)

En ce jour des Rameaux, nous entrons dans la semaine la plus décisive de l’Histoire. Avec un Jésus " starisé " par la foule, nous entrons dans Jérusalem sous les " hourra " d’un peuple en liesse. Quelques jours suffiront à retourner cette même foule et Jésus sera reconduit hors de la ville pour y être crucifié comme un vulgaire esclave. Lâché par tous !

Lâché par les chefs religieux qui depuis longtemps avaient juré sa perte. Lâché par la foule qui s’attendait à accueillir un Messie politique. Lâché par Pilate qui préféra sa tranquillité aux embêtements du pouvoir. Lâché par des disciples eux-mêmes " lâches " qui l’ont laissé, seul, à son triste sort.
Plus grave encore : apparemment lâché par Dieu aussi, en qui il puisait pourtant une foi à déplacer les montagnes ! Durant ces deux ans et demi de vie publique, que de montagnes n’avait-il pas cherché lui-même à bouger dans les têtes et les cœurs ! Mais aussi, que de montagnes de refus, d’indifférence et de haine n’avait-il pas rencontrées !

Si tout s’était arrêté là, nos Rameaux en mains seraient bien dérisoires, symboles d’une défaite de la vie, de rêves enterrés ! Mais aujourd’hui, à la lumière de Pâques, nous savons qu’en dépit des apparences, Dieu n’a jamais lâché Jésus dans le combat de toute une vie livrée par amour. Aussi, avec 2000 ans d’histoire, nos rameaux en main disent à Dieu un immense Merci pour la Résurrection de son Fils Jésus. Ils sont les signes de la victoire de la Vie sur la mort.

Car, en cette Semaine Sainte, dans le corps et le coeur de Jésus qui s’en allait à la mort, ce sont nos misères et nos lâchetés … qu’il venait arracher à nos existences pour les clouer sur la croix. Et dans son corps Crucifié à qui Dieu son Père allait redonner vie, c’est nous tous qui étions plongés, " baptisés dans sa mort " , invités à découvrir qu’une autre manière de vivre nous était proposée. Une vie de Vivant qui s’appuie sur la conviction que si Dieu n’a pas lâché Jésus, c’est pour ne pas nous lâcher à notre tour.

En cette Semaine Sainte, prenons le temps de prier, de méditer, de célébrer afin d’approfondir et de communier à cet incroyable Mystère. Dieu nous dit sa détermination à ne pas lâcher l’homme empêtré qu’il est toujours dans des forces de mort : qu’elles viennent de lui-même, du monde ou encore de l’Eglise ! Jésus est notre Sauveur !
Michel Retailleau

UNE ÉGLISE PLUS FAIBLE MAIS VICTORIEUSE DU MAL (7 avril 2019)

Elle est là L’Église, en vérité, autour de cette table où chacun réfléchit, cherche à définir les meilleurs moyens à mettre en œuvre pour permettre à ceux qui souffrent de souffrir un peu moins.
Elle est là aussi l’Église dans ces catéchumènes qui cheminent vers Pâques et un baptême à venir.
Elle est là l’Église, dans tous ceux qui, contre vents et marées, ne cessent de croire en la capacité infinie de Dieu à faire toute chose nouvelle.

Elle est là l’Église dans ce curé de paroisse qui se réjouit d’avoir trouvé, avec son conseil pastoral, la possibilité de faire grandir ensemble le troupeau qui leur est confié.
Elle est encore là L’Église dans ces prostituées qui descendaient le 24 décembre dernier la rue Blanche à Paris en tenant à la main un cierge allumé et qui chantaient "Gloria in excelsis Deo" devant les passants médusés.
Oui elle est là l’Église…

Elle est là où des hommes, des femmes, au nom de leur foi en Jésus Christ osent espérer en la grandeur de l’homme dans laquelle Dieu lui-même ne cesse jamais de croire.
Elle est là l’Église lorsqu’ensemble nous prononçons ces paroles sans forcément toutes les comprendre et que nous disons chaque dimanche « Je crois » en communiant ainsi à la Vérité qui nous dépasse toujours.
Elle est là l’Église dans sa sainteté qui traverse et transfigure nos humanités.

Elle est là l’Église lorsque ceux qui s’en réclament commencent par se reconnaitre pécheurs, et probablement lorsque ceux qui s’en réclament le plus commencent par se reconnaitre les plus pécheurs et qu’ils espèrent ensemble que c’est la Miséricorde et non l’ambition qui sauve et qui assure.
Elle est là l’Église, apparemment plus faible que quiconque, dans son humanité, mais pour toujours, victorieuse du Mal, dans sa Sainteté.

Mgr Benoist de Sinety

DES FRÈRES POUR LA VIE ! (31 mars 2019)

Le retour du Fils Prodigue (Luc 15). Quelle belle page d’évangile que celle que nous méditons aujourd’hui :« Ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie. » ! Il y a tant de beauté dans ce passage qu’il est frustrant de n’en retenir qu’une merveille. Mais au fond il s’agit de la vie et de la vie des frères (et donc des sœurs). On pourrait dire : le Seigneur y chante l’hymne à la fraternité. En cette période où notre pays traverse une crise, cet évangile peut fortifier en nous l’appel à la fraternité.

Le jeune fils, ayant demandé et obtenu sa part d’héritage, est tombé dans la pire déchéance pour un juif : garder des cochons, ces animaux impurs d’après la loi. Tenaillé par la faim il choisit de revenir. Retour piteux qui ne traduit pas de réelle contrition. « Prends-moi comme l’un de tes ouvriers » dit-il, acceptant la perte de sa dignité de fils, redoublement du péché devant un Dieu Père-aimant. L’aîné ne représente pas non plus une belle figure de frère, il agit comme un serviteur et non pas comme un fils. Et face à son jeune frère, il a fait une remarque méprisante « ton fils que voilà ». Il n’a pas compris sa filiation (« Tout ce qui est à moi est à toi ») et les conséquences qui en découlent : aimer comme Dieu aime, sans crainte des « qu’en dira-t-on », sans acception de personnes.

Un psychologue Gérard Haddad pointe que la rivalité fraternelle, le complexe de Caïn, le meurtre du frère, explique le plus souvent ces situations d’exclusion, de mort. Pour être vivant, selon la science psychanalytique, il faudrait commettre le meurtre symbolique du Père et devenir autonome. Pourtant face à la mort, le complexe de Caïn explique le plus souvent les processus qui conduisent à exclure plutôt qu’à pardonner. La fraternité est un combat à mener en nous-même et collectivement. Choisir la vie, et la vie de Dieu ; pour cela suivre l’exemple du Seigneur venu fréquenter les gens de « mauvaise vie », les pécheurs et faire la fête avec eux quand l’un deux se convertit, pensons à Zachée par exemple. En Jésus, Dieu ne refuse jamais sa tendresse et son amour. Il va jusqu’à guetter le retour de son enfant, comme tout parent aimant inquiet pour son enfant sorti du foyer.

Oui Dieu nous aime, et il nous donne tout : son Fils bien-aimé, sa vie éternelle, sa sainteté. Il ne retient rien pour lui : « tout ce qui est à moi est à toi ! » Cadeau inestimable nous donnant la force de résister aux tentations de jalousie, d’exclusion, de meurtre… Laissons l’Esprit du Seigneur murmurer les mots d’amour : " tu es mon fils, ma fille bien-aimé(e) " et je compte sur toi pour enchanter le monde, vivre la fraternité….Choisissons de ne pas récriminer mais de vivre et porter la vie autour de nous, signes d’espérance en ces temps particulièrement difficiles. Face à la défiance, osons opposer la confiance et la joie. Tous frères et sœurs, enfants du même Père-aimant !

Jean-Michel Rapaud

UN CARÊME POUR UNE VIE PLUS FÉCONDE (24 mars 2019 )

La conversion, en ce temps de Carême, s’adresse bien sûr à nos cœurs mais elle ne s’arrête pas là. Elle vise aussi à nous défaire des fausses représentations de Dieu. Par exemple, et comme l’Évangile du jour le suggère (Luc 13, 1-9), devant certains évènements qui nous arrivent ou arrivent aux autres, la tentation est de nous dire : comment ai-je ou comment ont-il pu mériter cela ? " Ces Galiléens que Pilate a fait massacrer, étaient-ils de plus grands pécheurs que tous les autres
Galiléens ? " Ou bien, " ces 18 personnes, tuées par la chute de Siloé, étaient-ils plus coupables que les habitants de Jérusalem ? " Jésus refuse d’entrer dans le registre de la culpabilité ou de la responsabilité personnelle. Cela n’est pas chrétien !

Ne voyons pas la Main de Dieu partout, cherchant à se jouer des évènements pour satisfaire je ne sais quelle vengeance. Une telle image d’un Dieu justicier qui cherche à régler ses comptes avec les hommes n’a rien à voir avec le Dieu que Jésus est venu nous révéler. Loin d’être un Dieu rancunier, il est un Père Miséricordieux ! Mais parce qu’Il est Miséricordieux, Il n’en est pas moins un Père exigeant : " Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même" avertit crûment Jésus !

Si la Main de Dieu est quelque part, elle est dans l’invitation qu’Il nous fait à porter du fruit, telle que nous la décrit la parabole du Figuier. Voilà un figuier qui exaspère son propriétaire. Ca fait 3 ans qu’il est venu en chercher les fruits. Mais toujours rien ! Aussi donne-t-il l’ordre à son serviteur de l’abattre puisqu’il épuise le sol inutilement. Mais le serviteur n’est pas de cet avis. En bon vigneron, il sait qu’il faut du temps, plusieurs années même, avant qu’un arbre ne produise du fruit. Il faut donner du temps au temps comme il faut en donner aux hommes ! En y apportant des soins appropriés : " Il faut bêcher autour, y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas !"

Le sens de la Parabole est clair : ce qui fait la beauté d’une vie, c’est sa fécondité. Et pour cela, Dieu est un Dieu qui sait patienter avec chacune de nos personnalités et de nos histoires. Il est confiant dans les capacités de bien, de beau et de vrai qu’il a déposées en nous, même si nous ne portons encore qu’un fruit chétif. L’Amour de Dieu est d’une telle impatience qu’il ne désespère jamais de ses enfants. En ce temps de Carême, Il nous presse seulement de devenir ce que nous sommes mais que la vie n’a pas encore suffisamment dévoilé… Dans ma vie personnelle, familiale, au travail, à l’école, au quartier, à quelle forme de Fécondité, suis-je appelé et quelque soit mon âge ?

Michel Retailleau

A LA LUMIÈRE DE LA TRANSFIGURATION (17 mars 2019)

Le temps du Carême nous est donné pour nous préparer à rencontrer le Ressuscité au matin de Pâques. Cette lumière éclaire nos efforts de carême.
Mais ces derniers jours, et depuis des mois, tant de secrets concernant des événements abominables (pédophilie, viol de religieuses..) sont sortis de l’ombre de la mort. " Qui veut fait l’ange fait la bête" écrivait Blaise Pascal. Or des hommes mettent la puissance de leur cerveau à faire le mal et à le cacher. Et nous pouvons penser : « Assez, stop, c’est assez ! »

La lumière de la Transfiguration de Jésus sur la montagne, est " l’annonce de l’Évangile, qui, telle une brise fraîche, s’engouffra dans l’édifice croulant du monde antique, elle apporta l’espérance aux humiliés et aux désespérés, insufflant en eux l’énergie et la vie. Le christianisme a uni la sagesse d’Athènes et les attentes de l’Orient au rêve romain d’une " paix " universelle ; il a condamné les oppresseurs de toutes sortes, a élevé la femme à une pleine dignité, a provoqué le déclin du servage. Petit à petit, le levain du christianisme est devenu, en Europe et dans le Nouveau Monde, source de dynamisme […] L’Église connaît orages et tempêtes, mais elle survit à toutes les crises de son histoire.

Le secret de cette nature inébranlable réside dans le Fils de l’homme, transfiguré sur la montagne, qui selon l’expression de l’apôtre " est le même hier, aujourd’hui et pour toujours " et dans les dons de l’Esprit qui descendent encore sur ses fidèles. […] chaque fois que le christianisme semble mort et enterré, il se relève de son tombeau, tout comme le Christ crucifié et ressuscité. »
Là où nous ne voyons qu’échec, mort et misère, Dieu veut voir triompher la vie.

A la lumière de la transfiguration de Jésus, nous devons nous questionner :

° L’espérance de la résurrection transfigure-t-elle notre vie, qu’il s’agisse de nos combats, de nos luttes, de nos épreuves, au travail (ou en l’absence de travail), en famille, en Église, dans le quartier, dans la vie associative ?
° Cherchons-nous dans la prière à connaître le regard que Dieu porte sur nos vies en nous appelant à la sainteté ?

Jean-Michel Rapaud

ALLONS AU DÉSERT AVEC LE CHRIST (10 mars 2019)

Ce 1er dimanche de Carême nous montre Jésus au désert dans son triple combat face au Tentateur. Livré à lui-même. Comme il fut livré aux hommes sur les chemins de Palestine. Livré à son Père dans le Jardin, durant sa Passion. Sa vie peut être lue comme un grand combat : combat pour Dieu et pour les hommes, combat pour la Vérité et pour la Vie. Aujourd’hui, comme l’exprime l’oraison du jour, il nous faut " mieux connaître Jésus et nous ouvrir à sa lumière pour être fidèle. " Aussi, laissons résonner, en ce jour, quatre mots de l’Evangile : désert ; tentation ; fils et parole.

Le désert : c’est dans la Bible, le lieu de la rencontre et du combat, de la solitude et de l’écoute, de l’exode et du dépouillement. Dans notre vie chrétienne, nous pouvons nous donner des temps et des lieux pour vivre cette expérience. C’est le sens des retraites spirituelle, des des récollections, mais aussi de la démarche vers la réconciliation. C’est le sens du Carême. Il y a aussi ces déserts que nous impose la vie. A la lumière de notre Evangile, citons-en quelques uns… L’expérience du besoin (avoir faim par exemple) nous fait éprouver notre fragilité. L’expérience de nos responsabilités (se jeter du haut du temple est une expression de la fuite parfois tentante de nos responsabilités) nous fait éprouver notre solitude. L’affrontement sans diversion, sans divertissement, ce qui nous est étranger nous fait découvrir les mondes souvent compliqués qui nous habitent. CHOISIR, c’est-à-dire tout à la fois, re-choisir et se laisser choisir.

"Laissez-vous tenter ! " C’est parler d’épreuve ou de test, de situations où un choix s’offre à nous, souvent de manière confuse, entre une voie qui s’avère "de traverse", tordue voire perverse et une voie, en première apparence exigeante ou peu attrayante mais saine et droite. Cela requiert discernement et décision pour notre vie spirituelle.

" Si tu es le Fils de Dieu " Par deux fois le tentateur aborde Jésus en ces termes. Jésus est dans cette conscience dynamique d’être le Fils du Père car son Père l’a désigné comme son « Fils bien-aimé ».
Qu’est-ce être fils ? Pour le tentateur, c’est être tout puissant, avoir la capacité de changer les pierres en pain, d’être le centre du monde, de recevoir l’appui céleste dès que s’annonce la chute ? Or Jésus se perçoit comme le Serviteur ; sa voie est celle du don pour les hommes. N’est-pas là la revendication de l’amour ! Pour nous aussi, découvrir notre identité de "fils" sera toujours l’objet d’un accueil, souvent d’une épreuve. On sait tous les combats qui se jouent autour de cela. Regardons pour cela Jésus qui renvoie toujours à son Père : seul un autre peut révéler notre identité, seul le tout Autre peut nous révéler celle de fils.

Nous tourner librement vers le Père, de qui nous tenons tout et à qui nous offrons tout : allons pour cela au désert à la suite du Christ et poussé par l’Esprit ! Je nous souhaite un "Bon Carême " : la victoire du Seigneur nous devance !

Jean Pierre Maçon

PORTER UN BON FRUIT (3/03/19)

"Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître." (Luc 6, 39-45) Nous sommes plongés dans un monde où croire n’est pas chose facile. Chaque dimanche nous goûtons la joie de nous retrouver dans la foi pour célébrer Jésus. Pour avancer dans les combats de la vie, nous avons besoin de la présence de Jésus et de nos amis. Nous faisons alors l’expérience de nos différences. Déjà, la première communauté chrétienne nous signale des difficultés. Demeurer dans le Christ Jésus est nécessaire pour porter un bon fruit. Nous avons été baptisés dans le Christ. Cet arbre, c’est Jésus, qui « continue » sa Mission en chacune de nos vies. Le baptême nous a donné ce don très étonnant de la foi qui fait de nous des " créatures nouvelles."

" Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère…" Ces paroles sont pour chacun de nous une exigence personnelle qui nous invite à ne pas accabler de reproches nos frères et nos sœurs. Cet interdit posé par Jésus est difficile à vivre parce que celui qui a une poutre dans l’œil est aveugle et ne voit plus rien. Jésus nous demande de commencer par « un travail sur soi. » Travail qui commence par une disponibilité intérieure pour écarter ce qui nous empêche de voir la réalité. Ne pas projeter sur l’autre ses propres opinions, car pour vivre en amitié il nous faut d’abord accueillir et écouter. La parole qui naît dans cette relation devient une parole qui construit.

Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces. L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur." A la suite de Jésus, nous sommes soucieux de promouvoir la liberté et la dignité humaine. Et mettant toute notre foi en Lui, elle va grandir dans cet amour avec lequel notre foi s’enracine. À partir de ce moment, c’est la Foi qui va devenir la lumière qui va éclairer le SENS de notre vie. L’Esprit Saint fait de nous des êtres au cœur empli de bonté. Dieu fait homme n’est pas venu dans la splendeur mais il est venu par un chemin d’humanité vraie, dans l’amour de tous. Il est le lieu de l’amour du Père, il est son Fils.

Jean Pierre MAÇON

NOTRE ARCHEVÊQUE A Ste HELENE (24/02/19)

Aujourd’hui, nous sommes heureux d’accueillir notre archevêque Mgr Michel Aupetit. D’où que l’on soit, d’où que l’on vienne, nous avons tous une image plus ou moins claire de cette fonction. Sans doute, on n’en parle plus comme " prince de l’Eglise " ou " chef de diocèse " Mais alors, c’est quoi un évêque qui plus est archevêque ?... Mgr Aupetit est d’abord un Evêque qui a la charge de conduire l’Eglise locale de Paris. Le pape François, dans " la Joie de l’Evangile " (n° 30-31) en précise les termes…

" Chaque Église particulière, portion de l’Église Catholique sous la conduite de son Évêque, est la manifestation concrète de l’unique Église en un lieu du monde. Elle est l’Église incarnée en un espace déterminé, avec un visage local. Elle s’emploie à être toujours là où manquent le plus la lumière et la vie du Ressuscité…

L’évêque doit toujours favoriser la communion missionnaire dans son Église diocésaine en poursuivant l’idéal des premières communautés chrétiennes, dans lesquelles les croyants avaient un seul cœur et une seule âme (cf. Ac 4, 32). Par conséquent, parfois il se mettra devant pour indiquer la route et soutenir l’espérance du peuple, d’autres fois il sera simplement au milieu de tous dans une proximité simple et miséricordieuse, et en certaines circonstances il devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et – surtout – parce que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins.

Dans sa mission de favoriser une communion dynamique, ouverte et missionnaire, il devra stimuler et rechercher la maturation des organismes de participation et d’autres formes de dialogue pastoral, avec le désir d’écouter tout le monde, et non pas seulement quelques-uns, toujours prompts à lui faire des compliments. Mais l’objectif de ces processus participatifs ne sera pas principalement l’organisation ecclésiale, mais le rêve missionnaire d’arriver à tous. "

Et Archevêque de Paris, ça consiste en quoi ? Cela veut dire qu’il il est à la tête de la Province ecclésiastique de Paris, qui comprend les 7 diocèses de l’Île de France ainsi que celui aux Armées. Son rôle est d’organiser la coopération entre les diocèses de la province.

UNE INVITATION AU BONHEUR (17/02/19)

Par 4 fois, le Seigneur annonce le bonheur. Mais cette promesse n’est-elle pas ambiguë ? "Heureux vous les pauvres, heureux vous qui avez faim, qui pleurez, si vous êtes haïs ou repoussés… » Un des ’maîtres du soupçon’, Karl Marx, a qualifié notre religion d’opium du peuple ! Pourtant, Jésus a vécu ce qu’il annonçait à ses disciples, lui qui fut trahi, victime de violences sans nom qui entraînèrent sa mort sur une croix. Ses larmes, des larmes de sang ! Sa pauvreté, le dépouillement radical non seulement de ses vêtements mais de sa dignité : bafoué, moqué, raillé, martyrisé !

Ce qu’annonçait Jésus, l’évangéliste St Luc nous le rapporte (6, 17. 20-26). Et ce dernier a derrière lui toute l’expérience de la primitive Église. Il connaît les violences subies par les 1ers chrétiens. Il sait que les disciples du Christ viennent en majorité des classes les plus pauvres, les plus méprisées, les plus démunies matériellement et culturellement. Il a vu dans le monde gréco-romain un immense prolétariat constitué d’esclaves, d’artisans, de paysans que la Palestine de Jésus ne connaissait pas au même degré. Ce sont ces pauvres que Dieu aime, ce sont eux qui ont commencé à prendre possession du Royaume. On n’empêchera pas Dieu d’aimer avec prédilection ceux que le monde n’aime pas, et de prendre le parti de ceux que le monde rejette.

Alors oui, il est bon de se réjouir, de tressaillir de joie, de rire, d’être rassasié, d’accueillir le royaume de Dieu « qui est à vous ». Nos pauvretés, nos faims, nos pleurs, nos occasions d’être exclus ou insultés, sont comme les indications sur un chemin de vie chrétienne. Malheur à nous si nous ne voulons pas les accueillir ! Chacun de nous, à un moment ou à un autre, fait l’expérience de sa pauvreté, du manque, au plan matériel ou spirituel. Et dans nos vies bien organisées, il est bon de creuser en soi le désir de Dieu, un combat à mener parce que nous sommes trop souvent encombrés de nos désirs, de nos volontés de paraître, laissant peu de place pour Dieu.

Au fond, cet Evangile est un appel à œuvrer pour que des hommes, des femmes, des enfants et des jeunes ne meurent plus de faim, mais qu’ils soient réconfortés, rassurés, rétablis dans leur dignité de créatures à l’image de Dieu, homme et femme à égale dignité. Appel aussi à me faire pauvre de mes certitudes, devant Dieu et devant des frères et des sœurs plus pauvres que moi. Croire en la résurrection, nous dit St Paul, c’est être libéré de nos péchés, c’est s’engager pour bâtir un monde meilleur où le bonheur est accessible à tous, dans le partage et l’échange de nos richesses… Dieu et le pauvre, premiers servis, d’accord ?

Jean-Michel Rapaud

UNE PROPOSITION DE VIE (10/02/19)

La vie se charge de nous l’enseigner : que nos santés soient bonnes ou précaires, nous savons que nos corps et nos psychismes sont très vulnérables. Et pourtant, même à travers des phases de lutte, de révolte ou de doute, nous nous reconnaissons habités par un désir de vivre qui, à certains moments, nous rend capables d’une étonnante résistance. Le Christ vient nous rejoindre là, à la jointure de cette fragilité et de cette aspiration à vivre. Vécu en ce jour, le Sacrement des Malades en est un signe puissant !

Il est d’abord une Invitation à Vivre que fait le Christ en Personne ! Parce que, sur les routes de Palestine, Jésus a guéri des malades, des infirmes, des possédés… et plus encore parce qu’il est mort et ressuscité d’entre les morts, ce sacrement est une Proposition de Vie. Le Christ n’a pas voulu être un "faiseur de miracles" mais un Éveilleur et un Réveilleur d’Energie. En ce sens, le sacrement des malades est un geste fort où le Christ communique sa Puissance de Vie, nous rappelant que le malade, avant d’être un malade, est d’abord un frère ou une sœur, appelé à la vie. Dans nos fragilités, ce sacrement est une force. Dans nos doutes, une lumière. Dans nos révoltes, une paix.

Aussi, précédée dans la célébration par l’imposition des mains, l’onction d’huile que le prêtre trace sur le front et les mains du malade signifie que c’est sa personne tout entière (corps, coeur, esprit, âme) qui est invitée à accueillir " la visite " du Christ. La présence chaleureuse de la communauté renforce le sens de cette "visite", manifestant combien Jésus se fait proche de chacun, et redit dans le secret des cœurs ces mots qui guérissent encore aujourd’hui : « Va en paix. Ta foi t’a sauvé. »

Qu’ils vivent dans la maladie, la faiblesse, le handicap ou l’âge avancé… … le sacrement que nos frères et sœurs reçoivent en ce jour est aussi un appel à l’Esprit Saint. Pour qu’il « forme le Christ » en eux et qu’Il les envoie en mission au travers même de leur état affaibli. Fragilisés, ils n’en demeurent pas moins les membres vivants de la communauté, rendus témoins de la Présence du Christ qui n’abandonne jamais les siens. Par là, ils sont envoyés annoncer, par leur vie, leur parole, leur prière, combien Dieu rejoint chacun jusque dans l’épreuve et la souffrance. Le « Corps du Christ » que nous sommes dans nos quartiers est formé mystérieusement des « souffrants » comme des « bien portants !

Michel RETAILLEAU et le Service Évangélique des Malades

Qui ose aujourd’hui parmi nous être prophète ? (3 février 2019)

C’est bien la question posée à chacun d’entre nous après la lecture des textes de ce dimanche… Mais, qu’est-ce qu’un Prophète ? C’est celui qui est choisi pour parler au nom de Dieu. C’est une lourde responsabilité qui oblige le prophète à faire preuve de courage avec le risque d’être rejeté voire même tué. Les prophètes de l’Ancien Testament n’ont pas cessé de crier à tout le peuple d’Israël de rester fidèle au Seigneur et de ne pas se laisser attirer par les faux dieux. Bien souvent, le peuple d’Israël refusait de les écouter, ce qui était la cause de ses malheurs. C’est la raison pour laquelle le Seigneur s’adresse à Jérémie pour lui dire : " Je fais de toi un prophète pour les peuples. Ne tremble pas devant eux. Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi car Je suis avec toi pour te délivrer." Dieu lui-même ne cache pas au prophète Jérémie les difficultés qu’il va rencontrer, mais Il lui donne l’assurance qu’Il est avec lui, qu’Il ne l’abandonnera pas.

Voyez, la mission du prophète est une mission dangereuse car il est souvent seul contre tous et il doit toujours prendre le risque d’une parole qui dérange. Jésus, d’ailleurs, le dit clairement dans l’Évangile de ce jour (Luc 4, 21-30), lorsqu’il parle d’Élie et d’Élisée : Le prophète Elie n’a pu accomplir son miracle qu’en pays païen, son successeur Elisée n’a pu accomplir le sien qu’en faveur d’un étranger. Au moment même où Jésus dit cela, il provoque la colère des habitants de Nazareth qui ne supportent pas de l’entendre parler ainsi, car tous ces gens comprennent bien la parole de Jésus qui dénonce leur incapacité à accueillir un prophète, à reconnaître la Parole de Dieu dans celle du prophète. Pour reconnaître un prophète, il faut avoir le cœur ouvert, disponible à un possible de Dieu.

Je crois fermement que les chrétiens doivent témoigner de leur Foi, de leur Espérance et de leur Charité. Même si le monde n’est pas prêt à nous entendre, il nous faut dire la force, le soutien, la joie que nous trouvons dans notre relation à Dieu. Il nous faut dire que la vraie vie est en Dieu, même si on se moque de nous et que l’on ne veut pas nous croire. C’est là qu’il nous faut accepter comme le Christ lui-même, comme tous les prophètes qui nous ont précédés, d’être rejetés et peut-être même persécutés au nom de notre Foi.
Suivre le Christ, être fidèle à sa Parole, l’aimer… C’est toujours prendre un risque mais c’est en même temps trouver le sens de sa vie.
Jean Pierre MAÇON

C’EST AUJOURD’HUI QUE DIEU AGIT ! (27 janvier 2019)

Combien pensent encore que l’Évangile est une histoire inventée ! Bien au contraire, St Luc, par souci d’information et de vérité, prend le soin de commencer son récit adressé à son ami Théophile, par ces mots : " Après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé (avec Jésus) depuis le début, j’ai décidé d’écrire pour toi afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. » L’Évangile n’est donc pas du genre " fake news" qui court aujourd’hui sur certains réseaux sociaux. Il n’est ni une " fausse " ni une " mauvaise nouvelle " mais une" Bonne Nouvelle " car il annonce que, par Jésus, c’est Aujourd’hui que Dieu agit !

Il nous arrive d’être déçus par Dieu. Nous l’invoquons, mais Il ne semble pas répondre. Au point de douter qu’Il soit en capacité d’ " accomplir " ses promesses. Aussi, sommes-nous comme les Juifs de Nazareth qui entendent Jésus proclamer : " L’Esprit de Dieu est sur moi. Il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue…" A la fois touchés comme eux par ce " message de grâce "mais au fond perplexes quand ils l’entendent dire : " Cette parole, c’est Aujourd’hui qu’elle s’accomplit." Qui ne voit, Aujourd’hui, que Jésus n’a pas ouvert toutes les prisons, qu’il n’a pas guéri tous les aveugles ou tous les malades. Qui ne voit que les inégalités et les injustices sont toujours là ? Alors, serions-nous victimes de vieilles " fake news " religieuses ?

Depuis 2000 ans, tant de ’témoins’ ont reconnu que cette Parole de Dieu se faisait Réelle, dans les prisons de leur vie ! Que du neuf inespéré s’accomplissait quand la Parole de Jésus touchait la chair de leur blessure. Comme ce Pierre-Marc, bouleversé par la découverte du Christ et qui s’écrie : " La prison a été pour moi une profonde libération de mon ancienne vie. En prison, Dieu m’a permis de changer intérieurement. Jésus m’a rendu libre ! " Sans oublier toutes ces prisons psychologiques, affectives, morales… où la Parole de Dieu veut s’accomplir. En redressant ce qui est tordu ou en recréant ce qui est cassé. Qui n’a pas soif de ce baume recréateur de la Parole de Dieu ? Est-on un vrai disciple du Christ si l’on n’est pas familier de cette Parole qui parle et répare AUJOURD’HUI à
l’intime de chacun ?
Michel Retailleau

C’EST TOI, L’INVITE AUX NOCES (20/01/19)

Nous reprenons, avec ce dimanche, le Temps dit : « Ordinaire » Et nous sommes dans l’année C, c’est-à-dire l’année où nous sommes invités par l’Église à lire et à méditer l’Évangile selon saint Luc. Il peut sembler paradoxal pour entrer dans ce temps ordinaire d’avoir une lecture extraite de l’Évangile selon saint Jean. Mais peut-être que cette lecture johannique donnée au début de ce temps ordinaire nous invite à considérer la manière dont nous devrons colorer tout ce temps ordinaire.

Dans l’ordinaire ou l’extraordinaire de notre quotidien, quelle place laissons-nous à lecture de la Parole de Dieu ? Avons-nous les yeux et le cœur assez ouverts pour voir la grâce de Dieu agissante dans le frère ou la sœur avec qui nous vivons ? Comme le dit St Paul dans la seconde lecture de ce Dimanche « C’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier. » Je vois dans l’Évangile une invitation à se laisser inviter par le Christ à ce repas de noces qu’est l’Eucharistie. Ce matin, nous avons laissé nos diverses activités pour nous rassembler autour de cet Autel et nous nourrir de la Parole et du Corps livré. Mais il ne nous faut pas simplement répondre à cette invitation. Il nous faut aussi prendre au sérieux cette parole du début de l’Évangile : « Jésus aussi avait été invité »
(Jn 2, 2). En réponse à l’invitation qu’il nous a lancée de le rejoindre dans l’Eucharistie, accepterons-nous d’inviter le Christ Jésus dans le sanctuaire de notre être ? L’inviterons-nous à nous rejoindre dans le quotidien de nos vies ? Créerons-nous un espace en nous pour le laisser nous recréer, pour le laisser nous" épouser " véritablement, pour qu’ainsi s’accomplissent déjà pour nous les épousailles finales, celles dont nos eucharisties sont le signe ?

Ces épousailles divines qui ne se célébreront véritablement que lorsque nous serons passés par la mort, que lorsque nous lui serons rendus semblables parce que nous le verrons tel qu’il est.
(cf. 1 Jn 3, 2). Puissions-nous en, communiant au Corps du Christ aujourd’hui, accueillir en nous Celui qui veut nous épouser et lui donner notre consentement pour cette union nuptiale.
Jean Pierre Maçon

TOUS, BIEN-AIMES DE DIEU (13/01/19)

Ce dimanche, c’est le Père en Personne qui parle : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie ». Jésus désigné comme le Fils bien-aimé du Père ! En prophétisant le retour des exilés de Babylone presque 600 plus tôt, le prophète Isaïe l’annonçait : « Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! » Un Dieu qui "vient avec puissance", celle de l’infinie tendresse du Dieu qui console et qui pardonne ; celle du Seigneur qui entoure de soins privilégiés les petits de son peuple, tel un berger qui rassemble ses agneaux et les porte sur son cœur. A notre baptême, c’est nous qui sommes devenus dans le Christ, ces fils et filles bien-aimés du Père. Et cette découverte, nous avons à la trouver dans le Christ, l’évangile, les sacrements, l’Église, l’amour des autres.

Dans le Christ… Isaïe annonçait La venue du Seigneur dans la puissance. A Noël, Dieu se présente sous le signe de la fragilité de l’enfant de la crèche. Dieu serait-il impuissant parce que trop dépendant ? En fait sous le signe de la douceur et de la fragilité, Dieu sait trouver le chemin de nos cœurs. Il est capable d’abaisser nos montagnes d’orgueil et de suffisance, il comble le vide de nos vies, il redresse nos projets tortueux. Dieu est fort dans sa tendresse. Saurons-nous voir vivre et aimer Jésus-Christ pour le comprendre ?

Dans l’Évangile… Une voix descend du ciel. Mais cette Parole de Dieu n’est autre que Jésus, lui la Parole de Dieu. La voix du ciel se tait pour laisser place à la voix du Fils. Cela change tout : on peut converser avec Lui. Demandons au Père, de nous faire entendre la Parole que Jésus nous adresse dans son Évangile.

Dans l’Église… Le baptême qui nous a faits renaître nous appelle à devenir des hommes debout.
St Paul nous recommande de ne pas être les jouets des événements, des modes ou des engouements successifs de ce monde. Il nous invite à prendre au sérieux le Projet de Dieu d’aimer ce monde, de le racheter, de le sauver. Il nous appelle à être justes sans vouloir assurer notre seule promotion ou réussite individuelle et nous détourner des autres. A être des hommes "religieux" jusque dans le choix de nos vies et de nos décisions.

Dans les autres… Aujourd’hui, la même Voix nous redit : « Tu es mon Bien-aimé ». Moi aussi, je suis digne d’amour, le Seigneur m’aime ! Mais le Seigneur le dit aussi à ce voisin qui parfois me dérange ou que j’ignore. Saurons-nous découvrir la joie profonde de nous intéresser aux autres ? Saurons-nous reconnaître cette joie, en disant à notre tour : « En toi, je trouve ma joie » ? C’est ainsi que nous deviendrons des saints. Le baptême du Seigneur ouvre à une multitude de bien-aimés !

Jean Michel RAPAUD

CHERCHEURS DE VÉRITÉ ET DE LUMIÈRE (6/01/19)

Qui sont ces "mages" Babyloniens ou Perses en route vers Jérusalem ? S’appellent-ils Melchior, Balthazar et Gaspar ? L’évangéliste Matthieu n’en dit rien. Mais mieux, nous découvrons qu’ils ont un désir chevillé au corps : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » Leur métier d’astrologues, c’est d’étudier les astres et de donner une interprétation des " signes " aperçus dans le ciel. Ils ont beau être des « païens », leur vie est en quête de vérité, de lumière. Et pour cela, ils sont prêts à quitter leurs croyances, leur culture et leurs frontières.

Quel contraste avec notre monde tenté d’installer sa recherche du bonheur dans le confort matériel et ses fausses certitudes ! Les rois mages, eux, ont soif de vérité et ils ont entrevu une nouvelle façon d’être homme « se lever ». Et, aimantés par cette lumière, ils se sont mis en route vers Celui qui incarnait cette nouveauté. Quelle force intérieure les a-t-elle appelés à tout laisser pour se mettre en marche vers quelque chose ou Quelqu’un qu’ils n’avaient pas encore découvert ? Et quelle humilité ? En bons astrologues, ils aimaient " raisonner " avec leur esprit scientifique et voilà qu’on les trouve en train de " résonner " de joie intérieure, de vibrer au point de " se prosterner " devant le signe fragile d’un enfant nouveau-né. Si Dieu s’est fait "petit enfant", alors on peut rêver d’une humanité plus fraternelle et d’un rapport plus intime avec Dieu. Le temps de l’Espérance est arrivé !

Nos vies sont souvent désenchantées et fatiguées parce que nous ne savons plus nous émerveiller. Nous sommes prisonniers de manières de vivre, de voir et de croire qui "plombent" nos désirs les plus profonds. Alors tous ces désirs de beau, de bon et vrai qui sommeillent en nous ne trouvent plus de quoi nourrir notre émerveillement et l’envie de changer. Et à l’image d’Hérode, on se laisse paralyser par « la peur » et « l’inquiétude ».

L’Epiphanie, c’est la fête de tous ceux qui, croyants ou non, chrétiens ou pas, se laissent attirer par cette mystérieuse " étoile " qu’est Jésus. Gandhi, l’Indou, en était tellement fasciné qu’il lisait chaque jour l’Evangile ? Qui d’entre nous n’a-t-il jamais entendu : « Ton Eglise, ça ne m’intéresse pas. Mais Jésus, j’aime ce qu’il a dit et fait ! » ? L’Epiphanie, c’est la fête de ceux qui ne se disent pas chrétiens mais que Dieu, de manière souterraine, éclaire et attire à lui par l’attrait irrésistible que Jésus opère encore aujourd’hui. L’Epiphanie, c’est la « manifestation » du Christ aux " périphéries ", non plus réservée à un peuple, ni même à une Eglise. C’est la fête des chercheurs de Vérité qui se laissent attirer par l’enfant-Dieu et qui en repartent transformés !... Mais lui, Jésus, est-il mon Etoile et ma boussole dans la vie ?
Michel Retailleau

NOËL… DIEU CONTENT DE VENIR VIVRE AVEC NOUS 24/12/18

Quelqu’un me disait l’autre jour son admiration pour les médecins de campagne d’autrefois : " Ils allaient chez les gens. Ils vivaient avec eux, ils connaissaient les problèmes de chacun. Ils les aimaient et savaient donc les guérir." Noël, au fond, c’est cela, vu "côté Dieu" : En cet enfant- Jésus, c’est Dieu qui est heureux de venir vivre avec nous, non parce que notre vie et la vie du monde seraient toujours au "top" mais parce qu’il Lui plaît de partager nos joies et nos peines, nos colères et nos fragilités. C’est Dieu content de vivre une vie de famille, de grandir au milieu de voisins et compagnons, de travailler de ses mains. Dieu heureux de vivre dans sa "chair" la beauté et le tragique d’une vie humaine risquée jusque dans la mort.
En ce soir de Noël, nous pouvons dire avec les anges : " Gloire à Dieu au plus haut des cieux "… Gloire à ce Dieu heureux de vivre avec nous et qui nous invite à vivre le ciel sur terre… " Et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. " Paix sur la terre aux hommes pour qui il veut du Bien… Pas de paix sur la terre sans cette conviction que Dieu, avec nous et pour nous, veut le Bien, le Beau et le Vrai pour tous. Dans notre climat morose, quel appel puissant à espérer !
Noël, c’est aussi Dieu qui nous confie un secret : Il veut couler son Amour divin dans nos veines d’homme, comme il l’a coulé dans celles de Jésus. Si , en Jésus, Dieu se dit content de vivre avec nous, comment ne serions-nous pas aussi contents d’un tel Dieu amoureux de l’homme : un Dieu parmi nous, un Dieu-Emmanuel ! La joie de Noël, c’est non seulement savoir que nous avons un Dieu ravi de vivre avec nous. Mais c’est aussi dire que nous sommes heureux d’ avoir un Dieu comme Lui. Contents de sa Présence simple et profonde qui nous aide à retrouver l’envie de vivre, de croire et d’espérer. Contents de sentir, à certains jours, cette Présence et cette Force qui nous sont données. En ce Noël, demandons-nous : si Dieu est content de vivre avec nous, nous, sommes-nous contents de vivre avec Lui ?
Michel Retailleau

L’INCROYABLE CONFIANCE QU’IL A EN NOUS ! (23/12/18)

En ces semaines de rentrée scolaire, et paroissiale, la Parole du Seigneur semble difficile à entendre : « le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront. » Pourtant accueillons aussi l’incroyable confiance de Jésus-Christ en l’homme (Marc 9, 30-37).

Livré aux hommes, Jésus sait qu’il va vers la mort, il l’annonce, et c’est une horreur pour ses disciples, il sera livré, tué, mis à mort. Nous pouvons imaginer la scène, l’incompréhension des disciples, leur peur même, ils n’osent pas interroger Jésus. Pourtant, les questions doivent jaillir dans leur cerveau : " pourquoi, quand, par qui ? Ce n’est pas juste…" Alors comme chacune et chacun devant la mort, ils continuent le chemin, le temps qui passe y oblige. Alors ils discutent de questions plus faciles : " Qui est le plus grand ? " On pourrait ajouter "le plus fort, la plus belle…" le week-end dernier, c’était ce français nouveau recordman du monde d’heptathlon Kevin Mayer, toujours plus haut, plus loin, plus fort !

Jésus demande à ses disciples, une fois rentrés, de quoi ils discutaient en chemin. Ils ont honte de le dire. Et Jésus de répondre à leur questionnement par une réponse étonnante :
" être le premier, en se livrant, en descendant, en s’abaissant, se faire petit comme un enfant et accueillir ce petit ", comme Jésus.

En quelques phrases, sous la plume de l’évangéliste St Marc, Jésus nous manifeste sa confiance, face à la mort qui avilit. Devant nos questions trop humaines, Jésus montre qu’il croit en nos capacités à devenir plus humain, à devenir homme, femme, libre intérieurement !

Jésus a une confiance totale et inaltérable en nous, envers et contre tout, pour nous accompagner et nous guider sur notre chemin.

Il s’identifie au plus petit, " l’enfant ", celui qui ne parle pas ou pas bien. Il s’abaisse, il descend, pour ressusciter, nous ressusciter et ainsi nous libérer de nos étroitesses et de nos servitudes.

Bon chemin avec Jésus !

Jean Michel Rapaud

LA JOIE QUI SAUVE ! (16/12/18)

Il y a quelques semaines, on s’acheminait vers un Noël "sans problèmes". Le rituel des sociétés riches allait se mettre en place avec débauches de lumière, de nourriture et de cadeaux pour oublier une vie quotidienne souvent terne et sans relief. Il faut bien faire la fête pour avoir le sentiment d’exister dans un monde où suinte la tristesse ! Et patatras, voilà que les préparatifs de Noël sont gâchés par l’apparition des " Gilets Jaunes " et leur colère sourde : " On ne peut plus vivre ! Vivre ainsi, ce n’est plus vivre, c’est survivre ! " Et puis cet attentat terroriste à Strasbourg !

Notre société qui offre tant de possibilités d’accès aux savoirs, loisirs, voyages… transpire non seulement l’ennui mais aussi la révolte et la violence face aux inégalités et injustices Notre monde ne sait plus ce qu’est la joie. Il a échangé la recherche du sens de la vie contre la course incessante aux biens matériels. Il a troqué la joie de vivre pour une existence sans âme, des frustrations et une lassitude qui empêchent de goûter ce qu’est réellement Vivre.

Aussi, quelle provocation que ces 2 premières lectures bibliques de ce 3ème dimanche de l’Avent ? " Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : Soyez dans la joie. " Comment être joyeux avec nos existences, marquées par leur lot d’épreuves et de difficultés ? Comment être heureux quand, dans notre pays, de nombreuses voix lancent un SOS : " Nous ne sommes pas heureux de vivre !" Interrogeons-nous : à quelle sorte de joie sommes-nous invités pour faire de la morosité ambiante et des évènements actuels l’occasion d’une entrée plus grande en intimité avec Dieu et en solidarité avec les cris de ceux qui souffrent ?

Tout cela ne peut être que le fruit d’une vraie "conversion". D’un "retournement " qui oblige à faire le point sur notre vie intérieure : "On confond bonheur et plaisir, nous disait Agnès. Les gens s’attachent plus au plaisir qu’au bonheur et passent à côté de la vie. Dieu, c’est un bonheur dont on n’est jamais rassasié, alors qu’avec le bokit (plat antillais), quand tu l’as mangé, t’es rassasié." Qu’est ce qui me fait réellement vivre ?… Puis nous sommes invités à ’ ouvrir nos yeux et nos oreilles ’ sur les germes de vie et de fraternité qui naissent au cœur même de situations conflictuelles, mais souvent inaperçus du fait de nos préjugés et aveuglements… Enfin, nous sommes appelés à " faire mémoire" de la trace lumineuse laissée dans l’histoire par Jésus, l’Homme-Dieu. Au milieu des colères du monde, Il a su miser sur la Joie de croire qu’avec Dieu, nous ne sommes pas abandonnés et qu’il est possible d’inventer un nouveau vivre-ensemble… Et si la Joie de la Foi pouvait sauver le monde de sa tristesse ?
Michel Retailleau

UNE SI BONNE NOUVELLE ! (9/12/18)

Vous vous rappelez ces paroles de Jésus à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu ! » N’est-ce pas là un secret d’Amour longtemps caché ?

Mesurons-nous suffisamment notre bonheur ? Notre bonheur d’avoir vu et entendu Jésus, notre Dieu, venu vivre sur terre, parmi nous.
Notre bonheur d’avoir recueilli son message de Paix, de Communion et d’Espérance.
Notre bonheur d’avoir accueilli son invitation à l’Aimer : « Demeurez en moi ! »
Notre bonheur de l’avoir entendu nous dire : « M’aimes-tu ? » et son invitation à nous aimer les uns autres comme il nous aime.

Certainement pas ! Non ! nous ne mesurons pas assez notre bonheur, et c’est pourquoi ce Temps de l’Avent est si bienvenu... pour réveiller notre Foi, notre Amour et notre Espérance.
Oui, Il vient toujours. Et le Temps de l’AVENT nous rappelle justement que c’est toujours l’AVENT ! Espérance en Celui qui vient nous transfigurer ! Immense Bonheur ! Oui, ces multiples avènements nous livrent « un secret d’Amour longtemps caché ». Si nous les accueillons, ces avènements sont bouleversants.

Avez-vous demandé à Jésus son « secret d’Amour » ? Si vous le lui demandez, il vous le dira certainement. Car à moi, il me l’a dit, il n’y a pas si longtemps, et sans que je n’ai rien demandé ! Il m’a dit - et j’ai compris aussitôt que c’était aussi à vous que j’avais aussi à le dire - : « Je t’aime à la folie ! Jamais je ne veux être séparé de toi ! Et je veux que jamais tu ne sois séparé de moi ! » Si c’est pas un secret d’Amour, ça ! Et moi, je veux que personne parmi vous n’oublie jamais cela ! Parce que c’est pour cela qu’il vient ! C’est pour cela, Noël ! Pour que personne ne soit jamais séparé de Lui !

Aussi nous convertir, comme nous y appelle Jean le Baptiste, dans l’Evangile d’aujourd’hui, c’est accepter d’entendre cela. C’est accepter cette Présence dans ma vie, cette Communion. C’est accepter de vivre toujours avec Lui, Jésus. De ne plus vivre en « JE », mais en « Nous » ! C’est aussi s’engager à vivre pour Lui, et nous tourner entièrement vers son Père ! Oui, ce « secret d’Amour longtemps caché », il est temps de le révéler à tous ! Comment pourrions-nous garder pour nous UNE SI BONNE NOUVELLE ?

Jean Pierre MAÇON

ACCUEILLIR CELUI QUI VIENT (2/12/18)

On le sait, le chêne qui tombe en forêt fait un bruit assourdissant tandis que le jeune arbuste grandit en silence. Ainsi en est-il de la vision imaginaire de la fin du monde qui nous a été transmise. On a associé l’idée de la fin du monde à des images de catastrophes. Que ce soit dans l’invasion de Rome par les barbares, dans une épidémie de peste ou de choléra, dans l’éruption d’un volcan ou un dérèglement écologique, on a cru retrouver les signes bibliques de « l’affolement des nations » et de « l’ébranlement » cosmique de l’univers. Et on en a conclu que ces évènements annonçaient le Retour du Christ.

Certes, les images apocalyptiques de l’Evangile de ce 1er dimanche de l’Avent ( Luc 21, 25-28, 34-36) ont tout d’un film d’horreur. Mais elles ne décrivent pas des évènements qui vont réellement se produire. Elles se réfèrent à une réalité qui doit se ’dévoiler’. En effet, le mot "apocalypse" ne veut pas dire "catastrophe" mais " dévoilement " " révélation ". A travers un imaginaire de destruction, il est bien dit que notre monde disparaîtra, que l’histoire de l’univers et des hommes aura une fin. Ce monde avec ses excès et ses violences, ce monde avec ses injustices et ses catastrophes, un jour ne sera plus. Mais, loin de la panique, c’est le temps de la Joie paisible qui doit nous envahir car c’est maintenant le temps du Christ. Comme en photographie, le Retour de Jésus agit comme un "révélateur" de tous les "germes" de Vie qui se produisent dans l’humanité.

Rêve ? Illusion ? Consolation ? Non, le Christ est en train de revenir. Par sa Résurrection, sa Puissance de Vie est à l’œuvre dans le monde comme en chacune de nos existences. Ce qui est mensonge, violence, égoïsme, injustice…, dans notre vie comme dans celle du monde, a déjà commencé à brûler au feu de son Amour divin. Un travail souterrain de " délivrance " et de " divinisation " est déjà à l’œuvre. Aussi, loin de fuir le monde ou d’y vivre sans âme, nous avons à nous ouvrir à la rencontre de Celui qui vient, dans le silence, nous rencontrer.

Comment ? D’abord, nous dit l’Evangile " redressez-vous " afin de voir avec plus de hauteur ce Monde nouveau qui s’approche. Ensuite, " relevez la tête " pour mobiliser toutes vos puissances d’affection, d’intelligence et d’action et les offrir aux énergies transformatrices du Ressuscité. Enfin, " tenez-vous sur vos gardes ", " restez éveillés et priez en tout temps " afin de garder un cœur en attente, prêt à l’accueillir. Entrer dans l’Avent, bien loin de céder à la peur d’une ’fin du monde’, c’est entendre l’invitation inattendue de Dieu à naître en nous ! C’est laisser l’Esprit nous guérir de cette myopie qui empêche de voir les traces du Christ travaillant à faire du divin dans l’humain… « Viens, Seigneur, nous t’attendons ! »

Michel Retailleau

« Alors tu es Roi ? » ( 26/11/18)

« Alors tu es Roi ? » demande Pilate à Jésus qui vient d’être livré par les autorités de l’époque. Cette question, pouvons-nous la faire notre ? Alors tu es roi, reine, prince, princesse ? Ne dit-on pas parfois en parlant d’un enfant « mon petit prince, ma petite princesse » ? Et Antoine de Saint-Exupéry a écrit un ouvrage devenu célèbre sous ce titre.

Aux jours bénis de notre baptême et de notre confirmation, nous avons reçu les titres de " prêtre, prophète et roi ". Tout baptisé confirmé reçoit en effet la grâce de pouvoir sanctifier comme un prêtre, d’annoncer la Parole de Dieu comme un prophète, et de pouvoir gouverner comme un roi. Il s’agit là du sacerdoce commun des fidèles laïcs, chaque croyant étant appelé à offrir Jésus-Christ au monde. Et par le service royal, de gouverner sur soi-même et pour les autres avec humilité et patience, luttant contre le mal, pour « conduire leurs frères jusqu’au Roi dont les serviteurs sont eux-mêmes des rois. »

« Alors tu es Roi ? » Ce service royal n’est pas à vivre à la manière du monde, par l’asservissement de beaucoup à un despote. Les révolutionnaires français ont fait couper la tête du roi pour mettre fin à un tel système politique.
« Ma royauté n’est pas de ce monde » répond Jésus. En effet son royaume est « un règne de vérité et de vie, règne de sainteté et de grâce, règne de justice, d’amour et de paix, règne où la création elle-même sera affranchie de l’esclavage de la corruption pour connaître la liberté glorieuse des fils de Dieu ».
Les paroles et les gestes de Jésus-Christ sont pour nous des exemples afin de gouverner nos vies et de participer au service de la vie commune. Et pour y arriver, il faut avoir choisi d’être uni à Lui, l’Homme-Dieu, l’homme de Nazareth et le Verbe fait chair. Avoir entendu la question que posaient les jeunes de l’aumônerie de notre paroisse : « c’est bizarre un homme mort qui est vivant ? » en parlant de la résurrection du Christ. Oser prier Jésus : « alors tu es vivant ? »

Parce que la royauté du Christ n’est pas de ce monde, il est possible de vivre par delà le mal et la mort, il est possible de lutter en soi contre les tentations, de mener le bon combat spirituel et de choisir ensemble une vie bonne pour tous. Grâce au Christ Roi, des formes d’organisation politique proche d’esclavages ne peuvent tenir. Par sa passion, sa mort et sa résurrection, le Christ a vaincu le mal. Il fait de nous des êtres libres pour gouverner nos vies et nous organiser au service de chacun (ne priver personne de sa dignité et du respect qui lui est dû) et au service du bien commun.
En fêtant le Christ Roi, demandons la grâce de régner comme lui dans la justice, l’amour et la paix, pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde.
Jean-Michel Rapaud

LE SEIGNEUR EST LÀ À NOS CÔTÉS (18/11/18)

Nous vivons une époque qui connaît, avec sa crise économique et morale, beaucoup de catastrophes. On peut certes se lamenter. Mais, sans nous détourner de l’humain fragilisé autour de nous, c’est aussi vers le Christ qu’il nous faut regarder.

Notre vie de croyant nous tourne vers la Personne même de Jésus, sa mort, sa résurrection et son retour à la fin des temps. Un jour viendra où nous nous trouverons face à lui. Nous n’attendons pas un temps ou un lieu ; nous allons vers la rencontre de la Personne même de Jésus. Nous nous y préparons chaque jour en vivant le présent et en construisant notre avenir sans oublier ceux qui vivent au milieu de nous. Dans un monde bousculé qui vit des situations de détresse, le Seigneur nous assure de sa présence. Il a vaincu le mal. « Rien ne peut nous séparer de son amour. »

La parabole du figuier qui bourgeonne est un signe que l’été approche. Cette parabole nous parle de tous les bourgeonnements que nous pouvons observer : c’est le fleurissement du partage, de la tendresse, du pardon. C’est ce qui se passe quand des chrétiens vivent la solidarité et le partage en lien avec le SECOURS CATHOLIQUE et autres organismes. Tous ces gestes sont le signe d’un monde nouveau qui nait. C’est Lui qui est à notre porte. Il est notre présent et notre avenir. Nous n’oublions pas ce que nous répétait souvent Jean-Paul II : " N’ayez pas peur…"

Oui, n’ayons pas peur car le Seigneur est là à nos côtés. Il nous accompagne toujours. Il s’élève contre les faux prophètes, contre les voyants qui prévoient la fin du monde proche. Il est à nos côtés et il marche avec nous. Il n’a jamais cessé de nous aimer. Il veut nous détourner de la curiosité pour les dates, les prévisions, les horoscopes. Ce qui est premier, c’est d’accueillir la Présence de Dieu et de nous laisser guider par son Évangile.
Il est la Lumière qui guide et encourage nos pas. Son pardon nous est toujours offert. C’est auprès de lui que nous retrouvons la force d’aimer et de SERVIR NOS FRERES.

Jean Pierre MAÇON

REGARD PÉNÉTRANT DE JÉSUS ! (11/11/2018)

Le grand danger d’une " société de spectacle " comme la nôtre, c’est qu’à force de mettre les projecteurs sur le brillant et le clinquant, nous ne voyions plus l’essentiel de ce qu’est Vivre. Quand on est ébloui, la vision devient floue et l’on devient aveugle aux réalités importantes. Le regard de Jésus sur les scribes et la « pauvre veuve » veut désembuer notre regard et nous inviter à voir plus large et plus profond. Décapante, la description qu’il fait des "scribes" ! Leur fonction prestigieuse de spécialistes de la Loi juive leur confère honorabilité, au point d’éblouir ceux qui les approchent. Mais Jésus a vite fait de détecter que leur vie sonne creux. Enlevez les paillettes de « leurs belles robes » et de leur « soif de salutation », ôtez le clinquant de leur« première place à la synagogue ou dans les dîners officiels », que reste-t-il ? Une banale médiocrité loin d’une prétendue supériorité !

Regard pénétrant que celui de Jésus ! Ce qu’on ne voit pas à l’œil nu, Lui le détecte d’emblée. Obsédés du paraître, les scribes s’attribuent une « aura » divine qui cache mal le pâle reflet de leur misère intérieure. A l’inverse, la pauvre femme qui vient déposer ses deux piécettes dans le tronc du temple n’a rien à faire valoir. Ni rang, ni honneur, ni reconnaissance. Au regard des autres, « ce n’est qu’ » une veuve, sans rien. Mais parce qu’elle n’a pour richesse que Dieu et la conscience de sa petitesse, elle n’est que Confiance en Dieu. Et Jésus "pénètre" de son regard la beauté intérieure qui l’habite. Il ’sait’ qu’elle est aimée de Dieu, que son humble geste porte l’empreinte de la dignité des filles de Dieu. Aussi invite-t-il ses disciples à ne voir en elle qu’une ’ préférée de Dieu ’ : « Ce n’est pas ceux qui ont mis dans le tronc leur monnaie sonnante et trébuchante qu’il faut admirer, mais cette femme. Car eux, ils ont donné de leur trop plein. Mais elle, elle a donné de son rien. "

Si nous donnons à Dieu le " trop plein " ou le surplus de nos vies, de nos relations, de nos choix, de notre temps pour ne Lui accorder qu’une portion congrue, nous risquons de briller d’une pâle lumière. Mais si nous prenons le risque de confier à Dieu nos insatisfactions et nos manques (= notre " rien "), notre vie prend une autre clarté. Cette semaine, j’ai reçu C., une dame africaine qui a lancé une Association Bénévole pour venir en aide aux personnes âgées afin de les aider dans leurs démarches administratives, santé, courses… Comment cela est-il né ? : " A la mort de mon mari, j’avais le désir de me donner. On est parti de RIEN, seulement avec notre cœur. Et malgré nos faibles moyens, on a voulu lutter contre l’isolement dans le quartier. Aujourd’hui on aide à vivre. On met de l’humanité… Ca donne sens à ma vie et j’y vis ma foi. " Femme d’aujourd’hui, semblable à cette veuve de l’Evangile sur qui Jésus a posé son Regard admiratif… Donne à chacun, Seigneur, ton Regard qui réveille la dignité et la joie de vivre !
Michel Retailleau

Aimer vraiment (4/11/2018)

« Quel est le premier de tous les commandements ? » demandait un scribe au Seigneur.
Il faut dire que des commandements, il y en avait beaucoup, 613 exactement. Alors il est possible de comprendre ce qu’a d’essentiel cette question. Quel est le commandement qui donne son sens et sa place aux autres ? Et Jésus de répondre avec le credo juif « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. » Jésus s’appuie sur la révélation de ce Dieu qui s’est manifesté à Abraham, à Moïse, aux prophètes… Auprès de chacun d’eux, Il a conclu une Alliance, signifiant ainsi son respect de ses créatures « à son image et à sa ressemblance, homme et femme ». Ce Dieu Créateur et Sauveur, il est bon de l’aimer « de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. » Ces quatre termes contribuent à exprimer la totalité de l’engagement amoureux de la personne. A l’image de l’enfant qui, avant d’avoir été gâté par une hiérarchie de valeurs, aime ses parents sans retenue.
Aimer ce Dieu parce qu’Il ait aimable, parce qu’Il ne reste pas insensible au devenir de ses créatures, parce qu’Il a quitté son ciel et est descendu jusqu’à nous. Tout le contraire d’une conception archaïque du divin !
Et Jésus d’ajouter : « tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Aimer celui dont on se fait proche comme soi-même. « Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »
Et le scribe d’apprécier la vérité des propos de Jésus « fort bien, Maître, tu as dit vrai. »
Et Jésus de féliciter ce scribe : « tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Il montre ainsi qu’il vit ces commandements. A ce scribe représentant souvent un groupe qui lui est hostile, il manifeste de la gratitude. Aimer Dieu et aimer son prochain. Pour notre Seigneur, les deux commandements sont indissociables l’un de l’autre : chacun ne peut être observé qu’en observant l’autre. Et ils donnent la liberté, celle qui habitait Jésus et lui permettait d’aimer en vérité chaque personne rencontrée.

Voulons-nous aimer vraiment, devenir libre à ce point ? Aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force ; et aimer notre prochain comme nous-mêmes ? Aimer vraiment, entièrement ?

Jean-Michel RAPAUD

LA TOUSSAINT, FÊTE DE L’ESPÉRANCE (2/11/2018)

La SAINTETÉ ce n’est pas de " se parfaire" à coup d’efforts, mais de se laisser parfaire par celui Seul qui est Saint, notre Père. Oui, nous sommes appelés à devenir des saints, parce que Dieu l’a fondamentalement voulu ainsi. Et tout notre travail serait de NOUS laver de nos imperfections ou souillures par nous-mêmes ? Nous n’en sommes pas capables. Ce " travail " consistera à nous laisser laver et c’est bien là le plus difficile : consentir à cette dé-maîtrise de soi. Accepter que je ne peux pas me laver tout seul – au risque, parfois, de me fourvoyer un peu plus. La Foi (des Justes) c’est reconnaître que j’ai besoin d’un Sauveur, que je ne puis me sauver moi-même.

Cette révélation nourrit notre espérance : au-delà des saints avec un grand S majuscule, canonisés par l’Eglise, bien plus nombreux sont une multitude d’hommes et de femmes, d’enfants, dont nous ne connaissons pas même l’existence, le nom, ou l’histoire, et qui se tiennent debout devant Dieu « avec des palmes à la main ».
En ce jour de Toussaint, l’Eglise fête tous les saints, connus et inconnus, tous les sans nom, tous les sans grade de la sainteté. Tous les saints ordinaires de la vie ordinaire. Nous les croisons tous les jours, sans forcément savoir les reconnaître. Eux-mêmes ne se savent pas saints, ils se savent parfois petits et faibles. Pourtant, sans le savoir, ils sont « sel de la terre », ils donnent goût à la vie de ceux qu’ils croisent. Ces saints-là peuvent avoir la foi, mais pas forcément. Ils peuvent mêmes être même d’une autre religion.
La fête des saints que nous célébrons aujourd’hui est une Fête de l’Espérance Rendons grâce à Dieu, non seulement pour leur gloire, mais pour l’espérance mise en nos cœurs. Chacun de nous peut devenir un saint s’il se laisse habiter et transformer par le Christ. En mettant nos pas dans les pas de Jésus, nous lui deviendrons semblables, jusqu’à faire nôtres ses béatitudes, les siennes, qu’il nous propose en partage. Mais les accueillerons-nous jusqu’à les faire nôtres ?
Jean Pierre MACON

LE PRIX DE LA LIBERTÉ DE CHAQUE HOMME (21 octobre 2018)

En ce 29ème dimanche du temps ordinaire, il nous est donné d’accueillir " le prix qu’a pour Jésus la liberté de tout homme." La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, ne serait-elle qu’un mauvais moment qu’il faudrait vite oublier maintenant qu’il est ressuscité ? Ou nous montre-t-elle le prix qu’il a mis à nous libérer ? Le prix qu’a pour Lui la liberté de chaque homme ?

Les trois mots introductifs « en ce temps-là » ne rendent pas compte du contexte tragique dans lequel Jacques et Jean posent leur question. Avant ce passage d’évangile nous trouvons la troisième annonce de la Passion. Elle est différente des deux premières. Elle donne une impression lugubre :
ce n’est pas la proximité d’halloween et l’envie de se faire peur ! Il s’agit plutôt d’une ’ marche à la mort ’, avec le déroulement complet des événements : Jésus livré, moqué, recevant crachats et flagellation et enfin mis à mort puis ressuscité trois jours après.

De même que les disciples étaient passés à côté de la deuxième annonce de la Passion en se disputant pour savoir qui est le plus grand (9,34), de même Jacques et Jean ne retiennent que l’annonce finale de la résurrection pour réclamer d’avoir les premières places lors de ce triomphe glorieux (v.37). Ils sautent allègrement par-dessus les souffrances et la mort de Jésus. C’est pourquoi il les ramène à la réalité : « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? ». Sur leur réponse affirmative Jésus les assure de partager son sort (allusion au martyre de ses disciples ; voir Actes 12,1-2), mais réserve à Dieu d’accorder les places demandées.

L’indignation envahit les dix autres, aussi Jésus fait-il une mise au point sur le sens de la place que l’on occupe. Ceux qui dans le monde ont les premiers sièges sont dominateurs. Mais « parmi vous » (c’est-à-dire dans l’Eglise !) « Il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur » (comme en 9,34-35). Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous » (c’est la figure de l’enfant en 9,36).

Jésus en est le modèle qui est venu non pour être servi, mais pour servir. Et ce service consiste à « donner sa vie » (mourir, comme le précise l’annonce de la Passion, aux v.33-34) « en rançon pour la multitude ». Le mot « rançon » désigne le moyen par lequel l’esclave pour dette pouvait se libérer (Lévitique 25,51-52). Le don de la vie de Jésus est le moyen de la libération de tous les hommes : la multitude, comme en 14,24 : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude ». A chaque eucharistie, nous rendons grâce à Dieu pour le sacrifice de son Fils et la révélation du prix de notre vie ; elle vaut la vie de Dieu ! Alléluia !

Jean Michel Rapaud

UNE SEULE CHOSE TE MANQUE ! ( 14 octobre 2018)

Jésus se mettait en route vers Jérusalem, quand un homme accourut vers lui. C’est dans le contexte de la montée vers la croix que se situe cet épisode. L’homme accourt, il a quelque chose d’important à demander et sans manière, il « se met à genoux en disant " Bon Maître." Ce titre, qui n’appartient qu’à Dieu seul, Jésus le refuse comme doit le faire tout juif pieux. Pourquoi m’appelles-tu bon ? Dieu seul est bon. De plus, dans Marc surtout, Jésus cherche volontiers à cacher sa véritable identité, parce que son heure n’est pas encore venue et que les gens ne sont pas encore prêts à accepter toute son identité (Dieu fait homme en Christ).

Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? . Voilà la question de cet homme qui ne demande que la vie éternelle : " être avec Dieu." En guise de réponse, Jésus lui récite le catéchisme juif, les commandements de Moïse. Ajoutant la recommandation : ne fais de tort à personne.

Maître, j’ai observé tout cela depuis ma jeunesse. C’est un homme honnête, religieux qui répond à Jésus. Mais Jésus a bien senti en lui un "quelque chose", un désir de plus. Cet homme avait couru ! Il lui est sympathique, il le regarda. On pourrai dire littéralement : ’’ Jésus le regarda au dedans’’, jusqu’au fond de son être et il l’aima. Extrême sensibilité et bienveillance de Jésus !

Une seule chose te manque ! Va, vends tout ce que tu as, puis viens, suis-moi. Les commandements ne suffisent donc pas ! Même en les observant, « il manque une chose. » C’est ici qu’il faut prendre l’Evangile à la lettre. Nous pourrions dire en nous-mêmes : « Ceci n’est pas pour moi, c’est pour les moines, les religieuses… » Comme si l’évangile distinguait entre les dix commandements qui seraient obligatoires pour tous et, les Béatitudes qui se seraient des conseils pour quelques-uns. Ne soyons pas stupéfaits comme les disciples, de plus en plus déconcertés !

Quelle est donc cette seule chose, qui nous manque ? La radicalité ! Le commandement se limite à des actions qui, une fois accomplies, nous laissent quittes. Jésus veut tout et " plus encore ". Ce" tout" variant selon chacun. Jésus ne demande pas à tous de vendre leur bien, comme il l’a demandé à cet homme. Mais à nous tous, il dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. " (Mc 8, 34). Le tournant décisif, c’est de passer d’un christianisme honnête (l’observance des commandements) à la suite résolue du Christ. « Viens et suis-moi. »
Jean Pierre Maçon

TRAITS D’UNION ENTRE DIEU ET LE QUARTIER (7/10/2018)

A première vue, l’Evangile du jour n’est pas fait pour un Lancement d’ Année Pastorale. En invitant à l’indissolubilité du mariage ( Marc 10, 2-16) : " Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! ", Jésus invite à vivre le mariage non seulement à hauteur humaine mais à la hauteur même de Dieu. L’EVENEMENT de sa venue sur terre est venu, en effet, changer la manière humaine de vivre. Si Jésus est à jamais TRAIT D’UNION entre Dieu et les hommes, c’est de cette hauteur de vue, que l’union d’un homme et d’une femme doit pouvoir refléter son union entre lui le Christ-Epoux et l’Eglise-Epouse. Un tel sens du mariage chrétien, on le sait, est impossible à vivre avec les seules forces humaines s’il ne s’appuie sur l’Esprit.

Mais ce grand mystère de l’Incarnation qu’ est la venue du Christ sur terre n’est pas réservé aux seuls couples. C’est nous tous qui avons à le vivre. Et là, notre célébration de Lancement de l’Année Pastorale prend tout son sens. Nous sommes ici, non seulement parce que nous sommes un groupe de gens sympas et que ça fait du bien de chanter, de prier, d’écouter la Parole de Dieu, avec nos générations et nos cultures diverses. Nous sommes là d’abord pour célébrer l’UNION DU CHRIST AVEC LA COMMUNAUTE DE SAINTE HELENE. Car toutes nos activités paroissiales - que ce soit l’accueil, le nettoyage, la déco de l’église, un groupe de prière, une fonction dans un service ou encore l’engagement dans le quartier ou le travail etc…-, prolongent le mystère du Christ qui " prend chair " dans la vie des hommes.

Lancer la Nouvelle Année et accueillir de Nouveaux Arrivants, c’est nous rappeler que le Christ continue à visiter nos rues, nos immeubles, nos écoles, nos associations ... Il vient "épouser" les joies et les attentes, comme les défis et les souffrances qui se vivent. En ce jour, c’est bien là que nous sommes ENVOYES. Pour être les mains, les pieds, le cœur, la bouche, les bras… mêmes du Christ. Ne sommes-nous pas le " Corps du Christ " ? Envoyés pour être " dans le Christ " des traits d’union entre Dieu et le quartier !... Je nous souhaite à tous une Belle et féconde Année 2018-2019, dans la Lumière et de la Force de l’Esprit Saint !

Michel Retailleau

L’INCROYABLE CONFIANCE QU’IL A EN NOUS ! (23 septembre 2018)

En ces semaines de rentrée scolaire, et paroissiale, la Parole du Seigneur semble difficile à entendre : « le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront. » Pourtant accueillons aussi l’incroyable confiance de Jésus-Christ en l’homme (Marc 9, 30-37).

Livré aux hommes, Jésus sait qu’il va vers la mort, il l’annonce, et c’est une horreur pour ses disciples, il sera livré, tué, mis à mort. Nous pouvons imaginer la scène, l’incompréhension des disciples, leur peur même, ils n’osent pas interroger Jésus. Pourtant, les questions doivent jaillir dans leur cerveau : " pourquoi, quand, par qui ? Ce n’est pas juste…" Alors comme chacune et chacun devant la mort, ils continuent le chemin, le temps qui passe y oblige. Alors ils discutent de questions plus faciles : " Qui est le plus grand ? " On pourrait ajouter "le plus fort, la plus belle…" le week-end dernier, c’était ce français nouveau recordman du monde d’heptathlon Kevin Mayer, toujours plus haut, plus loin, plus fort !

Jésus demande à ses disciples, une fois rentrés, de quoi ils discutaient en chemin. Ils ont honte de le dire. Et Jésus de répondre à leur questionnement par une réponse étonnante :
" être le premier, en se livrant, en descendant, en s’abaissant, se faire petit comme un enfant et accueillir ce petit ", comme Jésus.

En quelques phrases, sous la plume de l’évangéliste St Marc, Jésus nous manifeste sa confiance, face à la mort qui avilit. Devant nos questions trop humaines, Jésus montre qu’il croit en nos capacités à devenir plus humain, à devenir homme, femme, libre intérieurement !

Jésus a une confiance totale et inaltérable en nous, envers et contre tout, pour nous accompagner et nous guider sur notre chemin.

Il s’identifie au plus petit, " l’enfant ", celui qui ne parle pas ou pas bien. Il s’abaisse, il descend, pour ressusciter, nous ressusciter et ainsi nous libérer de nos étroitesses et de nos servitudes.

Bon chemin avec Jésus !

Jean Michel Rapaud

QUI SUIS-JE ? (16 septembre 2018)

Cette question a dû surement effleurer votre esprit ? Le doute sur votre identité la plus personnelle ne vous a-t-il jamais troublé ? " Qu’est-ce que l’homme, Seigneur, pour que tu penses à lui ? " (Psaume 144, 3) ou bien " l’homme n’est qu’une herbe changeante. Le matin, elle fleurit ; le soir, elle est fanée, desséchée " (Ps. 90, 5-6).

Tout Fils de Dieu qu’il était, Jésus a dû lui aussi se battre avec cette question existentielle, d’autant plus lancinante pour lui puisqu’elle touchait à sa double nature : et Dieu, et homme. Lorsqu’il demande à ses disciples : « pour vous, qui suis-je ? », ce n’est pas un examen scolaire qu’il ferait passer à ses lieutenants : « qui a la bonne réponse ? ». C’est vraiment un regard sur son être qu’un ami demande à ses amis : « pouvez-vous me dire ce que vous percevez de moi ? Et autour de vous, qu’est-ce que qu’on dit de moi ? " Jésus est soucieux de sentir l’impact que sa vie et son message produisent chez eux. Notamment quand il parle de Dieu de manière si nouvelle et quand il les invite à changer de vie. Sa Passion approche, il veut sentir si ses disciples sont prêts à recevoir tout son message.

Mais Jésus ne fait pas qu’enquêter auprès de ses disciples sur sa propre identité. Les évangélistes nous le montrent souvent partir " à l’écart ", " rester seul " une partie de la nuit, prier sur la montagne ou au désert. Moments privilégiés de rencontre intime avec son Père. Nul doute que ces moments de silence et de solitude ont été déterminants pour continuer à avancer dans la connaissance de son être et de sa mission.

A l’avis des autres, à l’exercice de la solitude et de la prière, il faut encore ajouter cet autre élément : Jésus a aussi appris qui il était, en scrutant les Écritures, en priant les psaumes. Il s’est reconnu dans la figure du " Serviteur souffrant ", sorte de résistant non-violent comme on en voit le portrait dans la première lecture (Is 50, 5-9) : « je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. »). Il a découvert l’attente messianique d’Israël jusqu’à s’identifier au grand prophète espéré.

Ces 3 piliers de Jésus (ce que les autres attendent de nous, la solitude en prière et l’approfondissement des Ecritures) nous permettent-ils de creuser pour nous-mêmes cette interrogation : " Qui suis-je ? "

Jean Pierre MACON

MALENTENDANTS DU CŒUR (9 septembre 2018)

Dans l’évangile du jour (Marc 7, 31-37), la guérison du sourd-muet ne semble pas nous concerner au premier abord. " C’est un cas particulier que d’être être sourd !" pense-t-on. Mais à bien y réfléchir, nous sommes tous des " cas particuliers ", sourds à tant de paroles… ou de silences qui nous environnent. Que ce soit entre mari et femme, entre parents et enfants, entre profs et élèves et même entre curé et paroissiens ! Car, " Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. " Mais en quoi ce récit évangélique nous rejoint-il ?

A nous aussi, Jésus propose une semblable guérison. Comment ? En nous " emmenant à l’écart, loin de la foule ". Là, dans la solitude, il nous fait descendre dans nos profondeurs et nous révèle nos propres surdités intérieures. Être sourd physiquement est certes un handicap mais il y a pire, c’est de croire que l’on entend alors que l’on a les oreilles du coeur bouchées. Accepterons-nous, en ce démarrage d’année, de nous isoler avec le Christ pour mieux mesurer à quel point nous avons besoin de cette guérison ?

Puis, l’Esprit nous entraîne à découvrir avec émerveillement combien Jésus a su " entendre " les joies et les souffrances de tous ceux qui l’ont approché. Et à sentir avec quelle délicatesse, il touche nos oreilles jusqu’à faire "entendre " au plus intime ces mots bien à lui : " Effata, ouvre-toi !.." : Ouvre ton esprit et ton cœur aux cris du monde et à la Parole de Dieu qui veulent frayer en toi un chemin de vie. "Touche nos oreilles, nous entendrons"... Le pape François agace bien des chrétiens quand il demande de résister à la " mondialisation de l’indifférence " face aux migrants et aux blessés de la vie de toutes sortes. Et pourtant, c’est bien " l’Effata, l’ouvre-toi " du Christ qu’il relaie à nos oreilles ! Entendre est toujours affaire de conversion pour les malentendants des oreilles du cœur que nous sommes.

En cette rentrée, demandons à l’Esprit Saint la grâce de l’Ecoute… Entre générations, entre cultures, entre sensibilités ou services différents… Et pas seulement entre chrétiens mais aussi avec nos voisins, collègues et amis, pour que la Parole de Dieu qui résonne dans les paroles ou silences du monde, fasse de nous des Ecoutants : " "Chaque matin, le Seigneur éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute." (Isaïe 50, 4)

Michel Retailleau

RÉVEILLE TA VIE INTÉRIEURE (1 juillet 218)

La scène (Marc 5, 21-24, 35-43) se passe " au bord de la mer ". Voilà qu’arrive Jaïre, " un chef de la synagogue " qui se jette aux pieds de Jésus : " Ma jeune fille est à la dernière extrémité. Sauve-là, qu’elle vive ! " Transposons, la fille de Jaïre, c’est aussi notre " vie intérieure " ou encore ce que nous appelons notre " âme ". Après des mois d’activités, de responsabilités, d’engagements et aussi de stress…, nous avons tous besoin de vacances pour nous reposer mais aussi pour ’nous poser’ afin
d’être mieux présents à nous-mêmes, aux autres et à Dieu. Comment ? Avec Jaïre, suivons le merveilleux guide qu’est Jésus !

" Jésus part avec lui (avec moi) et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait." Que l’on parte en vacances ou non, Jésus part avec nous. Et il invite à nous vider de la foule de visages, de rendez-vous et de rencontres qui nous ont collé au cœur et au ventre toute l’année… au risque de piétiner, voire d’écraser le Christ dans notre vie. Au risque de penser, comme certains voudraient nous le faire croire, que Dieu, Jésus, c’est du passé : "Ta fille, (ton âme) vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? " : A quoi ça sert de prier ? A quoi bon prendre des responsabilités, personne ne bouge ? Aménage ta petite vie !…

Aujourd’hui, j’ai besoin de SILENCE pour laisser apaiser mon âme et la laisser s’entendre dire encore : " Ne crains pas, crois seulement." Invitation à retrouver mes racines profondes où respire une autre Présence. Temps privilégié où, dans le repos, je me retrouve face à moi-même, habité d’une Présence qui n’est pas moi… mais qui me fait ÊTRE MOI-MÊME. Jésus commande même de " ne laisse personne l’accompagner " sauf des tout-proches qui sont habités d’un même désir d’y croire. Mais même ici, la solitude de l’âme n’est pas garantie : " Jésus voit l’agitation et les pleurs… L’enfant (l’âme) n’est pas morte, elle dort." Une vie intérieure ne meurt pas comme ça. Il reste toujours un peu de braise sous la cendre.

Alors Jésus " met dehors " tout ce qui n’est pas nécessaire à vivre et " pénètre là où l’âme repose ". Là, dans le cœur à cœur avec Lui, Sa Voix chaude se fait puissante pour m’inviter à remobiliser mes forces intérieures. " Lève-toi, réveille-toi… " Puissions-nous, en ce temps de repos, ré-entendre cette invitation à réveiller notre vie Intérieure fatiguée pour la retrouver vivante et dynamique. Elle fait souffler un vent de fraîcheur en nous-mêmes et sur le monde.

Michel Retailleau

Le jour le plus long… un privilège donné à Jean Baptiste ? (24 juin 2018)

L’Église célèbre la naissance du Sauveur au solstice d’hiver et celle de Jean-Baptiste au solstice d’été. A ces deux fêtes, séparées l’une de l’autre par un intervalle de six mois, on peut donner un même titre : Noël d’hiver pour Jésus et Noël d’été pour Jean… Mais pourquoi célébrer la naissance de Jean-Baptiste ? La fête de tous les autres saints est célébrée le jour de leur mort, c’est-à-dire le jour de leur naissance au ciel, de leur naissance à la vie éternelle. Jean-Baptiste est le seul à qui est réservé cet honneur ; et cela dès le cinquième siècle.

Parce qu’il a été sanctifié dès le sein de sa mère Élisabeth, quand il tressaillit d’allégresse devant le Messie que portait en elle Marie. Le petit Jean de 6 mois était déjà en train de « rendre témoignage à la lumière afin que tous croient par lui » (Jean 1,7).

Ne sommes-nous pas chacune et chacun appelé à préparer le chemin du Seigneur ? Comment ? De deux manières. - Être « une voix qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Isaïe 40,3). Notre vocation de baptisé, de consacré ou de prêtre est d’annoncer en mots et par toute notre vie notre raison de vivre : Jésus. Et aussi, appelés à SEMER sa Parole. A TEMOIGNER de son Amour. Sans vouloir en voir les fruits, sans chercher à en tirer une gloire ou un profit personnels. « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, mais de vous le dire », répliquait Bernadette Soubirous à ceux qui mettaient en doute son témoignage sur les apparitions de Lourdes…

Jean est le modèle du témoin de la Présence discrète de Dieu dans ce monde de bruit et de fureur. - Laisser Jésus grandir en nous. Il faut laisser disparaître notre "moi" un peu égocentrique pour laisser transparaître le Christ en nous. C’est la présence de Jésus en nous qui touche le cœur de nos frères. Rien d’autre. Et pour cela, il nous faut plonger dans les profondeurs de la prière pour devenir des hommes et de femmes qui réfléchissent à la lumière de Dieu.

Voici la Saint Jean d’été, la belle journée où crépitent les feux de joie ! « Et toi, petit enfant, on t’appellera prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer le chemin, …Telle est la tendresse du cœur de notre Dieu ; grâce à elle, du haut des cieux, un astre est venu nous visiter » (Luc 1, 77-78).
Jean Pierre MACON

BLÉ EN HERBE (17 juin 2018)

Voyez comme ils sont heureux et fiers, ces jeunes qui s’apprêtent à faire leur Profession de Foi ou leur 1ère Communion. La blancheur des aubes, symbole de la beauté lumineuse du Christ, solennise l’instant… Comme un avant-goût de Royaume de Dieu ! Sans doute, dans certains esprits pointent des réactions du genre : " C’est bien beau de croire à tout ça quand on est jeune ! Mais après, et avec tout ce qui se passe, où est Dieu ? On l’appelle, on lui crie mais il ne répond pas. Et on se met à douter. " L’Evangile du jour (Mc 4, 26-34) n’évacue pas ces questions mais il y répond autrement.

Dans sa parabole, Jésus rappelle que Dieu n’est pas passif dans son ciel. Il travaille comme un paysan qui " jette en terre la semence " divine dans le cœur de tout homme. A l’image du grain de blé enfoui en terre et qu’on ne voit pas mais qui devient peu à peu " de l’herbe, puis l’épi , puis du blé plein l’épi ", votre présence devant nous, manifeste que vous êtes le " blé en herbe" de Dieu. Vous êtes " blé en herbe " par votre jeune âge mais aussi " blé de la foi en herbe ". Vous êtes le Signe Vivant que la foi, semée en vous, pousse, grandit, germine !

La Profession de Foi et la Première Communion, c’est la Fête de votre croissance spirituelle. C’est la Fête de Dieu qui travaille dans le secret de vos cœurs, " nuit et jour ", sans même vous en rendre compte, au travers même de vos qualités et de vos défauts. Aujourd’hui, Dieu se réjouit de voir votre Confiance en son Fils Jésus porter déjà du fruit.

Nous, parents et éducateurs, interrogeons-nous face à ces jeunes ? De quoi ont-ils le plus besoin pour la croissance de cette "tige" de la foi qui grandit secrètement en eux ? Du Soleil de la Parole de Dieu et des Sacrements ! Est-on vraiment chrétien si on ne prend pas le temps de ruminer la Parole du Christ qui nous dit comment réussir sa vie en prenant soin de Dieu, des autres et aussi de soi-même ? Est-on vraiment chrétien si on ne vit pas en communauté de l’Eucharistie et du Sacrement du Pardon ? Ce qui favorise la montée de la sève spirituelle dans ces jeunes "pousses" qu’ils sont, c’est aussi la pluie de la Prière qui nourrit leur cœur. En s’éveillant au contact de Dieu, ils s’éveillent aussi au sens des autres.

Chers jeunes, en ce jour, vous nous rappelez que Dieu a semé les grains de son Royaume dans votre cœur de jeunes "pousses" vertes comme il l’a fait hier pour nous, les adultes. Le blé de la foi, de l’amour et de l’espérance ne demande qu’à grandir en vous comme en nous tous pour qu’il devienne un jour du " blé plein l’épi."… Voilà pourquoi, nous aussi, nous sommes heureux et fiers d’être à vos côtés, en ce jour... L’Aventure de la Foi ne fait que démarrer !
Michel Retailleau

VOICI MA MÈRE, VOICI MES FRÈRES… (10 juin 2018)

Par deux fois, Marc note que la Famille de Jésus « est dehors ». Cette expression « ceux du dehors » est habituelle dans l’Église dès les premiers siècles, pour désigner les « non-chrétiens ». La scène, où Marie et la famille de Jésus viennent pour l’empêcher d’accomplir sa mission, doit nous faire longuement méditer sur ce qu’est la foi. Celle de Marie, pas plus que la nôtre, n’est « toute faite » une fois pour toutes. La foi est une réalité toujours en évolution. Ce n’est pas dès le premier instant de l’Annonciation que Marie a compris qui était son fils. Luc, lui aussi, a noté que Marie, à certaines occasions, n’a « pas compris ». Comme, lorsqu’à 12 ans, Jésus est resté dans le Temple, « la maison de son Père ».

La famille de Jésus ne le reconnaissait plus depuis qu’il avait quitté sa vie cachée à Nazareth, pour devenir prédicateur ambulant. Sa famille savait parfaitement qu’il était mal vu des autorités, des scribes venus Jérusalem. « Il va nous faire attraper des histoires. Ramenons-le à la raison. Qu’il soit comme tout le monde. C’est folie de se distinguer ! »

Renversant les traditions religieuses tout en se réclamant de Dieu, Jésus ne pouvait qu’apparaître un "perturbateur". Il annonçait que Dieu était venu parmi eux. Il libérait des possédés, guérissait des malades, s’approchait des lépreux et osait même les toucher pour leur rendre la santé. Allant jusqu’à pardonner les péchés et manger chez des gens de mauvaise conduite. Il prenait des libertés avec l’observance du sabbat…

Au temps de Jésus, la famille était sacrée. Ici, Jésus opère une rupture et déclare qu’il existe une autre famille plus forte que celle du sang, celle de toute l’humanité. Jésus se distancie de sa propre famille avec une phrase choc : « Voici ma mère et mes frères… Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère. » Ajoutant même que cette invitation à une famille plus large aille jusqu’au pardon donné : « Amen, je vous le dis, Dieu pardonnera tout aux enfants des hommes, tous les péchés et les blasphèmes qu’ils auront faits. Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’obtiendra jamais le pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. » La miséricorde de Dieu est sans limite puisque, comme dit St Jean, " à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1). Par sa mort et sa résurrection, Jésus, sans rejeter l’attention à notre famille de sang, fait de tous les êtres humains des frères et des sœurs. Nous avons besoin de l’Esprit Saint !

Jean Pierre MACON

PUR HASARD OU HEUREUSE COÏNCIDENCE ? (1/06/18)

La Sortie Paroissiale de ce samedi 2, et la Célébration du Corps et du Sang du Christ, ce dimanche 3, peuvent apparaître un pur hasard de date. Plutôt que de hasard, je préfère parler de coïncidence. Et même d’heureuse coïncidence ! Car les deux évènements, d’ordre différent, s’appellent l’un l’autre et s’éclairent l’un par l’autre.

D’abord, ces 2 rassemblements ont demandé des " préparatifs ", comme le dit l’Evangile de ce jour. A la question posée par les disciples " Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? ", Jésus répond : " Allez à la ville… un homme viendra à votre rencontre, suivez-le… Dîtes au propriétaire : " Où est la salle où je pourrai célébrer la Pâque ? etc…" On est surpris par l’importance de ce qu’on serait tenté d’appeler des " détails " mais existe-t-il des préparatifs de rencontres importantes qui ne se réalisent sans accorder de l’importance aux " détails " ! L’équipe de préparation qui s’est « donnée du mal « pour que la Sortie à l’Haÿ-les-Roses soit une fête, le sait très bien.

Mais allons plus loin : en quoi la Fête du Corps et du Sang du Christ éclaire-t-elle notre Sortie Paroissiale ? Cette Fête nous dit que le Christ, lui aussi, « s’est donné du mal » pour habiter de sa Présence notre humanité. Ses paroles : "Ceci est mon Corps. Ceci est mon Sang « , Jésus ne cesse de les redire sur toutes nos rencontres, qu’elles soient extraordinaires ou ordinaires. Afin que sa Présence Réelle nous donne d’être nous-mêmes présents réellement aux autres et à Dieu en même temps qu’à nous-mêmes. Par là, nous devenons ensemble son Corps. Et son Sang peut couler dans nos veines, dans nos partages et nos décisions.

Sans doute, nous ne sommes pas des gens suffisamment intérieurs pour bien ’RÉALISER’ tout cela, tant c’est inouï ! Pourtant le fait de manger le Corps et de boire le Sang du Christ nous ouvrent RÉELLEMENT à sa Présence. Et l’Esprit Saint tisse mystérieusement sa toile de Communion avec Dieu et entre nous. Ainsi, nous devenons RÉELLEMENT un Peuple Nouveau : le Corps même du Christ à Clignancourt ! Et partout où nous vivons, dans nos immeubles, nos rues, nos terrains de sport, de travail ou d’école… c’est le Christ que nous " portons " RÉELLEMENT. Et cela, même avec nos misères et notre péché !

Ce que nous avons vécu hier, lors de la Sortie Paroissiale, mais aussi plus largement dans toutes les célébrations, activités ou services de Ste Hélène, nous fait goûter comme dit le pape François " le plaisir spirituel d’être un peuple ". Et ainsi, nous nous donnons les uns les autres quelque chose de la Force et de la Tendresse de Dieu, rendues RÉELLES dans l’Eucharistie où nous faisons « mémoire de Lui…. » Oui, heureuse coïncidence que ces 2 évènements d’hier et d’aujourd’hui !
Michel Retailleau

VOUS M’ÊTES DEVENUS CHERS, TOUS LES TROIS 27/05/18

" Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit." J’ai besoin maintenant de commencer ma prière matinale par ce rite qui, d’un coup, en très peu de mots, me place devant Toi, mon Dieu, qui es Trinité. Ça me permet de me mettre à ma place de créature devant Toi Créateur.

Mais, Seigneur, que cette Trinité est difficile à concevoir ! Et comme elle m’a posé problème ! Trois personnes, un seul Dieu. Pourquoi trois d’ailleurs, pourquoi pas quatre, cinq ou sept, chiffre parfait ? Pourquoi Dieu s’est-il limité à trois ? On m’avait appris que c’était un mystère et par définition, un mystère devait rester mystérieux… Un point c’est tout !

Je l’avais admis, mais pendant longtemps je n’ai pas cru utile de m’y appesantir. Je pourrais presque dire que ça ne m’intéressait pas beaucoup. Je savais que certains saints avaient médité ce mystère toute leur vie. Etonnant ! Qu’est-ce qu’ils avaient bien pu en faire ?

Quand j’entendais les commentaires de ceux qui étaient chargés de m’instruire sur cette question, leurs dires me paraissaient un peu tirés par les cheveux. Et puis, pourquoi les écouter ? Pourquoi chercher à comprendre ce qui était incompréhensible par nature ?
J’avais tout de même compris que Dieu, étant Amour, ne pouvait pas être une seule et Unique Personne : parce qu’avant la création, qui pouvait-il aimer s’il était tout seul ?

Naturellement, je me suis souvenue de cette Parole de Jésus : " Qui me voit, voit le Père et pour aller vers le Père, je suis le chemin." Et Toi Jésus, on T’a quand même vu, entendu, touché, on Te connaît… Grâce à tes évangélistes, pétris de ton enseignement et de ta Parole. Grâce aussi à tous ceux qui, depuis bientôt 2000 ans, lisent ces textes, les commentent, les prient, je peux moi aussi, peu à peu, les faire miens et Te connaître de mieux en mieux, et par là, connaître aussi le Père. Je me suis rendu compte d’ailleurs que depuis quelque temps, grâce à ton Fils qui a été un vrai chemin pour ça, je m’adressais à Toi, Père.

Mais le Saint Esprit ? Je craignais qu’il ne soit resté en rade. Certes Jésus en a parlé, il a promis de L’envoyer. Mais l’explosion, qui s’est produite à Jérusalem, ne se renouvelle plus. Alors comment être certain qu’Il intervient ? Saint Paul nous l’a bien appris : " c’est l’Esprit qui parle en nous quand nous disons : Abba Père." Personnellement, ça m’a permis d’avancer vers Toi dans la joie et la confiance. Aujourd’hui, que vous m’êtes devenus très chers tous les trois ! Avec une préférence pour m’adresser plus spécialement à l’un d’entre vous suivant les moments. Et c’est ça qui compte ! Tu ne crois pas, Seigneur ?

Jean Pierre MAÇON

Marchons sous la conduite de l’Esprit (20/05/2018)

Ce temps qui est le nôtre ne porte guère à l’espérance. Certes nous rencontrons des moments ou évènements qui nous réjouissent. Et nous repérons des signes de croissance ou d’ouverture qui nous réconfortent. Mais qu’est-ce tout cela au regard des nuages noirs qui s’accumulent dans les cieux nationaux ou internationaux ou des vents mauvais qui viennent soudain bouleverser nos vie personnelles ou familiales. Décidément l’Espérance ne semble pas de mise ! Et voilà qu’aujourd’hui, en cette fête de la Pentecôte, la liturgie nous invite à nous laisser porter par un nouveau Souffle, à renouveler en nos cœurs l’Espérance !

Depuis le mercredi des cendres, la liturgie nous a fait revivre ensemble les évènements qui ont mené Jésus, de sa Passion à sa Résurrection et jusqu’à son retour vers le Père. Nous avons essayé de mettre nos pas dans ceux du Christ,« Le Vivant » ! Et voilà que demain, brusquement, sans transition, et pour 6 mois, nous allons retrouver le « temps ordinaire » de la liturgie. Comme les premiers disciples, nous sommes de nouveau invités à expérimenter la véracité des paroles de Jésus et à mettre notre espérance en ses promesses, en sa Parole. Deux paroles de Jésus dans l’évangile peuvent nous éclairer :

« Quand viendra le Défenseur, l’Esprit de Vérité, il rendra témoignage en ma faveur et vous aussi vous rendrez témoignage. » Nous sommes invités à faire revenir à la mémoire, ces moments étonnants où l’Esprit nous a donné d’expérimenter Sa Présence et la Force de son action. Ces jours où il nous a permis de témoigner de tout ce que nous avons reçu « à la suite de Jésus ». Et ainsi, de renouveler notre confiance en sa présence et sa force.

« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité toute entière… » Notre mission de témoins se présente comme un combat jamais achevé au milieu de tant de fausses ou partielles vérités. Paul, « comme témoin de Jésus et du Royaume » au milieu des païens, a expérimenté souvent dans la douleur que seul l’Esprit Saint pouvait le conduire sur le bon chemin et le maintenir fidèle à sa passion. Lui et tous ceux qui accueillaient sa parole. Aussi, dans un temps de crise profonde, Paul répète à ses frères Galates : « Laissez-vous conduire par l’Esprit », et il précise : « le chemin de l’Esprit est amour, paix, bonté, fidélité et maîtrise de soi. » N’est-ce pas aussi à nous qu’il adresse aujourd’hui le même appel. Alors, puisque l’Esprit fait Vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit que Jésus nous envoie selon Sa Promesse. Il nous conduit à la plénitude.

Gaby GOULLIN

" DANS LE MONDE " sans " APPARTENIR AU MONDE " (13 mai 2018)

Il y a quelques années, un jeune qui venait de se convertir à l’Islam m’expliquait : " L’Islam m’enseigne ce qu’est le bien ou le mal… Jésus demande d’aimer. C’est bien, mais aimer, c’est vague. Ça n’est pas bien concret. " Il ne voyait dans l’Evangile qu’une morale à appliquer ! Bien plus qu’une morale, l’Evangile est une interrogation permanente : comment vivre la Bonne Nouvelle d’être aimé de Dieu dans ce monde tel qu’il est, avec le bon mais aussi le moins bon qu’il nous propose ? Autrement dit, pour reprendre les mots de Jésus, comment vivre " dans le monde " mais sans " appartenir au monde " ?

Y aurait-il une " guerre des mondes " ? Une guerre entre le monde de Dieu et le monde des
hommes ? Dans ce cas, les chrétiens devraient se retirer du monde où ils vivent et vivre entre eux, entre bien-pensants… Ou bien alors, il faudrait envisager la présence chrétienne au monde comme une croisade à mener derrière les " valeurs chrétiennes " contre celles du monde jugées mauvaises ? Mais pourrions-nous déserter ce monde alors que c’est Jésus lui-même qui a voulu l’habiter pour le sauver ? : " Père, dit Jésus, je ne demande pas que tu les retires du monde mais que tu les gardes du mauvais " !

En parlant de 2 "mondes", Jésus distingue en fait 2 réalités différentes. Quand il dit qu’Il nous a "envoyés dans le monde ", le " monde " ici, c’est le lieu où nous vivons, celui de nos relations habituelles, celui de 2018 avec ses problèmes mais aussi avec ses joies, ses beautés et ses attentes … Et quand il dit que les chrétiens ne doivent pas " appartenir au monde " ,il désigne ici tout ce qui, dans notre monde, est hostile à un Dieu d’amour, tout ce qui n’est que recherche égoïste de soi et fermeture du cœur humain.

Alors, comment vivre " dans le monde " sans " appartenir au monde " ? Les chrétiens sont des citoyens comme les autres mais dans ce monde, ils sont invités à ’discerner’ ce qui va ou non dans le sens de l’Evangile… Ainsi, défendre la vie, vouloir la fraternité et la paix face à l’individualisme et à la violence… Veiller à l’accueil des migrants, au respect de la nature, se soucier de la bioéthique quand l’humanité risque de s’enfermer sur elle-même…" A travers tout cela, " être dans le monde" sans "appartenir au monde", c’est transmettre la JOIE de vivre et d’aimer venant de Dieu : " qu’ils aient en eux ma Joie et qu’ils en soient comblés " !
Michel Retailleau

L’ESPRIT SAINT VEUT HABITER VOS VIES (6 mai 2018)

« Je ne suis qu’un homme moi aussi » : ces quelques mots nous disent l’incroyable que Dieu veut manifester dans nos vies. L’Apôtre Pierre, pêcheur anonyme du lac de Tibériade, connu pour ses grandes déclarations et ses petites lâchetés, mais aussi pour son désir de mieux connaitre et suivre Jésus, devient par la puissance de l’Esprit Saint le témoin infatigable de l’Amour de Dieu, risquant sa vie, sa réputation, son honneur. Il ose rencontrer des païens, des pécheurs, il ose quitter sa terre et sa sécurité, il ose tout parce qu’il a découvert de quel Amour il était aimé et comment cet Amour ouvre pour lui des horizons nouveaux.

Chers amis qui êtes confirmés aujourd’hui, la même invitation vous est faite aujourd’hui : ne pensez pas que l’Esprit Saint va faire de vous des héros et des hommes invincibles. Vous resterez des hommes, comme Pierre, comme tous ceux qui ont accepté de suivre Jésus depuis plus de 2000 ans. La Confirmation ne vous rendra ni plus intelligents, ni plus forts, ni plus beaux : elle accomplira un miracle encore plus grand !

Un miracle que vous n’espérez sans doute même pas : l’Esprit Saint, l’Amour de Dieu, veut venir habiter vos vies, toute votre vie. Ainsi il vous révèle que Dieu tient à vous, qu’Il a besoin de vous, qu’Il se confie à vous. Et que vous devenez dans le monde, pour vos amis, vos familles, vos proches et tous ceux que vous croiserez désormais, des porteurs de Dieu, des porteurs de son Amour.

Et cette mission vous transformera, jour après jour : car on ne peut recevoir en soi l’Amour de Dieu et le laisser vivre en soi, sans en être soi-même transformé, transfiguré. Vous n’êtes que des hommes, que des femmes, avec leurs faiblesses, leurs enthousiasmes et leurs lâchetés. C’est cela qui est magnifique : car de ces hommes et des ces femmes, le Seigneur choisit de faire les témoins de Son Amour et Il vous en rend capables, pourvu que vous lui disiez « oui » et que vous n’ayez pas peur de lui faire confiance.

Mgr BENOIST DE SINETY

Reliés au Christ 29 avril 2018

L’évangile de saint Jean aujourd’hui insiste sur la nécessité d’être reliés au Christ comme le sarment est relié à la vigne. Jésus se présente à nous comme "la vraie vigne". Il insiste sur le lien vital qui doit exister entre lui et son disciple. Nous savons qu’un sarment ne peut vivre s’il est coupé du cep de vigne. De même, un disciple qui ne demeure pas en Jésus ne peut rien faire. Il n’a aucune utilité. Mais s’il est bien relié à son Seigneur, il donnera beaucoup de fruits et en abondance.

Il y a un mot qui revient sept fois en quelques lignes, c’est le verbe « demeurer », au sens de « vivre avec ». Demeurez en moi, vivez avec moi. Il s’agit pour nous d’être vraiment attachés au Christ par la foi. Croire en lui, c’est une conversion de toute une vie, c’est une communion permanente. Paul nous le dit à sa manière : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi" (Ga 2, 20). »

Alors se pose la question : « Demeurer en Jésus, oui, mais comment ? » Comment pouvons-nous être sûrs de le rencontrer ? Cela ne se passe pas comme avec notre voisin de quartier. On ne rencontre pas Jésus en direct mais par des intermédiaires. Il nous faut trois chemins pour cela : celui de la Parole de Dieu, celui de la prière et des sacrements et celui de la rencontre avec les autres.

Le chemin de la Parole de Dieu : Pour demeurer dans le Christ, il nous faut demeurer dans sa Parole. Il faut se donner du temps pour l’accueillir. Nous devons nous interroger : nous donnons-nous du temps pour accueillir cette Parole ?

Le 2ème chemin, c’est celui de la prière et des sacrements. Pour demeurer en sa présence, il faut lui parler et l’écouter. C’est la prière fidèle, régulière et fréquente, pas seulement une "petite prière" de temps en temps. On s’entretient avec Jésus pour lui confier quelqu’un ou pour lui dire merci ou encore pour lui demander d’éclairer notre vie : Merci , Pardon, S’il te plait. La prière nous aide à maintenir l’évangile en état de marche dans notre vie. Et enfin, dans la prière, on "s’entre-tient", on se soutient les uns les autres. Les sacrements, en particulier l’Eucharistie, donnent de rester en communion avec Lui, le Christ.

Le 3ème chemin, c’est la rencontre avec les autres et l’attention que nous avons à leurs joies et à leurs peines : " Ce que vous faîtes à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faîtes " dit Jésus et cela nous aide donc à RESTER EN COMMUNION AVEC LUI.

Jean Pierre MAÇON

RASSEMBLER AVEC LUI (22 avril 2018)

Aujourd’hui, journée Mondiale de prière pour les Vocations tant sacerdotales que religieuses. Pourquoi sont-elles si nécessaires ? Parce que notre monde est plus que jamais un monde éclaté, divisé, souvent déboussolé. Et que nous ne manquons pas de nous interroger : quel homme et quel monde voulons-nous pour demain ? Or, l’Evangile du "Bon Pasteur" (Jean 10, 11-18), nous livre une vision pleine d’espérance : non plus un monde divisé, sans pilote mais un monde rassemblé par le Christ, marchant à sa suite dans la paix et la liberté.

Y aurait-il donc deux histoires séparées, superposées l’une à l’autre : celle des hommes et celle de Dieu ? Non, il n’y a pas deux mais une seule Histoire. C’est au cœur de notre vivre-ensemble fragile que le Christ est en travail de rassemblement de l’humanité. Et il attend des ’ouvriers’ qui, en Eglise, collaborent à ce rassemblement. Des ’ ouvriers ’ qui, comme Lui et avec Lui, vivent 2 passions en 1 : la passion de l’homme en même temps que la passion de Dieu. Les 2 réunies dans le service de l’Evangile. Et à la manière du seul Vrai Pasteur…

Jésus, l’Homme-Dieu ne cesse de rassembler par sa Voix :"Mes brebis écouteront ma Voix ». Dans notre monde, que de paroles et de promesses qui souvent ne " disent " plus rien car elles manquent de poids ! La Parole du Christ pèse parce qu’elle a une "autorité ». Elle rassemble parce qu’elle " parle vrai " en réveillant des énergies intérieures enfouies. Notre monde a besoin de familiers de la Parole de Dieu qui font descendre cette Parole sur terre !

Si Jésus attire tant, c’est parce que les gens qui l’écoutent, sentent qu’ils " comptent vraiment " pour lui. Il "connait ses brebis". Par toutes les fibres de son être d’Homme-Dieu, il vibre à leurs joies et leurs misères comme à leurs soifs cachées. Notre monde a besoin de femmes et d’hommes qui " portent l’odeur du troupeau " (François) et qui portent en même temps le Parfum de la Présence de Dieu dans un monde qui ne sait plus le respirer !

Jésus rassemble encore l’humanité parce qu’il " donne sa vie " gratuitement. Témoignant par là à quel point une" vie livrée " peut "donner vie". Aujourd’hui, notre monde attend des témoins qui, comme Lui, reçoivent le " pouvoir de donner la vie " et le "pouvoir de la recevoir de nouveau " en devenant père, frère, confident et guide de leurs frères tout à la fois ! Prions pour que le Christ trouve disponibles aujourd’hui des jeunes, des femmes et des hommes qui, même dans la faiblesse, réalisent ce beau Projet de Rassembler l’humanité !

Michel Retailleau

Témoins ….. Aujourd’hui. (15 avril 2018)

En ce fameux dimanche soir, les « Onze » et leurs amis, « les disciples de Jésus », sont tout bouleversés, remués par de nombreux sentiments qui se succèdent ou se mêlent. Luc nous parle de « frayeur… crainte mais aussi joie, … doutes ou étonnement… espoir et incompréhension. » Pas étonnant : depuis trois jours, ils vont de surprise en surprise. Après un repas si fraternel, c’est l’arrestation du Maître… et leur fuite désordonnée, leur lâcheté… puis la condamnation et la honteuse et injuste mise à mort. Fini, c’est fini de leurs rêves, de leur espoir pour eux et pour leur peuple… Mais autre « Surprise », encore plus incroyable… « certaines d’entre nous disent qu’Il est vivant » !!! Que de bouleversements !...
Mais ce n’est pas tout. En cette soirée mémorable, Il se fait présent au milieu d’eux et des deux compagnons d’Emmaüs. Il est là, c’est sûr, mais ils n’arrivent pas à comprendre, à se situer. C’est tellement bouleversant !
En final, vient la dernière surprise : à eux toujours dans le doute, l’obscurité, à eux si fragiles encore, Il dit : « Vous serez mes témoins »… Oui, témoins de tous ces évènements, à Jérusalem même d’où Il a été rejeté et jusqu’aux extrémités de la terre où les païens ne se soucient guère de Lui et de Son message. Comment cela se fera-t-il.

Expérience étonnante – mais aujourd’hui ne sommes-nous pas invités à entrer dans cette aventure bouleversante ?
« Jésus est le même hier, aujourd’hui et toujours » a proclamé Paul. N’est-ce pas LUI, Jésus qui aujourd’hui encore se fait présent à notre assemblée et nous dit à nous ses disciples « Cette Vie nouvelle que vous venez d’accueillir dans la joie, à vous d’en être les témoins aujourd’hui. » Dans ce 21 eme siècle… en ce temps de recherche, de tensions, de violences aussi… à N.D des Landes ou au Moyen Orient… aux 4 coins du monde… ou « chez nos voisins du quotidien. » Comme nous le rappelle le pape François dans sa dernière lettre « Gaudete et Exsultate »

Comment cela peut-il se faire aujourd’hui ? L’Évangile nous remet en mémoire le chemin privilégié que Jésus Lui-même a ouvert pour ses disciples…
-  « Marcher ensemble ». En partageant nos différentes expériences, Il se fera présent au milieu de nous selon Sa promesse : « Moi je serai avec vous jusqu’à la fin du monde ».
-  « En l’écoutant nous expliquer les Écritures », car c’est bien cette Parole de Dieu qui nous dévoile le sens de nos histoires personnelles et communautaires.
-  « En mettant nos pas dans Ses pas »… ainsi nos gestes et nos paroles témoignent de LUI. Nos échecs et notre mort même témoigneront de Celui qui a souffert, qui est mort et qui est Vivant ».
Promesse de vie pour tous.
Gaby GOULLIN

DEVENEZ L’ESPÉRANCE DES HOMMES (8 avril 2018)

En ce deuxième dimanche de Pâques, nous célébrons la DIVINE MISERICORDE, fête instituée par Jean-Paul II à l’occasion de la canonisation de Ste Faustine. Heureuse coïncidence : aujourd’hui notre communauté rassemblée reçoit en ses murs le groupe CVX " Communauté Vie Chrétienne", d’inspiration Ignatienne (jésuite) : le thème de leur rencontre est « Envoyé en compagnonnage ». OUI, nous sommes en communion et compagnonnage les uns avec les autres et tous ensemble, tournés à la fois vers Dieu et vers les autres.

La lecture des Actes des Apôtres nous montre des communautés chrétiennes qui ont accueilli cette Miséricorde du Seigneur. Leur rencontre avec Lui a totalement changé leur vie. Ils comprennent qu’ils sont appelés à devenir une communauté de partage, de prière et de découverte de Dieu. Il s’agit pour nous encore de créer des formes de fraternité et de solidarité. Par notre vie et nos actes, nous avons à annoncer le Royaume que Dieu veut susciter en répandant son Esprit d’amour. Cette Miséricorde dont nous bénéficions est offerte à tous les hommes du monde entier.

Avec St Jean, nous sommes ramenés au cœur de la foi au Christ. La foi renouvelle radicalement notre vision du monde. Elle nous fait tout " voir" à la lumière de cet amour qui s’est manifesté en Jésus. C’est en regardant sa croix que nous commençons à comprendre. Ce monde que Dieu a tant aimé, nous devons l’aimer nous aussi. Si nous aimons Dieu, nous sommes invités à sortir de nous-mêmes et à aller vers nos frères. C’est un combat de tous les jours.

Dans l’Évangile, c’est toujours avec beaucoup de Miséricorde que Jésus rejoint ses disciples pour les libérer de la peur. Il les trouve calfeutrés, verrouillés, enfermés à double tour. Ils s’attendent maintenant à subir le même sort que leur Maître. Ils cherchent donc à se faire oublier.
Pour nous aussi, la tentation est grande à certains jours, de nous replier dans des petits cocons chaleureux et de ne rester qu’entre nous.

Mais en ces jours de Pâques, le Christ vient nous libérer de cette peur. Il invite ses apôtres à sortir et à partir en mission : "Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie." Ses premières paroles sont une invitation à la confiance et à la paix. Cette paix qui vient du Christ, le chrétien en est porteur pour ses frères. Devenez l’espérance des hommes !

Jean Pierre MAÇON

POUR QUE NOS VIES FLEURISSENT ! (1 avril 2018)

" Tout ce que je fais, j’ai envie que ça fleurisse !" disait l’une d’entre nous au partage d’Evangile de Carême. Les 3 femmes de l’Evangile, Marie-Madeleine, Marie et Salomé qui, au petit matin, s’en vont au tombeau embaumer le corps de Jésus se disaient sans doute quelque chose d’assez semblable. Mais voilà qu’avec la mort de Jésus, une lourde tristesse s’est abattue sur elles : Jésus mort, les promesses d’une vie fleurie sont mortes. Pourtant, elles s’avancent, comme aimantées par un fol espoir, tout en se demandant : " Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? " Et là, l’étonnement surgit, inespéré, " on a roulé la pierre." Et " un jeune homme vêtu de blanc " leur dit : " Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité." Le mystère de la Résurrection est là : nos tombeaux de pierre ou de chair ne peuvent emprisonner la vie car " le Crucifié, il est vraiment Ressuscité."

Le Ressuscité, c’est celui-là même qui a été mis en croix. Jésus demeure à jamais "ET Crucifié ET Ressuscité". Et l’un ET l’autre. Immense source d’Espérance ! Car il y a dans nos vies des croix, des épreuves, qui nous abattent un temps mais qui, si on les vit dans la confiance au Ressuscité, ne peuvent nous terrasser totalement. Ces ’ croix ’ vont apparaître alors, après coup, comme des ’pâques’ pour rencontrer un Dieu de paix plus proche et vivre une vie plus vraie avec les autres : " A 33 ans, disait quelqu’un au même partage d’Evangile, j’ai quitté la foi pour des raisons personnelles. Mais après coup, je ne le regrette pas, je n’ai pas perdu mon temps. Grâce au doute que j’ai traversé, j’ai découvert peu à peu combien Dieu m’habitait et que la vie, c’est d’abord ce qu’on donne." Expérience de mort et de résurrection parmi bien d’autres ! Un " Passage " s’ouvre pour redonner Vie plus belle, plus profonde à ce qui paraissait mort !

Une Puissance divine agit secrètement dans nos épreuves, nos plaintes et blessures de toutes sortes. Avec Jésus," Crucifié Et Ressuscité ", l’Esprit de Dieu s’invite pour soigner et guérir ce qui est fêlé, brisé, crucifié. Pas seulement en nous mais aussi dans la vie du monde. Nos croix et celles de l’humanité, mystérieusement, sont rejointes par cette Puissance de Résurrection qui propose de nous " relever " comme Jésus. Pâques, Nouveau Printemps du monde car Dieu a "envie" que nos croix "fleurissent " en bourgeons de Vie !
Michel Retailleau

UNE SEMAINE A CÉLÉBRER ! 25 mars 2018

La Semaine Sainte nous met en route, à la suite du Christ. Elle nous invite à célébrer sa mémoire, depuis son entrée triomphale dans Jérusalem jusqu’à sa Résurrection, en passant par la Cène, la Passion et la mort. Et La Résurrection du Christ célébrée au cours de la Veillée Pascale nous fait entrer dans le Mystère d’une Vie nouvelle donnée pour un monde et un homme nouveaux… Vie que le Christ nous offre par le don de sa propre vie.

La Semaine Sainte commence par une marche, celle de la procession des RAMEAUX. A la suite d’Abraham quittant son pays, de Moïse conduisant le peuple vers la Terre Promise, des Apôtres et des femmes de Jérusalem suivant Jésus, nous nous mettons en marche. Suivre Dieu suppose de quitter quelque chose, de rendre son cœur disponible à une Parole de Dieu qui veut créer du Neuf.

Le JEUDI SAINT nous rappelle Jésus prenant son dernier repas avec ses disciples. La convivialité fraternelle du repas eucharistique est signifiée par une grande et belle table qui traverse l’église. L’eucharistie particulièrement soignée en ce jour, unit étroitement la présence du Christ avec le service des frères. Par l’institution de l’eucharistie et le geste du lavement des pieds, le Christ nous dit qu’ " il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime." Puis, par un temps d’adoration, nous accompagnons le Christ pour veiller avec lui dans la prière.

Le VENDREDI SAINT, le silence marque l’entrée de la célébration de la Passion du Seigneur : quand la mort vient nous frapper, nous le savons bien, les mots sont insuffisants et paraissent bien dérisoires. Mais dans le silence, nous contemplons la Parole de Dieu "faite chair" dans le corps crucifié de Jésus. Plus que les mots de Jésus au cours de sa Passion, l’offrande de sa vie exprime le Projet du Père : mettre fin à la haine et à la violence des hommes, pour que la vie et l’amour l’emportent sur cette terre.

Le SAMEDI SAINT est le jour de l’absence, de la méditation mais aussi de l’espérance. Car, à la tombée de la nuit, la communauté se réunit joyeusement pour la VEILLEE PASCALE. La Lumière nouvelle de la Résurrection du Christ, symbolisée dans le cierge pascal, conduit les chrétiens avec les nouveaux baptisés à célébrer la Résurrection du Christ. Le dimanche de PÂQUES, premier jour de la semaine, est jour de création et de recréation. Les chrétiens sont faits " créatures nouvelles" dans le Christ et invités à la Mission. Désormais, l’Esprit du Ressuscité est à l’œuvre avec nous, au cœur de ce monde !

Michel Retailleau

LE CHRIST, UN GERME ET NON UN OGM (18 mars 2018)

Pas un seul jour où l’on ne parle d’ ’alliances’ : tant au niveau politique, militaire, sportif, syndical, économique … qu’affectif, pour les couples qui se passent l’ ’alliance’ au doigt. La vie du monde est faite d’une multitude d’alliances nouées, rompues, relancées. Mais on risque d’en oublier une, invisible : l’Alliance que Dieu veut faire, refaire... encore et toujours avec l’humanité et chacun de nous. Le Dieu de la Bible est un amoureux qui nous promet présence et assistance dans les moments heureux comme dans les épreuves. A la différence de l’homme, Dieu ne renie jamais sa Promesse d’être à nos côtés quels que soient nos refus. Son Désir le plus fort, c’est de réussir à toucher enfin notre cœur, comme l’exprime le prophète Jérémie dans la 1ère lecture : " Voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec Israël : je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur."

Cette Alliance a désormais un Visage, celui de Jésus de Nazareth, venu sceller une " Alliance Nouvelle et Eternelle " dans son Sang " versé pour la multitude" des hommes. En lui, Dieu s’est Allié totalement avec nous pour faire de nous des vivants et non des morts, des êtres libres et non des esclaves. Incroyable mais vrai : en Jésus, Dieu est venu tisser notre belle mais fragile humanité avec les fils de sa divinité ! Cette Alliance est un alliage fort où la Puissance de Dieu rejoint notre existence pour la soulever et nous faire vivre à une autre hauteur et profondeur. " Nous voudrions voir Jésus. ! " demandent les Grecs dans l’Evangile du jour. On ne peut être véritablement chrétien si l’on n’a pas le goût de " voir Jésus" !

Parce qu’en admirant la beauté, la bonté et la vérité de sa Personne si lumineuse, nous découvrons ce qui se passe quand un homme se lie et s’allie avec Dieu. Il n’existe que pour Aimer ! Le Christ n’est pas un homme ’OGM’ venu améliorer comme par enchantement nos capacités humaines mais un Germe qui vient planter le divin au cœur de l’humain. Pour libérer peu à peu notre existence de l’enfer-mement de notre ’ moi ’ égoïste et nous donner le goût de Vivre à la si belle manière de Jésus : " Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit." Par le baptême, ce Germe a été mystérieusement mêlé à notre chair. Mystère d’une Alliance que Pâques vient dévoiler !

Michel RETAILLEAU

SAUVES PAR L’AMOUR (11 mars 2018)

Dans les lectures de ce dimanche, nous trouvons plusieurs fois le mot "sauvés". Dieu ne cesse de vouloir nous sauver. Il nous appelle inlassablement à revenir vers lui de tout notre cœur : "Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle." Notre Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Voilà cet appel que nous sommes invités à accueillir. Dieu est amour ; Il n’a jamais cessé de nous aimer.
C’est aussi cette révélation que nous trouvons dans la lettre de saint Paul aux Éphésiens : "Dieu est riche en miséricorde : à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions esclaves par suite de nos fautes, il nous a donné la vie dans le Christ." C’est la Bonne Nouvelle qui nous est annoncée tout au long de ce Carême : Dieu est amour ; il nous aime tous d’un amour passionné. Tout ce qui nous arrive par le Christ vient de cette Miséricorde de Dieu ; cela ne vient pas de nous ni de nos actes. Saint Paul qui a rencontré le Christ sur le chemin de Damas sait de quoi il parle. Il sait ce qu’est la vie renouvelée par l’amour.
Aujourd’hui, saint Jean nous invite à lever les yeux vers un signe. Il nous parle de Jésus "élevé" en croix comme le serpent de bronze avait été "élevé" par Moïse sur le peuple. Celui qui tournait les yeux vers le serpent élevé était guéri. Il n’était pas guéri par l’objet lui-même mais par Dieu Sauveur de tous les hommes.
Il nous faut le dire et le redire : jamais nos péchés ne seront plus grands que cet Amour-là. C’est une certitude inébranlable de l’Église : nous sommes sauvés par ce Jésus qui a livré son Corps et versé son sang sur une croix. Jamais aucune faute ne pourra venir à bout de cet amour. Pour ceux qui savent regarder, la croix est un signe de salut et non de condamnation. Malheureusement, nous regardons trop souvent ailleurs. Quand nous organisons notre vie en dehors de Dieu, c’est la catastrophe, le naufrage.
Tout au long de ce Carême et tout au long de notre vie, nous sommes donc invités à lever les yeux vers la Croix du Christ. Par sa mort et sa résurrection, le Christ Jésus nous fait passer vers la vraie Lumière. Avec lui, nous pourrons faire un pas de plus. Il nous invite à regarder le monde avec lui et comme lui. Par sa croix, il guérit les blessures du monde. Il est la Lumière plus forte que la nuit, l’Amour plus fort que la mort. Alors oui, levons les yeux, élevons nos cœurs ! Profitons de ces derniers jours du Carême pour ouvrir les yeux sur la Vérité et renaître à la Lumière de la Vie.

Jean Pierre MAÇON

« Toujours plus » (4 mars 2018)

« L’amour, c’est plus qu’hier… mais moins que demain. » Ce dicton qu’aiment à se dire les amoureux est vrai pour l’Alliance que Dieu a voulue et veut toujours avec ses créatures… « Toujours plus ».

A première vue, cela ne semble guère conforme à la réalité : les forces du mal semblent de plus en plus triomphantes dans notre monde. Pas seulement en Syrie ou au Yémen, pas seulement aux jours de grand froid où des frères et sœurs meurent dans la rue… nous le constatons aussi quand nous regardons avec honnêteté notre propre histoire. Ce temps de Carême nous invite à cette lucidité :
« oui nous sommes pécheurs et les forces du mal ont aussi des racines profondes en nous. »
Accompagnant les catéchumènes que Dieu a appelés pour avancer vers lui et vers la vraie vie, la liturgie d’aujourd’hui, une nouvelle fois, veut nous conduire sur un chemin d’espérance :
« Dieu nous appelle à vivre » à travers nos combats pour la vérité et la liberté. « Et toujours plus ».

Au départ -et c’est la 1ere lecture- à ce peuple sorti à peine de l’esclavage et de ses conséquences négatives, Dieu donne sa loi : « Les dix commandements ». Pour qu’il apprenne à vivre en présence de Dieu, son Créateur, la Source de la vie. « Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. » Et tous doivent apprendre à rejeter le mal : le vol, le mensonge, le meurtre, la trahison etc.… et laisser grandir en eux le respect de la vie, de ses parents, de ceux qui travaillent à leur service, de Dieu lui-même. Long apprentissage d’une vie meilleure « selon le désir du Créateur, du Père »symbolisée par la loi donnée à Moïse. Celle-ci repose au cœur du Temple : « Paroles de la vie éternelle. »
Cette vie éternelle est « toujours plus ». Nous le voyons dans cet évènement étonnant de la Purification du Temple. Jésus, rempli de l’amour du Père pour tous, vient rendre au Temple sa vraie mission. Il n’est pas fait pour « le commerce » des humains, fermés sur leurs intérêts égoïstes, mais il est donné comme lieu où tous peuvent se retrouver en présence de Celui qui les appelle à la vie. Cette vie est bien plus qu’un certain nombre de jours vécus dans la richesse ou le confort matériel… car cette vie triomphe de toutes formes du mal et traverse même la rupture de la mort. « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai ». Jésus parlait du sanctuaire de son corps. En Jésus, le Père nous appelle sans cesse et toujours plus à la fraternité universelle et à la communion avec Lui. C’est là notre vraie dignité.

Alors, aujourd’hui, en ce 3eme dimanche de notre marche vers Pâques, en ce jour où nous accompagnons notre sœur Orlanne dans sa marche vers le baptême, union à Jésus Christ mort et ressuscité, nous sommes invités à renouveler notre « oui » à l’Écriture et à la Parole que l’Esprit fait retentir dans nos cœurs. « Dieu aime tellement le monde qu’Il nous donne son Fils unique pour nous conduire ensemble jusqu’à Lui. »
Suivons-le. Toujours plus !
Gaby Goullin

LA TRANSFIGURATION OU LA VIE RÉUSSIE (25 février 2018)

Lors de la dernière rencontre, un des jeunes confirmands disait son inquiétude : " J’ai peur d’échouer. Peur de ne pas réussir ma vie" … On le sait, " réussir DANS LA vie ", ce n’est pas obligatoirement " réussir SA vie ". C’est même assez souvent le contraire. " On peut " réussir dans la vie " aux plans professionnel, social, financier…, mais sans parvenir à " réussir Sa vie ". Car " réussir Sa vie ", c’est chercher à vivre d’abord en accord avec ses convictions et ses valeurs profondes, avec la vision de celle ou celui que l’on veut devenir… Le récit de la Transfiguration, en ce 2ème dimanche de Carême, nous laisse entrevoir ce paradoxe. Pierre, Jacques et Jean sont encore sous le coup de la 1ère annonce de la Passion : Jésus leur a dit qu’il allait " beaucoup souffrir et être tué ". Pour eux, c’est l’échec de son Aventure : Il va être arrêté, jugé, crucifié. Bref, en matière de réussite "dans la vie", c’est raté !

Mais voilà que " 6 jours après, à l’écart sur une haute montagne ", ils vont faire une découverte bouleversante : si, apparemment, Jésus n’a pas réussi " dans la vie ", puisqu’il va vers une mort certaine, en fait il a REUSSI SA Vie ! Lui qu’ils voyaient déjà " dé-figuré " par la mort en croix, voilà qu’ils le découvrent " trans-figuré ", traversé par la Gloire de Dieu. En voyant son visage et ses vêtements irradiés de lumière, lui qui semblait abandonné de Dieu même, voilà qu’ils le découvrent pleinement habité par Sa Présence : " Tu es mon Fils bien-aimé." Il a tellement " réussi Sa vie "avec Dieu qu’il est La Réussite même de Dieu ! Il a réussi la Vocation que son Père lui avait donnée, comme le laisse deviner son dialogue avec Moïse et Elie. Si ceux-ci représentaient " la Loi et les Prophètes ", voici que Jésus vient les relayer pour accomplir, par sa mort et sa résurrection, une Nouvelle Alliance avec l’humanité.

Que retenir de cette Transfiguration ? D’abord, que connaître Jésus ne va pas servir à grand-chose si on ne voit en lui qu’un exemple pour " réussir dans la vie." Mais si l’on cherche à " réussir Sa vie " - et cela est vrai à tout âge -, aimer Jésus et se laisser aimer par lui sont un puissant levier pour soulever nos énergies intérieures et puiser la Vie à sa Source Divine. St Paul le dit : " Comment Dieu pourrait-il, avec Jésus, ne pas nous donner tout ? " La trace de Lumière, qu’il a laissée au Thabor et à sa résurrection, nous dit de quelle manière on peut réussir pleinement Sa vie… En réussissant sa relation avec soi-même, avec les autres et avec Dieu. Que ce temps de Carême, par le silence et la prière, nous emmène au ’ désert intérieur ’ pour résister aux mirages de la société qui nous fait croire que " réussir dans la vie", c’est obligatoirement " réussir sa vie ". Ne sommes-nous pas les " héritiers du Christ " qui fut par excellence La VIE REUSSIE en Dieu alors même qu’il eut à passer par la croix !

Michel Retailleau

PEUPLE EN ALLIANCE 18/02/18

Nous voici entrés dans le temps du Carême. Quarante jours pour nous préparer à la grande fête de Pâques.

Le Carême n’est pas d’abord un temps de pénitence et de privation. Bien au contraire, c’est le temps pour faire un choix. Choisir le seul vrai trésor : « Laisser Dieu venir HABITER notre vie ».
Le Carême est bien ce temps de la conversion ; un temps pour revenir à Dieu et lui redonner toute sa place dans notre vie. Nos appareils, nos voitures ont besoin d’une maintenance, d’une mise à jour. Il en est de même pour notre foi. Comme toute relation d’amour et d’amitié, elle a besoin d’entretien.

C’est Dieu qui en a l’initiative ; Il le fait sans condition, par pure gratuité. Il promet une fidélité indéfectible à ses alliés humains, même s’ils sont infidèles. Comme signe de cette Alliance, Dieu donne à Noé le signe de l’arc en ciel. Vivre le Carême c’est vivre sous cet arc qui nous mènera jusqu’à Pâques. Notre Dieu sera toujours là pour nous accompagner, pour nous prendre par la main et marcher avec nous. Il nous aide à discerner ce qu’il y a de positif dans nos vies, même si nous vivons des situations de trahison. Jamais Il ne nous fermera les bras. Nous pouvons toujours compter sur son amour.
Désormais, c’est l’eau du baptême qui nous sauve. Nous sommes tirés de ce qui nous menait vers la mort et conduits vers Dieu. C’est Lui qui fait Alliance avec nous et qui nous invite à marcher avec Lui.

Vivre le Carême c’est suivre Jésus à travers le désert. C’est là, dans le silence, que nous pourrons écouter la voix de Dieu. Dans le bruit et la confusion, ce n’est pas possible : on n’y entend que des voix superficielles. Quand nous lisons la Parole de Dieu, c’est Jésus qui est là, c’est Lui qui nous parle. C’est avec Lui que nous pourrons être victorieux de toutes les forces du mal.
Annoncer la Bonne Nouvelle, c’est dire que le Règne de Dieu est en train de commencer d’abord en nous et pour le monde. Ainsi le Projet de Dieu est en train de se réaliser.
Au travers de notre vie et de notre témoignage de foi, on doit pouvoir reconnaître que "le Règne de Dieu s’est approché." En ce jour, nous nous tournons vers la Vierge Marie qui a été un modèle de docilité à l’Esprit Saint. Qu’elle nous aide à nous laisser conduire par Lui. C’est avec Jésus et avec Marie que nous sommes en route vers la victoire de Pâques.

Jean Pierre MAÇON

UN SACREMENT DE FOI POUR LA VIE… (11/02/18)

La vie se charge de nous l’enseigner : que nos santés soient bonnes ou précaires, nous savons que nos corps et nos psychismes sont infiniment vulnérables. Et pourtant, même à travers les temps de lutte, de révolte ou de doute, nous nous reconnaissons habités par un désir de vivre qui, à certains moments, nous rend capable d’une étonnante résistance. Le Christ vient nous rejoindre là, à la jointure de cette fragilité et de cette aspiration à vivre. Vécu en ce jour, le Sacrement des Malades en est un signe puissant !

Il est d’abord une Invitation à Vivre que fait le Christ en Personne ! Parce que, sur les routes de Palestine, Jésus a guéri des malades, des infirmes, des possédés… et plus encore parce qu’il est mort et ressuscité d’entre les morts, ce sacrement est une proposition de Vie. Le Christ n’a pas voulu être un "faiseur de miracle" mais un Éveilleur et un Réveilleur d’Energie. En ce sens, le sacrement des malades est un geste fort où le Christ communique sa Puissance de Vie, nous rappelant que le malade, avant d’être un malade, est d’abord un frère ou une sœur, appelé à la vie. Dans nos fragilités ce sacrement est une force. Dans nos doutes, une lumière. Dans nos révoltes, une paix.

Aussi, précédée dans la célébration par l’imposition des mains, l’onction d’huile que le prêtre trace sur le front et les mains du malade signifie que c’est sa personne tout entière (corps, esprit, âme) qui est invitée à accueillir « la visite » du Christ. La présence de la communauté renforce le sens de cette "visite", manifestant combien Il se fait proche de chacun, et nous invite à l’accueillir avec foi pour entendre sa voix nous dire : « Va en paix. Ta foi t’a sauvé. »

Car, qu’ils vivent dans la maladie, la faiblesse, le handicap ou l’âge avancé… … le sacrement que nos frères et sœurs reçoivent en ce jour est aussi un appel à l’Esprit Saint. Pour qu’il « forme le Christ » en eux et qu’Il les envoie en mission au travers même de leur état affaibli. Fragilisés, ils n’en demeurent pas moins les membres vivants de la communauté chrétienne, rendus témoins de la Présence du Christ qui n’abandonne jamais les siens. Par là, ils sont envoyés annoncer, par leur vie, leur parole, leur prière, combien Dieu rejoint chacun jusque dans l’épreuve et la souffrance. Le « Corps du Christ » que nous sommes est formé mystérieusement des « souffrants » comme des « bien portants ». Et l’Esprit Saint nous invite à ne jamais l’oublier.

Michel RETAILLEAU et le Service Évangélique des Malades

MANIÈRE DE GUÉRIR PEU MÉDICALE (4/02/18)

( Marc 1, 29-39)

Le début du ministère de Jésus en Galilée a vu se lever une immense attente chez les malades de corps ou d’esprit. Jésus attire à lui, comme un aimant, handicapés, possédés et toutes sortes de blessés de la vie : " La ville entière se pressait à la porte " dit l’Evangile. La misère du monde était comme rassemblée et concentrée sous son regard. Mais Jésus n’est pas un charlatan qui épate la galerie. Peu de détails nous sont donnés dans ces guérisons comme on le voit dans le récit très sobre de la guérison de la belle-mère de Simon : « Jésus s’approche d’elle, la prend par la main et il la fait lever. » Ces 3 verbes disent presque tout de la manière de guérir de Jésus, à vrai dire très peu médicale ! Observons…

Jésus " s’approche ". Il se rend tellement proche des malades ou possédés que sa familiarité avec toutes les détresses physiques, psychiques, morales, spirituelles… étonne. Il les fait tellement siennes dans ses ’ entrailles’ d’Homme-Dieu qu’en en le voyant si habité de la de la Bonté de Dieu, ils se sentent déjà enveloppés de la Tendresse divine.

Jésus " prend la main " ou la partie malade. Ce faisant, il touche non pas ’la’ maladie, mais des personnes concrètes : jeunes, hommes ou femmes fragilisés. Un souffrant ne se réduit pas à sa maladie. C’est un être humain qui est " plus " que sa souffrance ou son handicap. En rejoignant ainsi les malades au creux même de leur mal, de leur épuisement ou de leur fatigue, c’est leur envie profonde de vivre que Jésus touche… C’est leur désir de vivre qu’il éveille… C’est l’invitation à faire confiance à la Bonté et à la Puissance de Dieu qu’il réveille.

Jésus " fait lever "… Dans le Nouveau Testament, « lever » veut dire aussi « ressusciter ». Dit autrement, il remet debout, il relie de nouveau le malade à la Vie, aux autres, au Vivant et le met en état de " servir " : l’évangile nous dit que la femme « n’avait plus de fièvre, et elle les servait. » Les paroles et les gestes de Jésus suscitent des énergies enfouies. Et là, s’opère le miracle de la guérison intérieure et extérieure. Pas étonnant alors que le Christ ajoute souvent : " Non pas, " Je t’ai sauvé ". mais " TA foi t’a sauvé." Autrement dit : " C’est TA foi en la Bonté de Dieu, que j’ai réveillée et qui t’a sauvé ". La guérison devient alors une remise de la personne à Dieu dans la " prière " : " il se rendit dans un désert et là, il priait."

Jésus guérit les corps et les esprits en guérissant les cœurs, en se tournant, par la prière, vers la Présence Divine qui habite tout être humain. Dimanche prochain aussi, des frères et sœurs recevront le Sacrement des Malades. Autant de ’signes’ que la Puissance du Salut de Dieu est toujours à l’œuvre !
Michel Retailleau

Jésus, « la voix du Seigneur » 28 janvier 2018

Aujourd’hui nous accompagnons Orlanne dans la route vers son baptême à Pâques. « Comment Dieu s’est-il manifesté à elle ? Comment lui a-t-il parlé ? » … pour qu’elle se décide à se mettre en route et à donner temps et force pour mieux comprendre sa voix et suivre sa lumière.
Questions essentielles pour Orlanne tout au long de ce chemin et même après son baptême.
Mais questions essentielles aussi pour nous « Vieux chrétiens », pour vivre pleinement ce don reçu au jour de notre baptême, et y rester fidèle… surtout dans les jours, les mois et même peut être les années de doute ou d’obscurité.
Aussi le Psalmiste nous redit une nouvelle fois : « Aujourd’hui ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. »
Quelle est cette « voix du Seigneur » ?
Dans la multiplicité des « voix » qui s’élèvent aujourd’hui, comment reconnaître « la voix du Seigneur » ? Question difficile d’aujourd’hui. Question de toujours.

Déjà, au temps de Moïse, le peuple d’Israël est effrayé par les manifestations extraordinaires de son Dieu : à la mer rouge, au Sinaï… et il supplie de lui parler « autrement », d’une façon qui corresponde mieux à sa culture, à sa nature humaine. Et Dieu se montre d’accord et promet à Moïse d’envoyer un prophète selon leur désir : « Je ferai lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi » c’est-à-dire un prophète plus humain.
Alors dès le début de son récit de la Bonne Nouvelle du salut, Marc nous fait comprendre que Dieu réalise sa promesse en Jésus. Dans la synagogue de Capharnaüm, c’est un possédé qui proclame en le voyant : « Tu es Jésus de Nazareth » et « Tu es le saint de Dieu ». Voilà tout l’Évangile, la Bonne Nouvelle, la « Voix de Dieu ».
« Jésus de Nazareth » vrai homme au milieu de ses frères, car il partage pleinement leur vie : famille, travail, joies et souffrances ; il marche sur leurs chemins, parle leur langue… et n’échappe pas à la mort.
Jésus, « Saint de Dieu » le Fils Bien Aimé qui donne un enseignement nouveau, car avec l’autorité de Dieu, son Père.
En sa présence, nous sommes invités à choisir, « à recommencer », comme nous avons chanté : « Tout recommence en Jésus-Christ. Prenons la route qui nous mène à Lui ». C’est Lui la réalisation de la promesse de Dieu à Moïse : « le prophète au milieu de ses frères ».
C’est Lui que nous devons suivre « sans hésitation et sans partage » comme Paul y invite ses amis de Corinthe. « Sans hésitation » puisqu’il parle notre langue, il révèle notre vie… « Sans partage »… puisqu’il nous révèle le projet d’amour de son Père.

Alors avec Orlanne, et tous ceux qui seront baptisés à Pâques, « ne fermons pas notre cœur. Écoutons aujourd’hui la voix du Père, en son Fils Jésus-Christ ».
Gaby GOULLIN

LA BONNE NOUVELLE POUR TOUS (21/01/2018)

Pour embraser le monde, Jésus fait Appel à des hommes et des femmes. L’Évangile nous raconte la vocation des premiers apôtres. Il ne les choisit pas parmi les notables du temple mais parmi de simples pécheurs. C’est le début d’un grand amour. Ils vont accueillir la Bonne Nouvelle et toute leur vie en sera transformée.
Comme ces apôtres, comme Paul et comme Jonas, nous sommes tous appelés par le Seigneur. En tant que chrétiens baptisés et confirmés, nous sommes envoyés pour être témoins et messagers de l’Évangile. Tout commence par une conversion de chaque jour. Tout au long des siècles, les grands témoins de la foi ont été des pécheurs pardonnés. Pensons à Pierre qui a renié le Christ, Paul qui a persécuté les chrétiens, Saint Augustin qui a vécu une partie de sa vie dans le désordre et bien d’autres. Étant libérés de toute entrave intérieure, ils ont proclamé la Joyeuse Nouvelle. Ils l’ont annoncée à l’humanité. Ils ont compris que notre Dieu est un Dieu Libérateur et Sauveur. C’est de cela qu’ils ont témoigné. C’est ce que nous avons vécu dimanche dernier.
Cette mission comporte des risques et nous le savons trop bien. La Bonne Nouvelle doit être annoncée à tous car Dieu veut le Salut de tous les hommes. Face à l’incroyance, la mal-croyance ou l’indifférence, nous ne pouvons pas rester passifs. L’Église ne peut vivre qu’en partant pour la "Galilée". C’est là que vivent ceux qui paraissent les plus éloignés de Dieu. Le Christ compte sur nous pour être témoins et messagers du Royaume de Dieu.
Ne sommes-nous pas envoyés ensemble, en communion les uns avec les autres et avec le Christ ! Cet APPEL nous est lancé en pleine semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Cette unité est absolument indispensable au témoignage que nous avons à donner. Si nous sommes divisés, c’est impossible. Des initiatives sont prises pour aider les chrétiens de différentes confessions à se rencontrer, à prier ensemble et à se rapprocher du Christ. C’est par Lui, avec Lui et en Lui que se construira l’unité de ses disciples.
Jean-Pierre MAÇON

UNE AFFAIRE DE REGARD (14 janvier 2018)

Le pape a voulu que ce dimanche soit " Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié " pour attirer notre attention sur des réalités humaines que l’on serait tenté de vouloir ignorer ou de n’y voir que problèmes. Aussi, commençons par écouter un témoin, Rozario :

" Je m’appelle Rozario Robi. Je viens du Bangladesh. Je suis en France depuis octobre 2016. Au Bangladesh, j’ai travaillé dans une organisation sans but lucratif, qui s’appelle Dipshikha pendant 25 ans. Dans ma ville Chatmohor, j’étais responsable de l’association JogtolaJuboShangha et aussi le directeur de l’école primaire JogtolaShishuNiketon. Dans l’école il y avait presque 120 élèves et la majorité étaient musulmans... Je suis chrétien. Aussi les islamistes ont pensé que mon but était de convertir les élèves au christianisme et ils ont voulu fermer l’école. Et quand j’ai protesté, ils ont menacé de me tuer plusieurs fois. Et finalement en août 2016, j’ai été tellement battu par les terroristes que je suis resté à l’hôpital pendant une longue période.

Après cet incident je ne voulais plus vivre dans la peur, j’ai donc quitté mon pays et demandé asile en France... Ma famille me manque, elle reste toujours au Bangladesh. J’ai traversé de longs moments de stress et d’attente pour savoir si ma demande d’asile serait acceptée. Finalement le 19 novembre 2017, ma demande a été acceptée et j’ai obtenu le statut de réfugié de l’OFPRA.

Maintenant je suis très content et mon rêve aujourd’hui, c’est que ma femme et mes enfants puissent me rejoindre grâce au regroupement familial. Je suis prêt à accepter n’importe quel travail mais la première chose à faire, c’est d’apprendre le français. Pour une intégration qui, j’espère, sera réussie... Je voudrais remercier la paroisse Ste Hélène pour m’avoir accueilli et pour m’avoir aidé à obtenir les papiers."

En écoutant Rozario - une histoire parmi bien d’autres ! -, on se dit que la Réalité du Migrant et du Réfugié est une affaire de Regard. Derrière ces femmes, ces hommes, ces enfants ou jeunes, on peut ne voir que des problèmes économiques, politiques, statistiques… Ou bien regarder des êtres humains en situation d’attente et alors épouser le regard du Christ qui sait " poser son regard " sur ceux qu’il rencontre. Pour les regarder ’de l’intérieur’ de leur souffrance et de leur désir… Pour réveiller en eux la dignité, la bonté et la Vie. Cela n’est pas de la naïveté mais l’affaire d’une Confiance qui s’accorde au Projet de Dieu sur l’humanité.

Rozario et Michel

Il est venu, Il vient, Il viendra pour TOUS (7 janvier 2018)

Hier, Noël à Bethleem… Seulement Marie et Joseph pour accueillir l’Enfant Dieu. Avec quelques bergers invités à partager et confirmer la Bonne Nouvelle… Nuit de silence. Nuit de Paix.
Aujourd’hui, Epiphanie. « La manifestation ». Avec ces quelques inconnus conduits mystérieusement jusqu’à « l’Enfant et sa mère », c’est toute l’humanité invitée à accueillir dans la joie la « Bonne Nouvelle ». Toutes les nations ? Vraiment toutes ?
C’est Paul l’Apôtre des nations qui l’affirme clairement : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » Comment accueillir et vivre aujourd’hui ce mystère proclamé par Paul : l’annonce de l’Enfant Dieu qui vient pour tous ?

• D’abord prenons le temps d’entrer dans cette incroyable espérance annoncée en termes
joyeux par le prophète Isaïe et gardée vivante dans le cœur du peuple choisi : « Debout, resplendis… Elle est venue la lumière… Car sur toi se lève le Seigneur » et « les nations marchent vers ta lumière ! Tous se rassemblent et viennent vers toi. » Laissons nous rejoindre par la joie de ces paroles prophétiques et qu’elles demeurent vivantes, lumineuses en nos cœurs, dans nos communautés pour nous guider dans le chemin qui nous attend, car c’est toujours un long chemin à faire et à refaire.
• Aujourd’hui l’Évangile nous donne des guides pour notre marche. Qui sont-ils ? D’où
viennent-ils ? Que font-ils ? Nous n’en savons rien… ou presque. La lumière nous vient de leur long pèlerinage… vers la lumière !
Au départ de leur recherche, ils ont « vu » une étoile, comme un signe d’en-haut, et « ils sont venus », ils se sont mis en route, ils se sont lancés dans l’inconnu…
En cours de route, perdus sur une terre étrangère, ils sont allés vers d’autres pour que leur chemin soit éclairé par d’autres lumières… « Où doit naître ce roi des juifs ? »
Et ils ont persévéré jusqu’au bout… jusqu’à la rencontre surprenante … « Ils virent l’Enfant et sa mère ».
Enfin ils se sont offerts totalement à lui. « Ils se prosternèrent devant lui » et lui donnèrent en présents ce qu’ils avaient de mieux.
• Quels bons guides pour nous aujourd’hui ! Nos chemins de vie et de recherche en ce 21eme
siècle se présenteront différemment… mais il nous sera toujours demandé … « Comme pour eux ».
-de voir les signes de la présence de Dieu dans notre monde d’aujourd’hui et de se mettre en route pour en vivre…
-d’aller vers d’autres pour être éclairé par leur lumière…
- de persévérer jusqu’au bout, jusqu’à la rencontre surprenante de Celui qui nous attend…
- de se donner totalement … Lui donner ce que l’on a, ce que l’on est.
…si nous voulons prendre part à la Manifestation Universelle de Celui qui est venu, qui vient et viendra pour tous.
Gaby GOULLIN

LORSQUE L’ENFANT-DIEU PARAÎT (24 décembre 2017)

" Lorsque l’enfant paraît "… Titre d’un poème et d’un beau livre sur l’éducation des enfants, Titre qui évoque la nouveauté qu’apporte une naissance. Quand un enfant, désiré, paraît dans une famille, c’est de la joie qui naît et déborde. C’est la famille qui s’ouvre aux voisins, aux amis, aux collègues. Ce sont des liens nouveaux qui se tissent entre parents, frères et sœurs… Rien n’est plus comme avant. Tout devient possible. Demain est une promesse.

Or Noël, c’est l’ENFANT-DIEU QUI PARAIT sur terre ! Mais là, il n’est pas attendu. L’auberge affiche complet. En guise de berceau, une mangeoire d’animaux. Sa famille : une bande de bergers méprisés. A la ville, on n’a rien vu venir mais eux, ils ont senti naître dans leur cœur une Joie et une Paix venues d’on ne sait où… qui ont vite balayé leurs doutes et leurs peurs. Eux, les moins que rien, c’est à eux les premiers que l’Enfant-Dieu se fait connaître. C’est à eux qu’il est demandé d’annoncer la Bonne Nouvelle : cet Enfant-Dieu, c’est le Sauveur promis, celui qui vient " sauver l’amour ". L’amour, ce ’moteur ’ de nos vies qui fait trop souvent des ratés dans notre existence… Cet Enfant-Dieu, c’est Lui qui va aider les hommes à retrouver l’envie de vivre, de croire, d’espérer. S’Il vient habiter sur terre, c’est pour ébranler les assises d’un monde désenchanté, déboussolé. C’est pour révéler que Dieu a une Tendresse spéciale pour les petits, les paumés, les déplacés, les réfugiés...

Est-ce une croyance à bon compte quand, depuis 2000 ans, rien n’a changé en apparence,
ou si peu ? Regardons, l’Enfant-Dieu continue à paraître… Ce 5 décembre, nous recevions le message téléphonique d’une dame : " J’ai perdu 2 enfants dans l’attentat du Bataclan… J’ai de la place chez moi pour une personne dans le besoin, durant l’hiver. Je lui propose une chambre avec toilettes, petit déjeuner le matin, soupe pour le soir. " Message à peine reçu que l’on me dit : " j’ai quelqu’un pour ça. " Lorsque l’Enfant-Dieu paraît, la famille s’élargit !

Autre signe : celui de notre frère Jean P, quelques jours avant sa mort. Dans un message, il remerciait la communauté pour le soutenir par la prière à l’hôpital, ajoutant " je veux vous témoigner aussi que Jésus notre frère ne nous abandonne jamais. " Lors de ma visite à l’hôpital où je l’interrogeais sur ces paroles, il m’a répondu d’un ton convaincu : " Oui, c’est vrai, Jésus ne nous abandonne pas. Je sens qu’il me porte." Il n’a cessé de le redire aux siens, jusqu’au bout. Cela n’a pas empêché Jean de souffrir ni de mourir. Mais lorsque l’Enfant-Dieu paraît dans une vie de femme ou d’homme, de jeune et d’enfant, il trace un chemin de joie, d’espérance et de paix. Alors, le ciel et la terre s’unissent réellement à l’intime des cœurs. C’est Noël chaque jour !
Michel Retailleau

SOYEZ TOUJOURS DANS LA JOIE… (17/12/17)

« Priez sans relâche… rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard. »

Comment l’Église peut-elle nous interpeller ainsi en reprenant l’invitation de Paul à ses frères et sœurs de Thessalonique ? Dans notre monde où violence, injustices, misère fleurissent presque partout, où la solitude, la maladie, l’impuissance sont souvent source d’angoisse et de peur, Comment est-ce possible « d’être toujours dans la joie et de rendre grâce en toute circonstance » ? Comment ?

Dans la Palestine du 1er siècle qui n’avait sans doute rien à envier comme injustices, souffrances et angoisses à notre société du XXI siècle, Jean Baptiste s’est levé « appelé par l’Esprit de Dieu » - pour proclamer devant les « autorités » bien incrédules ( (prêtres, lévites etc…) « Au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas … » Pourtant ses auditeurs connaissaient bien les annonces prophétiques et ils attendaient celui qui serait la source définitive de la justice, de la paix, de la joie… mais ils ne se laissèrent pas guider, éclairer par l’Esprit de Dieu. Et leur vie resta enfermée dans leur Loi, leur justice toute humaine, leurs condamnations et leurs violences.

A la lumière de cette expérience, nous pouvons comprendre l’invitation prophétique du même Jean Baptiste …. « Redressez le chemin du Seigneur », reprise encore plus vigoureusement par Paul. « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose. »
« Valeur » de la générosité fidèle de tous ces bénévoles qui donnent sans compter temps, forces, amour… à leurs frères qui en sont privés ;
« Valeur » du sourire qui illumine le visage du malade ou de l’ancien qui voit venir à lui un voisin attentif et fidèle.
« Valeur » aussi de cette foule d’hommes et de femmes, de jeunes et d’anciens unis dans le même chagrin de la mort « de leur idole », compagnon de leurs peines et de leurs joies, mais heureux d’être ensemble et de partager l’espoir d’une vie toujours plus grande.
Valeur… Valeur… de notre vie de tous les jours « où l’Esprit du Seigneur » est, aujourd’hui comme hier, présent, agissant »… Sachons prendre le temps et les moyens pour Le reconnaître… et nous laisser transformer, redresser par Lui.

Alors nous trouverons en Lui la vraie joie pour nous et pour beaucoup d’autres.
Que Marie nous accompagne et nous guide dans notre marche ; elle qui a su accueillir et proclamer la source de la vraie joie : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur. »

Gaby GOULLIN

LE SEIGNEUR VIENT… 10 décembre 2017

Notre route vers Noël, nous la ferons en compagnie du prophète Isaïe. Aujourd’hui, il s’adresse aux Juifs déportés à Babylone. Depuis des années, ils sont prisonniers, écrasés, en terre d’exil. Isaïe leur annonce le retour en Terre sainte, leur terre nourricière. Le message est clair : "Voici votre Dieu qui doit venir… Préparez-vous… Redressez les passages tortueux… comblez les ravins…" Cela signifie : "Que votre cœur se purifie, soyez droits et justes, n’ayez pas des attitudes tortueuses".

En ce temps de l’Avent, chacun est invité à se redresser et à se reprendre vigoureusement en main. Il s’agit de collaborer ensemble au Projet de Dieu qui veut sauver son peuple et lui révéler sa Gloire. L’Église reprend avec force le cri des prophètes : "Voici votre Dieu qui ne cesse de vous aimer."

La lettre de Pierre nous parle précisément de cette venue du Seigneur. Il s’adresse à des chrétiens qui l’attendent avec impatience. Mais ces derniers finissent par se poser des questions. Ils constatent que rien ne semble bouger. Alors l’apôtre leur explique que Dieu ne mesure pas le temps comme nous : Il est éternel ; pour Lui, il n’y a pas d’avant ni d’après. De plus, il donne à chacun le temps qu’il faut pour se convertir. Un jour, la fin du monde viendra : il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle. L’important c’est que nous soyons tendus vers la pleine réalisation de ce grand Projet de Dieu.

Sur notre route de l’Avent, nous trouvons également Jean Baptiste, le dernier prophète de l’Ancien Testament ; ce qui frappe, c’est son humilité, son effacement. Il avait tout pour réussir, pour "jouer au Messie" dont les foules rêvaient. Il s’est obstiné à rester dans l’ombre, dans l’oubli de soi. Il vient accomplir ce qui avait été annoncé par le prophète Isaïe. Il est la voix qui crie dans le désert : "Préparez les chemins du Seigneur, aplanissez sa route."
Cette espérance dont nous avons à témoigner aujourd’hui dans notre monde, peut nous mobiliser : à condition de donner la première place au Christ, dans notre vie. Noël, c’est Jésus qui vient ; Il est là, présent au cœur de nos vies. Il n’est pas possible de l’annoncer si nous ne L’accueillons pas en nous. Aujourd’hui, Jean Baptiste nous apprend à nous effacer devant Lui pour lui donner toute sa place. Le temps de l’Avent est un temps de préparation. Il s’agit d’ouvrir la voie à Dieu qui veut passer.

Jean Pierre MAÇON

COMME UNE FEMME ENCEINTE… VIVRE DANS L’ATTENTE (3 décembre 2017)

Après un effort sportif ou un bon repas, il nous arrive de nous assoupir. Nous sommes alors incapables de résister à l’endormissement qui s’empare de notre être ! Il en est de même dans notre vie spirituelle. Si nous manquons de vigilance à la nourrir et à la revitaliser, elle tombe insensiblement dans le ronron des habitudes et finit un jour par sommeiller. La fatigue, la routine puis le stress ou les duretés de la vie finissent par la faire somnoler. Aussi, par 4 fois, le court évangile de ce premier dimanche de l’Avent nous alerte : "Veillez".

Etre des veilleurs et non des zombies ! Avec des mots très réalistes, le pape François n’hésite pas à dire : " Le chrétien doit apprendre à vivre dans l’attente comme une femme enceinte !" Mais pourquoi nous faut-il vivre dans l’attente ? Parce qu’il faudrait préparer son cœur et son esprit pour fêter
Noël ? Oui, peut-être, mais l’Evangile va encore plus loin. Il faut attendre parce que le Christ vient. Depuis sa mort et résurrection, le Christ ne cesse de revenir à nous pour réveiller et ressusciter nos énergies…, pour aimanter nos désirs les plus profonds. Nous sommes tellement enlisés dans le présent et ses mille occupations que notre vie se ratatine en " métro, boulot, dodo", et se replie sur notre petit " ego ". Aussi, insensiblement, nous perdons le goût de " devenir ce que nous sommes " invités à devenir : des chrétiens appelés à vivre en ressuscités avec leur Maître. Comme une femme enceinte vit dans l’attente de mettre au monde la vie qu’elle porte, nous devons vivre dans l’attente de mettre au monde le Christ que nous portons en nous, de manière mystérieuse !

Le temps de l’Avent veut opérer comme un électrochoc et nous réveiller : dans ton existence… familiale, scolaire, sociale, associative, spirituelle, dans la santé ou la maladie, qu’attends-tu ? Vers Qui ou Quoi es-tu tendu ? Y a-t-il des choses futiles et superficielles desquelles te défaire afin de retrouver le désir de la prière et le chemin de tes frères ? Si tu n’attends pas grand-chose, c’est le manque de vigueur qui va plaquer ton existence au sol, car il n’y a pas pire ennemi dans la vie que de s’endormir. Es-tu prêt à reconnaître le Christ en visite dans l’accueil du migrant et du réfugié : " J’étais un étranger et tu m’as accueilli " ? Le Nouveau " Notre Père " nous invite à dire : " Ne nous laisse pas entrer en tentation. " Il n’y a pas pires tentations que l’engourdissement de notre être et la peur de bouger. Que ce temps de l’Avent nous fasse la grâce d’accueillir avec élan et joie Celui qui vient ! Veillez !

Michel Retailleau

Appelés à partager sa royauté (26 novembre 2017)

Quelle royauté ? Et comment ?

Au mot de « royauté », notre imagination nous fait penser au pouvoir, aux honneurs…etc.… toutes choses bien au-delà de nos possibilités. Mais s’agit-il bien de cela ?

A travers la liturgie d’aujourd’hui, une nouvelle fois l’Esprit Saint veut nous éclairer et nous montrer la vraie royauté, celle de notre Roi, le « Roi de l’univers ». Dans la longue expérience du peuple de Dieu, ce Roi s’est fait connaître comme le « berger » de son peuple, de son troupeau. Il veille sur ses brebis, il les rassemble, il les nourrit dans de bons pâturages, il les soigne… « Comme un bon berger ». Pas seulement hier, dans cette longue marche des « esclaves d’Egypte », vers la liberté du peuple nouveau, mais encore aujourd’hui dans notre longue marche vers un monde de justice, de paix, de fraternité. Aussi avons-nous chanté comme un cri d’appel et un chant d’espérance : « Le Seigneur est mon berger, notre berger ; rien ne saurait nous manquer ».
C’est bien notre Roi qui nous invite à partager sa « royauté de berger » en prenant soin « comme lui » du troupeau qui nous est confié : notre famille, notre voisinage, au travail ou à l’école, notre communauté, dans les groupes ou associations…
Appel à être les bergers les uns des autres.
Mais le Roi de l’univers, glorieux, triomphant nous invite à plus. Il nous invite à partager sa mission, à « régner avec lui » quand il affronte la misère, la souffrance, la solitude ou l’abandon, quand, même rejeté comme un criminel, il lutte contre le mal et les puissances de mort.
Il nous invite à le reconnaître, à le voir et à venir jusqu’à lui, à étendre son règne avec lui.
« Comment cela, Seigneur ? » pouvons-nous lui demander. Il nous répond toujours, par la même parole ! « Chaque fois que vous le faites à l’un de ces petits de mes frères, c’est à moi que vous le faites. »
Oui, ce voisin maintenant en hôpital psychiatrique, c’est LUI qui nous appelle.
Cet étranger errant jour et nuit à travers la ville, c’est LUI qui nous invite.
Ces enfants sans maison ou sans place à l’école,
Ces jeunes ou moins jeunes sans travail,
Ces anciens, sans visite, en EHPAD…
C’est LUI, c’est notre Roi qui est là et qui attend…

Car c’est cela sa mission royale que Paul nous rappelle aujourd’hui : « de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous reçoivent la vie ».
Il est venu. Il vient encore pour anéantir les forces de mort et vaincre la souveraineté du mal. Pour qu’enfin il puisse nous présenter tous ensemble à son Père :
« Et ainsi Dieu sera tout en tous »
Gaby GOULLIN

Jésus… un maître qui demande des comptes.(19 novembre 2017)

« Un homme au moment de partir en voyage appela ses serviteurs et leurs confia ses biens. »
Dans cette phrase, tout le tableau de l’évangile de ce jour est annoncé. Cet homme, c’est Jésus qui parle de son adresse à venir. En disant cela, il veut que nous prenions nous-mêmes la responsabilité de notre vie.
Tout ce que nous avons est un « bien confié ». Dieu nous a fait confiance, en nous donnant « ses biens ». J’oserai dire que dans ma personne, il y a un dépôt de Dieu. « Une propriété privée de Dieu ».
Tous les dons, toutes les valeurs et les richesses qui sont en moi, lui appartiennent. Je les ai en dépôt. Et il attend que je prenne des initiatives avec … A chacun, il est demandé « ce qu’il peut et doit donner ». « Celui qui a », il doit le faire fructifier en le mettant au service des autres.
C’est ce à quoi nous invite le Secours Catholique dans cette Journée Mondiale des Pauvres, voulue par le pape François. Tous ces biens que nous avons reçus, c’est pour les donner aux autres. C’est ainsi qu’ils fructifient. Si le Seigneur nous donne sa miséricorde, sa tendresse et son pardon, c’est pour que nous en fassions un bon usage. Le pape François dit aussi avec les mots d’aujourd’hui que « C’est comme une contamination qui doit se propager partout dans le monde. » Chacun peut se poser ces questions : Combien de personnes avons-nous encouragées par notre espérance ? Combien d’amour avons-nous partagé avec notre prochain ?
Cette parabole des talents nous pousse donc à ne pas cacher notre foi, notre appartenance au Christ. Nous ne devons pas enterrer la Parole de l’Evangile. La Parole de Dieu doit circuler dans notre vie, dans nos relations, dans les situations concrètes. C’est comme une force qui interpelle, qui purifie et qui renouvelle.

C’est vers mon prochain que Jésus m’invite. Que ce soit avec des petits moyens ou de grands moyens, nous aurons tous la même égalité dans la réponse et la reconnaissance.
« J’attends de toi : La vie donnée
La vie en partage
La vie de prière », nous dit Jésus
Jean Pierre Maçon

Veillez… Tenez-vous prêts (12 novembre 2017)

Nous approchons de la fin de l’année liturgique : dans deux semaines, nous fêterons le Christ Roi… puis nous entrerons dans le temps de l’Avent. Aussi la liturgie nous propose une des dernières paraboles de Jésus à ses disciples. Son message se résume en deux mots : « Veillez donc » ou « tenez-vous prêts ». Avec une seule raison : « car vous ne savez ni le jour ni l’heure de l’arrivée de l’Époux ! »
Que veut dire Jésus ?
-  A ses disciples qui vont traverser avec lui le drame de sa passion et de sa mort, et
auxquels il veut confier l’annonce de sa résurrection et du règne de Dieu, Jésus dit seulement « Veillez. Tenez-vous prêts ». Ne soyez pas « inconscients » comme ces jeunes filles qui se sont laissées enliser dans leur sommeil, qui ont négligé de penser à l’avenir,… vous, ayez souci, prenez soin de ce que vous avez reçu, de ce que nous avons vécu ensemble, de cette amitié qui est née et a grandi entre nous. C’est cela la lampe, la lumière qui éclairera votre route, et celle de beaucoup…Car alors vous serez les témoins, les acteurs de ce « Royaume des cieux ».
-  A nous aujourd’hui qui vivons dans un monde marqué par la souffrance et la mort, où
certains proclament « la mort de Dieu » ; dans un monde qui succombe souvent à la tentation de s’enliser dans le présent, de vivre seulement dans l’immédiat, « en temps réel » ; dans un monde qui refuse de s’ouvrir à l’avenir allant même jusqu’à saccager la « maison commune », cette terre qui nous est confiée, Jésus nous dit de même : « Vous mes disciples d’aujourd’hui, ne soyez pas insouciants ». Ayez souci de ce que vous avez reçu, de ce que vous avez vécu ensemble, de cette amitié qui a germé et grandi dans votre cœur, et ainsi soyez les témoins actifs de ma Résurrection et de ma Présence aujourd’hui.
Alors, au milieu de nos nuits d’aujourd’hui, … les jeunes qui cherchent un sens à leur vie et retrouvent la valeur de la prière… les adultes qui reprennent le chemin d’une vie chrétienne ou qui demandent d’être accueillis dans le peuple de Dieu par le baptême ou la confirmation… les efforts des communautés pour s’ouvrir aux pauvres et se laisser renouveler par eux…. etc.. c’est bien la même voix qui proclame : « Voici l’Époux qui vient. Sortez à sa rencontre ! ».

Finalement cette parabole des jeunes filles invitées à la noce nous redit l’appel à croire à l’arrivée de l’Époux, « le Christ ressuscité ». Dans notre monde d’aujourd’hui, Il vient, Il est déjà là. Soyons prêts : renouvelons en notre cœur et notre volonté le désir profond de l’accueillir et de vivre avec lui.

A des milliers de jeunes rassemblés à Lourdes, un évêque posait cette question. « Avez-vous soif et faim de rencontrer Jésus Christ ? » Puisse notre réponse reprendre ce cri de foi et d’amour du psalmiste : « Dieu, tu es mon Dieu, mon âme à soif de toi. »
Gaby GOULLIN

UN TITRE A ENVIER : " SERVITEUR " (5 novembre)

Avoir de l’ambition n’est pas chose mauvaise en soi. Cela fait partie des moteurs légitimes d’une vie humaine. Qu’une société ait sa hiérarchie pour faire fonctionner et organiser la" vie ensemble " de ses citoyens aux sensibilités et aux intérêts divergents, quoi de plus normal ! Mais cela devient un danger quand des personnes et des sociétés en viennent à idolâtrer les titres et à considérer la valeur d’une personne aux mentions de sa carte de visite. Nous retrouvons en ce dimanche toute la force révolutionnaire de l’Evangile. Face à tous ceux qui, aujourd’hui comme hier, sont tentés de n’exister que par leurs titres ou leur reconnaissance sociale, Jésus prône un nouveau comportement : " Ne vous faîtes pas donner le titre de Rabbi, ni celui de Maître, ni celui de Père." Entre vous, qu’il n’y ait pas de distinction de rang ni de dignité car " vous êtes tous frères " ! Dans l’esprit des auditeurs de Jésus, fortement marqués par les considérations hiérarchiques, religieuses ou politiques, on peut deviner la surprise et même la colère.

Dans son histoire et parfois ici ou là encore, l’Eglise n’est pas indemne de se cacher derrière ses titres et ses fonctions. Certes, toute hiérarchie n’est pas mauvaise en soi. Mais le propos de Jésus est sans ambiguïté : qu’elle soit au service de tous et non pour son propre intérêt. Quelles que soient les responsabilités ou les charges que nous pouvons avoir en famille, au travail, en société ou en Eglise, notre référence, c’est le Christ. Or, dit St Paul aux Philippiens, " tout Dieu qu’il était, il s’est abaissé jusqu’à la mort en croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé. " L’Evangile du jour y fait écho : " Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élève sera abaissé. " Jésus n’est pas un anarchiste revendiquant " ni Dieu ni Maître ". Il n’est pas contre la hiérarchie en soi mais à condition qu’elle soit une hiérarchie ’à l’envers’, celle de l’humilité. L’image qu’il nous laisse, c’est le lavement des pieds. Le titre qu’il nous envie, celui de " Serviteur ". Il l’a souvent répété à ses disciples : ils doivent être comme lui des " serviteurs " de la vie du corps, du cœur, de l’esprit et de l’âme de leurs frères et sœurs.

Dans une vie de famille, à l’école ou au travail, dans le quartier, dans le club de sport, de danse…, dans la vie associative, syndicale… les occasions de se faire " serviteur " ne manquent pas. Dans une vie de paroisse aussi, à travers la multiplicité des tâches à accomplir ! Puissions-nous cultiver l’esprit de service et de simplicité qui caractérise Ste Hélène dans nos rapports individuels ainsi qu’entre prêtres et laïcs. Et nous enraciner toujours plus dans le témoignage de Celui qui n’a jamais envié d’autre titre que celui de " Serviteur", lui qui est venu " non pour être servi mais pour servir ". Puissions-nous apprendre cette vérité que les vrais serviteurs sont nos vrais maîtres ! Celui qui s’abaisse et se met au service, c’est lui le plus grand !
Michel Retailleau

JESUS NE PENSE PAS " OU… OU " MAIS " ET…ET " (22 octobre 2017)

Difficile de penser la complexité de la vie et des choses par un " oui ou non " : Ou c’est bien ou c’est mal. Ou c’est vrai ou c’est faux. La vie nécessite plus de nuances ! On entend dire ainsi : " Je ne crois pas en Dieu mais je crois en l’homme. " Autrement dit : " Ou je crois en Dieu et donc je ne crois pas en l’homme. Ou bien je crois en l’homme et donc, je ne crois pas en Dieu. " OU Dieu OU l’homme !" Certains chrétiens disent encore : " Le pape François parle trop des migrants. Il ne parle pas assez de Dieu. " Autrement dit : " Le pape, OU bien il parle de Dieu, c’est son rôle, OU bien qu’il se taise, parler des migrants, ce n’est pas de sa compétence."

Cette manière de penser "ou... ou", on la retrouve à l’œuvre au temps de Jésus. Dans l’Evangile, les Pharisiens et les partisans d’Hérode l’interrogent : " Donne-nous ton avis : est-il permis, Oui ou Non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? " Jésus flaire le piège du " Ou… Ou. " S’il répond : Oui, il faut payer l’impôt à César, il apparaît complice de l’envahisseur romain et le peuple va se détourner de lui. Mais surtout, il sous-entend que le culte pour l’empereur peut passer avant celui Dieu. Et s’il dit : " Non, il ne faut pas payer l’impôt à l’empereur, il apparait pour l’occupant romain un rebelle mais aussi il laisse entendre que Dieu n’est pas lié à la vie en société.

Jésus ne pense pas en termes de " Ou… Ou," ce serait réducteur de son message. Il pense en termes de : " Et… Et… : " Rendez (Et) à César ce qui est à César ET à Dieu ce qui est à Dieu. " Pour nous, César représente la vie en société avec ses lois, la vie sociale, politique, locale et internationale : ce qui fait notre vie ensemble. Jésus pourrait dire aujourd’hui : " Rendez (ET) à la vie sociale ce qui est à la vie sociale ET à Dieu ce qui est à Dieu. " Autrement dit : la religion n’est pas une affaire privée, qui se passe "entre mon petit Dieu et moi". Elle concerne notre vie en société. Certes, Dieu veut être honoré pour lui-même mais ce qu’Il veut aussi c’est que nous travaillions à l’avènement de son Royaume par le respect de la dignité de chacun et par l’établissement de la fraternité par la paix et la justice. Donc " ET l’homme Et Dieu."

Pourquoi ce " Et… Et " ? Parce qu’en Jésus, son Fils envoyé sur terre, Dieu le Père a voulu faire Alliance avec l’humanité. Parce qu’en Jésus, l’Homme - Dieu qui a donné sa vie pour tout être humain, nous avons découvert que croire en Dieu, c’est croire aussi en chaque homme. En Jésus, Dieu Et l’homme ne peuvent plus être séparés. Et Dieu Et l’Homme sont liés à la vie et à la mort ! Sur le front de chaque homme est gravé à jamais, l’image de l’Amour de Dieu. Mais si Dieu et l’homme ne peuvent plus être séparés, ils ne doivent pas non plus être confondus. Dieu reste Dieu et l’homme reste homme mais… appelé à devenir " fils de Dieu ".
Michel Retailleau

INVITES A L’ESPÉRANCE 15 octobre 2017

Les lectures bibliques de ce dimanche sont un message d’espérance. Elles rejoignent chacun dans la situation qui est la sienne. Isaïe s’adresse à un peuple désespéré. Il laisse entrevoir le jugement de Dieu qui interviendra dans les derniers combats. Viendra le temps du renouveau de la fête ; ce sera un grand festin. ! Le monde sera arraché au mal et à la violence. Il entrera dans un temps de paix et de joie. Qu’en est-il aujourd’hui
C’est aussi de cette espérance que témoigne l’apôtre Paul alors qu’il est en prison. Lui aussi vit une situation difficile. Mais il peut tout supporter avec celui qui lui "donne la force". Il remercie la communauté des Philippiens qui lui est venue en aide. Comme Paul, nous pouvons être un soutien humain et spirituel pour un autre, pour d’autres. Comme Paul, nous pouvons dire notre reconnaissance pour le soutien et l’aide que peut nous apporter une communauté comme la nôtre pour mener à bien notre existence. A travers nous, c’est la générosité de Dieu qui veut s’exprimer. Paul nous apprend encore que la richesse de Dieu ne peut être communiquée au monde qu’à travers le dépouillement personnel. C’est ce chemin que le Christ a suivi. Et c’est dans ce même chemin qu’il nous appelle à sa suite.

L’Évangile nous rapporte la parabole des invités à la noce. Cette image du banquet, nous la retrouvons souvent dans la Bible. Elle nous dit l’abondance des dons de Dieu. Sa générosité dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Notre réponse doit être celle de la gratitude envers Dieu : " Voici notre Dieu, en lui nous espérions, il nous a sauvés. C’est lui le Seigneur. En lui nous espérions, exultons, réjouissons-nous, il nous a sauvés ".

Incroyable mais vrai ! Aujourd’hui encore, Dieu nous propose toutes ces invitations et toutes ces joies. Il nous invite à nous " re-vêtir " de l’AMOUR du Seigneur Jésus Christ. Et il attend que nous donnions réponse à Son invitation. Personnellement, comment je reçois le CADEAU d’une telle invitation ? Ensemble, comme communauté, comment vivons-nous et témoignons-nous de ce Cadeau, incroyable mais vrai ?

En célébrant cette Eucharistie, nous demandons au Seigneur de nous revêtir de l’habit blanc de Sa Grâce. Nous le revêtons en recevant la communion. Cet habit blanc nous est encore donné en vivant le sacrement du Pardon. Par là, nous retrouvons notre dignité d’ "enfants de Dieu ".

Jean Pierre MAÇON

« L’œuvre du Seigneur, quelle merveille ! » 8 octobre 2017

Telle est la conclusion de la parabole que nous lisons aujourd’hui. Aussitôt bien des noms viennent à notre mémoire, en contrepoint de cette affirmation : Marseille, Las Vegas... ces derniers jours, mais bien d’autres encore. Dans toute société, dans notre monde d’aujourd’hui comme en chacun de nous, se mêlent et s’opposent « forces de vie » et « forces de mort » (St Jean Paul II)

Devant la pauvreté croisée chaque jour dans les rues ou le métro, notre cœur est touché… mais comme il est tentant de fermer les yeux et d’apaiser notre émotion : « Je ne peux pas soulager toute la misère du monde ! »… Devant l’arrivée régulière de familles cherchant une vie « moins pire » ou seulement possible, comme il est tentant de vouloir des murs plutôt que des ponts !... Devant cette violence incompréhensible tuant hommes, femmes et enfants, comme il est tentant de penser seulement « c’est l’œuvre d’un fou ! »… et ainsi de rester enfermé dans nos égoïsmes, nos intérêts propres, s’habituant jusqu’à l’injustifiable.

C’est alors que cette parabole des « vignerons homicides » vient nous réveiller, nous interroger, nous inviter à une fidélité renouvelée à notre appel de disciple. Elle a du scandaliser les premiers auditeurs qui se sont exclamés « Le maître du domaine doit exterminer ces misérables ! »… et nous nous sentons bien en accord avec eux… mais est-ce la bonne réponse ?
Eh bien, non ! dit Jésus. Pas de tuerie vengeresse de la part du maître du domaine, mais cette affirmation étonnante : « Mon Fils Bien Aimé, celui qu’ont rejeté ces serviteurs, est devenu la pierre d’angle, la base du Royaume de Dieu ! » Car c’est bien de la construction du Royaume de Dieu dont il s’agit. Et Jésus ajoute comme dans une prière : « quelle merveille devant nos yeux ! » Le Maître, « le Tout Puissant », est encore plus « le Tout Aimant »… plus fort que tous les égoïsmes, toutes les violences, tous les crimes…

Les disciples n’ont pas du accueillir sereinement cette annonce victorieuse. Comment l’auraient-ils pu ? C’était l’annonce du triomphe du Christ à travers sa passion et mort. « Mystère de foi » disons-nous à chaque Eucharistie. C’est seulement après les événements que, guidés par l’Esprit, et à la lecture des Ecritures, les disciples ont cheminé dans la lumière de cet amour du Père… jusqu’à en devenir les témoins aux 4 coins du monde !
En est-il autrement pour nous ? Devant tant d’évènements déroutants, nous ne savons que penser, ni comment réagir. Ce sera toujours en les relisant ensemble, « en communauté », que guidés par l’Esprit et éclairés par la Parole de Dieu, nous saurons accueillir la lumière de l’Amour de Dieu, manifesté en Jésus Christ, mort et ressuscité.

N’est-ce pas ainsi que Paul guide ses amis de Philippes. Après leur avoir rappelé le cœur de leur foi (Phil.2,6 à11) il les invite à suivre ce même chemin de vie : « Tout ce qui est vrai, juste, digne d’être aimé,… tout cela prenez-le en compte. Alors le Dieu de paix sera avec vous. »

Gaby GOULLIN

« Allez à ma vigne » 24 septembre 2017

Temps de rentrée, de « reprise » : l’école, le travail avec leur rythme et obligations plus au moins régulières ; différentes activités… culturelles, sportives, de service …etc… Lesquelles ? Comment ? Il y a des choix à faire, des décisions à prendre…

Puissent ces belles paroles de Paul à ses frères et sœurs de Philippes nous aider à y voir clair… « comme disciples du Christ ». Il proclame fièrement, « Ayez un comportement digne de l’Évangile » car « pour moi, vivre c’est le Christ ! ». Mais cela nous est-il possible ? est-ce à notre portée ?
Par la bouche du prophète Isaïe, Dieu nous avertit dans la 1ere lecture : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. » Alors… ? Alors le prophète nous invite à « chercher le Seigneur tant qu’il se laisse trouver, tant qu’il est proche. » Invitation à nous mettre courageusement en route pour un long chemin…

Dans l’Évangile, avec la parabole du « Maître généreux », Jésus nous donne un bon guide pour cette route, « le maître de la vigne ». (C’est-à-dire Dieu lui-même !) D’abord, à cause de sa responsabilité, de son attention pour sa vigne dont il prend soin depuis l’aube jusqu’au soir. Aussi par sa justice envers les ouvriers qu’il embauche car « il se met d’accord avec eux » pour leur « donner ce qui est juste. » C’est déjà beaucoup… mais le soir, il va encore plus loin ! Il se laisse toucher par la peine de ceux qui n’ont pas été embauchés et il les envoie à sa vigne pour une heure de travail.

Et surprise, lors de la paye, il prend en compte non seulement les mérites mais aussi les besoins de chacun : besoin d’un travail, besoin d’un juste revenu pour la vie de la famille… alors il doit faire face à l’incompréhension des autres. Juste envers tous, il se montre bon pour les « derniers. »

Quelle lumière pour une « vie de disciple » ?
Un appel à entrer dans ce chemin de Dieu : « allez à ma vigne »
Il y a beaucoup de « chantiers » dans notre vaste monde. Peut être au moment de commencer cette année, Paul nous rappelle opportunément deux orientations :
« En vivant en ce monde, arriver à faire un travail utile. »
« Choisir d’œuvrer dans ce monde, » « à cause des autres » et de leurs besoins divers.

Puisse le chant de l’alléluia accompagner notre marche, « La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres : tous acclameront sa justice. »
Il nous appelle à sa vigne : à être les témoins de Sa justice et Sa bonté par toute notre vie.

Gaby GOULLIN

PARDONNER ... jusqu’à " 70 FOIS SEPT FOIS " 17 septembre 2017

Les lectures bibliques de ce dimanche nous parlent du pardon. Bien avant la venue de Jésus, Ben Sirac écrivait : "Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s’obstine". L’auteur dénonce la vengeance et recommande le pardon. C’est un combat de tous les jours contre nos tendances naturelles. Mais la Bible nous dit que Dieu ne pourra pas nous pardonner si nous-mêmes nous ne pardonnons pas aux autres.
L’apôtre Pierre pensait être très généreux en pardonnant jusqu’à sept fois (" sept " est un chiffre symbolique qui signifie "sans limite"). Mais Jésus va encore bien plus loin : il nous dit qu’il faut pardonner " jusqu’à 70 fois 7 fois ". La mesure du pardon c’est d’être sans mesure. On n’a jamais fini de pardonner et d’être pardonné.
Pour tenter d’y parvenir, c’est vers la Croix de Jésus que nous nous tournons : livré aux mains des hommes, il a été torturé, bafoué et mis à mort, mais il a pardonné. Lui seul peut nous donner la force et le courage d’aller jusqu’au bout du pardon.
Si le Seigneur se comporte ainsi à l’égard des hommes c’est pour nous apprendre à suivre son exemple en pardonnant à ceux qui nous ont fait souffrir. C’est vrai que l’offense d’un frère nous fait mal. Mais elle est bien peu de choses par rapport à tous nos manques envers Dieu.
En parlant du pardon, nous n’oublions pas que Jésus nous a donné un sacrement pour l’accueillir. Chaque fois que nous nous adressons à un prêtre pour le demander, c’est Jésus qui est là pour nous tendre la main. Il ne demande qu’à nous décharger de nos fautes pour revenir à Dieu. Il vient renouveler en nous la grâce du baptême. C’est ainsi que nous retrouvons notre place d’enfants de Dieu.
Comprenons bien : il ne s’agit pas d’oublier mais de tendre la main à l’offenseur pour l’aider à se relever ! Pardonner, c’est aimer, c’est repartir ensemble sur de nouvelles bases. Dieu est un Père qui aime chacun de ses enfants. Le grand désir d’un père et d’une mère c’est que les enfants s’entendent bien et qu’ils soient unis et solidaires. C’est pour cela que Jésus nous a laissé son grand commandement : " Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés " ( = autant que je vous ai aimés, c’est-à-dire : jusqu’au pardon).
Jean Pierre MACON

PARCE QUE JESUS EST LA (10 septembre 2017)

L’heure de la rentrée a sonné, nous reprenons peu à peu nos habitudes de vie. Les évènements des derniers mois, comme les attentats à Barcelone, les inondations ou les ouragans en Asie, aux USA ou dans les Caraïbes,…nous ont rappelé la fragilité de ce monde et de toute vie humaine. Mais, partis ou pas en vacances, nous avons pu aussi respirer une autre ambiance, retrouver nos coutumes et traditions locales. Et nous voilà replongés dans le 18ème ! Mais aussi replongés dans notre communauté de Ste Hélène sur laquelle l’Evangile de ce jour nous invite à porter un regard d’une grande bienveillance. Pourquoi ?

Parce que se réunir à Ste Hélène n’est pas rien : " Quand 2 ou 3 sont réunis en mon Nom, dit Jésus, je suis là au milieu d’eux. " Ne l’oublions pas, notre communauté est un Cadeau de Dieu ! Si Jésus " est au milieu de nous ", notre communauté, dans la diversité de ses cultures et de ses sensibilités, n’est pas une assemblée humaine ordinaire. Nous devenons Présence de Dieu les uns pour les autres et pour le quartier. Nous sommes ’sacrement’ de la Présence du Christ. En même temps que le Christ nous porte, nous le portons à Clignancourt !

Et Sa Présence cachée au milieu de nous a 2 effets importants. D’une part, ensemble, comme communauté, nous avons un pouvoir mystérieux sur Dieu : " Si 2 d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux." Oui, Dieu est prêt à nous accorder " quoi que ce soit " qui soit bon pour nous ! Jusqu’à devenir de fervents disciples de Jésus, soucieux d’être solidaires des joies, des peines et des attentes… de notre communauté comme de notre quartier. Dieu veut que nous puissions nous porter les uns les autres, comme le Christ lui-même, nous porte !
Mais aussi parce que " Jésus est présent au milieu de nous ", un autre force nous est donnée : le pouvoir de la réconciliation et du pardon. Non pas le pouvoir d’absoudre les péchés qui est le rôle du prêtre. Mais le pouvoir fraternel d’être les uns pour les autres les signes du pardon et de la miséricorde de Dieu. Comme tout groupe humain, nous pouvons rencontrer de tensions, voire de conflits, mais parce que Jésus marche avec nous, Il nous donne la force de dépasser nos rancœurs, nos incompréhensions et d’inventer des mots et des gestes qui ’délient’ les brouilles, les nœuds qui peuvent surgir entre nous : " Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère… Tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel." N’oublions jamais cette Grâce : la réconciliation fraternelle régénère l’Eglise et le monde. BONNE RENTREE A TOUS !

Michel Retailleau

« Qui c’est Jésus pour moi ?" 27 aout 2017

" Qui je suis pour toi ? " Quand une telle question nous est posée dans la vie, que ce soit dans une relation d’amitié ou d’amour, rien n’est plus pareil après. Quelque chose se passe qui fait qu’une relation va se poursuivre et s’approfondir ou bien… s’arrêter. Jésus a voulu vivre une semblable expérience avec ses disciples. Jusqu’ici, les disciples l’avaient vu agir, parler et lui reconnaissaient une" autorité " devant ce qu’il disait et faisait. Mais un jour, Jésus a voulu aller plus loin en posant la question de confiance : « Pour les gens mais aussi et surtout pour vous, qui suis-je ? » Et chacun se trouve renvoyé à lui-même : « Qui est-il vraiment pour moi ? » Question vitale non seulement pour les disciples mais aussi pour nous aujourd’hui tant la réponse nous implique personnellement. Car en disant ce qu’il est pour nous, nous disons en même temps ce que nous attendons de lui.
Si nous répondons : " Jésus, c’est une belle personne, quelqu’un de doux, de miséricordieux, de non-violent, d’attentif aux pauvres et aux petits…" nous disons seulement notre admiration pour sa personne mais pas ce que nous attendons de lui. Il n’est alors qu’un personnage du passé, grand certes mais qu’un parmi d’autres que la terre a portées. Mais s’il est seulement du passé, nous ne pouvons rien attendre de lui si ce n’est une source d’inspiration pour notre vie. Dire que Jésus n’est qu’ un nouveau Jean Baptiste, un nouvel Elie, un nouveau Jérémie ou un nouveau prophète, ça ne dit rien de ce que nous pouvons attendre de lui : une Source de Salut, une Présence toujours actuelle à nos côtés.
Aussi la réponse de Pierre est un éclair de foi génial. En disant à Jésus : " Tu es la Christ, le Fils du Dieu Vivant ", il ne dit pas seulement les qualités de Jésus mais aussi d’abord ce que sa foi attend de Lui. Il fait sienne l’attente du peuple Juif d’un Messie, Envoyé de Dieu qu’il voit réalisée. En disant à Jésus qu’il est " le Christ ", il lui reconnaît ce pouvoir unique qu’il a, non seulement de réveiller mais aussi de communiquer le goût et l’élan de vivre comme jamais personne ne l’a fait avant lui. En le reconnaissant comme "Christ", il dit qu’il est Celui qui permet vraiment de traverser les tempêtes de l’existence en venant nous rejoindre au milieu de nos épreuves… En disant qu’il est " le Fils du Dieu Vivant ", il dit qu’il a certes une manière divine de vivre en homme mais plus encore qu’il est Dieu en personne, Dieu aimant dans un cœur et un corps d’homme et que nous pouvons changer notre coeur.
Connaître Jésus est non seulement le fruit d’un savoir sur Jésus appris au catéchisme mais aussi le fruit d’ expériences intérieures d’une Présence actuelle puisées dans les moments heureux ou malheureux de l’existence. Le Christ attend de nous une réponse personnelle et libre à la question de confiance qu’il pose aujourd’hui à chacun : " Qui je suis pour toi ? "
Michel Retailleau

" Qui est Jésus pour toi ? " Une paroissienne m’a répondu dans la semaine, avec son expérience, ses mots, son coeur et sa foi :

" Tout d’abord, merci à toi d’avoir posé cette question à chacun de nous dimanche dernier, à la fin de ton homélie. En ce qui me concerne, cela m’a apporté une joie profonde d’y répondre, très spontanément. A tel point que pour la première fois de ma vie, l’écriture m’a semblé couler de source ! Je ressentais l’impression étrange et merveilleuse, de ne pas seulement écrire "Qui est Jésus pour moi ?" mais que c’était Lui qui écrivait ces mots pour moi. Je me suis dit qu’Il était vraiment là, en moi, que je vivais "avec Lui, par Lui et en Lui." Merci à Dieu pour cette grâce, et merci à toi de m’avoir permis d’accoucher de ces mots " :

"Jésus est l’Homme de ma vie et de toute vie. Il est le Maître de la moisson qui me demande de semer l’amour. Il est le Gardien de mon âme, le Silence et la Paix de mon coeur. Il est Celui pour qui je souffre. Il est Celui qui vient à mon secours quand je m’y attends le moins, ou de manière détournée. Il est le Veilleur de mes jours, de mes nuits et du monde. Il est la Lumière infinie. Il est Celui qui m’accompagne dans ma quête de Dieu son Père. Il est Le prénom que j’aime prononcer avec douceur et tendresse. Il est l’amour qui inonde mon corps, que ma mémoire ne pourra oublier. Il est le Seigneur à qui mon coeur murmure inlassablement "je t’aime". Il est l’origine et la joie de mes rencontres. Il est Celui qui me lie et me relie aux êtres. Il est Celui qui donne tout sans rien attendre en retour."

Et toi, si tu risquais ta réponse à toi... Et si tu voulais me l’envoyer, anonyme ou non : P. Michel Retailleau : tataillemichel@wanadoo.fr

La Cananéenne 20 aout 2017

Que Jésus chasse à coups de fouet les vendeurs du temple, nous comprenons. Que Jésus se fâche contre ses disciples qui empêchent des enfants de l’approcher, nous applaudissons. Mais que Jésus se montre sourd à la détresse de cette étrangère qui le supplie de sauver sa fille "tourmentée par un démon", alors-là, nous ne comprenons plus. Comme nous ne comprenons pas ses arguments : " Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. " Les bienfaits de Dieu seraient-ils réservés au seul peuple juif, élu ?
Mais ce récit nous interroge plus encore : Jésus, lui "l’homme-Dieu", serait-il plus homme que Dieu ? Serait-il trop humain en étant prisonnier des principes de sa religion juive ? Serait-il trop humain en s’enfermant sur sa première réaction négative : c’est une païenne, je n’ai pas à l’écouter ?... Oui, Jésus serait-il trop humain et pas assez Dieu ? Mais, derrière son attitude qui peut nous choquer, nous découvrons un autre Jésus.
Nous voyons un homme qui se laisse bousculer par sa divinité. S’il est homme, avec des mouvements d’humeur humains, il n’en est pas moins Dieu ! Il pourrait s’enfermer dans son bon droit, dans cette mission de n’aller " qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ". Or devant les cris de cette femme qui rejaillissent jusqu’en sa divinité, il va peu à peu changer d’avis et sa vision trop étroite de la mission reçue de Dieu.
D’abord, il est saisi aux entrailles par la vérité des cris de la Cananéenne qui, humblement, vient " se prosterner devant lui." Justesse du geste mêlée à la justesse des cris : " Seigneur, viens à mon secours. " Justesse qu’il perçoit jusque dans la réponse à sa phrase provocatrice : " Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de les jeter aux petits chiens. " La répartie de la femme est d’une telle beauté qu’elle fait preuve d’une intelligence vive de la foi : " Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres." Et là, l’homme-Dieu qu’est Jésus est si ’ scotché ’ que son cœur miséricordieux ’craque’ d’admiration comme craque en lui toute barrière ou discrimination raciale ou religieuse : " Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux." Aussi extraordinaire que cela paraisse, cette femme a eu raison de l’étroitesse humaine première de Jésus et l’oblige à voir sa mission bien plus large… Elle a eu pouvoir sur le Cœur du Christ.
Et nous, ne sommes-nous pas souvent trop humains et pas assez " divins" ?... N’y a-t-il pas autour de nous des gens qui quémandent "les miettes" de nos richesses, de notre culture, de notre foi et qui nous obligent à voir plus loin et plus large ?
Michel Retailleau

L’ASSOMPTION 15 aout 2017

Pour célébrer la fête de l’Assomption, il nous est donné de méditer la rencontre de ces 2 femmes enceintes que sont Marie et Elizabeth sa cousine. Déjà, nous entrons dans le mystère de l’Assomption. Tout l’être intime de Marie, corps, âme, esprit est habité par la présence de l’enfant Jésus qu’elle porte en son sein : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur." Marie n’en revient pas que Dieu l’ait choisie pour "donner corps" à son propre Fils. Comme elle ne cessera de le faire durant toute sa vie.
D’abord au sens corporel, elle est "la matrice" qui l’a porté… Nous savons aujourd’hui à quel point, dans la vie intra-utérine, une mère peut communiquer avec l’enfant qu’elle porte. Et à quel point, elle peut lui transmettre ses joies, ses angoisses, ses tristesses. Marie ne fut pas qu’une "mère porteuse". Si Jésus a été un être exceptionnellement équilibré, un homme totalement ouvert aux joies et aux souffrances des autres, … tout cela, il l’a reçu par la mère et la femme que fut Marie "couverte de l’ombre de l’Esprit Saint" .
Mais Marie a donné "chair" à Jésus, en étant l’éducatrice maternelle de son être filial. Marie a su l’éveiller aux mots et aux gestes de l’attitude filiale envers Dieu. Sa nature de femme simple, disponible, joyeuse, confiante, habitée de l’Esprit Saint, elle a su la communiquer à son fils. Elle est la femme du peuple qui a aimé Jésus et en qui Jésus a découvert ses propres puissances d’affection, d’amour humain et spirituel. C’est sur elle, qu’enfant, il a déversé les 1ers sentiments de son cœur. C’est en imitant sa Mère et en priant avec sa mère que Jésus a appris les mots et les gestes de la confiance en Dieu. C’est auprès de sa mère que, de façon privilégiée, Jésus a connu l’attente du peuple juif d’un Sauveur. Sans Marie, l’incarnation de Jésus était impossible !
Mais Marie n’est pas liée qu’à l’éducation de Jésus, elle est liée intimement à sa mission. Elle est présente au premier miracle, à Cana où Jésus change l’eau en vin et elle demeure toujours notre intercesseur : "Ils n’ont plus de vin". Elle est là au pied de la croix comme elle est là dans nos croix pour nous tourner vers son fils ressuscité. Elle est là aux tout-débuts de l’Eglise au Cénacle comme elle marche aujourd’hui avec l’Eglise . En fêtant l’Assomption, nous célébrons le mystère d’une femme qui a été unie d’une manière très intime à la vie de Jésus. Qui s’est donnée corps et âme à Dieu dans la Mission de Jésus. Si elle n’a pas connu la mort et a été enlevée au ciel ou s’est "endormie dans la mort", comme disent nos frères orthodoxes, c’est parce qu’elle n’a jamais cessé, durant son existence, de ressusciter avec Jésus. Son corps mais aussi son âme et son esprit qui, toute son existence, avaient été orientés pour le Christ, lui le Prince de la Vie, ne pouvaient pas mourir !
Michel Retailleau

Courage et Confiance 25 juin 2017

Avec la fin de cette longue année électorale, voici une nouvelle étape pour notre pays… Avec les examens et la fin de l’année scolaire, voici un nouvel espoir pour beaucoup de jeunes… Avec l’arrivée des « mois d’été », voici les projets de quelques jours de pause, de repos… etc.
Et dans l’évangile, aujourd’hui, Jésus nous parle de l’envoi en mission de ses disciples : « ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. »
Voici donc une double invitation à chacun de nous.

• D’abord une question, comme une invitation à une relecture de notre vie.
Depuis cette glorieuse semaine de la Passion, mort et résurrection de Jésus, Dieu nous a
longuement parlé. Il nous a redit son immense amour, son pardon total, sa tendresse pour tous, à travers des évènements lumineux et mystérieux : la venue de l’Esprit à la Pentecôte, la révélation de son intimité de « Dieu Trinité », sa présence fidèle dans l’Eucharistie… facettes éclatantes d’un même Mystère qui veut se donner à connaître par tous : « la grâce de Dieu s’est répandue en abondance sur la multitude, cette grâce donnée par un seul homme : Jésus Christ ».
Alors quelles lumières avons-nous reçues « au creux de notre cœur ? »
Comment allons-nous les partager à d’autres, les proclamer pour qu’elles brillent « pour la multitude » ?

• Pour vivre cette mission aujourd’hui - comme hier avec ses disciples- Jésus ne nous donne ni méthode ni « organisation toute faite »… mais plutôt 2 consignes.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps », c’est-à-dire dans cette mission, vous serez critiqués, vous connaitrez oppositions et même persécutions. Ce fut l’expérience de Jérémie et de tous les prophètes. C’est toujours vrai aujourd’hui. Le pape François nous le rappelait récemment : « Je suis convaincu que les persécutions qui frappent aujourd’hui les chrétiens sont plus fortes que lors des premiers siècles de l’Église » (interview en juin 2014).
Aussi « ne craignez pas ceux-là qui blessent le corps sans pouvoir atteindre l’âme », mais « Craignez plutôt Celui qui est le Maître du corps et de l’âme ». Oui, Celui-là, respectez-le, écoutez-le et vivez selon ses commandements, et alors « soyez sans peur », ayez confiance, car « il écoute les humbles » et plus que toute sa belle création, il vous aime. Restez fidèles au chemin qu’il vous a montré en son Fils Bien Aimé Jésus Christ, c’est lui qui vous conduira jusqu’au bout. C’est lui qui fera de vous ses témoins.

Tout au long de notre mission, faisons notre la prière de l’Église aujourd’hui :
« Fais nous vivre à tout moment, Seigneur, dans l’amour et le respect de ton saint nom, enracinés solidement dans ton amour. »

Gaby GOULLIN

NOTRE DIEU EST TRINITÉ 11 juin 2017

Dans notre vie de croyant, la découverte du Dieu Trinité est progressive et arrive pour la majorité d’entre nous au terme d’un cheminement parfois long et difficile. Rassurons-nous : Ce fut le cas aussi pour les apôtres ! Dans leur compagnonnage avec Jésus, ils l’ont d’abord entendu dire à Dieu « Père ». Ils étaient stupéfaits en l’entendant dire « Abba, Père, Papa » et leur demander « Quand vous priez, dîtes comme moi « Abba, Père ». Durant la passion ils sont témoins de cette intimité entre Jésus et son Père dans la souffrance la plus grande quand le Père se tait et que le Fils lui dit : « Je remets mon esprit entre tes mains. » Ils constatent que Jésus et le Père ne font qu’un. A la Pentecôte, les apôtres sont envahis par l’Esprit de Dieu. Ils ont désormais en eux Celui que Jésus avait en Lui. C’est bien l’Esprit de Jésus mais il ne peut être que l’Esprit de Dieu car Dieu seul peut donner son Esprit. Cet Esprit est Dieu lui aussi. Il est donc le troisième.

Posons-nous cette question : « Si Dieu n’était pas Trinité, qu’est-ce que ça changerait dans ma
vie ? ». Nous pourrions toujours affirmer tranquillement qu’Il est tout puissant. Mais me serait-il possible de m’abandonner entre ses mains avec une totale confiance si je ne savais pas de quelle puissance il s’agit ? Un être tout puissant inspire la méfiance et la peur. Mais tout change si cette puissance est la toute puissance de l’Amour. Comme l’apôtre Saint Jean à la fin de sa vie, il nous faut dire : « Dieu est Amour ». Ce n’est pas une de ses qualités, c’est l’Être même de Dieu.

Dieu Trinité n’est donc pas un Dieu jaloux, dominateur, vengeur. Ce n’est pas Jupiter. Il est le Dieu du Partage. Dieu le Père a envoyé son Fils qui « n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être à l’égal de Dieu mais au contraire s’est dépouillé lui-même en prenant la condition de serviteur » (Phil 2/5). Le Fils nous a montré qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. L’Esprit ne cesse de nous envoyer ses dons qui sont : patience, humilité, partage, joie et paix.
Dieu Trinité n’est pas un solitaire. Il est relation et communication. Chez les humains, créés à son image, aucun n’est une île. Voilà le fondement de la charité qu’il nous faut offrir à tous nos frères humains. Voilà la source de son commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Alain OLLIVIER

Quelle histoire extraordinaire ! 4 juin 2017

Aujourd’hui, que célébrons-nous ?
Un événement extraordinaire ? Oui, sans doute, mais beaucoup plus : nous sommes invités à célébrer et à participer toujours plus à une histoire extraordinaire. Essayons d’en accueillir le dynamisme.

« Après la mort de Jésus » nous dit l’Évangile de Jean, « voici le 1er jour d’un temps nouveau. » Jésus le crucifié du Golgotha se manifeste vivant au milieu de ses disciples et il les envoie avec la promesse « Recevez l’Esprit Saint ». Esprit de pardon et de paix. Évènement vécu avec quelques intimes : joie d’une amitié fidèle et promesse d’une réconciliation ouverte à tous.
« 50 jours plus tard » écrit Luc dans les Actes des Apôtres, - 50 journées d’attente, de confusion, de recherche – vient un autre évènement, public cette fois, avec « vent violent » et « langues de feu ». C’est la réalisation de la promesse donnée : l’Esprit parle à travers les apôtres renouvelés, revigorés et commence à rassembler et réconcilier hommes et femmes de toutes nations. Surprise, étonnement mais déjà depuis des siècles l’annonçait le psaume : « Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! Tu renouvelles la face de la terre ». Et tous entendent dans leur propre langue les merveilles de Dieu.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Paul l’apôtre des païens, le fondateur de quelques belles communautés de croyants à travers oppositions et épreuves… peut témoigner que l’histoire continue, l’histoire du salut offert à tous. Elle n’est pas d’un jour, mais de toujours. « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien commun » … « pour renouveler la face de la terre. » Alors, aujourd’hui, nous sommes invités à unir nos voix à celles de tous ces témoins, nos vies à leur vie. « Viens Esprit saint, emplis le cœur de tes fidèles. Allume en nous le feu de ton Amour. » A notre tour, devenons des témoins des merveilles de Dieu ! Comment cela ?

Dans un monde qui souvent nous propose un bonheur seulement matériel et vite dépassé, laissons l’Esprit continuer en nous et dans nos communautés, la proclamation de la joyeuse nouvelle de la Résurrection du Christ. « Il est vivant… aujourd’hui ! »

Dans un monde qui souvent nous inquiète et nous invite « à bâtir des murs plutôt que des ponts », ouvrons-nous chaque jour davantage à l’Esprit de réconciliation, de justice et de paix pour qu’il continue aujourd’hui son œuvre de salut pour tous.

Dans un monde qui constamment nous sollicite pour des activités ou distractions superficielles, sachons donner du temps au silence, à la prière pour accueillir l’Esprit et pour qu’il fasse de nous les témoins humbles et joyeux de cette histoire d’amour que Dieu désire vivre avec chacun de nous.

Gaby GOULLIN

NÉS POUR LA GLOIRE DE DIEU 28 mai 2017

Après l’Ascension, les apôtres se retrouvent seuls. Le Christ étant retourné vers son Père, la belle aventure serait-elle finie ? Non, nous dit l’Evangile de Jean, c’est l’heure de la Gloire de Dieu qui s’ouvre. Celle du Père, celle du Fils mais aussi de la nôtre : " Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie.. Ainsi il donnera la vie éternelle à tous ceux (dont nous) que tu lui a donnés " Mots voilés pas faciles à saisir mais d’une profondeur incroyable !

La" Gloire de Dieu " pour Jésus n’est évidemment pas la gloire trop humaine des vainqueurs et des honneurs. C’est avant tout l’expérience d’un lien d’amour, de confiance et de reconnaissance qui circule mystérieusement entre son Père et lui. Lien qu’il a vécu sa vie durant mais d’une manière particulièrement unique à l’heure de la Croix. Ce fut " l’heure " où Dieu son Père lui a communiqué tout son " poids" (en hébreu, " gloire" signifie " poids") de Présence, de Force pour aller jusqu’au don total de sa vie ’pour notre salut’.

Et cette "Gloire de Dieu ", il a voulu en faire don à toute l’humanité, dans cette ’Vie en abondance’ qu’est " la vie éternelle". C’est-à-dire une vie pleine qui ait son "poids d’amour". Trop de vies humaines sont légères, sans poids, sans véritable souffle parce qu’il y manque l’amour de Dieu et des autres ! Le grand Nelson Mandela l’avait compris, lui qui, le jour de son intronisation à la Présidence de la République d’Afrique du Sud, en 1994, s’est adressé à chacun de ses compatriotes avec une rare audace : " Vous êtes un enfant de Dieu. Vivre petit ne rend pas service au monde. Nous sommes nés pour rendre manifeste la Gloire de Dieu qui est en nous." Appel à la liberté et à la responsabilité d’une grande hauteur !

Être attentif à ses voisins, c’est "rendre Gloire à Dieu ". S’engager pour la paix et la fraternité en luttant contre l’individualisme et l’injustice, c’est " rendre gloire à Dieu " Apprendre les mots et les gestes de la Miséricorde, c’est " rendre gloire à Dieu "... Ouvrir toujours plus son cœur à l’Amour de Dieu, et travailler à apporter à l’humanité un surplus d’amour et de ’poids humain’, c’est "rendre Gloire à Dieu ". Ainsi, on accueille de Lui la Vie comme un Cadeau qui nous fait communier à son Souffle Créateur et Sauveur et on la fait circuler en ce monde. Et l’Esprit Saint nous fait chanter : "Oui, il est vraiment juste et bon de rendre Gloire à Dieu " !


Michel Retailleau

Viens Esprit Saint 21 mai 2017


La fête de la Pentecôte est maintenant toute proche. Déjà, dimanche dernier, Pierre nous rappelait que nous sommes le peuple de Dieu « destiné à annoncer les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » Aujourd’hui l’auteur des Actes des Apôtres nous fait revivre la prédication de Philippe en terre hérétique de Samarie, en concluant : « et il y eut dans cette ville une grande joie. » Prédication de la Parole, signes étonnants, conversions et joie ; ce sont quelques unes des innombrables « œuvres de l’Esprit ». Elles réalisent la promesse de Jésus à ses amis : « Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. » Elles manifestent que Jésus est ressuscité, toujours vivant, présent et agissant dans le monde. Là est la source de la force et la joie des apôtres.

Et aujourd’hui, nous disciples de Jésus dans ce 21eme siècle, savons-nous voir Jésus vivant et vivre avec lui ? Le reconnaissons-nous, voyons-nous la puissance de l’Esprit toujours en action ?
En quelques enfants qui ont découvert Jésus au catéchisme et s’apprêtent à l’accueillir de tout cœur…
Dans une communauté qui se mobilise et s’organise pour ce faire toujours plus proche et ouverte aux besoins de ceux au milieu de qui elle vit.
Dans ces jeunes qui régulièrement se retrouvent pour accueillir la Parole et en vivre.
Chez ces frères et sœurs ainés, handicapés, qui vivent leur solitude et leurs souffrances avec courage, confiance et foi…
Dans tant de faits « ordinaires » dont nous sommes témoins chaque jour, mais « extraordinaires » car fruits de la puissance de l’Esprit. Savons-nous les voir et les recevoir pour ce qu’ils sont ?

Oui…. et non ! Aussi accueillons attentivement l’appel de Pierre, toujours actuel : « Soyez toujours prêt à rendre compte de l’espérance qui est en vous ! » c’est-à-dire :
- appel à l’accueil permanent, profond de la Parole de Dieu par l’écoute, le dialogue, la méditation priante pour qu’elle éclaire notre vie quotidienne.
- appel à l’effort pour trouver les mots et les gestes nécessaires pour partager cette lumière… dans nos familles, au travail ou à l’école… partout.
- appel au courage pour affronter critiques, oppositions, incompréhension… « Comme le Christ » a souffert » pour nous montrer le chemin.
Appel à une conversion permanente. Personnelle et communautaire. Invitation à nous ouvrir à l’espérance toujours vivante, à expérimenter la vérité de la promesse de Jésus ! « Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur, l’Esprit de Vérité qui sera toujours avec vous. »

Gaby GOULLIN


Le Chemin, la Vérité et la Vie. 14 mai


Dans les Actes des Apôtres, la toute jeune communauté chrétienne de Jérusalem est en pleine effervescence. Certains se plaignent du mauvais fonctionnement de l’assistance aux veuves. Les apôtres se doivent de redéfinir les priorités de la communauté. Ainsi se met en place le groupe des sept, avec la mission du " service des tables " sous toutes ses formes. Saint Pierre s’adresse à des communautés chrétiennes qui sont persécutées et déshonorées dans l’environnement païen. Le temple de Jérusalem, signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple, a été détruit. Mais, pour les chrétiens, Jésus est devenu lui-même comme le « vrai Temple, demeure de Dieu parmi les hommes. »

L’Évangile de ce dimanche nous replonge au soir du Jeudi Saint où Jésus annonce à ses disciples son départ vers le Père. Départ qui n’est pas abandon ni fuite. Jésus annonce qu’il leur prépare « une place dans la Maison de son Père ». Bonne Nouvelle, car c’est un appel à vivre dans l’espérance ! Le Christ reste bien présent au milieu d’eux. Il est « le chemin, la Vérité et la Vie ». C’est en passant par lui que l’on va au Père. Jésus n’est pas un simple chef religieux qui enseigne dans une synagogue. Il est " le chemin", celui par qui on peut rencontrer Dieu Avec le Christ ressuscité, notre vie elle-même devient un chemin d’espérance, un chemin de confiance. Notre vie se trouve transformée par l’Amour qui vient de Dieu. Sa Parole nous met en mouvement.

Ce Jésus qui s’adressait à ses apôtres est toujours "Dieu avec nous" ; chaque jour, c’est Lui qui vient à nous comme Lumière dans la nuit. Il n’a jamais cessé de nous aimer. Et quand nous tombons, il vient nous dire : "Reprends confiance en toi ; remets-toi en route ; tu vaux plus que ce que tu crois ; je suis avec toi pour te prendre par la main quand tu risques de flancher." Jésus va même jusqu’à dire : "Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi." Ce mot "œuvre" nous renvoie à la grande œuvre de Dieu qui est de libérer son peuple. Dieu veut libérer l’humanité de tous ses esclavages et il veut nous associer à son " œuvre " ! Bonne Nouvelle pour les apôtres d’hier, comme pour nous aujourd’hui.

Jean Pierre Maçon

« La porte qui ouvre sur la vie. 7 mai 2017 »


Aujourd’hui, journée électorale dans notre pays.
Aujourd’hui, « dimanche des vocations » dans notre église.

Le fondateur des Fils de la Charité, le Père Anizan, aimait à rappeler à ses frères les exigences de la vocation Fils : être des pasteurs tout donnés à la mission et des contemplatifs de la présence active de Dieu dans le monde. Souvent il recevait en écho cette interrogation : « Actifs et contemplatifs à la fois, est-ce possible ? Comment devons-nous faire ? » Et sa réponse fusait : « Comme Jésus a fait ! »
C’est la même invitation que Pierre écrit à ses frères qui souffrent humiliations et persécutions diverses à cause de leur conversion et de leur fidélité à leur vocation chrétienne : « Le Christ lui aussi a souffert… Il nous a laissé un modèle pour que suivions ses traces. » C’est-à-dire « faites comme il a fait » ! Et Pierre ajoute : « ce chemin est une grâce » c’est-à-dire « une chance », mais une chance bien difficile à vivre car il s’agit de « suivre les pas de Jésus ».

Dès le jour de la Pentecôte, Pierre avait annoncé la couleur : « Convertissez-vous…détournez-vous de cette génération tortueuse ». Car il s’agit vraiment d’une conversion, d’un vrai retournement, de prendre un autre chemin que celui du monde ambiant.
A la lumière de la parole de l’évangile, nous pouvons dire : « prenez la bonne porte ! »
Appel bien nécessaire en ces temps où la société comme des fois aussi l’Église, des nations ou des communautés chrétiennes sont tentées de se laisser séduire par toutes sortes d’individualisme, de se replier sur elles-mêmes et finalement de « fermer les portes ». Mais alors, quelle est la bonne porte ?

Écoutons avec joie Jésus proclamer dans l’Évangile : « Moi je suis la porte ». La porte qui ouvre sur un chemin de salut « si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » ; sur un chemin de liberté, de responsabilité « il pourra entrer et sortir » ; sur un chemin de plénitude « il trouvera un bon pâturage » et finalement sur le chemin de VIE « car je suis venu pour qu’ils aient la vie, la vie en abondance ».
Comme aux premiers chrétiens, Pierre nous redit « cette promesse de vie, elle est pour vous et tous ceux aussi nombreux que le Père appellera » car « c’est bien à cela que vous avez été appelés par votre baptême. »

Soyons attentifs à écouter notre Bon Pasteur ; il appelle chacun « car le vrai berger appelle ses brebis chacune par son nom » comme il appelle toute communauté locale ou nationale. N’ayons pas peur de « sortir » à sa suite. « Comme Lui » nous connaîtrons difficultés et résistances, mais « comme Lui » et avec Lui nous serons vainqueurs.

Gaby GOULLIN


UN DIEU COMPAGNON DE ROUTE 30 avril 2017

Nous doutons souvent que Dieu soit dans notre vie. Dans les bons moments, oui peut-être mais dans les moments d’épreuve ou de fragilité, où est-Il ? L’Evangile des pèlerins d’Emmaüs nous éclaire. Loin de se désintéresser de tout ce qui fait notre vie, Dieu nous est présenté comme un merveilleux Compagnon de route… En chemin, Cléophas et son ami sont profondément tristes, voire déprimés. Ils ressassent les évènements survenus à Jérusalem ; l’espoir qu’ils avaient mis en Jésus de Nazareth s’est envolé. Avec d’autres, ils avaient espéré que ce "prophète puissant par ses paroles et ses actes" allait changer leur vie jusqu’à la vie politique… en mettant l’occupant romain à la porte. Mais leurs beaux rêves sont morts et leur âme a froid !

Ne nous arrive-t-il pas, à nous aussi, de vivre des jours d’abattement : un amour déçu, la perte d’un travail, un deuil cruel, un échec cuisant, le poids d’une faute... ? Comme pour les disciples d’Emmaüs, c’est à ce moment-là que Dieu "s’approche" et se met à "marcher avec nous". Compagnon de route d’une infinie discrétion au point de ne pouvoir le "reconnaître". Compagnon d’une extrême délicatesse qui nous invite à Lui "Donner" jusqu’à nos tristesses, nos déceptions et nos amertumes (cf. prière de Marie Noël au dos). Ce n’est pas en dehors de notre vie ni de celle du monde que Dieu nous rejoint. Mais c’est bien là qu’il nous attend : au cœur de nos blessures, de nos souffrances et de nos espoirs déçus.

Il le fait sans reproche, sans jugement, toujours avec le souci de réveiller la Vie… en se faisant compagnon de nos nuits : "Reste avec nous, car le soir approche et le jour baisse." Et la lampe de notre foi et de notre espérance, chancelante à certains jours, se réanime au contact de sa Présence. Présence qui se donne d’une manière toute particulière dans l’écoute de Sa Parole et dans l’Eucharistie. Ainsi, Il transfuse en nous son Energie de Ressuscité et ravive notre désir de vivre avec Lui et avec nos " frères". Car, Compagnon de route, Dieu veut l’être pour tous. Des pèlerins d’Emmaüs abattus et déprimés, il fait des témoins ardents : " A l’instant même, ils se lèvent et retournent à Jérusalem, pour raconter ce qui s’est passé sur la route." Dans un monde déboussolé et désenchanté, Dieu veut transmettre l’Energie de Pâques à nos propres compagnons tristes et abattus !

Michel Retailleau

" IL VIT ET IL CRUT " 23 avril 2017

« Le 1er jour de la semaine, Marie-Madeleine se rend au tombeau de Jésus. » Pour elle, c’est un jour de tristesse. Comme c’est le cas dans notre vie quand nous nous rendons sur la tombe d’un être cher. Mais aujourd’hui, la tristesse est plus grande encore. Ce n’est plus seulement l’adieu à un ami dont le corps finit dans la tombe ; c’est l’espérance d’un Règne nouveau qui est anéantie.

L’Évangile de saint Jean nous dit qu’il faisait encore sombre. Comprenons bien : il ne s’agit pas d’abord de l’obscurité de la nuit mais bien plus de l’apparition de la Lumière qui commence à l’emporter sur les ténèbres. Et qui chasse la nuit dans laquelle les hommes sont plongés à cause de leur péché. Jésus Ressuscité est la Lumière qui luit dans les ténèbres. Cette lumière, rien ne peut l’arrêter. Rien ne peut l’empêcher de briller, d’être expression de DIEU pour le Monde.

C’est cela qui est important pour nous aujourd’hui : comme Marie Madeleine, Pierre et Jean, nous sommes invités à être les témoins de la Résurrection de Jésus. Si le "tombeau est vide", nous avons avec NOUS les Quatre Evangiles qui rapportent les apparitions du Christ ressuscité. Ces apparitions sont le témoignage et les "signes" qui donnent FORCE à notre FOI. C’est ainsi que nous pouvons ressentir et vivre de la divine Miséricorde de DIEU. Si nous croyons au Christ ressuscité, c’est parce que nous faisons confiance au témoignage des apôtres et à celui des communautés chrétiennes qui nous ont été transmis de génération en génération. Le salut est offert à tous, même aux païens, Dieu n’exclut personne ! Quelque soit sa nation ou sa langue, toute personne peut recevoir le salut dans la mesure où elle accueille l’Évangile. Cette Bonne Nouvelle doit être proclamée à tous les peuples du monde entier. C’est pour tous que le Christ a donné sa vie sur la croix.

Ne devons-nous pas sortir de nos "tombeaux" pour vivre un AMOUR vrai ?... Rouler la pierre du découragement qui nous emprisonne et nous empêche d’aller de l’avant ? Et laisser le Pardon et la Miséricorde triompher en nous ? C’est par notre manière de vivre que nous pourrons manifester que le Christ est VIVANT.
Jean Pierre Maçon

RIEN A VOIR MAIS TOUT A VIVRE ! 16 avril 2017

Mais que s’est-il donc passé en ces 1ers jours d’avril de l’an 30 ? Notre esprit curieux aimerait fixer l’Evènement, sur la pellicule. Peine perdue, les récits des Evangiles ne donnent rien à voir ! S’adressant à notre imaginaire, St Matthieu évoque un grand " tremblement de terre ". Ainsi que l’Ange du Seigneur qui descend du ciel pour rouler la pierre tombale et qui - ultime clin d’œil - finit par "s’asseoir dessus". Comme un vainqueur s’assoit sur son vaincu, comme la Vie du Christ l’emporte sur la mort. Mais ces images ne sont que des images. Le plus important, c’est le vécu de Marie Madeleine et Marie, ce qui se passe dans l’intimité de ces deux femmes.

L’ange leur dit : "Vous, soyez sans crainte. Jésus le crucifié que vous cherchez, il n’est pas dans le tombeau, il est ressuscité. Vite, allez l’annoncer aux disciples… Et Vite, (sans même avoir vu), elles partent, ’remplies de crainte et d’une grande joie’ porter la nouvelle aux disciples." Chemin faisant, Jésus ressuscité vient à leur rencontre et les salue de son beau regard et de sa voix chaleureuse de Vivant. Contraste entre d’un côté l’image d’un "tremblement de terre" où tout s’effondre et de l’autre, ces femmes qui renaissent à la vie en éprouvant un sentiment de joie et d’émerveillement qui devient ’pur bonheur’ quand elles sont invitées à répondre au salut que le Ressuscité leur adresse !

Être baptisé aujourd’hui ne nous fait pas déserter les risques de la vie ni taire nos inquiétudes face aux craquements et aux mutations de la société. Vivre en baptisé, c’est faire l’expérience intime que nos existences sont visitées par Dieu qui veut rencontrer chacun comme il est : "Je te salue ". C’est faire l’expérience intérieure d’une Présence Vivante du Ressuscité, fragile et forte à la fois, qui dilate le cœur et donne profondeur à la vie… Faire l’expérience d’une Paix et d’un Elan qui nous soulèvent pour vivre déjà d’une Vie Nouvelle, en nous redisant que nous sommes ’frères et sœurs’ du Christ.

Croire au Ressuscité, c’est recevoir encore l’assurance intérieure que toutes les formes de mort que nous rencontrons dans l’existence peuvent être des "passages" (des " Pâques") à faire avec le Christ. Jusqu’à ce ’passage’ ultime de la mort terrestre qui nous fera vivre définitivement en ressuscités avec Lui… Avec la Résurrection, il n’y a rien à VOIR, mais TOUT A VIVRE !
Michel Retailleau

La vie éternelle …… déjà là ! 2 avril 2017

Avec de nombreuses communautés, nous célébrons aujourd’hui le dernier « scrutin » pour Samson et tous ceux qui seront baptisés durant la Vigile Pascale. « Scrutin », quel mot étrange ! Dans cette liturgie, il fait référence à cette belle prière du psaume 139 :
« Tu me scrutes, Seigneur, et tu me connais ». Cela nous renvoie au regard attentif de Dieu sur chacun de nous ; d’un homme qui s’approchait de Jésus, Marc écrit : « Jésus le regarda et l’aima ». Appel à une rencontre plus profonde, à une amitié durable, définitive. Comme pour la Samaritaine ou l’aveugle né.

Aujourd’hui, c’est Marthe avec sa sœur Marie qui accueille Jésus avec foi ; devant la mort de son frère Lazare, elle proclame : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour ». Elle croit en la résurrection mais, comme son peuple, pour un futur lointain : « au dernier jour ». Jésus va l’inviter – et nous avec elle- à franchir un autre pas, décisif dans la foi : « Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. » C’est le défi de la foi, de la confiance absolue dès aujourd’hui.

Nous le savons bien : la vie est un combat. Un combat pour la vie. Suivre le Christ, c’est vouloir lutter. Pour que la lumière l’emporte sur les ténèbres, la vérité sur le mensonge, et la vie sur la mort. Déjà par le prophète Ézéchiel, Dieu l’annonçait à son peuple : « Je vais ouvrir vos tombeaux, je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez ». Paul le proclamera tout au long de sa vie missionnaire : « L’Esprit de Dieu habite en vous. L’Esprit vous fait VIVRE ». Être chrétien, c’est un choix de vie. Plus, c’est le choix de la VIE. Dès aujourd’hui. Choix o combien difficile !

Aussi les « scrutins » des catéchumènes sont pour toute l’Église un temps où nous implorons la force de Dieu. Pour nos frères et sœurs… pour notre communauté. Que l’Esprit Saint nous soit donné pour triompher du mal au jour le jour. Que nous ayons lumière et force pour suivre le Christ dans les combats pour plus de vérité, plus de justice, plus de paix. Cette litanie de supplications, cri de nos profonds désirs, nous la faisons au nom de toute l’humanité : elle sera bien présente tout au long de ces jours de la Passion et à la Vigile Pascale.

« Pour vivre cette vie nouvelle, pour être libre et prêt à suivre le Christ.
Voulez-vous combattre le mal ? »

Comme à Marthe hier, à Samson aujourd’hui, Jésus redit à chacun de nous :
« Je suis la Résurrection et la Vie. Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Gaby GOULLIN

POUR NOS CORPS FRAGILISÉS, UN SACREMENT.26 mars 2017

Nous naissons "nus" et un jour, il nous faudra quitter cette terre dans la nudité totale de la mort. La vie se charge de nous l’enseigner, que nos santés soient bonnes ou précaires, nous savons que nos corps et nos psychismes sont infiniment vulnérables. Et pourtant, nous sommes traversés d’un désir de vivre qui, à certains moments, nous rend capable d’une étonnante résistance. Le Christ vient nous rejoindre là, à la jointure de cette fragilité et de ce désir profond de vivre. Vécu en ce jour, le Sacrement des Malades en est un signe puissant !

Il est d’abord une Invitation à Vivre que fait le Christ en Personne ! Parce que, sur les routes de Palestine, Jésus a guéri des malades, des infirmes, des possédés… et plus encore parce qu’il est mort et ressuscité d’entre les morts, ce sacrement est une proposition de Vie. Le Christ n’a pas voulu être un "faiseur de miracle" mais un Éveilleur et un Réveilleur d’Energie. En ce sens, le sacrement des malades est un geste fort où le Christ communique sa Puissance de Vie, nous rappelant que le malade, avant d’être un malade, est d’abord quelqu’un qui veut vivre.

Précédée dans la célébration par l’imposition des mains, l’onction d’huile que le prêtre trace sur le front et les mains du malade, signifie que c’est sa personne toute entière (corps, esprit, âme) qui est invitée à accueillir "la visite" du Christ. La présence de la communauté renforce le sens de cette "visite", manifestant combien Il se fait proche de chacun.

Qu’ils vivent dans la maladie, la faiblesse, le handicap ou l’âge avancé… le sacrement que nos frères et soeurs reçoivent en ce jour est aussi un appel à l’Esprit Saint. Pour qu’il "forme le Christ" en eux et qu’Il les envoie en mission au travers même de leur état affaibli. Fragilisés, ils n’en demeurent pas moins les membres vivants de la communauté chrétienne, rendus témoins de la Présence du Christ qui n’abandonne jamais les siens. Par là, ils sont envoyés annoncer, par leur vie, leur parole, leur prière, combien Dieu rejoint chacun jusque dans la souffrance et l’épreuve… Le "Corps du Christ" que nous sommes est formé mystérieusement des "souffrants" comme des "bien portants" !

Michel Retailleau

ÉPUISÉ ? Allons à la Source… PUISER l’Eau Vive. 19 mars 2017

Cette femme qui vient puiser est le symbole de notre humanité blessée, épuisée. Dieu nous voit aller vers le danger et tomber dans le péché. Quand le Christ demande à la Samaritaine "donne-moi à boire », nous comprenons qu’il a soif de la sauver. Il a soif de son affection et de la nôtre.

La Samaritaine sera progressivement amenée à reconnaître en Jésus la Source d’Eau Vive. C’est important pour nous et pour notre monde. Une des caractéristiques de notre temps, c’est l’ignorance religieuse. On finit par s’installer dans le désert de l’indifférence, de l’incroyance, de la "mal-croyance". La foi devient quelque chose de secondaire par rapport au métier, aux loisirs et à nos diverses activités de chaque jour. Dieu en est rejeté. Mais quand on veut chasser le religieux, il revient sous sa forme la plus perverse : c’est la montée des superstitions, des pratiques de voyance, magie blanche ou noire… C’est dans ce désert que Jésus veut rejoindre le monde d’aujourd’hui. Il ne veut pas qu’un seul se perde. C’est pour nous et pour le monde entier qu’il a donné sa vie sur la croix.

Je vous laisse cette question « Quelle est notre véritable soif, notre désir profond ? ». Le Christ ne cesse de nous proposer « l’eau vive. » Ses paroles sont celles "de la vie éternelle". Quand nous acceptons de le rencontrer vraiment, tout est changé dans notre vie. C’est ce qui s’est passé pour la Samaritaine. Porteuse d’eau, elle devient porteuse d’Évangile. Elle court alerter les siens ; elle les amène à rencontrer Celui qu’elle a reconnu comme le Messie. Les samaritains croient en Jésus : c’est lui le Sauveur du monde. Le même Seigneur nous rejoint dans toutes les situations de notre vie, même les plus compliquées. Malgré nos faiblesses et nos péchés, il nous abreuve à la Source
« d’eau vive, » celle de sa Parole et de son Eucharistie. Puis, comme la Samaritaine, nous sommes envoyés pour annoncer que Jésus est vraiment le "Sauveur du monde ».

Jean Pierre Maçon

« Père des croyants » et « Apôtre des nations » 12 mars 2017

Avec notre frère Samson et les catéchumènes qui seront baptisés durant la Vigile Pascale, avec toute l’Église, nous sommes invités à retrouver le sens profond de notre baptême, de notre vocation chrétienne : « père des croyants » et « apôtre des nations ».

Au jour du mercredi des Cendres, nous nous mis en route en marquant nos fronts de quelques cendres, signes de notre fragilité, et avec le signe de la croix, signe de notre communion à Jésus, « le Fils Bien Aimé ».
Aujourd’hui, comme Abram, nous sommes invités à avancer plus loin, toujours plus loin… comme tous les migrants à la recherche de la terre où ils pourront vivre en sécurité et en paix. « Quitte ton pays … et va. » dit Dieu à Abram. Nous le savons : nous avons encore beaucoup à « quitter » de notre confort, de nos habitudes ou fausses certitudes pour arriver à la vie où nous serons en vérité et en paix avec nos frère et sœurs, et avec nous-mêmes.

Par sa fidélité, Abram est devenu Abraham (= père d’une multitude) le père des croyants. Aujourd’hui à juste titre nous nous interrogeons beaucoup sur la transmission de la foi. N’en oublions pas la première condition : notre propre fidélité. C’est par cette fidélité à l’appel de Dieu que nous engendrerons de nouveaux croyants. « Père de croyants » aujourd’hui ! Sans doute, pour chacun de nous comme pour toute l’Église, l’expérience quotidienne d’un monde, qui recherche sa réalisation ou sa plénitude par des chemins opposés à l’Évangile, est une tentation permanente pour s’arrêter ou s’isoler, ou plus simplement pour justifier tiédeur et compromission.

Alors, comme pour Pierre, Jacques et Jean, Jésus nous appelle à des moments de silence, d’attention, d’intimité avec Lui où nous sommes invités à le contempler, à mieux le connaître, grâce au Père qui nous redira dans le secret de notre cœur : « C’est mon Fils Bien Aimé, celui en qui j’ai toute ma joie. Écoutez-le ». C’est bien l’expérience des catéchumènes qui ont reconnu cette présence mystérieuse dans leur vie, qui se sont mis en route espérant trouver en LUI la vie en plénitude.

Alors, nous aussi, « comme fidèle disciples », prenons le temps d’écouter la voix qui à l’intime de nous-mêmes nous dit en présence de la croix de Jésus et des croix que nous rencontrons « Celui-ci est mon Fils Bien Aimé. Écoutez-le »

Avec tous nos frères et sœurs « en chemin » accueillons aujourd’hui cette parole de Dieu transmise par Paul « l’apôtre des nations » : « Fils ou filles bien aimé, avec la force de Dieu prends ta part de souffrances liées à l’annonce de l’Évangile » ! Il s’agit du salut du monde car tel est le projet de Dieu. « Sois un apôtre aujourd’hui ».

Gaby GOULLIN

LE CARÊME, POUR "REGNER DANS LA VIE" 5 mars 2017

Entrer en Carême, c’est reprendre à neuf l’histoire humaine qui va d’Adam à Jésus. C’est faire nôtre l’Histoire du Salut. Comme le dit St Paul : "Si, à cause d’un seul homme (Adam), la mort a établi son règne, combien plus à partir de Jésus et de lui seul, règneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes." Pour "régner dans la vie", il nous faut emprunter le chemin de Jésus. A peine a-t-il le temps de savourer la grâce de son baptême dans le Jourdain que l’Esprit-Saint « le jette dehors » et l’envoie seul au désert avec Satan. Tout Fils de Dieu qu’il est, il n’a même pas droit à une vie tranquille ! Il se trouve lancé dans un combat spirituel où il doit dire « oui » à son Père en même temps qu’il doit dire « non » à des manières trop humaines de croire et d’agir.

Au désert, Jésus s’est « posé » en Dieu… Nos vies bousculées et nos mille tâches à accomplir font de nous des êtres vivant souvent « hors de » nous-mêmes. Sollicités en permanence, nous perdons le goût et le sens de la vie intérieure. Savoir se « poser » en soi-même et se « poser en Dieu ». Sinon, nous négligeons de cultiver cette Soif inscrite au plus intime de nous-mêmes. Le carême, temps pour désensabler la Source et pour dégager la Respiration de nos existences par le silence, l’écoute de la Parole de Dieu et le sacrement du pardon !

Au désert, Jésus a choisi la Vie d’obéissance à Dieu. Sans même en avoir conscience, nous perdons notre capacité à choisir, fruit de la liberté humaine. La société façonne nos comportements, en imposant un "prêt-à-porter" jusque dans nos manières de voir, de faire, de croire. Il faut s’obliger à choisir par soi-même, à se donner des priorités, à faire le tri entre ce qui est essentiel et ce qui est secondaire. Avec le Christ, en ce Carême, réapprendre à choisir de dire librement « oui » à Dieu, tout en choisissant de dire « non » à tout ce qu’on nous impose !

Au désert, Jésus a pris le chemin du service en se voulant libre de tout Pouvoir. La crise économique et morale, qui traverse nos sociétés, nous invite à nous questionner sur notre "simplicité de vie". Par le jeûne, nous apprenons à freiner nos désirs et par là, nous entrons dans une communion profonde au Christ qui a choisi de vivre en faisant de sa vie un "partage" avec Dieu et l’humanité !
Temps de combat spirituel, le carême n’est pas un temps de tristesse. Il est appel à laisser Dieu combattre à nos côtés pour que la vie du Ressuscité nous envahisse et que nous puissions, par lui, "régner dans la vie ".
Michel Retailleau

DIEU NE PEUT NOUS ABANDONNER 26 fevrier

À travers les textes d’aujourd’hui, Dieu nous dit qu’il vient nous rejoindre dans ce que nous vivons. Les habitants de Jérusalem vivent une situation très douloureuse. Certains se disent même : « Dieu a abandonné son peuple. » Le prophète leur fait part de la réponse de Dieu : non, ils ne sont pas abandonnés. Il leur dit en utilisant les mots qui disent la tendresse d’une mère : une maman ne peut pas abandonner son enfant. Et même si cela arrive, Dieu, Lui, ne nous abandonnera jamais. Même quand tout va mal, il est là ; c’est lui qui nous porte. Il ne demande qu’à remplir notre vie de son AMOUR. C’est en lui seul que nous pouvons trouver notre SALUT. "Rien ne peut nous séparer de son amour" dira aussi St Paul.

Dans l’Évangile, c’est ce même appel à la confiance que nous entendons : "Ne vous faites pas tant de soucis pour votre vie, ni pour le corps au sujet du vêtement… Ne vous faites pas tant de soucis pour demain…" Attention, Jésus ne dit pas qu’il ne faut pas s’occuper de la nourriture ni du vêtement ! Il ne dit pas non plus que l’argent est mauvais. Il veut simplement nous inviter à ramener les choses à leur juste niveau : la nourriture, le vêtement et l’argent ne doivent pas être le but premier de notre vie. Ce qu’il nous faut chercher en priorité, c’est le Royaume de Dieu et sa justice. Nous sommes créés pour Dieu et pour nos frères. L’argent ne peut devenir le seul but de notre vie et de nos actions.

Jésus vient à nous pour nous libérer de toutes ces obsessions qui ne font que nous égarer. Il veut nous rendre disponibles pour l’essentiel : "le Royaume de Dieu et sa justice". Cette "justice" n’est pas seulement l’équité mais aussi la sainteté. Le seul vrai trésor, c’est Jésus ; il ne demande qu’à remplir notre vie de son amour. Ayez confiance dans le Père.
Le carême qui commence mercredi prochain nous aidera à entrer dans cette perspective. Il nous rappellera que Dieu ne nous a pas abandonnés. C’est nous qui nous sommes détournés de lui. Mais il ne cesse de nous appeler : "Convertissez-vous… Revenez à moi de tout votre cœur." Prions ensemble le Seigneur pour que notre réponse soit de plus en plus à la mesure de son amour pour nous.

Jean Pierre MAÇON

Sous la conduite de l’Esprit Saint 19 février 2017

Trois belles lectures comme les trois temps d’une même musique chantant le projet d’Amour de notre Créateur et Père.

1er temps : au départ de la longue marche du peuple de Dieu, par la voix de Moïse, le Seigneur parle à « l’assemblée des Fils d’Israël » : allez, en route vers la sainteté, vers une vie belle, pleine …. « Soyez Saints car moi, le Seigneur, je suis Saint… », et dès le départ, sainteté se confond avec fraternité : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et durant des siècles, le peuple élu se souviendra : « Le Seigneur est tendresse et pitié… N’oublie aucun de ses bienfaits. Comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour ses enfants. »… Et comme « peuple de Dieu », il se sait appelé à vivre comme Celui qui l’a choisi et l’accompagne fidèlement. »

2eme temps : au temps du renouveau, du « salut » au temps de Jésus, les premiers disciples témoignent : « En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples avec autorité : vous avez appris qu’il a été dit « tu aimeras ton prochain » … et bien moi je vous dis : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent »… Et ce ne sont pas « paroles en l’air » en ces temps de persécution contre Jésus d’abord et contre ses disciples après, eux qui nous transmettent ses paroles… « Afin que vous soyez vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ». Vocation renouvelée à la perfection, à la fraternité, à la sainteté : vocation confirmée par la sainteté du Fils, aimant jusqu’au bout, jusqu’à l’offrande de sa vie pour le salut de tous.

Aussi, Paul nous invite à vivre ce 3eme temps qui est le nôtre aujourd’hui, « Frère, ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu. L’Esprit de Dieu habite en vous. » Voici la bonne nouvelle : c’est l’Esprit qui fera cette belle œuvre en nous… en chacun, en notre communauté, dans l’Église, dans notre humanité. Car l’Esprit nous unit à Jésus Christ. « Oui, vous êtes au Christ », insiste Saint Paul.

Alors avec confiance, nous avons proclamé : « Alléluia. En celui qui garde la parole du Christ, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection. Alléluia. » Continuons la longue marche du peuple de Dieu : efforçons-nous d’ouvrir davantage, toujours plus, nos cœurs à l’Esprit de Jésus. Revenons au quotidien de notre vie avec générosité et espérance. Que l’Esprit Saint nous conduise vers l’amour sans limite.

Gaby GOULLIN

POUR UNE VIE ’AJUSTEE’ A DIEU 12 février 2017

L’Evangile n’est-il qu’une morale qui dit ce que l’on doit faire ou ne pas faire dans les situations concrètes de la vie ? Pour l’avoir vécu uniquement sous cet angle-là, dans le passé, bien des chrétiens ont pris leur distance avec l’Eglise. Rejetant en bloc la foi et son côté "moralisant" et "culpabilisant". A l’opposé, d’autres ne voient en Jésus qu’une vague invitation à l’amour mais sans beaucoup de concret. Ainsi Léo : " Je me suis converti à l’Islam parce que le Coran me dit ce qu’est le bien et le mal. L’Evangile est trop flou : être chrétien, c’est ’aimer Dieu et les autres’. Mais ça veut dire quoi, au quotidien ?"

Dans l’Evangile du jour, Jésus est très clair : " Si votre justice (votre manière d’être et d’agir) ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu." La "justesse" d’une vie chrétienne ne s’arrête pas à mi-chemin d’une vie qui voudrait se contenter d’être en règle avec les lois de l’Eglise. Elle est invitation au "sur-passement". Non pas à la force des poignets, mais par un conversion que l’Esprit- Saint opère dans le cœur de celui qui accepte de se laisse attirer par Dieu. Jésus désigne 3 domaines où notre vie doit se laisser bousculer, "surpasser" pour ce travail et ce combat intérieurs.

Dans la violence qui est en nous. A cause du mal qui ronge le cœur humain, nous sommes tentés de régler nos affaires par le conflit. Violence des coups, mais encore violence des mots… qui tuent à leur manière. Aussi Jésus nous invite-t-il à désarmer cette violence car, dit-il, "Tout homme qui se met en colère contre son frère, devra passer en jugement."

Dans le domaine de la sexualité. Que l’on vive en couple ou non, nous sommes tous des êtres sexués, marqués dans notre corps par des forces plus ou moins bien intégrées et aussi par des blessures plus ou moins ouvertes. "Tout homme (ou femme) qui regarde un(e) autre avec convoitise a déjà commis l’adultère dans son cœur. " Entre désirs et rêves brisés, chacun navigue à la recherche d’un idéal, impossible par ses seules forces mais possible avec Dieu.

Dans la recherche de vérité. Les rapports humains sont souvent gangrénés par le mensonge, la ruse, les non-dits… Or Jésus veut nous voir grandir dans une parole qui engage tout l’être, fruit d’un cœur unifié : "Que ta parole soit ’oui ’, si c’est ’oui’, ’non’ si c’est ’non’."

Quelle connaissance du cœur humain, chez Jésus ! Mais aussi quelle radicalité dans son appel ! S’il met la barre si haut, c’est pour inviter à risquer une existence toujours plus ’ajustée’ au désir de Dieu. " Je ne suis pas venu abolir la loi ou les prophètes mais accomplir."

Michel Retailleau

Jésus compte sur nous. 5 février 2017

Être appelés à partager et à donner le meilleur de nous-mêmes, voilà les mots que Isaïe adresse aux habitants de la Judée. Ils avaient scrupuleusement observé la règle de la pénitence, mais en fait, ils n’ont rien compris. C’est vrai qu’ils jeûnent et personne ne le leur reproche ; le problème vient du fait qu’ils poursuivent leurs affaires en exploitant leurs ouvriers. Aux yeux de Dieu, le plus important, c’est que nous nous aimions les uns les autres. Cela ne sert à rien de chercher Dieu si nous ne respectons pas la dignité et ne faisons pas disparaître en nous les paroles et gestes accusateurs.

Comme le dit si bien le psaume :"l’homme de bien a pitié, il partage. À pleines mains, il donne au pauvre." Agissant ainsi, le fidèle peut être confiant : "Sa puissance grandira, et sa gloire". Ce n’est que par nos gestes d’amour, de partage et de solidarité que nous serons crédibles.
Saint Paul nous parle encore précisément de l’Amour fou d’un Dieu qui se laisse crucifier. L’apôtre le croit et il en vit. II fait confiance à l’Esprit Saint qui agit avec puissance dans la société et au cœur des gens qui l’écoutent et l’accueillent.

L’Évangile de ce dimanche fait suite à celui des Béatitudes de dimanche dernier. Jésus proclame aux disciples rassemblés autour de lui : "Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde." Quand St Matthieu écrit son Évangile, il s’adresse à des chrétiens qui sont peut-être trop tièdes et trop éteints. Beaucoup ont peur et se cachent car ils redoutent la persécution. Il vient leur rappeler qu’ils ne doivent pas garder cette étincelle pour eux seuls. Il nous faut absolument partager notre découverte, témoigner de notre foi.

Ce don reçu provoque à la mission, tant personnellement que communautairement. C’est là tout l’enjeu d’une Église "en sortie" dont nous parle le pape François. C’est ainsi que nous répondons à l’interpellation de Jésus : "Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde." Notre présence est indispensable, mais nous ne devons pas oublier que l’Église n’existe que pour le monde. Nous, disciples du Christ, nous sommes au service du monde. Pour être "sel et lumière", il faut d’abord aimer. C’est indispensable ! L’évangélisation n’est pas une conquête mais une annonce de la Bonne Nouvelle. Et surtout, n’oublions pas le plus important : Jésus s’adresse à des disciples réunis autour de lui. C’est avec lui que nous pourrons être "SEL et LUMIERE". SANS LUI, RIEN N’EST POSSIBLE

Jean Pierre MAÇON

RISQUER SA VIE. 29 janvier 2017

1) Quel beau tableau que cette page d’Évangile !
Jésus, au centre, bien sûr… mais aussi cette foule qui le suit, une multitude de blessés de la vie… et il y en a beaucoup en Palestine aux jours de Jésus : des pauvres de toutes sortes… ceux qui attendent que justice leur soit faite, qui aspirent à la paix… « Tous ceux qui pleurent… »
Sans doute, revient à la mémoire de Jésus l’annonce du prophète Sophonie : « Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit, il prendra pour abri le nom du Seigneur. »
Alors Jésus, touché au cœur, prend la parole. Il leur parle du Royaume des cieux et Il leur parle du bonheur … du bonheur pour eux… et dès aujourd’hui. « Bienheureux, bienheureux, le royaume des cieux est à vous. » Quelle scène impressionnante !

2) De même pour nous, aujourd’hui dans cette Eucharistie,
les blessés de la vie, les insatisfaits, « ceux qui pleurent », ne manquent pas dans notre monde d’injustice et de violences… Saint Paul dans la 2eme lecture nous invite à prendre aussi en compte nos communautés.
« Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux du monde, ni de gens puissants, ou de haute naissance. Au contraire… ». Devant la multitude d’aujourd’hui, Jésus, touché au cœur, nous parle aussi du bonheur, du vrai bonheur. Dès aujourd’hui vraiment heureux ; pleinement heureux.

3) Comment cela ?
La 1ere béatitude nous donne la clef, la lumière de tout le discours : « la pauvreté du cœur », c’est-à-dire l’ouverture du cœur à l’Autre, à Dieu … et aux autres quels qu’ils soient.
Appel à risquer sa vie sur l’Amour, l’amour de Dieu pour tous, pour moi… et l’amour des autres, de tous.
Risquer sa vie… jour après jour, toujours plus, malgré nos résistances, nos « bonnes raisons », nos peurs. Comme c’est difficile dans notre société du « risque zéro, » où règne le « principe de prévention » ! Alors nous aussi prenons pour abri le nom du Seigneur.

Risquons notre vie « à cause de lui » : préférons le respect de l’autre au mépris, le partage à la richesse personnelle, le dialogue à la guerre, le pardon à la vengeance… etc
Alors réjouissons-nous « à cause de lui » car « celui qui veut être vraiment heureux, qu’il mette sa joie dans le Seigneur. »

Gaby GOULLIN

FRANCE, PAYS DE MISSION… 22 janvier 2017

Il ya plus de 70 ans, paraissait un petit livre de 2 prêtres, les pères Henri Godin et Yvan Daniel, « France, pays de mission ? » avec un nombre impressionnant de témoignages sur la déchristianisation de la banlieue parisienne et ailleurs.
Il y a maintenant 7 mois, à mon retour en France, combien de fois ai-je entendu : « Tu sais Gaby, après 35 ans hors de France, tu retrouveras une société bien changée… une société païenne » ! Et souvent ont suivi des statistiques alarmantes.
Aujourd’hui, laissons les faits, enquêtes et statistiques qui décrivent « notre marche dans les ténèbres. » … mais laissons résonner en nous la Parole de Dieu de la liturgie.

*Dans la 1erlecture, le prophète Isaïe proclame avec force : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Quel est ce peuple ? « La Galilée des nations »… c’est-à-dire « le carrefour des païens » car le développement des communications entre l’Asie et l’Egypte, des nombreux commerces avec la présence de riches étrangers… ont amené des nouvelles idoles avec leurs pratiques païennes. On est alors bien loin de Jérusalem et de l’orthodoxie à la loi et du culte au Dieu unique.

*Environ 6 siècles après, Matthieu reprend la même annonce pleine d’espérance : de cette « Galilée des nations », s’est levé Jésus avec son message de salut : « Convertissez-vous : le Royaume des cieux est proche ». Dans cette Galilée à la religion oubliée ou corrompue, il appelle ses amis et leur confie la mission de poursuivre son œuvre « jusqu’au bout du monde ». La lumière qui va éclairer l’histoire de toute l’humanité s’est levée depuis cette « terre des ténèbres ».

Aujourd’hui comme hier, aux temps d’Isaïe ou de Matthieu, nous interpelle la même voix pleine d’espérance : « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est proche. Aujourd’hui comme hier sachons écouter cette Parole de Dieu, l’accueillir et la laisser transformer notre vie. « Convertissez-vous » nous dit Jésus… De bien des façons certainement.

Dans la 2eme lecture, Paul souligne une conversion toujours à refaire : celle de la fraternité, de l’unité… « Qu’il n’y ait pas de division entre nous » écrit-il à ses amis de Corinthe. Unité toujours difficile, exigeante. Cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous remet en mémoire combien nos divisions peuvent obscurcir le message d’amour du Christ. Paul va jusqu’à dire : par nos divisions, « ne rendons pas vaine la croix du Christ » car Jésus a donné sa vie pour tous.
En cette liturgie, laissons-nous rejoindre par l’appel si profond du Psaume : « Sois fort et prends courage ». Continuons avec force et courage à travailler pour un monde plus juste, plus fraternel, plus pacifique. « Un monde selon le désir de Dieu ».
Gaby GOULLIN

« De toi à moi » 15 janvier 2017

En cette journée mondiale du Migrant et du Réfugié, Dieu vient nous parler de "Toi à Moi." Dieu éprouve la souffrance des siens et toutes les souffrances qu’ils endurent. Comme hier, Il veut envoyer aujourd’hui des prophètes pour leur annoncer Sa libération. Tous, même les plus humiliés et les plus méprisés, sont amenés à découvrir qu’ils ont "du prix aux yeux de Dieu".

Dans sa lettre aux chrétiens, le Pape François adresse un message d’espérance pour tous les migrants et réfugiés, prisonniers et les exclus d’aujourd’hui. Et il nous invite à ouvrir les yeux sur la fragilité des jeunes migrants, tombant trop souvent dans des engrenages inhumains. « Mais le Seigneur ne les abandonne pas. » Il leur envoie des prophètes, des prêtres, des témoins et des associations pour leur dire encore qu’ils ont "du prix aux yeux de Dieu". "Il ne veut pas qu’un seul ne se perde" et il compte sur nous pour être des porteurs d’espérance et de lumière pour toute l’humanité.

L’Évangile de ce dimanche nous montre Jésus qui vient à Jean Baptiste. Nous n’oublions pas que le nom de Jésus signifie : « Le Seigneur sauve ». Or le Christ prend sur lui tout le péché du monde pour nous en libérer. Un jour, Jésus dira que « le Fils de l’Homme est venu pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus ». La Bonne Nouvelle, c’est que le Christ n’est pas seulement un personnage du passé. Il continue à nous rejoindre au cœur de nos vies, de nos joies et de nos épreuves.

Le Pape François nous invite donc à rejoindre l’humanité blessée. C’est Dieu qui a l’initiative. L’humanité (les migrants et les réfugiés) a bien besoin d’être libérée et sauvée. Cela, nous le constatons tous les jours.
Mais pour trouver le Christ, il faut le chercher ou plutôt se laisser trouver par lui. Il est toujours là. Il ne demande qu’à nous rejoindre.

Jean Pierre MAÇON

CHERCHEURS DE LUMIERE. 8 janvier 2017

Qui sont ces "mages", Babyloniens ou Perses, qui se mettent en route vers Jérusalem ? S’appellent-ils Melchior, Balthazar et Gaspar ? L’évangéliste Matthieu ne nous en dit rien. Mais ce que nous constatons, c’est qu’ils ont un désir bien chevillé au corps : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. ». Ils ont beau être des « païens » sans religion ou des croyants d’une autre religion, leur vie est en quête de vérité et de lumière qui donne sens à leur vie Et pour cela, ils sont prêts à tout, jusqu’à quitter leurs habitudes, leurs frontières et leur culture.

Image qui contraste avec notre monde sans âme, tenté de s’installer dans le ’confort’ de la consommation et des idées toutes faites ! Les rois mages, eux, ont vu une nouvelle humanité « se lever » et, aimantés par cette Lumière, ils se sont mis en route vers Celui qui incarnait cette nouveauté. Admirons-les dans leur désir de rechercher avant tout le beau, le bon et le vrai de la vie, pour eux-mêmes et l’humanité ! Admirons-les aussi dans leur humilité ! En bons astrologues, ils aiment "raisonner" avec leur esprit scientifique mais ils ont surtout un cœur d’enfant qui sait "résonner" de joie intérieure à tout ce qui peut être bon pour l’homme. Au point de s’émerveiller et de « se prosterner » devant le signe fragile d’un nouveau-né. Si Dieu s’est fait ’petit enfant’, alors on peut rêver à une autre humanité possible !

Nos vies sont souvent désenchantées et fatiguées parce que nous ne savons plus laisser nos cœurs "résonner", vibrer de joie devant la Présence de Dieu qui vient à nous. Nous sommes prisonniers de manières de vivre, de voir et même de croire qui ’plombent’ nos désirs les plus profonds. Aussi, vivons le plus souvent en gens "blasés" ! Et à l’image d’Hérode, notre vie se laisse paralyser par « la peur », « l’inquiétude » et l’inaction.

L’Epiphanie au fond, c’est la fête de tous ceux qui, croyants ou non, chrétiens ou pas, se laissent attirer par cette "étoile" qu’est la lumineuse humanité de Jésus. Gandhi, l’Hindou, en était tellement fasciné qu’il lisait chaque jour l’Evangile ! L’Epiphanie, c’est la « manifestation » que le Christ n’est plus réservé à un peuple, ni même à une Eglise. Comme dit St Paul : Désormais " Vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu " (Ephésiens 2, 19). L’Epiphanie, c’est la fête des chercheurs de Lumière qui vont jusqu’à se laisser attirer par un enfant-Dieu, si inattendu… et qui repartent plus "frères en humanité" !
Michel Retailleau

BONNE ANNÉE, BONNE SANTÉ. 1 janvier 2017

Combien de fois avons-nous prononcé ou reçu ces « vœux de nouvel an » ! Souvent dits avec sincérité et fraternité… D’autres fois plus distraitement… nous devons bien le reconnaître.

La liturgie de ce 1er jour de 2017 nous invite à vivre ce rite traditionnel avec le meilleur de nous-mêmes grâce à 3 beaux textes et le psaume plein d’espérance.

1. D’abord cette magnifique prière de bénédiction que Dieu donna à Moïse pour son peuple choisi, voici 3 mille ans. « Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix. » Puisse-t-elle nous redire aujourd’hui et tout au long de cette nouvelle année que le bonheur, « une bonne année », « une bonne vie » est d’abord et toujours à recevoir de Dieu, car « Dieu est lumière, en lui point de ténèbres. » Appel à vivre au jour le jour sous la lumière du visage de notre Père.

2. Paul le proclame dans sa lettre au Galates : Oui ce Dieu lumière, source de la vraie vie, du bonheur a voulu « naître d’une femme » comme nous, « pour que nous soyons adoptés comme fils. » Et tout au long de cette nouvelle étape, dans les jours de joie ou de peine, les heures de lumière ou de confusion, dans nos victoires comme dans nos faiblesses, nous pourrons sous la conduite de l’Esprit qui a lui-même mis dans nos cœurs crier vers lui avec confiance « Abba ». C’est-à-dire « Papa » : « Papa chéri » et Paul nous affirme, ce n’est pas un rêve, une illusion, « c’est l’œuvre de Dieu ». Déjà commencée en nous et qu’il veut conduire jusqu’au bout.

3. Trop beau pour être vrai ?
Au départ de cette nouvelle aventure, l’Église nous invite à regarder Marie, plus à « redécouvrir » Marie, toujours plus profondément, comme des petits bergers de ce 21e siècle. Marie près de l’enfant de la crèche : contemplant son enfant et le Fils du Père. Marie, mère de Jésus, mère de Dieu.
Quel mystère pour notre esprit humain ! Quelle lumière, source de joie et de confiance pour un cœur ouvert. Car mère de Jésus, notre frère, elle est donc notre mère, la toute pure « comblée de l’Esprit d’Amour », la bonté aimante, comme Jésus nous l’a donné sur la croix.
Inépuisable bonne nouvelle que nous sommes sans cesse invités à vivre, à proclamer, à partager. Comme les bergers au 1er jour, il nous est redit : « Voici une grande joie pour tous »
Alors, comme eux, reprenons notre route « glorifiant et louant Dieu pour ce que nous avons entendu et vu, tout ce qui nous a été donné.
Avec Marie, mère de Dieu et notre mère, bonne année de confiance et de paix, pour vous et autour de vous.

Gaby GOULLIN

EN AVANCE SUR NOTRE TEMPS !

Cette semaine, la pub nous serinait : " Noël, c’est être en avance sur son temps !"… si tu possèdes je ne sais quelle technologie dernier cri. Et, en stéréo, mon esprit entendait l’Evangile de Noël : "Je vous annonce une Bonne Nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple. Aujourd’hui, vous est né un Sauveur." Depuis plus de 2000 ans, ce message de l’Ange cherche à perforer la cuirasse de notre foi trop sage. Mais comment ne pas nous méfier de paroles trop faciles dans un monde où les mots et les promesses de tous ordres ne sont souvent que des mots creux et illusoires ?

Comment croire qu’un "Sauveur nous est né" voilà déjà 20 bons siècles et que, chaque jour, on nous parle de chômage, de bruits de botte, de victimes d’attentats innocentes, de naufrages de migrants, d’inégalités et d’injustices croissantes… Et alors même qu’ici, des SDF se couchent sous le porche de Ste Hélène, en plein hiver ?

La Bonne Nouvelle annoncée vaut-elle le coup qu’on y croie ? Mon oreille en stéréo entend : « Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. " Il y a 2 jours, un mail m’annonçait : "Hugo est né à l’aube. Bonne nouvelle en ce Premier jour de l’hiver !" D’où vient que la naissance d’un petit d’homme nous émeut tant et soit source de joie et de promesse ? Si elle l’est, à plus forte raison, l’annonce de la naissance d’un Dieu "parmi nous" doit-elle ’résonner’ en nous ! Pourquoi ?

Avec des mots brûlants, l’un des premiers penseurs de l’Eglise, St Irénée, nous le révèle : Jésus " s’est fait fils de l’homme pour habituer l’homme à recevoir Dieu et pour habituer Dieu à habiter l’homme." Entendons bien ! Dans un monde tenté d’oublier Dieu, nous risquons insensiblement de perdre l’habitude de "recevoir Dieu ", sa force, sa sagesse, son amour… Alors, nous menons une vie sans âme…. Mais aussi, craignons que Dieu ne se lasse d’"habiter l’homme", c’est-à-dire vous et moi car nous perdons alors une Présence qui ne soulève plus nos existences vers le haut, le grand, le beau… Et si, avec Jésus, c’était ça, la Nouvelle qui nous met "en avance sur notre temps ? Joyeux Noël à tous !

Michel Retailleau

DIEU AVEC NOUS

Nous sommes à l’aube de Noël. C’est pour nous l’occasion de nous préparer à ce grand évènement. J’espère que nous le faisons chaque jour, mais pas à la manière du monde. Noël, c’est Jésus qui vient. Il nous rejoint au cœur de notre vie. Il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Il veut être présent au milieu de nous et en nous pour nous faire entrer en communion avec Dieu. Un enfant a dit un jour que « Jésus est le plus beau cadeau de Noël »

Dans la lecture, Saint Paul nous annonce l’accomplissement de ce SALUT en Jésus. Il nous décrit toute la richesse du mystère déployé depuis sa naissance jusqu’à sa mort et sa résurrection. Lui-même a été choisi par le Christ pour être apôtre : sa mission a été d’annoncer le salut en Jésus Christ au milieu des nations païennes. Comme le prophète Isaïe, il a été affronté à l’incrédulité. Mais rien ni personne ne peut empêcher Dieu de vouloir sauver le monde. La fête de Noël nous rappelle que nous attendons la venue de celui qui unifiera en lui Dieu et l’homme et toute l’humanité.

Avec L’évangile, nous arrivons à l’annonce de la naissance de Jésus : Nous sommes habitués au récit de l’annonciation faite à Marie dans l’évangile de Luc. Mais dans l’évangile de Matthieu, c’est à joseph qu’est adressé l’annonce de la naissance à venir de Jésus : « Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse… L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. » En l’accueillant, Joseph participe au grand projet de Dieu qui est de sauver son peuple de ses péchés. Cet événement nous rappelle que Dieu nous conduit parfois sur des chemins que nous n’avions pas prévus.. A l’exemple de Joseph, accueillons-le avec confiance car il est « Dieu avec nous ».

Jésus qui vient à nous, prenons le temps de l’accueillir et de l’écouter loin des bruits et de l’agitation du monde. Confions ces prochains jours au Seigneur : « Nous t’en prions : que l’annonce de notre délivrance nous parvienne, qu’elle nous tienne dans la patience et l’espérance ; et nos voix acclameront ton Envoyé, ta Parole faite chair. ».

Jean Pierre Maçon

SIGNES PAR MILLIERS !

"Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? " Question toujours actuelle que celle de Jean Baptiste. Jésus n’a pas fait les grandes écoles, il n’habite pas dans les palais des rois, il se plaît en compagnie des "petits"… Est-ce vraiment le Messie Promis ? Au risque de vivre sans relief le temps de l’Avent, nous sommes invités à nous interroger nous aussi sur ce que nous pouvons attendre de sa Venue. A quoi pouvons-nous reconnaître qu’il est bien l’Envoyé de Dieu ? La réponse de Jésus est claire : on le reconnaît au fait qu’avec lui, "les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne nouvelle…" Autrement dit, la "preuve" de sa Venue se donne à ’voir’ et à ’entendre’ chez tous ceux qui viennent lui confier leur mal-être et attendent de Sa Rencontre une transformation profonde de leur vie.

Car la foi en Lui fait ’voir’ et ’entendre’ autrement. Samedi, à l’aumônerie, devant mon admiration de ce que 3 groupes de collégiens disaient de la vie du monde, de l’Eglise et des jeunes, l’un d’eux m’a dit : " C’est à ’aumônerie qu’on apprend à regarder comme ça !"… La foi fait aussi "marcher" droit ceux qui ont ’boité’ dans la vie. Après avoir galéré longtemps, Agnès me confiait il y a peu : " En priant hier soir, je me redisais combien j’avais de la chance et combien j’étais heureuse d’être aujourd’hui avec Dieu". Il y avait en elle du "lépreux purifié" ou du "mort qui ressuscite". La foi fait encore vivre la Bonne Nouvelle que Dieu n’abandonne pas les pauvres. Dimanche, Pascal qu’on a forcé à quitter son pays, me racontait ses démarches administratives en ajoutant, tout sourire : " J’ai confiance. J’ai Dieu dans ma vie. Je compte sur Lui."

Comment interpréter ces "signes" ? Jésus a une telle qualité d’Accueil et de Présence avec ceux qui viennent à lui qu’il en devient une force d’appui et d’espérance. Il restaure en eux un goût de vivre qui les remet debout. En écoutant chacun dans ses blessures physiques, affectives, psychologiques, morales…, il rejoint au plus intime de son désir de vivre. Et, par son regard, sa parole et ses gestes, il répare et insuffle une Energie de Vie insoupçonnée. Il sauve ! Mieux, Il dit : non pas "je t’ai sauvé" mais "Ta foi t’a sauvé" : ’C’est ta confiance en moi, en la Bonté de Dieu qui t’a guéri.’ Ainsi, depuis plus de 2000 ans, la Venue du Christ se lit dans les "signes" joyeux de transformation et de conversion qui se font par "milliers"… Et moi, à quoi je vois que le Christ transforme ma vie et celle de ceux que je côtoie ?
Michel Retailleau

Isaïe ou/et Jean le Baptiste

Dans l’attente de « ce jour là » (1ere lecture) ou pour vivre « ces jours là » (psaume et évangile), nous avons les messages de 2 envoyés de Dieu : le grand prophète Isaïe et Jean le Baptiste, « le plus grand des enfants des hommes » dira Jésus. Mais qu’elle différence entre les 2 messagers !

* Avec Isaïe, nous recevons l’annonce joyeuse, lumineuse de la promesse d’un avenir glorieux, fait d’harmonie et de paix. Avec poésie, il proclame un règne de justice et fidélité, de vérité et de faveur « pour les humbles et les petits »

*Tout autre est la prédication du Baptiste, appel à un urgent chemin de conversion, fait d’austérité, de violentes purifications. « Par la cognée et « dans le feu »
Alors que choisir ? Qui dit vrai ?

*Paul, dans la 2eme lecture, nous donne une claire réponse.
« Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Ecritures, nous ayons l’espérance. »

Oui accueillons ces 2 messages car nous sommes appelés à être témoins « aujourd’hui »
« en ces jours là » de la véritable espérance de la venue du salut, du Sauveur « en ce jour là ».

Ainsi les 2 prophètes nous invitent à nous ouvrir à l’Esprit de Dieu. « Pour que repose sur nous l’Esprit du Seigneur » (Isaïe) « pour être baptisé, plongé dans l’Esprit Saint » (Jean le Baptiste).

Et Isaïe détaille joliment « les fruits dignes de conversion » appelés par le Baptiste : ne pas juger superficiellement « sur l’apparence », mais avec justice ; ne pas suivre les « rumeurs », mais la vérité ; se prononcer en faveur des petits « des humbles du pays ». C’est cela vivre dans la justice et la fidélité.

Voilà un beau programme pour l’Avent ! Faisons nôtre la prière qui a ouvert notre célébration :
« Père de miséricorde, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ;
Mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie.
Gaby GOULLIN

"Toujours prêts… pour le combat de la lumière ?"

Nous entrons aujourd’hui dans le temps de l’Avent (l’avènement). Début d’une nouvelle année liturgique qui nous oriente vers l’attente du second avènement du Christ qui conclura l’histoire du monde et de l’humanité. Cet avènement du Christ concerne TOUS les vivants. Nous avons pour mission de témoigner de cette attente tout au long des semaines qui nous préparent à Noël. Il ne s’agit pas de préparer une fête qui oublie l’essentiel, mais de se tenir en éveil.

Les lectures bibliques de ce dimanche nous invitent à changer notre regard sur le temps que nous vivons. Elles nous en rappellent le but ultime des croyants. A l’écoute du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob qui s’est fait connaître à Moïse, notre Dieu est le Dieu de tous les peuples. En son Nom, le prophète Isaïe annonce qu’un jour viendra où toutes les nations se tourneront vers Jérusalem qui deviendra le signe du salut universel. La paix aura remplacé la guerre. Toutes les nations viendront célébrer le bonheur.

C’est aussi ce message que saint Paul adresse aux chrétiens de Rome et à chacun de nous. L’apôtre nous invite à intensifier notre vie chrétienne en recommandant une vigilance active pour rencontrer le Seigneur. Car "le salut est plus près de nous qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit sera bientôt finie. Le jour est tout proche." En attendant, nous sommes invités "revêtir le Christ Jésus" et à nous tenir prêts. L’Evangile insiste : "Tenez-vous prêts,-vous aussi". Ne vous laissez pas distraire. Ne laissez pas passer votre chance. Nous avons une nouvelle arche de Noé : c’est la communauté des baptisés. Toutes les familles de la terre sont invitées à marcher à la lumière du Seigneur. Nous nous y entraînons dans nos assemblées par nos chants et nos prières. C’est là que nous nous habillons pour le combat de la lumière.

Veiller, c’est agir sur tout ce qui doit changer dans notre vie ; c’est rejeter toutes les formes d’égoïsme et d’indifférence ; c’est renoncer aux comportements qui nous détournent de Dieu et des autres. Il nous faut nous rappeler que nous sommes "fils et filles de Dieu", et cela change tout dans notre vie de tous les jours.

Jean Pierre Maçon

VOIR JESUS et HABITER NOTRE VIE

Nous avons tous de la tendresse pour ce Zachée grimpé aux branches comme un gamin mais ce n’est pas un enfant de chœur ! Il a tout misé sur la réussite sociale. S’il est grimpé, c’est surtout sur l’arbre de l’ambition. « Chef des collecteurs d’impôts », il jouit et du pouvoir et de l’argent. Et du haut de cette « échelle sociale », il peut envisager son avenir matériel avec assurance et se permettre de regarder les autres de haut. Une vie sociale réussie, mais de manière malhonnête. Et surtout le bonheur, le vrai, n’est pas au rendez-vous. « Il cherche à voir qui est Jésus » car il ressent un manque dans cette réussite.
« Zachée, descends vite. » Le Regard de Jésus le fait dégringoler de son arbre comme d’un piédestal. Un regard non de haut en bas qui domine comme le sien mais un regard de bas en haut bienveillant qui appelle. Un regard qui s’invite en vous honorant : « Il faut que j’aille demeurer chez toi ». Regard du Christ qui « vient chercher ce qui est perdu » en lui. Comme ce qui est perdu en nous, dans ce qui sonne le creux et le vide !

Non seulement, Zachée tombe de l’arbre et de toute sa hauteur. Mais voilà qu’il « tombe en amour » pour Celui qui l’invite à descendre plus bas encore : en lui-même… dans les plis et replis les moins glorieux de son être, jusque dans l’homme blessé et malhonnête qu’il est. Alors, parce qu’il est descendu au plus bas de lui-même, remonte à la surface un vrai désir : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens. Et je rembourse 4 fois ce que j’ai volé. » Ce qui était « perdu en lui », c’était le souci des petits et des blessés de la vie, l’appât du gain et la joie de donner. Descendu du souci de chercher à être quelqu’un au regard des autres, il découvre combien il compte pour Dieu et combien les autres peuvent compter pour lui.

Comme Zachée, nous sommes tous juchés sur des rêves de grandeur, pas obligatoirement mauvais mais à la condition qu’ils ne nous empêchent pas de taire le Désir de Dieu et le souci des autres enfouis en nous sous une pile de mille autres désirs. Car si Dieu veut « demeurer chez » Zachée, c’est aussi à travers le biais des autres. Il nous invite à habiter notre existence et nos relations quotidiennes jusqu’à pouvoir dire avec St Paul : "ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi !"
Michel Retailleau